La malnutrition est un état physiopathologique résultant de l'influence combinée de la sur- ou sous-nutrition (déficience ou excès de calories ou d’un ou plusieurs nutriments) et d'autres facteurs (génétiques, inflammatoires…) sur la composition du corps Barac-Nieto M, Spurr GB, Lotero H, Maksud MG (1978) Body composition in chronic undernutrition. Am J Clin Nutr ;31:23–40. et sur ses fonctions biologiques.
Son origine peut être une quantité de nourriture inadaptée au besoin (apport calorique insuffisant ou excessif) ou l'ingestion d'aliments de mauvaise qualité (carences nutritionnelles ou excès de sucre, de protéines, de sel, de graisses…) ; d'autres facteurs, notamment psychologiques et pathologiques, interviennent également.
La maigreur squelettique, symbole habituel de la malnutrition, illustre les effets de la sous-nutrition, mais la malnutrition prend bien d'autres formes, dont l'obésité. Quels que soient la forme et le poids du corps, une personne peut être malnutrie. Et, qu'une personne ait une allure maigre, normale ou obèse n'indique pas l'état de malnutrition.
La malnutrition n'est pas la sous-alimentation ou la . Mais la sur- ou sous-alimentation sont des causes de malnutrition.
Dans les pays en développement elle est souvent liée à la « sous-alimentation » mais partout dans le monde, d'autres formes de malnutrition existent, débouchant notamment sur l'obésité et sur de graves carences. L'Organisation des Nations unies (ONU) parle à ce propos de « faim invisible » ou « faim cachée » ( en anglais)C'est notamment l'Unicef qui emploie ce mot, voir la page d'introduction., affectant deux milliards de personnes, carencées en oligo-éléments et en vitamines, ce qui peut causer des maladies mortelles. La « faim cachée » (« déficience en micronutriments ») existe aussi dans les pays développés. (phénomène de malbouffe, décrivant une nourriture à forte densité énergétique et pauvre en éléments nutritifs).
Dans certains contextes, la consommation de certains aliments riches en minéraux (céréales complètes, légumineuses, noix…) n'empêchent pas des carences en minéraux, si leurs minéraux sont rendus non biodisponibles par des anti-nutriments (tanin, acide phytique, lectines, inhibiteurs d'enzymes) naturellement présents.
Parce qu'elle réduit la qualité de vie, la santé publique et réduit la longévité, la malnutrition fait l'objet de travaux de recherche. Rien qu'au Royaume-Uni, son coût a été estimé (en 2005) à plusieurs milliards d'euros par an M. Elia, R. Stratton, C. Russel, C. Green, F. Pang (2005) The costs of disease-related malnutrition in the UK and economic considerations for the use of oral nutritional supplements (ONS) in adults. Redditch, UK: BAPEN..
Éléments de définition Une étude a (en 2010) montré qu'il n'y a pas d'accord entre experts sur la définition précise ou scientifique Stratton RJ, Green CJ, Elia M (2003) Scientific criteria for defining malnutrition. Disease related malnutrition : an evidence-based approach to treatment. Cambridge, UK: CABI Publishing . de la malnutritionMeijers J.M, Schols J.M, Soeters P.B & Halfens R.J (2010) Defining malnutrition : mission or mission impossible ?. Nutrition, 26(4), 432-440. |URL=http://www.academia.edu/download/43573704/Defining_malnutrition_mission_or_mission20160309-3289-ytmlud.pdf. Elle est souvent définie comme un état pathophysiologique ou une pathologie systémique aux conséquences et étiologies multiples. Séparer les approches quantitative et qualitative est obsolète et réducteur.
L'Organisation mondiale de la santé (OMS), la FAO, les organisations humanitaires s'y consacrant, les experts et les différentes études faites sur le sujet conviennent qu'elle peut être la conséquence de plusieurs facteurs, le plus souvent associés. Les carences alimentaires sont fréquemment à la fois quantitatives et qualitatives, elles sont une cause très fréquente de malnutrition, mais d'autres facteurs entrent très souvent aussi en jeu, allant de la génétique au microbiote intestinal en passant par des processus inflammatoires et des tabous religieux et éléments culturels.
La suralimentation (qui conduit à l'obésité) découle d'un bilan nutritionnel positif. La dénutrition découle d'un bilan nutritionnel négatifSoeters PB, Reijven PN, van Bokhorst-de van der Schueren MAE, Schols JMGA, Halfens RJG, Meijers JMM, van Gemert WG (2008) A ratio- nal approach to nutritional assessment. Clin Nutr ;27:706–16.. Il semble y avoir (en 2010) un consensus sur le fait que la définition de la malnutrition doit inclure au moins les notions de carence en énergie, carence en protéines et diminution de la masse lipidique, de même que des effets sur les fonctions du corps et de l'esprit, et l'inflammation. Beaucoup d'experts insistent su le caractère involontaire de perte de poids, sur la mesure de l'IMC et des apports nutritionnels. Mais aucun consensus n'existe en termes de seuils.
Les relations entre les calories, le sucre, les lipides, les protéines, les oligoéléments (vitamines notamment) et la survenue de maladies courantes ou rares sont de mieux en mieux comprises, de même que l'importance du microbiote intestinal, grâce notamment à un suivi de biochimiques fondamentales dans nos aliments par le département américain de l'Agriculture, et à diverses bases de données. Mais une étude récente (2020)Barabási, A., Menichetti, G. & Loscalzo, J. (2010) The unmapped chemical complexity of our diet. Nat Food 1, 33–37 |doi:10.1038/s43016-019-0005-1; étude conduite à la Northeastern University de Boston (Etats, Unis, Massachusetts)) basée sur l'apprentissage automatique et l'intelligence artificielle, conclut que le régime alimentaire humain comprend au moins biochimiques – dont la grande majorité est encore inconnue Editorial de la revue Nature du 14 janvier 2020 : Imagine a world without hunger, then make it happen with systems thinking ; Feeding the world involves tackling all aspects of the food system. En 2020, Sharon Friel (chercheuse en équité face à la santé à l'Université de Canberra) et ses collègues montrent que le système alimentaire n'est pas juste et que ; le commerce mondial peut entraver les efforts de lutte contre la malnutritionFriel S, Schram A & Townsend B (2020) The nexus between international trade, food systems, malnutrition and climate change. Nat Food 1, 51–58 (2020) doi:10.1038/s43016-019-0014-0 en freinant l'adoption de lois et réglementations pertinentes pour atteindre les objectifs mondiaux en matière de nutrition (et de changement climatique, le climat étant l'un des facteurs de production alimentaire), d'autant plus que .
Quelques exemples illustrent ce qu'est la malnutrition : Niger (été 2005) : les principaux cas de malnutrition rencontrés sont essentiellement dus à une carence majeure en apport alimentaire, du fait de la prolongation de la sécheresse et de l'invasion des zones cultivables par des criquets, ces deux causes ayant conduit à des récoltes très insuffisantes ; Liberia (2004-2005) : l'apport alimentaire est suffisant pour les populations, à la fois grâce à des récoltes et des importations non négligeables, ainsi que grâce à des distributions alimentaires régulières par le PAM. Mais les taux de malnutrition sont importants, surtout en zone urbaine ; essentiellement en raison de pratiques de soins inadaptées, dont les causes sont multiples. Les mères ne peuvent fournir à leur enfant des soins efficaces, du fait d'un déficit cognitif, de troubles post-traumatiques, d'une relation pathologique avec l'enfant Afghanistan (2002-2005) : si les carences alimentaires jouent un rôle important dans la malnutrition du pays, on constate aussi que beaucoup d'enfants refusent les soins (alimentation y compris) qui leur sont prodigués, du fait d'un traumatisme psychologique important (comme au Rwanda après le génocide, et dans beaucoup de camps de réfugiés et déplacés dont les résidents ont vécu des événements traumatiques). Europe (2006) : 57 % de la population a un apport insuffisant en iode, et 10 % de la population souffre d'anémie. États-Unis : 25 % des enfants sont carencés en magnésium, calcium et vitamines A, D et E et 50 % manquent de vitamines D et E.
Ces exemples montrent qu'une approche purement alimentaire de la malnutrition ne peut suffire ; la plupart des acteurs internationaux luttant contre la malnutrition ont dû adapter leur prise en charge avec des programmes parallèles, allant de la stimulation psycho-sociale des mal-nourris à leur prise en charge psychologique.
L'obésité relève souvent également de la malnutrition (mais ce n'est pas sa seule étiologie ; des facteurs génétiques peuvent conduire à une surabsorption des nutriments). Des causes anatomiques ou physiologiques acquises (troubles acquis du fonctionnement des organes de la digestion, ou de la mobilité, par exemple) existent aussi, avec un apport alimentaire inadapté étant une conséquence d'un trouble psychologique ou d'un mode de vie.
La baisse de nutriments () et vitamines présents dans l'alimentation due à l'élévation du CO2, des pratiques agricoles intensives et à l'appauvrissement des sols ont également un effet. Le bétail peut aussi être affecté par une carence en minéraux.
L'augmentation des carbohydrates dans l'alimentation augmente la production de T3 de la thyroïde, ce qui augmente les besoins en iode. Les sources environnementales naturelles d'iode pour la population deviennent alors insuffisantes et la déficience en iode se développe. Depuis la révolution agricole il y a 10 000 ans, l'homme base son apport énergétique sur les carbohydrates dans pratiquement toutes les régions du monde, entraînant une déficience en iode globale.
Effets Mortalité La mortalité ferait suite à une malnutrition dans 58 % des cas de mortalités générales en 2006 : . Un individu sur douze dans le monde est mal-nourri Stats. En 2006, plus de 36 millions d'individus sont morts de la faim ou de maladies généralement liées à des insuffisances alimentaires.
D'après l'OMS, la malnutrition est la plus grande cause de mortalité juvénile, présente dans la moitié des cas. Six millions d'enfants meurt de faim chaque année. Le sous-poids et les restrictions alimentaires causent annuellement 2,2 millions de décès chez les enfants. La lactation faible ou inexistante cause 1,4 million de morts. D'autres insuffisances, comme le manque de vitamine A ou de zinc, par exemple, en comptent 1 million. La malnutrition chez les enfants de moins de 2 ans est un cas irréversible. Les enfants mal-nourris grandissent avec des complications de santé. Leurs propres enfants sont également plus petits que la norme. La malnutrition était auparavant perçue comme empirique dans certaines maladies comme la rougeole, pneumonie et la diarrhée. Mais la malnutrition cause aussi bien les maladies et peuvent être mortelles.
Conséquences La malnutrition diminue l'immunité et augmente donc les risques d'infections et de maladies ; par exemple, elle est un risque majeur dans le développement de la tuberculose. affecte la capacité de travail et de vie sociale ; là où l'accès à l'eau potable et à une nourriture de qualité est inexistant, une faible énergie physique et psychologique est ressentie, et les victimes sont incapables de remplir les tâches quotidiennes ou fournir ou acquérir une éducation correcte (chez les enfants). affecte la santé reproductive et le développement physique, neurocérébral et cognitif du jeune enfant, d'où l'importance accordée à la nutrition chez la femme enceinte et allaitante et chez le jeune enfantGreen S, Watson R. Nutritional screening and assessment tools for use by nurses: literature review. J Adv Nurs 2005;50:69–83..