Un profiteur de guerre est une personne physique ou morale qui, de manière légale, spéculative ou délictueuse, tire un enrichissement personnel d'un conflit armé.

Historiquement, le terme fut en particulier utilisé pour qualifier les acteurs économiques, plus ou moins occultes, fauteurs de guerre ou qui, dans un conflit, fournirent des biens à tous les belligérants, indistinctement alliés ou adversaires, ou encore qui furent actifs, pour leur plus grand bénéfice, comme forceurs de blocus. Si ces activités ne sont pas toujours, à proprement parler, considérées comme illégales par les États, elles n'en paraissent pas moins ordinairement contraires à l'« éthique des affaires » pour l'opinion publique. Le terme « profiteur de guerre » reste donc marqué d'une forte connotation péjorative, que ce soit dans la conversation courante ou le discours politique

Le « profit de guerre » peut en effet présenter différents aspects légalement, socialement, politiquement ou moralement admissibles ou non et avoir différentes origines, légales ou au contraire abusives voire délictueuses : ventes d'armements ou d'équipements aux belligérants, spéculation, spoliation, marché noir, contrebande, trafic d'armes, etc.

Le « profit de guerre » Le profit de guerre ne doit pas être confondu avec le butin de guerre pris sur l'ennemi et ne constitue pas non plus une quelconque forme d'Indemnisation des dommages de guerre.

Les « profiteurs de guerre » dans l'Histoire Si les conflits des époques pré-industrielles - de l'Antiquité au Siècle des Lumières - eurent pour origines, pour l'essentiel, des différends territoriaux ou dynastiques voire des causes religieuses, le développement des empires coloniaux et du commerce international et les prémices de l'ère industrielle amenèrent dès le les intérêts économiques - voire les calculs affairistes - à jouer un rôle de plus en plus important dans les relations internationales au point de parfois en devenir des casus belli entre nations en tant que motivation occulte ou déclarée des belligérants ou de groupes d'intérêts agissant dans l'ombre : le rôle central joué par la Compagnie des Indes orientales dans l'histoire militaire agitée de l'Extrême-Orient asiatique aux et est à cet égard symptomatiqueVoir l'ouvrage de Stuart Reid et Gerry Embleton : Armies of the East India Company 1750-1850 (Bibliographie) - présentation de l'ouvrage par l'éditeur.. Au cours et à la suite de la Seconde Guerre mondiale, d'autres « Majors » comme Opel ou IBM ont été qualifiés de « profiteurs de guerre » pour leur participation à l'effort de guerre du Troisième Reich - les complexes militaro-industriels prêtant particulièrement le flanc à cette accusation d'une manière générale.

Le terme ne s'applique toutefois pas uniquement à des personnes morales : au cours des guerres, des personnes privées - civiles ou militaires - se sont également enrichies de manière indélicate voire délictueuse ou criminelle. Profitant de situations de pénurie et de rationnement engendrées par les conflits, du personnel militaires a tiré profit de détournements d'équipements ou de nourriture pour se livrer à la contrebande et alimenter le marché noir. Sous le couvert de pseudo-activités de résistance et d'aide aux victimes du régime nazi - juifs, résistants traqués par la Gestapo - le docteur Petiot assassina plusieurs dizaines de personnes, accumulant une fortune colossale - les estimations des sommes détournées se montant jusqu'à 200 millions de francs - en s'appropriant les biens de ses victimes.

Révolution française et Premier Empire

Jusqu'à la complète militarisation des services d'intendance et de logistiqueLe corps d'intendance militaire est créé par Louis XVIII par une ordonnance du . et l'adoption de cadres légaux pour l'adjudication des marchés publics au , les fournitures de biens et même de services (transports logistiques) aux armées se faisaient par le biais de procédures de « soumissions » - demandes ouvertes visant à obtenir le meilleur prix - ou de commandes directes trop souvent faussées par le jeu de relations privilégiées ou d'influences, voire entachées de corruption, en raison notamment de cahiers des charges inexistants ou très sommaires ou de collusion entre les fonctionnaires publics et les fournisseurs privés. Un exemple de ces pratiques peu orthodoxes est donné par la manufacture d'armes de Versailles, « manufacture d'état » que Bonaparte, Premier consul, donne en entreprise à Nicolas-Noël Boutet le pour une durée de 18 ans, avec la garantie d'une commande annuelle..

Ces défaillances ou irrégularités furent une source d'enrichissement pour de nombreux « profiteurs de guerre » sous la Révolution et l'Empire, l'histoire ayant plus particulièrement retenu parmi ceux-ci le nom de Gabriel-Julien Ouvrard. Arrêté une première fois en 1800 sous le coup d'une suspicion de malversations comptables, il le sera à nouveau de 1809 pour dette impayée puis condamné à trois ans d'emprisonnement en raison de sa tentative de négocier une paix secrète avec l'Angleterre en vue de mettre fin au blocus continental si préjudiciable aux affaires, ce qui ne l'empêchera pourtant pas de rester l'un des principaux fournisseurs de l'armée, munitionnaire général aux armées pendant les Cent-Jours après avoir déjà été chargé de cette fonction auprès de l'armée du Pays basque en . L'un des grands scandales auquel son nom sera lié sera la fourniture de chaussures en faux cuir et semelles de carton à la veille de la campagne de Russie..

Conflits de l'époque coloniale et de l'Ère industrielle

Guerres anglo-birmanes. thumb|right|Champs de pavots en Birmanie. Le lucratif commerce de l'opium en direction de la Chine fut l'une des causes occultes de la troisième guerre anglo-birmane en 1885, à la suite de l'interdiction faite par le roi Thibaw Min d'en permettre la culture sur le territoire de son royaume. Ce commerce fut déjà à l'origine des guerres de l'opium livrées par la France et le Royaume-Uni à l'Empire du Milieu. vignette|Les carpetbaggers étaient des opportunistes venus dépouiller les états sudistes ruinés (caricature de 1872). Contrairement à une croyance trop répandue, la conquête de l'Empire des Indes - dont le territoire s'étendait bien au-delà des actuelles frontières de l'État indien - ne fut pas le fait de l'armée britannique mais celui des armées privées de la Compagnie des Indes orientales (East India Company), qui se développèrent au point de surpasser en effectifs les armées des États souverains européens contemporainsStuart Reid et Gerry Embleton : Armies of the East India Company 1750-1850, présentation de l'ouvrage - Op. cité..

À partir de 1824, la toute-puissante Compagnie, forte de ses appuis politiques à Londres, se lança dans une série d'opérations militaires « privées » - pour des prétextes parfois des plus douteux - contre le royaume de Birmanie dans le but notamment d'assurer le contrôle du golfe du Bengale pour y asseoir sa mainmise économique, guerres qui aboutiront finalement à l'occupation totale du pays qui sera annexé à l'Empire des IndesCollectif : collection The British Empire Enlarging the Jewel - The conquest of Burma and Ceylon, BBC TV - Time-Life International(Nederland) N.V. Norwich 1972..

Si la première guerre anglo-birmane (1824 - 1826) eut pour motif officiel un différend frontalier entre le Royaume d'Ava et la Compagnie, le second conflit (1852) éclata sous le prétexte de tirs non identifiés essuyés par les vaisseaux britanniques dépêchés sur place à la suite d'accusations de meurtre faites par les autorités birmanes à l'encontre de deux capitaines de navires anglais. Certaines rumeurs coururent quant à l'origine de ces coups de feu qui n'atteignirent finalement par leurs cibles : quelque temps plus tôt, un trafiquant interlope du nom de Crisp, pressentant un conflit imminent, avait livré de la poudre et des armes à Maung Ok, un gouverneur provincial et potentat local birman, mais n'avait jamais été payéThe British Empire, Op. cité .. Ses plaintes auprès de Lord Dalhousie, le Gouverneur-général des Indes à cette époque, se virent opposer une ferme fin de non-recevoir - et les coups de feu pourraient avoir été tirés par des trafiquants anglais qui avaient tous profits à tirer d'un conflit, la Compagnie elle-même saisissant finalement ce prétexte douteux pour donner suite à ses propres visées sur le royaumeRichard Cobden, M.P. : How wars are got up in India: the origin of the Burmese war (Bibliographie). Richard Cobden, Membre du Parlement, se montra particulièrement critique à l'égard des prétextes invoqués lors du déclenchement de ce conflit.. Première guerre de l'opium (1839 - 1842). Guerre de Sécession (1861 - 1865).

La guerre de Sécession, première guerre totale de l'Époque contemporaineDominique Sanches et Pierre Dobson : La guerre de Sécession, premier conflit moderne in magazine Vae Victis, , mar-avr. 1996., est aussi celle qui mit en exergue le rôle du facteur économique dans la conduite d'un conflit moderne The US Civil War,the First Modern War. Elle fut aussi marquée par de nombreuses fraudes et malversations liées aux marchés militaires et à l'approvisionnement des troupes, tant au Nord qu'au sein de la Confédération sudiste. La victoire de l'Union s'accompagna de l'activité d'une autre espèce de profiteurs, les carpetbaggers. Le False Claims Act.

Le False Claims Act, adopté par le Congrès des États-Unis le , marque une première tentative des États-Unis pour répondre à des fraudes avérées là où le département de la Justice s'était montré réticent à poursuivre ces cas. L'acte fut adopté à la suite d'une affaire de mules fourbues : au début de la guerre civile, des entrepreneurs sans scrupules vendirent en effet à l'armée de l'Union des chevaux et des mules décrépies et en mauvaise santé, des munitions et des fusils défectueux ou encore des rations et des provisions avariées, entre autres malversations Larry D. Lahman : Bad Mules: A Primer on the Federal False Claims Act. Il prévoyait l'offre d'une récompense à ceux qui les dénonçaient, en vertu de la notion jurique du « qui tam » qui permet aux citoyens d'intenter des poursuites au nom du gouvernement et de recevoir un pourcentage des fonds récupérés« Qui tam » est l'abréviation de l'expression latine « qui tam quam pro rege Domino pro se ipso in hac parte sequitur » qui signifie « celui qui porte une affaire au nom de notre seigneur le roi, comme ainsi que pour lui-même ». Dans une action qui tam, le citoyen-plaignant est appelé « relateur ». Par une exception aux règles générales du droit, les tribunaux ont jugé que les « relateurs » sont partiellement intéressés à la cause et au préjudice subi par le gouvernement, rendant ainsi leurs actions recevables. Voir Nathan D. Sturycz : The King and I ? - An Examination of the Interest Qui Tam Relators Represent and the Implications for Future False Claims Act Litigation, 28 St. Louis Pub. L. Rev. 459 (2009)..

Première Guerre mondiale

Selon l'historien Fabrice d'Almeida, l'expression profiteur de guerre est beaucoup utilisée lors de la première Guerre mondiale. Cette idée a touché tous les pays engagés dans cette guerre. Face à la mobilisation de masse et aux pertes humaines sur le front sont opposés les et l'enrichissement de certains grâce au conflit.