Álvaro Uribe Vélez, né le à Medellín (Antioquia), est un homme d'État colombien de droite, président de la République de 2002 à 2010.
Sénateur de 1986 à 1994, il est élu président de la République en 2002 et réélu en 2006. Sa présidence est principalement marquée par sa lutte contre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), des relations difficiles avec le Venezuela, et de nombreuses controverses afférentes à ses rapports, et à ceux de ses proches, avec le narcotrafic ou le paramilitarisme.
Fondateur et dirigeant du Centre démocratique à partir de 2013, il redevient sénateur en 2014, et continue à exercer une influence importante sur la vie politique colombienne, notamment lors du référendum de 2016 sur l’accord de paix avec les FARC et lors de l’élection présidentielle de 2018, qui voit la victoire de son candidat, Iván Duque.
Il est condamné à douze ans d'assignation à résidence en 2025 pour subornation de témoins.
Biographie Famille et formation Avocat de profession, Álvaro Uribe a étudié à l'université d'Antioquia avec des études de spécialisation en administration et en gestion à l'Harvard University Extension School. Il a ensuite fait des études à l'université d'Oxford, où il est nommé Senior Associate Member at the Saint Antony's College en 1998.
Il est marié à Lina Moreno avec laquelle il a deux fils : Tomás et Jerónimo.
Son père, qui servait de prête-nom pour couvrir certaines activités du cartel de Medellín et entretenait possiblement une milice paramilitaire, a été assassiné par les FARC en 1983 lors de l'assaut de son hacienda .. Il se rend immédiatement sur les lieux, dans un hélicoptère appartenant à Pablo Escobar. Lui-même survécut à plusieurs attentats., dont un à la voiture piégée lorsqu'il était candidat à la présidence colombienne le , attentat qui a fait deux morts et une vingtaine de blessés.
Premières fonctions politiques Uribe commence sa carrière politique avec le Parti libéral et est nommé en maire de Medellin par Belisario Betancur (les maires des grandes villes de Colombie étaient autrefois non élus). Cependant, il est destitué de sa fonction en , cinq mois seulement après sa nomination, pour avoir vraisemblablement participé à une réunion des cadres du cartel de la ville avec Pablo Escobar, les frères Ochoa, Carlos Lehder et Gonzalo Gacha.
Il est ensuite sénateur, de 1986 à 1994, et gouverneur de la région d'Antioquia de 1995 à 1997. Il entreprend notamment depuis cette dernière fonction de promouvoir et de mettre en œuvre les CONVIVIR (milices privées assimilables à des paramilitaires) qui seront néanmoins déclarées anticonstitutionnelles en 1996 et partiellement désarmées, d'autres rejoignant les Autodéfenses unies de Colombie (AUC)..
Président de la République Il se retire du parti libéral en 2001 pour se présenter en candidat indépendant à la présidentielle de 2002. Il est élu dès le premier tour le avec 53 % des voix et 48 % de taux de participation, ce qui tend à montrer que la population est séduite par son langage de fermeté à l'égard des groupes armés illégaux et par sa volonté affirmée de rétablir l'autorité de l'État sur l'ensemble du territoire à travers une politique qualifiée de « sécurité démocratique ». Il est cependant soutenu par les paramilitaires, qui dans les zones rurales ont ordonné aux paysans de voter pour lui.. Son élection en fait le premier président élu sans étiquette de Colombie..
Son premier gouvernement comprend treize ministères. Il compte six femmes, qui occupent notamment les postes clés de la Défense et des Affaires étrangères. Soutenu par un « Plan Colombie » financé par les États-Unis, Uribe poursuit la politique entreprise sous son prédécesseur Andrés Pastrana donnant préséance au renforcement militaire sur tout autre aspect de la politique gouvernementale. Pour mettre en œuvre ce programme de « sécurité démocratique », le budget de la Défense est fortement rehaussé grâce à un impôt nouvellement instauré qui lui est entièrement destiné et par le gel des salaires des fonctionnaires. soldats professionnels sont ainsi recrutés et un réseau de surveillance citoyenne d'un million de personnes est constitué. Cette deuxième mesure suscite des critiques de l'opposition, qui considère qu'il s’agit d'une politique de délation de grande envergure et s'inquiète des éventuelles bavures qui pourraient en découler.
Les élections parlementaires (Chambre des représentants et Sénat) du donnent à la coalition favorable au président Álvaro Uribe une majorité absolue au Sénat (61 sièges sur 102) ainsi qu'à la Chambre des représentants (91 sièges sur 166). Le premier tour de l'élection présidentielle, qui a lieu le et qui est marqué par un taux de participation de l'ordre de 44 %, voit sa réélection avec 62,2 % des voix, face au candidat du Pôle Démocratique Alternatif (PDA - gauche), qui obtient 22 % des voix, et au candidat officiel du parti libéral, Horacio Serpa qui obtient près de 12 % des voixUribe réélu président de la Colombie, la-Croix. com. Il est ainsi devenu le premier président colombien depuis un siècle à être réélu pour un second mandat (jusqu'à sa révision en 2004 la constitution colombienne n'accordait l'exercice que d'un seul mandat présidentiel), ainsi que le président le mieux élu de l'histoire de son pays. Ces élections ont mis en lumière l'affaiblissement des deux partis « historiques » du bipartisme colombien. En 2002 comme en 2006 le Parti conservateur n'a d'ailleurs pas présenté de candidats, préférant se situer dans le sillage du président sortant ; le Parti libéral est quant à lui apparu comme l'un des grands perdants de l'élection présidentielle de 2006.
Politique de sécurité intérieure Álvaro Uribe tient une ligne dure contre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, organisation armée d'extrême-gauche), refusant le dialogue et préférant miser sur une solution exclusivement militaire pour achever le conflit. Pour écraser la guérilla , il s'appuie notamment sur les paramilitaires des Autodéfenses unies de Colombie (AUC, extrême-droite), qui fonctionnent comme une force auxiliaire de l'armée gouvernementale «utilisée pour semer la terreur et détourner les soupçons concernant la responsabilité des forces armées dans la violation des droits humains lors du conflit», indique Amnesty International. Ces paramilitaires sont tenus responsables par l'ONU de 80 % des crimes et massacres perpétrés durant le conflit, contre 12 % pour les guérillas et 8 % pour l'armée.. Dans le cadre du programme Justicia y Paz, Álvaro Uribe propose en 2006 une quasi-amnistie des AUC et obtient que Éric Lair. Le conflit armé colombien à la croisée des chemins. Géopolitique n° 96, octobre 2006, p 73-79 des membres de ces milices déposent les armes Colombie la main tendue aux paramilitaires, Le Nouvel Observateur, jeudi 24 janvier 2008.
Près de 500 otages ont été libérés par des opérations de police en deux ans, et le nombre d'homicides est passé de à de 2002 à 2005Éric Lair. Géopolitique, p 73. Les FARC ont progressivement été réduites et repoussées. En outre, plusieurs de ses chefs ont été tués par l'armée en 2008 et de nombreux militants ont déserté. Le , il lance l' qui permet la libération de plusieurs otages des FARC dont Ingrid Betancourt. C'est pour lui une victoire personnelle à plus d'un titre car il parvient à faire libérer la célèbre otage, et ceci tout en restant jusqu'au bout sur sa position de refus de toute négociation avec l'organisation rebelle. Cette politique semble toutefois s’essouffler passé 2008, où les attaques se font plus nombreuses. En 2010, les pertes de l’armée sont supérieures à celles de 2002, quand Álvaro Uribe avait pris ses fonctions. Après le retrait d'Uribe en 2010, le gouvernement colombien, mené par l'ancien ministre Juan Manuel Santos, reconnait que les guérilleros ne sont plus sur la défensive et réévalue leur nombre à la hausse. Selon les données officielles publiées par l’armée colombienne, 5 000 militaires ont été tués et 16 000 blessés dans les combats avec les FARC entre 2002 et 2010..
Ces efforts contre la guérilla ont été accompagnés d'un prix humanitaire élevé. Depuis les années 1980, 6 200 000 personnes ont été victimes de déplacements forcés, dont plus de la moitié durant les années de présidence d'Álvaro Uribe. En 2011, après son passage à la tête du pays, la Colombie était devenue le pays au monde comptabilisant le plus grand nombre de déplacés internes devant le Soudan et l'Irak...
Pour améliorer ses résultats en matière de lutte contre la guérilla, l'armée colombienne a procédé à des exécutions massives de civils, présentés comme des rebelles tués au combat. Si des exactions de ce genre existaient déjà auparavant, le phénomène s'est généralisé à partir de 2002, encouragé par les primes versées aux soldats et par une impunité quasi-absolue... Le scandale, dit des faux positifs, éclate en 2008. La justice colombienne reconnait en 2021 au moins 6 402 civils exécutés par l’armée colombienne entre 2002 et 2008 afin d’être présentés fallacieusement comme des membres des guérillas..
En 2010 une fosse commune contenant 2 000 cadavres est découverte à proximité d'une base militaire, dans le département du Meta. Il s'agit de la plus grande fosse commune découverte en Amérique du Sud..
430 syndicalistes ont été assassinés entre 2002 et 2008. Ce chiffre est toutefois moins élevé qu'autrefois, dans les années 1980 et 1990, mais la Colombie conserve son statut de pays le plus dangereux au monde malgré un taux de syndicalisation très faible (moins de 5 %) probablement directement imputable à ces multiples assassinats et à la terreur qu'ils inspirent. Selon un rapport d’Amnesty International de 2008 les paramilitaires restent les principaux responsables, mais l'armée et la police seraient tout de même à l'origine de 43 % des meurtres.
Manifestation des indigènes En , indigènes colombiens se rassemblent pour manifester contre la politique d'Uribe. Ce dernier les condamne, car ils ne coopèrent pas avec le gouvernement. Ceux-ci se sentent en fait pris entre les feux croisés des AUC, du FARC et de l'armée gouvernementale. Une vidéo diffusée sur CNN a montré des militaires visant les manifestants avec des tirs de fusil et abattre trois indigènes. Uribe, qui a d'abord nié ces faits, doit finalement les admettre face à l'évidence des informations de la chaîne américaineyoutube.com.. Quelques semaines plus tard l'un des meneurs du mouvement de protestation est abattu à un barrage militaire, dans ce qui semble avoir été une tentative de l'armée de présenter sa mort sous forme de faux positifs..
Politique étrangère Álvaro Uribe se distingue de la plupart de ses homologues sud-américains par son soutien inconditionnel à la politique étrangère américaine. Il soutient ainsi l'invasion de l'Irak en 2003 et s'oppose à une reconnaissance diplomatique officielle de la Palestine par la Colombie.. Un traité de libre-échange est signé avec le gouvernement George Bush en 2006 et est rapidement suivi d'un accord de coopération militaire pour permettre à l'armée américaine d'utiliser sept bases militaires en Colombie.. Il s'associe également aux États-Unis dans la « guerre contre le terrorisme » et poursuit le « plan Colombie » contre la culture de la coca. Ce plan prévoit notamment l'aspersion par voie aérienne d'herbicide (glyphosate) pour détruire les champs de coca.
Rapports avec le Venezuela thumb|Álvaro Uribe et le président Lula en 2009.