Le Waalo () — on trouve aussi les orthographes Walo, Wâlo ou Oualo, et un grand nombre de variations ou de cacographies — est l'un des anciens royaumes issus de l'éclatement de l'empire wolof du Djolof au et immédiatement antérieur à la colonisation européenne. Le royaume du Waalo était situé dans ce qui est actuellement le nord du Sénégal. Il occupait, au débouché du fleuve, une position stratégique entre le monde arabo-berbère et l'Afrique noire. Sa capitale était Njurbel, située au sud de la Mauritanie actuelle.
Aujourd'hui, le Waalo est une région historique du Sénégal, centrée sur le delta du fleuve Sénégal, dans le nord-ouest du pays, autour de la ville de Saint-Louis.
Les habitants du Waalo sont appelés les Waalo-Waalo.
Géographie Toponymie
Emprise territoriale thumb|Détail de la carte de Brossard de Corbigny de 1860 montrant le royaume du Waalo Le royaume du Waalo est centré sur le cours inférieur et le delta du fleuve Sénégal et les rives du lac de Guiers. Les frontières des anciens royaumes sénégambiens ne sont pas clairement définies, s'apparentant davantage à des marches fluctuantes.. Il est cependant possible de définir quelques grandes lignes.
Si l'on se réfère à la carte dessinée en 1860-61 par Brossard de Corbigny, la frontière Nord est, à cette époque, située au Nord immédiat de ce qui deviendra Keur-macene et Rosso, déjà contrainte à la vallée du fleuve sous la poussée des Maures du Trarza et la désertification progressive des lieux. Elle s'infléchit vers le Sud au niveau de l'actuel lac de R'kiz. Plusieurs indices historiques suggèrent cependant qu'elle se trouvait auparavant plus au Nord, pouvant aller jusqu'à toucher le lac de R'kiz..
Suivant la même source, la frontière Est va de Dagana, sur le fleuve, à la pointe sud du lac de Guiers, en un lieu appelé « les tamariniers de Bounoun »., vraisemblablement à quelques kilomètres au sud-est de Keur Momar Sarr. De là, la frontière Sud rejoint Saint-Louis en passant au nord de Gandon. Le Waalo a cependant pu occasionnellement annexer le Gandiol, au Sud, et tout ou partie du Dimar, à l'Est.
Le royaume était donc à cheval entre la Mauritanie actuelle et le Sénégal, couvrant tout ou partie des Moughataa de Keur-macene, Rosso et de R'kiz, en Mauritanie, et l'essentiel des départements de Saint-Louis et de Dagana, ainsi que la frange Nord du Département de Louga, au Sénégal. Avant la colonisation, ses voisins immédiats étaient, au nord, l'émirat du Trarza, à l'est, le royaume du Fouta-Toro, au sud-est, le royaume du Djolof et au sud, le royaume de Cayor.
Subdivisions et lieux remarquables La capitale du pays est, pour les périodes les plus anciennes du royaume, la localité de Njurbel, aujourd'hui Rosso en Mauritanie. Elle est déplacée au non loin de Richard-Toll, avant d'être déplacée à nouveau plus au Sud, à Nder.
Parmi les autres localité notables du pays, on peut citer Maka, Ross, Dagana, Tungeen (Tounguene), Fos ou Khouma. ces localités sont généralement les lieux de résidence des grands personnages du royaume.
Histoire Origines
thumb|Wolof du Waalo en « costume de guerre » (1846) L'histoire du royaume du Waalo, pour ce qui est de ses origines, est indissociable de celle de l'empire du Djolof. En effet, selon la tradition orale, ce dernier est fondé par Ndiadiane Ndiaye, un souverain dont la vie présente de nombreux aspects légendaires. Nommé brack du Waalo pour avoir fait la preuve de sa sagesse, il serait ensuite parvenu à unifier les royaumes côtiers, conquérir ou vassaliser les autres royaumes de la Sénégambie pour prendre finalement la tête de l'empire et le titre de Buurba Jolof. Les différents calculs des historiens, basés sur les différentes listes dynastiques transmises par la tradition orale, permettent de replacer son règne dans la seconde moitié du ou au tout début du ..
Après Ndiadiane Ndiaye, la souveraineté sur le Waalo semble échoir à son demi-frère, Barka Mbodj. Ce dernier est à l'origine du lignage patrilinéaire geño et par là, de la dynastie des Braks qui vont régner sur le pays. Il est peut-être aussi à l'origine des lignages royaux matrilinéaires meen.. Le Waalo reste sous la tutelle de l'empire Djolof jusqu'à la dislocation de celui-ci, entre 1549, au lendemain de la et les années 1560. Le Brak du Waalo était alors un certain Yerim Kodé Mdyoureane.
Du Djoloff à la tutelle des peuls du Fouta Toro L'une des raisons de l'effondrement de l'empire Djolof vient des conquêtes de Koli Tenguella qui ont déstabilisé en profondeur l'ensemble de la région dans le dernier quart du . Koli parvient, au terme de ses conquêtes militaires, à s'imposer au Fouta toro et à y fonder la dynastie des Deniankobé.
Ses successeurs maintiennent ensuite la pression sur les états constitutifs du Grand Djolof. À la dislocation de celui-ci, il semble que les Satigui Deniankobé parviennent dès 1600 à imposer tribut au Waalo, ainsi qu'au royaume Jolof, vestige de l'empire. Cette vassalisation pourrait avoir duré jusqu'en 1715, lorsque, sous le règne du brak Yerim Mbanik, le Waalo refuse le paiement d'un tributJean Boulègue, Un empire peul dans le Soudan occidental au début du XVIIIe siècle, In: 2000 ans d’histoire africaine. Le sol, la parole et l'écrit. Mélanges en hommage à Raymond Mauny, Tome II, Société française d'histoire d'outre-mer (Bibliothèque d'histoire d'outre-mer. Études, 5-6-2), p. 699-706, 1981. Lire en ligne. Elle pourrait cependant être rapidement devenue symbolique.
L'arrivée des Européens et la « guerre des marabouts » Le premier contact avec les Portugais - les premiers explorateurs européens des côtes atlantiques de l'Afrique - a lieu aux alentours de 1440-1445, à la suite des différentes expéditions de Nuno Tristão et de Dinis Dias, qui explorèrent cette zone sur ordre du prince Henri le Navigateur. Après ce contact initial - non amical - les relations se normalisent rapidement. C'est alors que se mettent en place progressivement les premières traites atlantiques, parmi lesquelles, peut-être la plus importante mais non la seule, la traite négrière occidentale.
Les Français arrivent plus tard dans la région. Une première expédition implante un comptoir modeste en 1638 à la pointe de Bieurt, sur l'île BocosIbrahima Seck , « Les Français et la traite des esclaves en Sénégambie », Dix-huitième siècle, n° 44, p. 49-60, 2012. DOI : 10.3917/dhs.044.0049. Lire en ligne, Mboxos en wolof, l'actuelle île Baba DièyeBoubou Aldiouma Sy, L’histoire morphodynamiqude Doun Baba Dièye du Sénégal, Perspectives & Sociétés, N°1, janvier 2010.. Malmené par la mer, le fortin sera déplacé et Saint-Louis fondée en 1659 sur l'îlot Ndar, un peu plus au nord.
Cette traite atlantique initiée par les Européens entraîne une relative désaffection et un déséquilibre pour la traite saharienne. Ce fait, conjoint à d'autres causes sociales, politiques et religieuses a amené le chef militaire et religieux maure Nasr al-Din à tenter de conquérir - ou vassaliser - les royaumes du Fleuve SénégalBoubacar Barry, Émiettement politique et dépendance économique dans l'espace géographique sénégambien du XVe au XVIIe siècle, Revue française d'histoire d'outre-mer, tome 68, n°250-253, 1981..
En 1673, les troupes de Nasr al-Din subjuguent les aristocraties des royaumes sénégambiens. Les envahisseurs maures sont puissamment soutenus par les populations locales, en révolte contre leurs dirigeants, ce qui explique l'importance de ce mouvement et la facilité avec laquelle il s'étend au travers de la Sénégambie. Ainsi, au Fouta Toro, le Satigui est forcé à l'exil. Au Waalo, le Brak Fara Kumba Mbodji est tué au combat. Son successeur, Yérim Kodé, est inféodé au parti maraboutiqueBoubacar Barry, La Sénégambie du XVIe au XVIIIe siècle : évolution des Wolof, des Seereer et des Tukuloor, in : Histoire générale de l'Afrique, volume V, chap. 10, p.301, dir : B. A. Ogot, Éditions Unesco, 1999.. Mais la mort de Nasr al-Din, l'année suivante, va changer la donne. Les Français de Saint-Louis vont parvenir à détacher le brak Yérim Kodé du mouvement islamique de Nasr, appelé localement Tuubenan, Toubenan en français. Ils vont l'armer et le soutenir dans la reconquête de ses États. Yérim Kodé ira ensuite attaquer les Toubenans au Fouta Toro, leur menant une guerre particulièrement dure et sans concession. Le Brak meurt en 1676 et son successeur, Fara Penda, poursuit la lutte, ravageant l'ouest du Fouta-Toro. En 1677, le mouvement de réforme islamique Toubenan est éradiqué et le djihad voulu par Nasr al-Din est un échec..
Conflits internes et entre les royaumes woloff Le commence au Waalo, par une guerre civile entre deux prétendants au trône, Bër Thiacka et Yérim MBanyik. Le premier est d'abord nommé Brack par le conseil du seb ak baor. Le nouveau souverain défait alors son adversaire, sans parvenir à l'éliminer. Yérim MBanyik, reprenant la main, parvient à surprendre le roi à Njurbel - aujourd'hui Rosso, en Mauritanie - puis à l'éliminer. Il est alors, à son tour, nommé Brak.
Sous son règne, les relations avec les Français de Saint-Louis vont aller en se dégradant petit à petit. Le Waalo semble également subir une certaine pression sur sa frontière nord, ce qui poussera le Brak à déplacer la capitale de Njurbel, à Ndyany, vraisemblablement non loin de Richard-Toll. Enfin la fin du règne de Yérim MBanyik voit un affrontement entre le Brak et l'un de ses grands noble, le Beethio MaalixuriRevue maritime et coloniale, n°10, p.340, 1864., lequel entretenait d'excellents liens avec les Français.
Le successeur de Yérim Mbanyik, en 1733, est son frère Njak Aram, qui déplace la capitale de Ndyany à Nder. Le nouveau Brak intervient dans la succession troublée du royaume du Cayor. Il aide ainsi à la destitution du Damel Maysa Bige. Après avoir, selon la tradition orale, tenté d'imposer son fils comme roi du Cayor., il contribue à la mise en place du Ma-Awa sur le trône. Ces opérations lui permettent vraisemblablement de conquérir le Gandiol.
Njak Aram cède ensuite le trône à Nataago Aram, qui rétablira vers 1760, Maysa Bige comme Damel du Cayor, avant de se voir déclarer la guerre par son successeur, conflit qu'il remportera. Après sa mort en 1766, une nouvelle guerre civile démarre au Waalo, entre les lignages meen des Teedyek et des Diouss.
Relations avec le Trarza
vignette|"Maures pillant un village nègre", planche de René Geoffroy de Villeneuve, 1814, d'après un dessin original faits sur place
Le royaume s'est longtemps battu contre les Maures trarza au nord venu de la Mauritanie, les Toucouleurs voulant islamiser le royaume très réfractaire à l'islam, bien que les musulmans aient toujours cohabité avec ceux pratiquant la religion traditionnelle. Dans le Waalo les femmes étaient connues pour leur courage. Dans la tradition orale du Waalo sont souvent évoqués les actes de bravoure des femmes face aux ennemis du royaume. Le grand suicide collectif des femmes du village de Nder en 1820 constitue un acte de résistance célèbre face aux Maures. La reine du Waalo Ndjeumbeut Mbodj, qui a régné avant sa sœur Ndaté Yalla Mbodj, s'était mariée à Dagana le avec le roi des Maures Trarza, Mohamed El-Habib, pour rétablir la paix entre le royaume du Waalo et le royaume du Trarza. Leur fils Ely Ndjeumbeut a régné sur le Trarza entre 1878 et 1886. thumb|left|Ndaté Yalla, reine du Walo
Conquête coloniale française Les Français réussiront en 1859 à annexer le royaume avec la dernière grande reine du Oualo, Ndaté Yalla qui s'est battue avec acharnement contre les Européens et les Maures. C'est à la bataille de Dioubouldou, que l'armée dirigée par Faidherbe battit l'armée dirigée par Ndaté Yalla. C'était le , date à laquelle commence la colonisation du Waalo et du Sénégal. thumb|Le château de Richard-Toll, construit par le baron Roger