Monsieur Klein est un film franco-italien réalisé par Joseph Losey, sorti en 1976.
Le film a notamment été produit par Alain Delon, également acteur principal. Le scénario a initialement été écrit par Costa-Gavras., puis achevé par Franco Solinas.
Synopsis vignette|gauche|Numéro du des Informations juives.
C'est l'hiver à Paris, sous l'Occupation. Dans un hôpital, une femme d’âge mûr, entièrement nue, subit passivement une humiliante visite médicale censée déceler des origines sémites cachées. Le rapport sera envoyé à la préfecture de police, ce qui n'augure rien de bon car les Juifs sont persécutés. En retrouvant son époux, qui s'est prêté à un examen analogue, elle affirme que tout s'est bien passé.
Indifférent à ce climat oppressant, le marchand d'art Robert Klein vit luxueusement dans un hôtel particulier au de la rue du Bac, avec sa maîtresse Jeanine. Dans une salle des ventes, il suit la mise aux enchères d'une tapisserie truffée de symboles occultes représentant un vautour. Il déconseille à une amie de l'acheter, pressentant qu'elle « porte malheur ». Il achète aussi sans le moindre scrupule, à des Juifs aux abois pressés de fuir la France, des objets qu'ils cèdent à vil prix au terme d'âpres tractations. Il reconduit l'un d'eux sur le seuil, après lui avoir payé trois cents louis d'or — soit la moitié de sa valeur — le Portrait d'un gentilhomme hollandais peint par Adriaen van OstadeLe tableau du film — une petite toile sur châssis haute d'une trentaine de centimètres — semble une copie inspirée d'une œuvre d'Adriaen van Ostade conservée au Petit Palais à Paris. Cette composition représente un homme assez âgé coiffé d'un chapeau noir, assis près d'un grand livre ouvert où sont gravées des plantes. Le médecin examine attentivement le contenu d'un urinal, qu'il tient de la main gauche. La toile s'intitule . (voir infra). En prenant congé, il découvre dans son courrier glissé sous la porte un exemplaire des Informations juives. Il comprend alors qu'un homonyme (voir infra), abonné à ce journal destiné aux israélites, lui a fait endosser son identité (voir infra). Or les membres de la communauté juive sont fichés en raison de leur prétendue origine raciale. Par une sorte de prémonition funeste, son client lui souhaite « bonne chance à vous, Monsieur Klein ».
En cherchant à prouver qu'il n'est pas Juif, Robert Klein s'englue peu à peu dans un piège quasi kafkaïen. Il ne fait qu'attirer l'attention des autorités, muée en suspicion puis, bien vite, en conviction. Pour obtenir des certificats de catholicité, il rend visite à son père, qui vit à Strasbourg. Devenu infirme, celui-ci affirme avec emportement que, depuis , la famille Klein est française et catholique, avant de lui apprendre qu'il existe une branche hollandaise sur laquelle il refuse de s'étendre. Menant sa propre enquête, Robert remonte la piste de son homonyme, dont il découvre l'adresse inscrite sous la sienne, en grattant au rasoir la bande de routage des Informations juives. Insaisissable, cet homme mystérieux change régulièrement de domicile ; il entretient des liaisons féminines, entre autres avec une aristocrate évanescente et une compagne énigmatique prénommée « Isabelle », « Kathy » ou « Françoise », danseuse de revue puis ouvrière d'usine ; il roule en side-car et possède un berger allemand. Les recherches de l'affairiste le conduisent tour à tour : dans un logement sordide situé rue des Abbesses, qu'il visite à plusieurs reprises au prétexte de le louer pour un ami et dont il relève le numéro de téléphone ; dans un laboratoire photographique, où il obtient un cliché de l'homme à la moto avec son chien ; au château d'Ivry-la-Bataille (en fait le château d'Esclimont) habité par une fantomatique famille d'aristocrates ; dans les coulisses d'un cabaret donnant un abject spectacle antisémiteLe spectacle antisémite a été tourné au cabaret La nouvelle Ève. La revue Avant scène 175 de novembre 1976 le mentionne en note de la page 47Pascal Laëthier, Cinepsy, : à propos de la scène du cabaret dans « Monsieur Klein », Losey affirme que son problème « était de présenter un spectacle antisémite qui ne serait pas pris pour argent comptant par les antisémites d’aujourd’hui ». Pour créer un sentiment d'étrangeté, Losey fait jouer la veuve par un homme travesti. En « voix off », une femme chante lentement le premier des cinq Kindertotenlieder de Gustav Mahler, Nun will die Sonn' so hell aufgehn (« Maintenant le soleil va se lever, si brillant »). Le personnage du Juif cupide présente un aspect caricatural, à la fois mutique et grotesque. La laideur de l’antisémitisme a pour effet que le pire antisémite ne voudrait pas s’y identifier. Losey filme la salle, détaille les visages et les regards des spectateurs. Bref, il tient à distance les éléments de la représentation. Il ajoute : « C’est une scène-clé du film, en ce qu’elle a des rapports avec la visite médicale de la Juive au début et avec tout le processus de la bureaucratie qui s’enchaîne… »., qu'il quitte précipitamment sur les instances de Jeanine, offusquée (sur la scène, une affiche du film de propagande nazie Le Juif Süss fait partie du décor — voir infra) ; des ateliers de la place Balard… Il découvre que l'autre Klein, un Résistant, joue de leur homonymie pour agir clandestinement. L'inconnu semble avoir été victime d'un attentat relaté par la presse. Robert se précipite à la morgue pour examiner le corps.
La police poursuit le marchand d'art. Ses biens sont saisis. Par un étrange hasard, il recueille devant un kiosque à journaux un berger allemand abandonné. Craignant pour son propre sort, Klein cherche à gagner la Méditerranée par Marseille. Il est muni de faux papiers procurés par Pierre, un ami avocat qui l'a aussi aidé à vendre son hôtel particulier non sans s'enrichir à cette occasion d'un demi-million de francs. Dans le train, il s'adresse à une femme assise en face de lui. Il la prend pour Françoise, alias Kathy ou Isabelle, mais elle se nomme Nathalie. Elle connaît Robert (le Résistant), qui en fait n'a jamais quitté son logement de Montmartre, aidé de la concierge éprise de lui. Il rebrousse aussitôt chemin, souhaitant plus que jamais rencontrer celui dont il est victime mais qui le fascine. Il le joint au téléphone. Arrivé au rendez-vous, il assiste, embusqué, à l'arrestation du résistant, déclenchée par Pierre pour le protéger. Le lendemain, le marchand d'art est appréhendé à son tour, pendant une rafle évoquant celle du « Vél d'Hiv ». L'acte de baptême catholique d'une grand-mère, enfin arrivé d'Alger, peut le sauver in extremis. Parmi d'autres noms à consonance juive, les haut-parleurs du stade, temporairement converti en camp de transit, appellent « Robert Klein ». Un homme vu de dos lève le bras puis disparaît dans un souterrain. Une foule l'entraîne vers un quai de gare. L'affairiste lui emboîte le pas, en affirmant à Pierre qu'il va revenir. Déportés conjointement, les deux Robert Klein ne se seront jamais rencontrés. Dans le wagon qui les conduit vers une mort probable, derrière le marchand d'art sans scrupule apparaît le visage grave de l'homme qui lui avait cédé le tableau de van Ostade. Leur tractation du début résonne de nouveau.
Fiche technique
Titre original : Monsieur Klein Titre italien : Mr Klein Réalisation : Joseph Losey Assistants à la réalisation : Philippe Monnier, Rémy Duchemin Scénario : Franco Solinas, Costa-Gavras (non crédité) Collaboration au scénario : Fernando Morandi,Francis Savel sous le pseudonyme de Frantz Salieri a mis en scène le spectacle antisémite IMDB Monsieur Klein distribution additionnelle. Production : Raymond Danon, Alain Delon, Robert Kuperberg, Jean-Pierre Labrande, Norbert Saada Sociétés de production : Lira Films, Adel Productions, Mondial Televisione Film Directrice de production : Ludmilla Goulian Musique : et Pierre Porte Costumes : Annalisa Nasalli-Rocca, Colette Baudot Casting : Margot Capelier Photographie : Gerry Fisher Cadre : Richard Andry, Pierre-William Glenn, Jean-Francis Gondre Montage : Marie Castro-Vasquez, Henri Lanoë, Michèle Neny Son : Maurice Dagonneau, Jean Labussière Voix radio de Jean Hérold-Paquis : Jean Topart Décors : Alexandre Trauner Ensemblier : Pierre Lefait Scripte : Lucie Lichtig Pays de production : , Langue de tournage : français Format : couleur - 1,66:1 - son mono - 35 mm Genre : drame Durée : 123 min Dates de sortie : France : (première mondiale au Festival de Cannes 1976) Italie : France : Affiche : René Ferracci (France)
Distribution
Production Scénario et réalisateur À la recherche d'un sujet sur l'Occupation, Franco Solinas et Costa-Gavras le trouvent grâce à l'un des témoignages les plus remarqués du documentaire Le Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls : un commerçant clermontois du nom de Marius Klein avait écrit, au cours de la guerre, une annonce dans un journal local pour faire savoir que son nom n'est pas juif et qu'il est de confession catholique..
En évoquant le sort réservé aux Juifs sous l'Occupation, Joseph Losey intègre des éléments historiques à une œuvre artistique, voire métaphysique. Plusieurs critiques ont mis en évidence la parenté du film avec les écrits de Franz Kafka — notamment La Métamorphose, nouvelle qui narre la transformation cauchemardesque d'un homme en cloporte.
Auteur du premier scénario avec Franco Solinas, Costa-Gavras souhaite tourner le film avec Jean-Paul Belmondo. Mais un conflit entre producteurs et une blessure de Belmondo entraînent l'annulation du projet. Delon manifeste son intérêt pour le rôle principal. Costa-Gavras préfère se retirer. Delon tient à produire lui-même le film et convainc Joseph Losey, avec qui il a tourné L'Assassinat de Trotsky en 1972, d'en assurer la réalisation. Losey retravaille le scénario avec Solinas pour le rendre plus dense. Il y introduit diverses modifications. et ajoute la séquence du spectacle antisémite.
Bande originale L'Internationale (Pierre Degeyter, Eugène Pottier) Kindertotenlieder - Nun will die Sonn' so hell aufgehn (Gustav Mahler) Premier rendez-vous (René Sylviano, Louis Poterat) Du darfst mir nie mehr rote Rosen schenken (Michael Jary, Bruno Balz) Tching kong (de Paul Misraki, joué par l'orchestre de Ray Ventura) Venez donc chez moi je vous invite (de Paul Misraki, joué par l'orchestre de Ray Ventura) Je ne sais pas si je l’aime (Paul Misraki, André Hornez)
Distinctions César 1977 : César du meilleur film César du meilleur réalisateur pour Joseph Losey César du meilleur décor pour Alexandre Trauner nomination au César du meilleur acteur pour Alain Delon nomination au César de la meilleure photographie pour Gerry Fisher nomination au César du meilleur montage pour Henri Lanoë nomination au César du meilleur son pour Jean Labussière
Analyse
Quête du double La recherche d'un homonyme insaisissable et invisible prend l'aspect d'une quête du double. Tout au long du film, elle se traduit visuellement par des reflets dans un miroir. Ainsi, en reconduisant l'homme qui vient de lui vendre à moitié prix un tableau ancien, le marchand d'art Robert Klein se regarde dans un miroir accroché sur le palier, vis-à-vis de l'entrée de son appartement. En visitant le logis miteux de Pigalle où est censé avoir habité l'autre Robert Klein, le marchand d'art se dévisage dans la glace de la salle de bain. Lorsqu'il déjeune à la Coupole avec son ami Pierre, des miroirs recouvrant les murs se reflètent dans un jeu sans fin où le regard se perd jusqu'au vertige. Dans la voiture du train qui roule vers Marseille, la passagère assise face à Robert est vue dans une glace fixée sous le porte-bagages…
Ce thème du double rappelle le film La Mort aux trousses sorti en 1959. « Il s’agit en quelque sorte du cousin sombre, voire nihiliste de La Mort aux trousses d'Alfred Hitchcock, une chasse à l’homme par procuration dépourvue de toute frivolité ou suspense enjoués. ».
Identité juive