Le mouvement est un courant intellectuel et politique, apparu en Allemagne à la fin du et au début du et hérité des « Teutomanes », qui englobe un ensemble de personnalités et d'associations dont l’élément commun est le projet de donner à l’ensemble des Allemands une religion païenne, en général le paganisme germanique. Ce courant d'idées puise ses sources dans le romantisme allemand des années 1840 et de la période 1849-1862, entre l'écrasement du printemps des peuples et l'arrivée de Bismarck au pouvoir en Prusse.

Important par le nombre de groupuscules, mais peu par celui de ses adhérents, et de par les évolutions de la société du , le mouvement s’est trouvé face à de nouveaux défis, imposant une nouvelle définition de la nation, de la nature et de l'individu. Pour les uns, le courant découle d’une vocation raciste permanente, liée aux apports de la biologie et du « darwinisme social ». Pour d’autres, il représente un courant foncièrement antisémite, ravivant un passé germanique largement mythique et mythifié dans un cadre de pensée occultiste en lutte constante contre le christianisme, et plus généralement contre les monothéismes. Le courant joua un rôle important lors de la révolution conservatrice sous la république de Weimar et certaines de ses idées furent reprises par le nazisme.

Étymologie Le terme , terme difficilement traduisible en français (entre « populaire » et « ethnique »), peut revêtir plusieurs significations. En allemand aussi, le terme revêt plusieurs significations : la nation, le peuple, dans un sens ethnique. En droit, ce mot désigne « le peuple », au sens du détenteur de la souveraineté au sein de l'État (, « Au peuple allemand », est-il inscrit au frontispice du Reichstag à Berlin). Enfin, peut aussi constituer l'antonyme de monarchique ou de capitaliste, et désigner le corps politique dans son ensemble le plus large possible, par exemple dans les expressions de (le Land de Hesse est officiellement appelé , de 1919 à 1945) ou de Volksarmee pour les forces armées de la République démocratique allemande.

À partir du , le terme met l'accent [entre autres par le mouvement ] sur le caractère spécifique, exceptionnel, mystique du peuple allemand et le maintien de ses traditions. C'est ensuite l'affirmation de l'idée et du concept de race, de la supériorité des Germains unis par des liens de sang, de langue et de culture.

Le corpus idéologique Le mouvement se dote très tôt d'une série d'idées et de penseurs. Le courant völkisch, fortement inspiré par HerderHerder professe un nationalisme aux fondement ethniques et culturels., forme ainsi une nébuleuse intellectuelle très active dès les années 1860. De ce fourmillement d'idées, certaines lignes de forces se dégagent.

La place du Les termes et partagent en commun une racine : le terme , qui renvoie au terme français de peuple. Le ne renvoie pas uniquement à une population donnée, mais aussi, pour les théoriciens de la nation allemande au , à quelque chose de plus abstrait, un intermédiaire entre les individus et une entité supérieure, pour certains la nature (perçue comme spécifique à un espace donné, vivante et spontanée), pour d'autres l'univers.

Le est non seulement inscrit dans un cadre précis, la nature et ses manifestations, mais aussi dans une histoire longue et mythifiée. Ainsi, le est une entité historique oubliée, qui resurgit à la faveur de la Révolution française : est ainsi idéalisé le médiéval, tel que le perçoivent les romantiques allemands. Pour tous les penseurs du , son enracinement à un paysage, à un pays, constitue l'un des piliers du , notion difficilement traduisible (entre « esprit » et « âme » du peuple), mais qui rend indissociable l'histoire, le territoire, l'architecture et le paysage (ou la nature). Dans cette perspective, Guido von List défend, au début du la mise en place d'une hiérarchie sociale basée sur la profondeur des liens unissant chaque individu au germanique.

De plus, le est un tout unique, organique, une communauté immuable que les évolutions de la société dans les années 1860 désorganisent et disloquent. Ainsi, pour Paul de Lagarde, les agents de division de la nation allemande sont les libéraux et les Juifs, les uns car ils sont favorables à la liberté de circulation, les autres car ils forment précisément un uni, qui tend à diriger les autres nations et sont les propagateurs du libéralisme, mais des Juifs peuvent individuellement être détachés de ce et intégrés dans la communauté germanique. Au fil des réflexions sur le , les penseurs développent un antisémitisme de plus en plus virulent : Lagarde, par exemple, voit dans le peuple juif un autre , puis, à partir de 1873, souhaite exterminer les Juifs comme on extermine de la et des contagieux.

L'obsession de l'histoire et des racines germaniques Tout d'abord, un certain intérêt pour la genèse de l'Allemagne et des Allemands constitue le premier point commun de l'ensemble des mouvements d'inspiration .

Ainsi, dès la phase finale de l'unification allemande (1867-1871), les anciens Germains décrits par Tacite, puis les Goths par leur activité, sont magnifiés, car ils représentent, les uns, les , les autres, une valeur absolue, car, par leurs victoires, liées à leur vitalité, ils accélèrent la chute de Rome. Dans cette vision magnifiée de l'âge d'or germanique, "racialement" pur, le peuple germanique, pur, non métissé, est dirigé par des prêtres savants, magiciens et racistes.

Selon cette vision, le allemand se trouve le dépositaire, par ces racines, de toute l'énergie de ces peuples disparus. vignette|Friedrich Max Müller. Ensuite, les penseurs , obsédés par les racines du germanique, défendaient l'idée de pureté de la "race" germanique ; dans un contexte scientifique marqué par le développement de l'anthropologie et de la philologie, certains penseurs déterminent non seulement un certain nombre de traits physiques communs à tous les peuples partageant des racines germaniques, mais aussi insistent sur les liens de parenté entre certaines langues, donc entre certains peuples, plongeant eux aussi leurs racines dans le terreau germanique. Mais cette pureté n'est pas seulement avérée par l'étude de la philologie ou de l'anthropologie, elle est aussi avérée par certains par des critères de pureté de la race : pour Max Müller, les populations européennes de langues germaniques sont les descendants directs des populations aryennes qui ont essaimé depuis l'Inde ; dans la lignée d'Arthur de Gobineau, les penseurs défendent la nécessité de pureté de la race, sous peine de disparition.

Un certain nombre de penseurs , dans la lignée du courant romantique, magnifient le passé médiéval de l'Allemagne, et s'intéressent à l'histoire allemande. Pour Julius Langbehn, le modèle impérial allemand reste celui incarné par les Hohenstaufen, dont les Hohenzollern ne sont que la triste et pâle copie.

Le Reich entouré d'ennemis Ce passé médiéval disparu, les adhérents aux associations analysent le monde comme un environnement peuplé d'ennemis, tandis que le Reich tente de surnager face à cette hostilité grandissante. Selon ce schéma, la période précédant le déclenchement de la Première Guerre mondiale est ensuite attentivement étudiée à l'université, et certains étudiants en proposent une lecture faisant remonter les causes du conflit au non-renouvellement du traité de réassurance par Guillaume II.

L'antisémitisme Cette exigence de pureté de la "race" germanique trouve son prolongement logique dans le développement de différentes formes d'antisémitisme. L'existence de ces différentes formes illustrent les différentes conceptions de la figure du Juif qui sont présentes au sein du mouvement . Dès le départ, le Juif, habitant mystérieux d'un ghetto fantasmé, est perçu comme un élément étranger au ; il peut être appréhendé comme un déraciné, donc privé des hautes qualités morales permises par l'intimité du lien entre le et son territoire, ou bien comme un acteur ourdissant des complots contre les non-Juifs.

Dans les années 1850, la littérature populaire présente le Juif comme un archétype caractérisé par l'avarice, l'ambition, l'envie, la laideur et l'absence d'humanité: il ne peut donc connaître l'ascension sociale que s'il s'appuie sur des procédés déloyaux, et l'oppose à l'Allemand (ou au chrétien), membre d'un , droit et honnête, qui finit par triompher du malhonnête par sa droiture et sa grandeur d'âme. Dans le cadre de cette opposition, la question juive n'est plus, pour les membres des courants , seulement une question de race ou de religion, mais aussi une question d'éthique.

Pour Julius Langbehn (1851-1907) les Juifs sont des représentants d'un étranger, que le allemand ne peut assimiler (à l'image d'une Selon le mot de Langbehn, rapporté par Fritz Stern, .) qu'il divise en deux catégories : les Juifs orthodoxes et les Juifs assimilés. La première est acceptée, car elle n'a pas répudié sa spécificité et les traits qui rendent ses membres parties d'un spécifique, la seconde, les Juifs assimilés, doivent, par contre, être exterminés, comme un . Cette approche eschatologique, qui voit dans l'extermination d’éléments étrangers au une étape vers la réalisation d'un projet national allemand à l'échelle du continent, se place ainsi dans une perspective de régénération du allemand, par la victoire remportée par une conception du monde sur une autre conception du monde.

Ces généralisations sont cependant à nuancer ; en effet, quelques associations professent une indifférence sur la question, voire affirment un fort philosémitisme.

Religiosité

vignette|Guido von List avec des membres de la Guido-von-List-Gesellschaft au milieu des ruines de Carnuntum, en 1911, qui lui inspirèrent un roman historique völkisch Carnuntum (1888). Dans le contexte d'insatisfaction des membres des différents courants , la place de la religion occupe une place non négligeable, les intellectuels proches de la nébuleuse völkisch aspirant soit à une nouvelle Réforme, soit au retour au paganisme. En effet, durant la période précédant la Première Guerre mondiale, un courant religieux païen ou néopaïen, fruit de intellectuels, mais conçu pour être un retour à la Germanie antique et païenne, se développe parmi les membres de ces courants de pensée.

Ainsi, souhaitant renouer avec un passé germanique mythifié, certains courants , notamment les aryosophes souhaitent renouer avec les croyances supposées ancestrales des Germains, supposé plus proche des racines germaniques du peuple allemand. Ainsi, Guido von List, le principal inspirateur de ce mouvement, élabore une religion païenne, le wotanisme. Pendant de la religion théosophique, cette nouvelle religion est ordonnée notamment par un alphabet runique fantaisiste de ; d'autres mettent en place une religion solaire. En dépit de la multiplicité des courants païens, le paganisme demeure le fait d'une minorité au sein de la mouvance , avant comme après la Grande Guerre. Dans le même temps, le pasteur Jakob Hauer met en place une religion nordique originelle.