Le Grand Prix d'Allemagne 1962 (), disputé sur le Nürburgring le , est la cent-huitième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la sixième manche du championnat 1962.
Contexte avant la course Le championnat du monde Depuis la saison précédente, la Formule 1 suit la réglementation (dérivée de l'ancienne Formule 2 de la période 1957 à 1960), s'appuyant sur les points suivants : interdiction des moteurs suralimentés cylindrée minimale : cylindrée maximale : poids minimal : (à sec) double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial ravitaillement en huile interdit durant la course
thumb|right|alt=BRM P57|Vainqueur de la première épreuve du championnat, Graham Hill (vu ici à Zandvoort au volant de sa BRM) est en tête du classement des pilotes. La supériorité affichée par Scuderia Ferrari en 1961 était principalement due au surcroit de puissance du moteur V6 italien qui développait une trentaine de chevaux de plus que les moteurs britanniques. Les V8 performants développés par BRM et Coventry Climax ont depuis rétabli l'équilibre, et les monoplaces de Maranello s'avèrent désormais surclassées par leurs concurrentes, plus légères et dotées d'une bien meilleure tenue de route. BRM et Lotus ont dominé la première partie de saison et, au classement provisoire du championnat, un seul point sépare Graham Hill de Jim Clark. Après une longue période de gestation, les Porsche à moteur huit cylindres à plat sont maintenant bien au point, comme l'attestent les victoires de Dan Gurney au Grand Prix de France et au Grand Prix de Solitude.
Le circuit
Commencé en 1925, le chantier de réalisation du Nürburgring dura deux ans et fit appel à deux mille cinq cents ouvriers, pour aboutir au plus vaste circuit permanent d'Europe. Situé au cœur du massif de l'Eifel, il comporte deux parties, la boucle nord (Nordschleife), longue de , utilisée pour les compétitions automobiles majeures, et la boucle sud (Südschleife, ), qui accueille principalement des épreuves nationales. Particulièrement difficile, le tracé très accidenté de la boucle nord comporte plus de 170 virages. Très endommagée au cours de la Seconde Guerre mondiale, la piste fut totalement remise en état en 1950, conservant le tracé originel, avant qu'un resurfaçage partiel ne soit effectué en 1958. Le record officiel du circuit est détenu par Phil Hill, auteur d'un tour à 152,7 km/h de moyenne au volant de sa Ferrari lors du Grand Prix d'Allemagne 1961.
Monoplaces en lice Ferrari 156 "Usine" Les grèves affectant l'industrie italienne étant terminées, la Scuderia Ferrari peut à nouveau engager une équipe complète. Quatre 156 F1 ont été préparées, dont la nouvelle version 156/62P confiée à Lorenzo Bandini. Par rapport au modèle habituel pesant environ 500 kg, la 156/62P bénéficie d'un châssis plus rigide. La carrosserie est plus basse, imposant une position de conduite allongée, et les suspensions avant et arrière ont été remaniées. Elle pèse 40 kg de moins que les trois monoplaces conventionnellesRevue Moteurs - 1962 pilotées par Phil Hill, Giancarlo Baghetti et Ricardo Rodríguez. Toutes utilisent le moteur V6, mais contrairement à ses coéquipiers qui disposent de la version à angle ouvert (120°), d'une puissance de l'ordre de 200 chevaux, Rodríguez doit se contenter de l'ancienne version 65° (environ 180 chevaux).
BRM P57 "Usine" Comme à Aintree, l'équipe de Bourne a préparé trois P57 (moteur V8, système d'injection indirecte Lucas, 193 chevaux, boîte cinq vitesses), Richie Ginther disposant de sa monoplace habituelle tandis que Graham Hill aura le choix entre le châssis qu'il utilise depuis le début de saison et la dernière version, un peu plus légère que les premiers modèles qui pèsent près de 475 kg. L'équipe avait initialement inscrit un troisième pilote, Tony Marsh, qui devait piloter une P48/57 de la saison passée, mais n'a pu concrétiser cet engagement, la préparation de la voiture n'étant pas achevée.
Lotus 25 & 24 "Usine" thumb|right|upright=1|La révolutionnaire Lotus 25, à châssis monocoque. Le Team Lotus n'aligne toujours qu'une seule 25 pour Jim Clark, celle de Trevor Taylor, endommagée à l'arrivée du Grand Prix de France, étant toujours indisponible. Comme en Grande-Bretagne, Taylor dispose d'un modèle 24 à châssis tubulaire, quatre fois moins rigide que la monocoque de la 25). Les deux modèles pèsent 455 kg et utilisent la même mécanique (moteur V8 Coventry Climax FWMV de 181 chevaux, boîte de vitesses ZF à cinq rapports), mais la 25, plus basse, se révèle nettement plus performante grâce à son meilleur profilage et sa tenue de route supérieure.
Lotus 24 & 18 privées L'équipe Rob Walker a terminé la réparation de sa Lotus 24 à moteur V8 Climax, accidentée à Rouen, qui sera une nouvelle fois confiée à Maurice Trintignant. Deux autres Lotus 24, équipées d'un moteur V8 BRM, sont engagées : celle de Wolfgang Seidel et celle de l'Écurie Filipinetti, qui dispose également d'une ancienne 18/21 à moteur quatre cylindres Climax FPF (152 chevaux). Heinz Schiller et Joseph Siffert en sont les pilotes. Comme à Aintree, Jay Chamberlain s'aligne sur sa 18 privée et Tony Shelly sur la 18/21 de l'écurie John Dalton. L'Italien Carlo Abate, qui a disputé le Grand Prix de Reims sur l'ancienne Lotus 18/21 de Rob Walker, était également inscrit mais a déclaré forfait.
Porsche 804 "Usine" Fort de ses récents succès, Porsche a préparé trois 804 (à moteur huit cylindres à plat refroidi par air) pour son grand prix national. Vainqueur à Rouen et à Solitude, Dan Gurney dispose d'un châssis neuf, sa précédente monoplace servant de mulet, tandis que Joakim Bonnier pilote sa voiture habituelle. Proches du poids minimal autorisé (450 kg), les Porsche disposent de 185 chevaux à 9200 tr/min.
Porsche 718 privées Trois Porsche 718 (moteur quatre cylindres à plat refroidi par air, 165 chevaux) sont présentes : celle de l'aristocrate néerlandais Carel Godin de Beaufort, celle de l'Écurie Filipinetti confiée à Heini Walter et celle de la Scuderia SSS Republica di Venezia aux mains de Nino Vaccarella.
Cooper T60 & T55 "Usine" thumb|right|upright=1|La Cooper T60 de Bruce McLaren. L'équipe de John Cooper aligne deux T60 à moteur V8 Climax FWMV pour Bruce McLaren et Tony Maggs, une Cooper T55 de l'année précédente, à moteur quatre cylindres Climax, servant de mulet. Conçues par Owen Maddock, les T60 disposent d'une boîte de vitesses à six rapports, contre cinq pour la T55. Les deux modèles pèsent 465 kg.
Cooper T59 privée L'écurie "Anglo-American Equipe" de Louise Bryden-Browne engage de nouveau son Aiden-Cooper pour Ian Burgess. Il s'agit en fait d'une Cooper T59 de Formule Junior, que le chef-mécanicien Hugh Aiden-Jones a modifiée, y adaptant un moteur quatre cylindres Climax FPF et une boîte de vitesses Cooper à cinq rapports. La carrosserie a été redessinée, intégrant le radiateur de refroidissement à l'avant.
Cooper T53 privées Jackie Lewis s'aligne sur sa T53 personnelle, équipée d'un moteur Climax FPF. Le Français Bernard Collomb dispose d'un modèle similaire, racheté à l'écurie Yeoman Credit Racing, avec une carrosserie légèrement modifiée.
Brabham BT3 "Usine" thumb|right|La Brabham BT3, première F1 conçue par Jack Brabham et Ron Tauranac. En collaboration avec l'ingénieur Ron Tauranac avec lequel il avait déjà élaboré des monoplaces de Formule Junior, Jack Brabham a développé une Formule 1 à châssis multitubulaire. La BT3, à carrosserie en matière plastique, est équipée du moteur Climax V8, la transmission étant assurée par une boîte de vitesses Colotti à six rapports. Elle utilise des freins à disques Girling. Son poids à vide est de 465 kg. Après l'avoir testée sur le circuit de Brands HatchRevue L'Automobile n°197 - septembre 1962, Brabham l'utilise ici pour la première fois en course.
Lola Mk4 Au sein de l'équipe Bowmaker Racing, John Surtees et Roy Salvadori disposent de leurs habituelles Lola Mk4 à moteur Climax V8 et boîte de vitesses Colotti à cinq rapports. Ces monoplaces de 490 kg ont été conçues par Eric Broadley. Surtees peut égaler utiliser la nouvelle version Mk4A, au châssis allégé, munie d'une boîte six vitesses.
ENB Sur la base d'un châssis d'Emeryson Mk2 accidenté la saison précédente, l'Écurie Nationale Belge a reconstruit une nouvelle monoplace, baptisée des initiales de l'équipe. Cette ENB conserve le moteur de Maserati 150S (délivrant 140 chevaux) et la boîte Colotti à cinq vitesses qui équipaient la voiture d'origine. La nouvelle carrosserie s'inspire de celle de la Ferrari 156, avec notamment un avant en «nez de requin». Après deux courses sans succès au Grand Prix de Bruxelles et au Grand Prix de Pau, l'ENB fait ici sa première apparition en championnat du monde, toujours aux mains de Lucien Bianchi.
Gilby Keith Greene dispose de la Gilby à moteur V8 BRM et boîte Colotti à six rapports. C'est la première course de ce nouveau modèle, conçu par Len Terry.
Coureurs inscrits + Liste des pilotes inscrits Pilote Écurie Constructeur Modèle N° châssis Moteur Pneumatiques 1 Phil Hill Ferrari SEFAC Ferrari Ferrari 156 156-002 Ferrari 178 V6 (120°) 2 Giancarlo Baghetti Ferrari SEFAC Ferrari Ferrari 156 156-007 Ferrari 178 V6 (120°) 3 Ricardo Rodríguez Ferrari SEFAC Ferrari Ferrari 156 156-006 Ferrari 178 V6 (65°) 4 Lorenzo Bandini Ferrari SEFAC Ferrari Ferrari 156/62P 156-008 Ferrari 178 V6 (120°) 5 Jim Clark Team Lotus Lotus Lotus 25 25 R2 Coventry Climax FWMV V8 6 Trevor Taylor Team Lotus Lotus Lotus 24 24-948 Coventry Climax FWMV V8 7 Dan Gurney Porsche System Engineering Porsche Porsche 804 804-03 Porsche 753 F8 7T Dan Gurney Porsche System Engineering Porsche Porsche 804 804-01 Porsche 753 F8 8 Joakim Bonnier Porsche System Engineering Porsche Porsche 804 804-02 Porsche 753 F8 9 Bruce McLaren Cooper Car Company Cooper Cooper T60 F1-17-61 Coventry Climax FWMV V8 10 Tony Maggs Cooper Car Company Cooper Cooper T60Cooper T55 F1-18-61F1-11-61 Coventry Climax FWMV V8Coventry Climax FPF MkII L4 11 Graham Hill Owen Racing Organisation BRM BRM P57BRM P57 57855781 BRM P56 V8BRM P56 V8 12 Richie Ginther Owen Racing Organisation BRM BRM P57 5784 BRM P56 V8 14 John Surtees Bowmaker Racing Lola Lola Mk4 BRGP-42 Coventry Climax FWMV V8 14T John Surtees Bowmaker Racing Lola Lola Mk4A BRGP-44 Coventry Climax FWMV V8 15 Roy Salvadori Bowmaker Racing Lola Lola Mk4 BRGP-43 Coventry Climax FWMV V8 16 Jack Brabham Brabham Racing Organisation Brabham Brabham BT3 F1-1-1962 Coventry Climax FWMV V8 17 Maurice Trintignant Rob Walker Racing Team Lotus Lotus 24 24-940 Coventry Climax FWMV V8 18 Carel Godin de Beaufort Ecurie Maarsbergen Porsche Porsche 718 718-201 Porsche 547/3 F4 19 Jo Siffert Écurie Filipinetti Lotus Lotus 21 21-938 Coventry Climax FPF MkII L4 20 Jackie Lewis Ecurie Galloise Cooper Cooper T53 F1-6-61 Coventry Climax FPF MkII L4 21 Lucien Bianchi Écurie Nationale Belge ENB ENB F1 1001 Maserati L4 22 Carlo Abate Scuderia SSS Republica di Venezia Lotus Lotus 18/21 18-912 Coventry Climax FPF L4 25 Ian Burgess Anglo-American Team Cooper Cooper T59 FJ-?-62 Coventry Climax FPF MkII L4 26 Nino Vaccarella Scuderia SSS Republica di Venezia Porsche Porsche 718 718-203 Porsche 547/3 F4 27 Keith Greene Gilby Engineering Gilby Gilby 62 02 BRM P56 V8 28 Heinz Schiller Jo Siffert Écurie Filipinetti Lotus Lotus 24 24-950 BRM P56 V8 29 Tony Shelly John Dalton Lotus Lotus 18/21 P1 Coventry Climax FPF MkI L4 30 Jay Chamberlain Ecurie Excelsior Lotus Lotus 18 18-816 Coventry Climax FPF MkI L4 31 Bernard Collomb Privé Cooper Cooper T53 "VR" Coventry Climax FPF MkII L4 32 Heini Walter Écurie Filipinetti Porsche Porsche 718 718-202 Porsche 547/3 F4 33 Tony Marsh Owen Racing Organisation BRM BRM P48/57 573 BRM P56 V8 34 Wolfgang Seidel Gunther Seiffert Autosport Team W Seidel Lotus Lotus 24 24-946 BRM P56 V8