Les premiers mouvements de chômeurs datent du . Au , les mouvements de chômeurs se sont surtout développés dans les années 1930 (à la suite de la crise de 1929), puis à nouveau à partir des années 1970, à la suite de la crise de 1973. Les premières revendications de chômeurs datent de 1975 pour obtenir notamment la gratuité des transports publics.

Mouvement en France (jusqu'aux années 1990)

vignette|Timbre émis en 1939 au profit des Chômeurs intellectuels. Fondé en 1920, la Confédération des travailleurs intellectuels fut à l'origine d'une initiative qui, de 1935 à 1940, surtaxe une série de 22 timbres au profit des travailleurs intellectuels et des artistes en difficulté et notamment au chômage.

En France, le mouvement de chômeurs à caractère revendicatif est antérieur à la création d'AC ! Ainsi, dès 1978 la CGT crée le Comité national de lutte et de défense des chômeurs et l'intègre dans ses statuts. En 1984, des associations autonomes de chômeurs se mettent en place.

Certains essayent de s'organiser dans les syndicats traditionnels. Des comités CGT chômeurs voient ainsi le jour. Mais les syndicats, hormis la CGT, bloquent toute tentative d'organisation autonome des chômeurs et des précaires.

"L'association des Jeunes contre la galère à Pau", crée une des premières Maisons des chômeurs, qui se veut à l'image des Bourses du Travail. Ses jeunes militants viennent de la CGT chômeurs. L'association lance un appel à une Marche nationale contre le chômage, qui n'aboutit pas. L'organisation inédite des sans emploi apparaît en 1982 avec la création du Syndicat des Chômeurs, qui exige déjà leur représentation dans les instances où se décide leur sort, un revenu minimum garanti contre la pauvreté et le développement prioritaire des emplois d'utilité sociale.

Mais ce n'est qu'à la suite de son intervention télévisuelle dans l'émission Droit de réponse en 1984 que le Syndicat des Chômeurs se structure dans tout l'hexagone. Son modèle d'entraide et d'organisation se concrétise également par la Maison des Chômeurs à Paris. Après une rencontre nationale suivie d'une manifestation nationale des chômeurs à Paris en 1985. Occupations d' ANPE, d' Assedic, investissement de tous les lieux où sont concentrés les chômeurs, actions plus ou moins dures se succèdent dans l'hexagone. Une manifestation nationale à Paris en 1985 réunira derrière un concert des Bérurier Noir. Certains s'accordent à reconnaître que c'est ce mouvement qui obtiendra le RMI, créé par Michel Rocard. Mais, miné par les bureaucraties, les querelles de pouvoir, les stratégies occultes de ceux qui sont alors au pouvoir (principalement le Parti Socialiste), après une scission débouchant sur la Fédération nationale des associations de chômeurs et de précaires, les associations de chômeurs et de précaires retournent à leur travail local. L'influence du Syndicat des Chômeurs se désagrège de par sa non-reconnaissance sociale et ses désaccords internes relatifs à l'abandon des revendications politiques au profit d'une gestion de l'assistance apportée aux chômeurs

Alors que la CGT chômeurs plafonne autour de 2000 adhérents et peine à avoir une efficacité, certains dans l'organisation syndicale (en particulier en région parisienne) pensent qu'une formule associative est mieux adaptée et des militants CGT licenciés de la métallurgie créent l'APEIS. Presque au même moment à Marseille ont lieu les premières tentatives de redimensionner l'activité chômeurs en particulier à la suite de l'élection présidentielle de 1988 qui avait vu Le Pen faire son premier gros score dans une élection de ce type. C'est à La Ciotat, un an plus tard que le comité chômeurs CGT prendra une importance décisive dans le conflit du chantier naval de La Ciotat. C'est de l'hiver 1990 que date, dans cette ville la première action pour la prime de Noël.

L'APEIS qui s'appelait l'APES est née dans le département du Val-de-Marne en 1988 sur l'initiative de Richard Dethyre. Cette année-là les chômeurs occupèrent les Assedic de Créteil durant 186 jours. L'association se développa dans les départements de l'Île de France ainsi qu'en province pour atteindre les 25 000 adhérents en 1995.

Le mouvement associatif en France des années 1990 Le mouvement des chômeurs émerge réellement à partir de 1994 avec la fondation de l'association « Agir ensemble contre le Chômage » (AC !) par des syndicalistes de l'Union syndicale Solidaires et de la CFDT. AC ! lutte à cette époque pour l'abolition du chômage par le partage du temps de travail. La principale revendication est l'abaissement de la durée légale du travail à 32 heures par semaine. Une marche des chômeurs convergeant sur Paris est organisée au printemps. Cette marche rassemble alors essentiellement des sans-abris. On voit alors apparaître de nouveaux collectifs comme TCP (Travailleurs, Chômeurs, et Précaires en colère).

Le mouvement de chômeurs commence à s'organiser au niveau européen :

En 1993 le comité chômeurs CGT de La Ciotat, fondé par Charles Hoareau, devient départemental et dans l'hiver suivant on observe des mouvements naissants à Toulouse et dans le Nord Pas de Calais. En 1994 la CGT lance le dans toute la France une journée "On a tous la gueule de l'emploi" et en 10 000 chômeurs défilent sur La Canebière. Mais le mouvement va réellement prendre de l'ampleur en 1997 et 1998 avec le retour de la gauche au pouvoir. Dès le mois de juin 1997, des bureaux des Assedic sont occupés. À partir de cette époque, le mouvement des chômeurs ne lutte plus seulement pour obtenir des emplois mais surtout pour un revenu garanti égal au SMIC.

Le mouvement démarre de Marseille en décembre 1997, toujours à l'initiative de la CGT de Charles Hoareau. Les chômeurs demandent alors une prime de fin d'année de 3000 francs. En un mois, le mouvement se généralise à toute la France : les ASSEDIC et les Centres d'Action Sociale sont occupés. Outre AC ! et la CGT, le mouvement est aussi porté par d'autres associations comme l'APEIS (Association Pour l'Emploi et l'Insertion Sociale, proche du PCF) et le MNCP (Mouvement National des Chômeurs et des Précaires).

Le mouvement des chômeurs et précaires a commencé à Marseille le pour exiger le reversement du reliquat du fonds social des ASSEDIC envers ses allocataires (soit 13 milliards d'excédents). Si ces actions se développent dans la plupart des grandes villes depuis 1989, l'opération "prime de Noël 97" déborde très vite le cadre habituellement compatissant que lui réserve les médias officiels lors des fêtes de fin d'année... Les occupations d'ASSEDIC et d'ANPE se prolongent, des précaires rejoignent durablement les chômeurs dans leurs protestations, les revendications se précisent (représentation active dans les instances sociales, relèvement important de l'ensemble des allocations, réduction significative du temps de travail sans diminution des droits, établissement d'un revenu décent pour tous les plus démunis), des comités autonomes s'organisent partout, la contestation se transforme en véritable mouvement social. . En effet les chômeurs constituent traditionnellement une catégorie dominée, dépourvue de capacités d 'action militante en raison de son atomisation ainsi que du sentiment de honte associé à cette condition. De plus, l'indignité sociale ou politique qui affecte les chômeurs, comme l'a dénoncé le sociologue Emmanuel Pierru (Guerre aux Chômeurs ou guerre au chômage) ainsi que les représentations misérabilistes qu'ils suscitent traditionnellement, engendrent l'absence de représentation syndicale ou politique de ce "groupe social". Ceci rend en principe très improbable l'émergence d'actions collectives, celles-ci supposant l'existence "d'entrepreneurs de mobilisation".

Une grande victoire des associations de Chômeurs pour un million de chômeurs Une grande victoire des chômeurs: les recalculés. Un accord prévoyait la suppression progressive des assedics à plus d'1 million de chômeurs. Accord signé par la CFDT entre autres et les organisations patronales ; accord signé en 2002. Massive application de l'accord avant Noël 2003. Ce sont les Associations de chômeurs (AC, APEIS, MNCP et GGT Chômeurs) qui en mettant en commun leurs ressources ont permis cette victoire par une bataille juridique et des mobilisations dans les associations en faisant reculer le gouvernement, l'organisation syndicale CFDT et autres signataires de l'accord... La nouvelle loi d'indemnisation fut retirée ! Belle victoire pour les chômeurs ! Cette victoire a permis aussi une plus grande reconnaissance des associations de chômeurs.

L'Assemblée Générale des Chômeurs de Jussieu Le mouvement se poursuit au début de l'année 1998. À Paris, l'École normale supérieure (ENS) est occupée. Le mouvement se radicalise autour de l'Assemblée de Jussieu, qui lutte sur des positions ouvertement révolutionnaires proches de la mouvance autonome et des situationnistes.. Les chômeurs et les précaires bousculent souvent les cadres traditionnels, de nombreuses Assemblées Générales de lutte ont lieu quotidiennement dans toute la France. Le mouvement est porteur d'exigences radicales : occupations des Assedic, des CAF, des Anpe, des Medef, le mouvement se propage de manière autonome. Mais, la gauche plurielle refuse de lâcher sur les revendications des chômeurs et envoie la police réprimer le mouvement. Le premier ministre Jospin affirme dans son discours du qu'il ne peut octroyer qu'un milliard de francs aux chômeurs (soit environ 300F par tête) et augmenter les minima sociaux que de 1,1 % (soit environ 25F/mois de plus pour un R.M.Iste). Le lendemain, le siège du parti socialiste à Paris est occupé par des chômeurs en colère, dont beaucoup participent à l'assemblée de Jussieu. L'aide d'urgence débloquée est immédiatement utilisée par l'administration, qui traite les "besoins réels" au cas par cas. Le mouvement retombe ensuite progressivement au mois de mars, avec l'entrée en scène officielle de la CGT, qui récupère une manifestation nationale (le ), sous le thème des 35 heures, qui sont négociées avec Lionel Jospin et qui marque la fin du mouvement.

L'histoire d'une association de chômeurs : le Mouvement national des chômeurs et précaires Le Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP) trouve ses origines dans le « Syndicat des chômeurs » fondé en 1982 par Maurice Pagat, ancien militant pro-indépendance algérienne et nouvellement chômeur. En 1984, la première « Maison des chômeurs » est créée à Paris, rue de la Fontaine-au-Roi. Elle inspirera le fonctionnement des associations du MNCP, associant déjà services aux demandeurs d’emploi et activités militantes. Le , le Syndicat des chômeurs organise une première manifestation nationale à Paris. 5 000 à 7 000 personnes viennent de toute la France, malgré les difficultés financières et l’absence de soutien des médias. En 1986, Maurice Pagat crée à Bais, en Mayenne, un « centre d’expérimentation sociale » en milieu rural. Des chômeurs sont embauchés en « Tuc » pour la culture de produits fermiers. Premier essai, ancêtre des activités du MNCP dans le domaine de l’économie sociale et solidaire. La même année voit naître le Mouvement national des chômeurs et précaires réunissant le Syndicat national des chômeurs (surtout basé à Paris) et des associations de chômeurs dispersées dans toute la province. Les revendications qui ont traversé l’histoire du mouvement sont déjà là : présence des associations de chômeurs partout où leurs intérêts sont en jeu; instauration d’un revenu minimum équivalent à 2/3 du Smic (le Rmi n’existe pas encore); promotion d’un partage plus juste du travail et des revenus, notamment par le passage aux 35 heures; création d’une économie alternative créatrice d’emplois socialement utiles.

Développement, crise et refondation