Adi Shankara (sanskrit : Ādi Śaṅkara, devanagari : आदि शङ्कर ; parfois appelé Ādi Śaṅkarācārya ; de Śaṅkara ou Śaṃkara, , une des épithètes de Shiva), est, au Pas de certitude sur les dates : la datation « traditionnelle » est 788 - 820, mais Hajime Nakamura propose 700 - 750 et François Chenet la première moitié du ., un des plus célèbres maîtres spirituels de l'hindouisme, philosophe de l'école orthodoxe Advaita Vedānta, et commentateur des Upanishad védiques, du Brahma Sūtra et de la Bhagavad-Gita. Il eut pour maître Govindanātha et mena une vie de renonçant itinérant (saṃnyāsin) allant d'un monastère ou d'un temple à un autre, d'une communauté à une autre. Ce fut un « réformateur religieux » qui chercha à créer une entente entre les divers courants et écoles religieuses de son époqueMichel Angot, L'inde classique, Éd. Les Belles Lettres, 2007, et 130. .
Sa vie Étant considéré comme un saint, incarnation (avatar) de Shiva, les récits de sa vie sont souvent hagiographiques, avec des faits légendaires. Śaṅkara s'identifiait comme un śiśu (rejeton) du Drāviḍa ou Tamilakam, une région et aire culturelle antique liée aux Tamouls. Ses écrits sont en sanskritJacques Dupuis, Histoire de l'Inde, éd., Éditions Kailash, 2005, p.169..
Enfance et origine de sa vocation On raconte que Śiva apparut à ses parents, leur laissant le choix entre une progéniture nombreuse mais peu brillante, et un seul enfant dont la vie serait courte mais admirable. Le couple ayant opté pour la seconde proposition, Ādi Śaṅkara vint au monde. Il naquit dans le petit village de Kaladî, dans le Kerala, au sud de l'Inde. Ses parents appartenaient à la caste des brahmanes nambûdiriJacques Dupuis, ibid., 2005, p.173.. Malgré la mort précoce de son père, Śaṅkara reçoit l'initiation brahmanique à 5 ans et commence dès lors l'étude des textes sacrés. On rapporte de nombreux miracles effectués dès cette époque et une mémoire hors du commun (il aurait mémorisé en trois ans l'ensemble des quatre Veda), .. Naturellement poussé vers l'ascétisme, Śaṅkara renonce à toute vie familiale lorsqu'un crocodile manque de lui arracher la jambe, ce qu'il interprète comme un signe de la brièveté de sa vie qu'il décide alors de consacrer à la recherche de la vérité Shivananda, Lives of Saints . Il devient alors renonçant à l'âge de 8 ans.
Quête spirituelle et voyages Śaṅkara se mit ensuite à la recherche d'un guru apte à le guider dans sa recherche spirituelle. Il partit pour le centre de l'Inde au bord de la rivière Narmada, où il rencontra un disciple du grand Gauḍapāda, auteur de la MāṇḍūkyakārikāGérard Huet, Dictionnaire Héritage du sanscrit., commentaire fameux de la Māṇḍūkya Upaniṣad. Ce disciple, nommé Govinda, l'initia à l'ordre le plus ascétique qui puisse se trouver alors en Inde. Dès lors, Śaṅkara voyagea à travers le pays, composant des commentaires des textes sacrés de l'hindouisme.
Prédications et débats
Lors de ses rencontres avec de nombreuses autorités de différentes écoles, Śaṅkara se révèle être un brillant orateur et prédicateur capable de contrer les spéculateurs hétérodoxes et tout contradicteur en général, y compris d'écoles āstika (orthodoxes).
Il a notamment eu un débat philosophique avec Kūmarila BhaṭṭaFrançois Chenet, « SHANKARA », Encyclopædia Universalis en ligne, consulté le 6 septembre 2014 de l'école traditionnelle Mīmāṃsā, dont il sortit vainqueur.
Śaṅkara, qui était suivi par de nombreux disciples, se rendit au Cachemire, où se trouvait un trône dédié à Sarasvatī, et sur lequel seul celui qui remportera tous les débats entre les brahmanes présents pourra s'asseoir, chose qui n'était jamais arrivée. Il n'eut pas de mal à contrer ses adversaires et put prendre place en ce lieu sacré sous les auspices de la déesse.
Réformes Refus des rituels sanglants Ādi Śaṅkara purifia considérablement le rituel tantrique. Il exhorta les desservants des temples à remplacer les offrandes de boissons alcoolisées (madya), de viande (māṃsa) et de poisson (matsya) par des offrandes de riz, de fleurs et de laitagesPaul Martin-Dubost, çankara et le védânta, maîtres spirituels, éditions du Seuil, 1973.. Dans certaines régions de la péninsule, le sang tant humain qu'animal coulait à flots. Shankara fut très ferme : le vrai sens du sacrifice est intérieur ; il faut l'âme à l'Âme, et non barbouiller de sang les idoles.
Transmission des connaissances Adi Shankara a établi six critères pour transmettre la connaissance sacrée : Être un étudiant en voie de réalisation spirituelle (brahmacari), être généreux (dhanadayi), être érudit (medhavi), respecter les prescriptions védiques (notamment le principe de l'ahimsa, la non-violence), être digne d'affection (priya), et être capable d'enseigner par le biais de la connaissance acquise (vidyaya va vidyam)Les upanisad, textes traduits du sanskrit présentés et annotés par Alyette Degrâces, éditions Fayard, p.138..
Selon Adi Shankara, le disciple doit être aussi doté de quatre qualités pour être considéré apte à la recherche du BrahmanLa distinction entre l'observateur et l'observé, Drig-Drishya-Viveka, Shankara, traduction par José Le Roy, éditions Almora, page 11. : La capacité de distinguer (entre l'éternel et l'éphémère) L'absence de passion (absence de peur, de colère, de jalousie, etc.) Être équanime (voir du même œil tous les êtres) Le désir de libération du cycle des réincarnations.
Sur le panthéon des divinités
Il proposa de réorganiser le panthéon de l'hindouisme comprenant de nombreuses divinités, en le réduisant à cinq principales : Vishnu, Shiva, Durga, Surya, Ganesha. L'adoration de ces cinq dieux se fait encore de nos jours par les brahmanes de la tradition Smarta.
Maturité et mort Pour propager ses enseignements, il écrivit de nombreux ouvrages, dont des commentaires, et fonda dix ordres monastiques ainsi que quatre monastères (cf. #Postérité). Il accomplit cette réforme des ordres monastiques sur le modèle des ordres bouddhistes. Il serait mort à 32 ans, près du mont Kailash dans l'Himalaya.
Doctrine La non-dualité
La doctrine enseignée par Śaṅkara est connue sous l'expression de « non-dualité », c'est-à-dire la considération de la divinité dans sa totalité, au-delà de toute , y compris entre Être et Non-Être. Il s'agit par la connaissance (jñāna) de sortir de l'illusion (māyā) que Brahman est séparé de l'Ātman. La libération (moksha) se fait par le dépassement de cette illusion fondamentale qui se traduit au niveau individuel par l'ignorance (avidyā).
Cette doctrine, enseignée de tout temps par le Vedānta, se retrouve dans les commentaires de Śaṅkara, ainsi que dans son « Traité aux mille enseignements » :
Si Śaṅkara a vigoureusement combattu le bouddhisme, sa conception de la māyā s'est beaucoup inspirée du bouddhisme mahāyāna qui ne fait plus de la réalité du monde qu'un fantasme.
Le plus beau fleuron de la discrimination
Les différents corps et le Soi Mention est faite de plusieurs , (kośa) ou (śarīra) qui enveloppent le Soi (ātman). Le Vedānta, avec Śaṅkara qui a commenté la Taittirīya Upaniṣad, en distingue cinqShankara ( s.), Le plus beau fleuron de la discrimination (Viveka-chûdāmani). :
La piètre condition de l'homme indécis
"Immergé dans l'eau de l' océan du monde comme une calebasse, sous le pesant fardeau de l'ignorance, du désir et de l'attachement aux fruits de l'action, ayant fait l'identification complète de l'âtman avec le corps, cet être-là est tourmenté par des idées telles que: Je suis le fils et le petit-fils de tel et tel ; je suis maigre, je suis fort; je possède des qualités, je suis dépourvu de qualités; je suis heureux, je suis misérable, et il pense qu'à part lui, rien d'autre n'existe. Ainsi il naît et meurt constamment, toujours escorté ou séparé de ses amis et connaissances. Son impuissance (anîçayâ) se traduit en mouvements d'humeurs et d'abattements tels que : Je ne suis bon à rien. Mon fils est perdu et ma femme est morte; de quelle utilité est cette vie?... Avec de pareilles préoccupations, il est toujours troublé de toutes sortes de maux causés par son ignorance. (Mundaka up. bhâ- shya III, 1, 2cité in Paul Martin-Dubos : Cankara et le védanta, p. 60 & suiv., 1973, Éd. du Seuil.
Postérité
Penseur de premier ordre, Śaṅkara eut une influence considérable sur la philosophie non dualiste et l'hindouisme en Inde. Les Européens ont commencé à le connaître par l'œuvre de René Guenon. On trouve cependant trace de sa doctrine dans des commentaires intégrés au texte de l'Oupnek'hat traduit en latin à partir du Persan par A. H. Anquetil-Duperron en 1801. Au , l'expérience, la vie et la doctrine de Ramana Maharishi (1879 - 1950) ainsi que l'enseignement direct et non conventionnel tout en restant traditionnel de Nisargadatta Maharaj (1897 - 1981) sont considérés par beaucoup comme les meilleurs exemples contemporains de la vitalité de la pensée de Ādi Śaṅkarācārya et de l'Advaita Vedānta. Parmi d'autres, Richard De Smet propose une nouvelle approche, plus théologique, de Shankara.
Monastères Ādi Śaṅkara a fondé quatre MaṭhaLes quatre Math (Amnaya Peethams) fondés par Ādi Śaṅkara (Monastères ou ordres monastiques) (sanskrit devanāgarī : ) encore appelée école (Vidyāpīṭha)A Tradition of Teachers: Sankara and Jagadgurus Today. William Cenkner. Éd. Motilal Banarsidass Publ., 1995, page VII. , pour maintenir la tradition védique.
Etablis aux quatre points cardinaux de l'Inde, les Maṭha sont : ShringeriSite officiel de Śṛṅgeri dans l’état du Karnataka au Sud, Ce Maṭha correspond à la doctrine du Sud (Dakṣiṇāmnāya maṭha) et est associé au Yajur Veda. Kalika à Dvaraka dans le Gujarat à l’Ouest et est associé au Sāmaveda. Govardhana Maṭha à Puri dans l'Orissa à l’Est et est associé au Ṛgveda. Jyotir Math, dénommé également Yotirmaṭha (Joshimaṭha) dans l’Uttarakhand au Nord et est associé à l'Atharva Veda.
La tradition commente qu’il plaça à la tête de ces Maṭha ses quatre principaux disciples : respectivement Sureshwaracharya (Śṛṅgeri: de 820 à 834), Hastamalakacharya, Padmapadacharya, et TotakacharyaA Tradition of Teachers: Sankara and Jagadgurus Today. William Cenkner. Éd. Motilal Banarsidass Publ., 1995, page 85. . Les responsables de ces quatre Maṭha prennent le titre de śaṃkarācārya ou Shankaracharyas.
Ordres monastiques Śaṅkara est le fondateur des , dix ordres monastiques dont les moines portent généralement le nom après leur nom propre : Bhâratî, Sarasvatî, Sâgara, Tîrtha, Purî, Âshrama, Giri, Parvata, Aranya et Vana.
Les brahmanes qui se réclament de sa tradition sont appelés Smârtava et pratiquent un rituel non sectaire qui intègre le rituel domestique védique et des aspects de dévotion hindoue. La pancâyatana pûjâ (quintuple adoration), caractéristique des Smârtava, est un culte dédié à Shiva, Vishnu, Shakti, Ganesha et Sûrya, en tant qu'aspects du saguna brahman, le Divin personnel ou doué de qualités, par opposition au nirguna brahman, le Divin sans attribut, impersonnel et ineffable de la philosophie.
Réformateur On lui donne le titre de "shanmatasthâpanacharya" (shan=six, mata=croyances, sthâpana=qui préserve, qui rétablit, âchârya=le maître, celui qui connaît les règles)
Successeurs Les principaux successeurs qui ont poursuivi les thèses de Ādi Śaṅkara sontEliot Deutsch, Qu'est-ce que l'Advaita Vedanta ?, Èd. Les Deux Océans, 1980, page 10. :
Sureśvara () Maṇḍana () Padmapāda () Sarvajñātman () Vācaspati Miś () Śrī Harṣa () Prakāśātman ) Vidyāraṇya () Prakāśānanda () Sadānanda () Appaya Diksita () Dharmarāja ()
Adi Shankara et les Occidentaux En Europe