de Castille, né le à Burgos et mort le à Montiel, fils du roi , est roi de Castille de 1350 à 1369. Il est surtout connu sous le nom de Pierre le Cruel ou Pierre le Crude, qui lui a été donné par ses ennemis, mais a aussi été désigné comme Pierre le Justicier.

Son règne est principalement marqué par la première guerre civile de Castille, qui l'oppose à son demi-frère Henri de Trastamare. Cette guerre s'inscrit parmi les conflits périphériques de la guerre de Cent Ans entre la France et l'Angleterre, avec la participation en 1368-1369 du Prince Noir, fils aîné du roi Édouard III, et de Bertrand du Guesclin, futur connétable de France.

Vaincu en 1369 et fait prisonnier, Pierre est tué par Henri dans les jours qui suivent. Sa mort met fin au règne sur la Castille de la maison d'Ivrée, remplacée par la maison de Trastamare.

« Pierre le Cruel » ou « Pierre le Justicier » ? Le surnom de « Pierre le Cruel » vient des nombreux assassinats et exécutions qu'il a ordonnés, notamment celui d'une épouse, Blanche de Bourbon, belle-sœur du roi de France . Sa cruauté est essentiellement exercée sur les nobles, révoltés ou juste gênants, mais ne concerne pas les gens du peuple chez qui sa réputation est moins marquée. Durant ses de règne, il est en effet constamment en butte à des rébellions nobiliaires, soutenues par des souverains étrangers.

Il aurait été un protecteur de la communauté juiveDavid Nirenberg, Antijudaïsme : Un pilier de la pensée occidentale (chapitre 5), Labor et Fides, 2023, . dont fait partie sa principale favorite et où il recrute ses hommes de main, et également un protecteur des musulmans.

Ses partisans l'appelaient « le Justicier », mais sa défaite finale a relégué cette dénomination dans l'obscurité au profit de celle de ses ennemis.

Biographie

Origines familiales et formation Il est le fils du roi de Castille (1311-1350) et de son épouse depuis 1328, Marie de Portugal (1313-1357), fille du roi de Portugal (1291-1357).

Son père, qui vit avec sa favorite Leonor de Guzmán, ne s'occupe guère de son éducation, confiée à la reine Marie, qui vit avec son fils dans l'Alcázar de Séville. Mais c'est un favori du roi, le noble portugais João Afonso de Albuquerque, qui est choisi comme précepteur.

Projets de mariage (1335-1351) En 1335, alors qu'il n'a pas atteint l'âge d'un an, une ambassade est envoyée à par le roi d'Angleterre en vue d'un mariage entre sa fille Isabelle et Pierre. Cette demande est rejetée par le roi de Castille qui l'estime prématurée.

En 1342, Édouard fait une nouvelle demande, pour sa fille Jeanne (1334-1348). Ce projet prend forme en 1347 et Jeanne vient à Bordeaux, ville que le roi d'Angleterre détient en tant que duc d'Aquitaine (vassal du roi de France). Mais au moment de quitter Bordeaux, la région est frappée par la peste et Jeanne en meurt le .

En 1351, un mariage est envisagé entre Pierre et Blanche de Navarre (1331-1398), veuve du roi de France (1296-1350), mais cela n'aboutit pas car elle ne veut pas se remarier : .

Ces tentatives de mariage sont motivées par l'existence d'une flotte castillane puissante, élément important pour le contrôle des mers dans le cadre du conflit franco-anglais.

Premières années de règne sous l'influence d'Albuquerque Le , alors qu'il assiège Gibraltar, meurt de la peste. Pierre est proclamé « roi de Castille et León » à Séville.

Dès le début de son règne s'affrontent deux clans : la faction dirigée par sa mère Marie de Portugal et celle de la maîtresse d'Alphonse XI, Leonor de Guzmán, puissante tant que le père de Pierre était en vie et dont les enfants illégitimesLeonor de Guzmán a donné dix fils à , tous dotés de fiefs par leur père. sont largement dotés en honneurs et privilèges.

Le parti de la reine mère le pousse à faire arrêter ses demi-frères adultérins, en particulier Henri de Trastamare et son frère jumeau Fadrique, grand maître de l'ordre de Santiago. Ces derniers se rebellent mais finissent par se réconcilier avec le roi.

En 1351, rétabli d'une grave maladie qui l'a frappé l'année même de son couronnement, il ordonne la levée du siège de Gibraltar et quitte Séville pour la Castille, toujours sous la coupe de sa mère et d'Albuquerque. En 1352, profitant de la mort du seigneur de Biscaye, il fait assassiner le jeune héritier et absorber la seigneurie par la couronne, malgré une opposition armée de quelque . Il organise le mariage de la sœur de l'héritier assassiné, Jeanne de Lara , avec son demi-frère Tello de Castille, un autre des fils illégitimes d' et Leonor de Guzmán.

En 1351 et 1352 se tiennent les Cortes (pendant castillan des états généraux du royaume de France) à Valladolid à l'occasion desquelles seront publiées un nombre important de lois contre le brigandage et le vagabondage, pour la protection des Juifs, pour le développement du commerce et de l'agriculture et pour la limitation des droits de la noblesse.

En 1352, pour sceller une alliance avec le royaume de France, il décide d'épouser Blanche de Bourbon, descendante de Saint Louis par son père, le duc , et de par sa mère Isabelle de Valois. Il s'agit surtout d'une nièce du roi de France. Il s'agit d'un mariage de raison car a déjà rencontré celle qui devient sa maîtresse attitrée, Marie de Padilla. Jean le Bon et s'accordent sur une dot de , qui ne sont pas versés suivant l'échéancier prévu ( au départ de Blanche de France, à Noël et chaque année jusqu'à atteindre la somme contractuelle).

Rébellions nobiliaires vignette|Double de 35 maravédis à l'effigie de dit le Cruel ou le Justicier. vignette|gauche|redresse|Henri de Trastamare. En 1353, il fait exécuter le meneur d'une rébellion en Andalousie malgré son appartenance à la noblesse. Il y gagne le surnom peu flatteur de Pierre le Cruel. En de cette même année, il épouse sa promise et l'abandonne trois jours après son mariage. Il fait enfermer son épouse et rejoint sa maîtresse, Marie de Padilla, qui lui a déjà donné une fille. L'échec de ce mariage provoque la rupture de l'alliance avec le roi de France et la chute d'Albuquerque qui l'avait encouragé et organisé. La reine mère soutient Albuquerque, ainsi que les nombreux nobles que ce dernier a nommés aux différentes charges et fonctions dans le royaume. Albuquerque s'est réfugié auprès du roi du Portugal, , qui refuse de le remettre à . Ce dernier, qui a à cette époque l'appui de ses demi-frères, laisse Henri de Trastamare et Fadrique de Castille en poste à la frontière portugaise.

Enfermée à l'Alcazar de Séville, la reine Blanche se plaint du traitement dont elle est l'objet auprès du pape et du roi de France. Les interventions du pape en faveur de la recluse, ainsi que les menaces d'excommunication, n'aboutissent à rien.

En 1354, grâce à l'appui des évêques d'Avila et de Salamanque, il convainc , une jeune veuve de bonne lignée liée aux seigneurs de Biscaye, de la nullité de son mariage avec Blanche et l'épouse. Cette deuxième épouse est également rapidement abandonnée bien qu'elle donne un héritier mâle au roi. À l'annonce de cet abandon, le propre frère de la reine Jeanne lève une troupe de et rejoint la rébellion. En , Albuquerque, figure de proue de la rébellion, meurt empoisonné à Medina del Campo.

Henri de Trastamare est désormais à la tête de la rébellion. Le roi peut s'appuyer sur la petite noblesse, la bourgeoisie urbaine et la communauté juive qui sont les principaux bénéficiaires des lois et mesures adoptées par les Cortes à Valladolid. En revanche, Henri de Trastamare reçoit le soutien inconditionnel de la haute noblesse, du roi d'Aragon et du peuple.

Une entrevue est organisée entre le roi et les principaux conjurés à Tejadillo, à proximité de Toro. Il promet des terres et des récompenses et parvient ainsi à quitter la ville pour Ségovie avec l'appui de Tello de Castille et des infants d'Aragon. Dans ces deux villes, exerce une répression sanglante contre ses ennemis.

En 1355, il obtient des Cortes réunies à Burgos des subsides pour lever les troupes nécessaires à la reprise des villes de Tolède et Toro, acquises à la rébellion. Les deux villes sont reprises, non sans difficulté en ce qui concerne Toro.

Guerre contre l'Aragon (1356-1361) vignette|redresse|Statue de datant de jusqu'à 1446. En 1356, il advient qu'une flotte de neuf galères du roi d'Aragon arrivent dans le port andalou de Sanlúcar de Barrameda et arraisonnent deux vaisseaux de la république de Gênes, alors en guerre avec le royaume d'Aragon. se montre particulièrement actif dans cet affrontement, la guerre des deux Pierre et dès 1357 prend les villes d'Orihuela et de Tarazona.

Dans le même temps, entre 1356 et 1360, il fait assassiner ses ennemis : , Fadrique de Castille, Jean d'Aragon , sa tante Éléonore de Castille, mère du précédent et veuve d'…

Après de nombreux combats, les deux rois finissent par signer la paix de Terrer le , par laquelle ils se restituent mutuellement les territoires conquis durant la guerre. vignette|La "guerre des Pierre" suivie par la guerre civile contre Henri de Trastamare.

Rébellion et échec d'Henri de Trastamare (1366) Henri de Trastamare, voyant s'étoffer son parti au fur et à mesure des exactions de son demi-frère décide d'attaquer en 1360 et se rend maître de la cité de Nájera. Au cours de la prise de la ville, , oncle de Marie de Padilla et favori de Pierre le Cruel, trouve la mort. En représailles, fait mettre à mort deux des frères d'Henri et envoie ses troupes à Nájera dès le mois d'. Henri de Trastamare est battu et doit se réfugier dans la ville. Inexplicablement, Pierre le Cruel ne met pas le siège devant la cité et retourne à Séville. Trastamare se réfugie en France pour en revenir quelques années après, en 1364, accompagné de Bertrand Du Guesclin et des Grandes compagnies, et envahir le royaume de Castille.

En 1366, après être entré en Castille par l'Aragon, dont le roi a conclu un pacte avec Henri pour détrôner , l'armée franco-aragono-castillane de Trastamare contrôle l'essentiel du Royaume à l'exception de la Galice, de Séville et de quelques autres places. Henri de Trastamare est proclamé roi de Castille. s'est réfugié en Galice et de là a embarqué pour Bayonne en Guyenne, sous protection anglaise. Le , il signe le traité de Libourne avec Édouard de Woodstock et Charles le Mauvais, roi de Navarre. Ce traité stipule que le Prince Noir et le roi de Navarre doivent apporter une aide militaire et financière à Pierre le Cruel pour la reconquête de son trône et recevoir des territoires en contrepartie. Le Prince Noir est censé recevoir la seigneurie de Biscaye, la ville de Castro-Urdiales ainsi que . Pour sa part, Charles le Mauvais prétend recevoir le reste des provinces basques ainsi qu'un comté sis dans la région de Burgos.

De son côté, de Castille doit faire face à des désertions et au retrait de d'Aragon, frustré de ne pas avoir reçu le royaume de Murcie comme convenu avec Henri.

vignette|250px|La bataille de Nájera (Chroniques de Jean Froissart). En , Charles le Mauvais tente un renversement d'alliance mais est rapidement remis dans le droit chemin par les troupes du Prince Noir. En , l'armée anglaise est à Pampelune et arrive en à Nájera où elle bat l'armée d'.

se réfugie en France. Les nombreux prisonniers sont libérés après paiement d'une rançon. Le Prince Noir prend ses quartiers à Burgos et attend sa récompense. Ses troupes, peu habituées au climat rigoureux de la région, souffrent du froid, de la malaria et de dysenterie. Las d'attendre, le Prince Noir finit par retourner en Guyenne, sans avoir obtenu son dû. Pierre le Cruel, appuyé par le roi de Grenade, assiège Cordoue, en vain.

Reprise de la guerre par Henri de Trastamare (1368-1369) Offensive de Trastamare et de Bertrand du Guesclin (1368) Henri profite de la situation pour reformer une armée outre-Pyrénées, le roi mettant à nouveau à sa disposition les Grandes compagnies, commandées par Bertrand Du Guesclin, par le traité d'Aigues-Mortes.