Les Ligures sont un peuple de l'Antiquité qui vivait au nord de la péninsule italienne, entre les fleuves du Var, de la Magra et du Pô.
Ils n'ont pas laissé de trace écrite et ne nous sont connus que par des patronymes et toponymes épars, et des rares descriptions qu'en donnent des textes grecs et romains. On ne sait pas s'ils étaient indo-européens car on ignore leur origine. Les chercheurs anciens et contemporains sont partagés quant à leur affiliation au monde gaulois ou celtique : les Ligures, comme bien d'autres peuples dont on ignore presque tout, font l'objet d'hypothèses.
On sait peu de choses sur l'ancienne langue des Ligures car même si de nombreuses traces d'écriture ont été découvertes, celles-ci ne permettent pas pour l'instant de l'étudier. Cet alphabet mystérieux se retrouve dans toute la Ligurie et date du La plupart de ces gravures sont réalisées sur des stèles représentant des guerriers.
Ethnonymie Les Ligures sont nommés Ligyes en grec et Ligures (issu de Liguses) en latin.. Le mot Ligure est probablement d'origine grecque.. Certains historiens comme Hérodote relièrent Lygies et Lydie, les Lydiens d'Anatolie étant censés avoir débarqué en Étrurie. Hécatée de Milet les nomme Liguses ou Ligures au Raoul Busquet, Histoire de la Provence : des origines à la révolution française, Éditions Jeanne Laffitte, 1954 (réimpr. 2006), .. Camille Jullian, Pascal Arnaud et Dominique Garcia ont quant à eux suggéré que le mot était issu du grec lygies, soit « haut perché ». Ligures pourrait alors signifier « les braillards ». Une autre explication est que le terme viendrait de la façon dont ils situaient leurs villages au sommet de collines dominant une plaine environnante, il reste de nombreux « villages perchés » de ce type dans tout le sud-est de la France, comme : Bormes-les-Mimosas, associé à la tribu ligure des Bormanni, Cogolin, Ramatuelle.
Par ailleurs, l'archéologue italien Nino Lamboglia a émis l'hypothèse, non réfutée , de l'existence d'une racine indigène liga, signifiant « marais ».
D'après Plutarque, ils se nommaient eux-mêmes Ambrōnes tout comme un autre peuple originaire du nord de l'Europe auquel ils se sont confrontés au côté de MariusPlutarque, dans Marius 10, 5-6, écrit que les Ambrons ont commencé à crier « Ambrones! » comme cri de guerre ; les Ligures qui combattaient aux côtés des Romains, en entendant ce cri et en y reconnaissant un nom de leur pays qu'ils utilisaient souvent avec leurs descendants (οὕτως κατὰ ὀνομάζουσι Λίγυες), retournèrent le cri Ambrones!., Marius, 20.. Cet ethnonyme serait lié à un mot signifiant « eau » et la racine amb signifierait « de part et d'autre » (d'une rivière ou de deux nations). Les Ambrons sont un peuple celte qui apparaît assez tôt dans la plaine du Pô. Ils fusionneront progressivement avec les populations ligures autochtones. C'est sans doute ce qui explique l'association entre les Ligures du nord de l'Italie et les Ambrons de la plaine du Pô. D'autres Ambrons celtes venus du centre de l'Europe avec les Cimbres et les Teutons figureront parmi les envahisseurs celtes et germains du vaincus par Marius ; tandis que les Ambrons déjà installés dans le nord de l'Italie figuraient parmi les mercenaires celtes recrutés par Rome.
Roger Dion a fait l'hypothèse en 1959 que les auteurs grecs appelaient Ligures l'ensemble des peuplades moins civilisées de Méditerranée occidentale et que le terme ne désigne donc pas un peuple précis dans les écrits anciens.
Quoi qu'il en soit de toutes les théories le nom "ligure" a traversé les siècles et n'a jamais changé. L'origine de ce nom est actuellement inconnue et semble antérieure à l'arrivée des Romains, des Carthaginois ou des Grecs. Les Grecs et en particulier Strabon citent plusieurs fois les Ligures. Quand Hannibal est arrivé en Italie, les Ligures ont participé avec les Carthaginois aux batailles contre les Romains et ceux-ci sont appelés les Ligures. Les Romains les appelaient déjà ligures et les Grecs « λιγούρες » qui se traduit aussi par ligures. Dans aucun texte ancien il n'est fait mention d'un autre nom pour définir ce peuple.
Géographie Zone géographique des ligures
vignette|Les langues de la péninsule italienne au IIIe siècle av. J.-C. En rose, les langues d'origine non indo-européenne.
La géographie de Strabon, du livre 2, chapitre 5, section 28 :
Cette zone correspond à l'actuelle région de la Ligurie en Italie ainsi qu'à l'ancien comté de Nice que l'on pourrait comparer aujourd'hui aux Alpes Maritimes.
L'écrivain, naturaliste et philosophe romain Pline l'Ancien écrit dans son livre L'Histoire Naturelle (livre III chapitre 7) sur les Ligures et la Ligurie :
Tout comme Strabon, Pline l'Ancien situe la Ligurie entre les fleuves du Var et de la Magra. Il cite également les peuples ligures vivant de l'autre côté des rives du Var et des Alpes. Il écrit dans son livre L'Histoire Naturelle (livre III chapitre 6) :
Origine ethnique
Leur origine géographique, avant leur arrivée dans les régions actuelles de Provence et de Ligurie, fait l'objet de nombreuses spéculations. Une partie des chercheurs leur attribue une origine indo-européenne, les classant parmi les peuples celtiques voire pré-celtiques, ce que d'autres mettent en doute :
Thèse non indo-européenne André Piganiol, dans son Essai sur les origines de RomeAndré Piganiol, Essai sur les origines de Rome, 1917, ., estimait que les Ligures n'étaient pas d'origine indo-européenne. Il ajoute que les Ligures étaient en conflit avec les tribus de la Gaule celtique : « La guerre entre les Ligures et les Celtes a duré jusqu'à la pleine lumière de l'histoire. »Camille Jullian, LXXVII. De l'unité italo-celtique — Sur la race et le nom des Ligures, Persée. Camille Jullian, lui, s'oppose aux idées de Piganiol.
Thèse indo-européenne Un fragment d'un texte des Catalogues d'Hésiode (), cité par Strabon, VII, 3, 7., cite les Ligures parmi les trois grands peuples barbares, aux côtés des Éthiopiens et des Scythes, alors que quelques siècles plus tard Éphore de Cumes remplacera les Ligures par les Celtes aux côtés des Scythes, des Éthiopiens et des Indiens. L'interprétation la plus fréquente de ce texte est que les Ligures dominaient alors l'extrémité occidentale du monde connu des Grecs. Ce fragment a été considéré comme valable par Henri d'Arbois de Jubainville, Camille Jullian ou plus récemment par Guy Barruol, Giovanni Colonna ou Filippo Maria Gambari. Cependant, il est aujourd'hui souvent considéré comme non authentique, à la suite de la découverte d'un papyrus égyptien du citant les Libyens à la place des Ligures. On considère parfois aussi que c'est le papyrus qui contient une erreur de transcription..
Ainsi, Camille Jullian considère, d'après ses recherches, les Ligures comme un peuple indo-européen, celtique (au sens large du terme), non gaulois (Gaule celtique) du fait de la proximité des termes (peuples, oppidas), de la façon de vivre et de l'opposition politique. Concernant le caractère celtique des Ligures de Provence, il précise que « l'état de guerre, il y eut aussi l'état de paix : les habitants de la Provence étaient dits un mélange de Celtes et de Ligures, des Celto-Ligures. Et dès que la paix romaine survint, aucun contraste de langue ou de mœurs n'empêcha les Ligures de prendre les mœurs des Celtes ».
En 1866, Amédée Thierry fait l'hypothèse que les Ligures sont venus d'Espagne au , d'où ils auraient été chassés par des Gaulois. Dès 1940, Albert Grenier considérait les Ligures comme une population très proche des Celtes. Frédéric MistralFrédéric Mistral, Lou Tresor dou Felibrige, 1878, voir les mots : Ligour, Ligourian, Ligourio, https://www.lexilogos.com/provencal/felibrige.php?q=ligur en se basant sur les travaux de son époque, dont ceux d'Amédée Thierry, écrit que . Il écrit aussi : . Il ajoute également . Il définit ainsi le mot Liguria .
Dans son livre Histoire de la Provence : des origines à la révolution française, Raoul Busquet cite deux auteurs qui déterminent l'origine des Ligures. Il cite d'abord Avienus qui fixe, dans son œuvre l'Ora Maritima, leur origine dans le Jutland ou dans les territoires environnants. Il précise que d'autres auteurs comme Karl Viktor Müllenhoff, Henri d'Arbois de Jubainville, ou André Berthelot ont appuyé cette hypothèse à l'aide de ce que Busquet qualifie d'éléments folkloriques identifié en Italie du Nord, dans l'Eridan (Plaine du Pô). Puis il donne les témoignages de Plutarque qui apparentait les Ligures aux ambrons. Mais Busquet conclut en relativisant la véracité de ces origines « Elle a paru se complaire à l'extraction nordique des Ligures, à laquelle cependant s'opposent invinciblement les descriptions physiques et tout ce que nous ont transmis les auteurs grecs voisins du début de notre ère »
Dominique Garcia défend la thèse que les Ligures seraient des populations celtes « C’est donc probablement à partir de la deuxième moitié du , lorsque les explorateurs commerçants grecs abordent les côtes du golfe du Lion, que les populations de la Méditerranée nord occidentale seront qualifiées de Ligures tandis que l’espace abordé sera nommé la Celtique. Ce dernier terme sera étendu, petit à petit, à une très grande partie de l’Europe centrale et occidentale. ». Il qualifie d'ailleurs cet espace de « celtique périphérique » et de « Gaule méditerranéenne »Dominique Garcia, Les Celtes de Gaule méditerranéenne. Définition et caractérisation., , https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00102133/document.
Pour Maria Gabriella Angeli Bertinelli et Angela Donati, de l'université de Gênes, « les Ligures sont donc des Celtes de communautés différentes, une identité n'annule pas forcément l'autre. (I Liguri sono dunque dei Celti di diverse comunità, un'identità non cancella necessariamente l'altra.) »Dominique Garcia, traduit en italien par Maria Gabriella Angeli Bertinelli, Angela Donati, « Città e Territorio : la Liguria e il mondo antico », Atti del IV, incontro internazionale di storia antica, Genova, 19-20 febbraio 2009, Giorgio Bretscheinder editore, 2010.
Géographie Espace général des Ligures D'après des fragments cités par Étienne de Byzance, Hécatée de Milet dans son Europe présentait à la fin du Marseille comme une ville de Ligystique et les Élisyques comme une tribu ligure.
Le Périple du Pseudo-Scylax (écrit entre la fin du ) donne les indications suivantes : « 3. Ligures et Ibères. Après les Ibères, habitent les Ligures et les Ibères mêlés jusqu’au Rhône. La navigation le long des Ligures depuis Emporion jusqu’au Rhône est de deux jours et une nuit. 4. Ligures. Au-delà du Rhône suivent les Ligures jusqu’à Antion. Dans cette région se trouve la ville grecque de Massalia avec son port. »
Le Pseudo-Scymnos, basé sur des sources du , décrit la Ligurie comme une région côtière entre Emporion et la zone de peuplement des Tyrrhènes. Il affirme aussi que les Celtes sont le plus grand peuple d'Occident..
Dans Phèdre, Platon mentionne ce peuple : " Venez, vous, Muses à la voix légère, que vous deviez ce surnom à la nature de votre chant ou bien au peuple musicien des Ligures."
Aristote () situe toujours dans ses Météorologiques la perte du Rhône, près de Bellegarde-sur-Valserine, en Ligurie. Selon Hérodote, les Ligures bordaient la Méditerranée occidentale.