vignette|Ruines de l'abbaye cistercienne de Tintern, vendue en 1536.|alt=Photo des ruines de l'abbaye.

La dissolution des monastères est un épisode du règne d’Henri VIII d'Angleterre qui débute en 1534, lorsque le roi, devenu Chef suprême de l’Église anglicane, entreprend de confisquer les biens de tous les ordres religieux d'Angleterre, du Pays de Galles et d'Irlande.

Avant d'obéir à des raisons politiques et économiques, la dissolution s'inscrit dans le conflit entre le roi et le Saint-Siège depuis que le pape Clément VII dont le clergé anglais possède un cinquième des terres, a refusé d'annuler son mariage avec Catherine d'Aragon pour qu'il puisse épouser Anne Boleyn.

Cette dissolution se matérialise par l'entrée en vigueur de deux lois majeures. La première loi de dissolution des monastères (1534) déclare « Biens de l'État » par saisie de tout domaine ecclésiastique dont le revenu annuel est inférieur ou égal à 200 livres sterling . La seconde loi de dissolution des monastères (1539) concernera ceux dont le revenu annuel est supérieur à 200 livres. Ainsi, le roi enrichit les caisses de l’État sans recourir à l’impôt , et s’aliène durablement de la loyauté des nouveaux acquéreurs à la cause de la réforme anglicane dont certains membres de la cour.

La dissolution des monastères d'Angleterre aura pour conséquence directe l'excommunication officielle d'Henri VIII, la marginalisation presque totale du corps ecclésiastique catholique (monachismehttps://www.historic-uk.com/HistoryUK/HistoryofEngland/Dissolution-of-the-Monasteries/) et la propagation des pauvres et autres nécessiteux sur toutes les routes du Royaume. Le Pape ne reconnaitra ni la répudiation de Catherine d'Aragon ni le remariage avec Anne Boleyn.

Histoire

La dissolution des monastères s’inscrit dans le contexte de la réforme religieuse en Europe occidentale qui voit un certain nombre de souverains et de princes abandonner l’Église catholique romaine au profit du protestantisme. La réforme anglicane appliquée par le roi d’Angleterre n’est pas à proprement parler une adoption du protestantisme, comme le montre l’Acte des six articles, mais signifie le refus de l’autorité du pape sur l’Église anglaise et la volonté de réformer une institution très critiquéeVoir Lollards..

Contexte religieux et politique

La Couronne faisait face aux théologiens et au clergé, divisés sur la question de la Réforme. Depuis John Wyclif dont la doctrine avait été diffusée par les Lollards, il existait en Angleterre un terrain favorable aux idées réformistes, tant sur le plan doctrinal (retour à la Bible) que politique (volonté d'indépendance nationale). Nicholas Ridley, procurateur de l'université de Cambridge, spécialiste de l'exégèse biblique, avait obtenu de l'Université la résolution suivante : That the Bishop of Rome had no more authority and jurisdiction derived to him from God, in this kingdom of England, than any other foreign bishop..

Si Thomas Cranmer soutenait l’indépendance de l’Église d'Angleterre, de nombreux intellectuels, et non des moindres, comme l'ex-chancelier Thomas More ou Reginald Pole, refusaient le schisme tandis que de l'autre côté, des personnalités comme Hugh Latimer appelaient au contraire à une réforme protestante beaucoup plus radicale que l'Église anglicane proposée par le roi.

Entre 1524 et 1527, le cardinal Thomas Wolsey avait déjà entrepris une ébauche de réforme, fermant trente monastères, notamment à Ipswich, sa ville natale, et à Oxford, où il avait fait ses études. Les bénéfices de l’opération servirent à la construction d’établissements d’enseignement public. Après avoir fermé le prieuré de sainte Frideswide, Wolsey fonda ainsi Cardinal College qui allait devenir le Collège de Christ Church (Oxford).

En fut publiée une série de lois visant à réformer les abus, limiter les droits perçus sur la validation des testaments et les enterrements en terre consacrée, énoncer des règles plus sévères concernant le droit d’asile pour les délinquants et les criminels et limiter le cumul des emplois ecclésiastiques à quatre fonctions. Ces réformes religieuses eurent aussi pour effet de renforcer l’autorité royale.

Selon l'Encyclopédie catholique, la dissolution des monastères était prévue dans le programme politique du roi et ne fut donc pas fonction du contexte..

Les précédents en Angleterre

La politique d'Henri VIII pouvait s'appuyer sur des précédents dont certains dataient de deux cents ans.

Après la conquête normande, de nombreuses abbayes françaises possédaient de vastes propriétés et des maisons cadettes en Angleterre. Il s'agissait pour certaines de simples exploitations agricoles constituées de terre et de bois gérées par un moine expatrié, mais parfois aussi de riches fondations tel le prieuré de Lewes, dépendant de l'ordre de Cluny et de son abbé. En raison des conflits incessants entre la France et l'Angleterre pendant la guerre de Cent Ans, les gouvernements anglais s'étaient inquiétés des sommes d'argent transférées vers la France, sommes que le roi de France pouvait confisquer à son avantage, ainsi que de l'autorité exercée par des ordres religieux français sur le sol anglais.

Les agents de l'administration royale avaient commencé par séquestrer les biens des prieurés étrangers entre 1295 et 1303, sous le règne d'Édouard . Ces prieurés furent contraints de verser de grosses sommes au Trésor tandis que les exploitations étaient confisquées et mises sous tutelle, leurs revenus servant à alimenter les caisses du roi, ce qui représentait une source non négligeable de profit. Certaines maisons obtinrent leur naturalisation à condition de payer de lourdes amendes et force pots-de-vin, mais la plupart disparurent lorsque Henri V ordonna leur fermeture par un Acte du parlement en 1414. Les terres accrurent les biens de la couronne, qui en conserva certaines, céda ou en vendit d'autres aux alliés du roi et partagea le reste entre des monastères nouvellement créés comme l'abbaye de Syon ou les Chartreux du prieuré de Sheen, ainsi que de nouveaux établissements d'enseignement. Cette politique fut reprise par Henri VI, avec notamment la fondation du Collège d'Eton.

Le transfert des biens ecclésiastiques à des établissements d'enseignement inspira largement l'épiscopat anglais ; de nouvelles fondations se multiplièrent vers la fin du et se poursuivirent au début du . Les victimes de ces transferts étaient en général de petits établissements sans grandes ressources ni appuis, abritant des religieux bénédictins ou augustins. Les grandes abbayes et les ordres religieux qui échappaient à l'autorité diocésaine, notamment les Cisterciens, ne firent pas les frais de ces réquisitions. Les grands bénéficiaires en furent les universités d'Oxford et de Cambridge.

Lorsque le cardinal Wolsey fit fermer une vingtaine de monastères pour créer un nouveau collège, il sollicita et obtint une bulle papale (1524).

L'exemple européen

En 1521, Martin Luther avait publié le De votis monasticis, déclarant que rien dans les écritures ne justifiait le monachisme, que celui-ci était inutile et même immoral au sens où il était en contradiction avec l’esprit du christianisme. Les vœux prononcés n’avaient aucune valeur et personne n’était tenu de les observer. Ces déclarations eurent un effet immédiat : une assemblée spéciale des Augustins allemands (dont faisait partie Luther) se rassembla la même année, accepta les propositions de Luther et décida à la majorité que tous les membres du clergé régulier avaient la liberté de renoncer à leurs vœux et de donner leur démission. Dans le monastère de Luther, à Wittenberg, tous les religieux sauf un mirent cette décision à exécution. En 1524 éclata la révolte des Rustauds ou Bundschuh (ligue de la chaussure), que Luther condamna mais qu'animèrent des révolutionnaires comme Thomas Münzer (cf. Ernst Bloch) qui demanda la dissolution des ordres religieux. La révolte fut un échec, mais l'idée que les ordres religieux s'étaient frauduleusement approprié des terres appartenant à la communauté fit son chemin La Révolte des paysans allemands..

La nouvelle ne tarda pas à arriver aux oreilles de princes et de souverains européens favorables à la réforme et à l’idée de mettre la main sur les biens de l’Église. En 1527, le roi de Suède Gustave obtint un décret de la Diète l’autorisant à confisquer autant de biens fonciers ecclésiastiques qu’il le jugerait nécessaire à l’augmentation des revenus du trésor. Certaines terres originellement concédées à l’Église par leurs propriétaires devraient désormais revenir à leurs héritiers. Ce projet enrichit le roi et priva les couvents suédois de leurs revenus, les obligeant à fermer ou à vivoter encore quelques années avant de disparaître dans les années 1580.

Frédéric de Danemark réagit à son tour en 1528, séquestrant les biens de quinze des maisons religieuses appartenant aux ordres les plus riches mais aussi les plus impopulaires. Son successeur fit passer une série de lois dans les années 1530 qui précipitèrent le déclin du monachisme danois.

En Suisse, une menace similaire pesait sur les monastères. En 1523, la cité de Zurich autorisa les religieuses à se marier et, l’année suivante, ferma tous les monastères qui se trouvaient sur son territoire, utilisant les sommes récupérées pour subventionner l’éducation et aider les pauvres. Les anciens religieux se virent offrir une formation de réinsertion et des pensions. La cité de Bâle lui emboîta le pas en 1529, puis celle de Genève en 1530. En 1530, l’abbaye de Saint-Gall se vit un temps menacée, mais comme elle se trouvait sur des terres appartenant au Saint-Empire romain germanique, la tentative fut un échec.

Étapes de la dissolution

C’est dans ce contexte européen problématique qu’Henri VIII, ne pouvant obtenir du pape l'annulation de son mariage, se proclama chef suprême de l’Église d’Angleterre en , sur les conseils de Thomas Cromwell. A cette époque, les États Pontificaux sont sous la protection de Charles Quint et des armées du Saint-Empire. Le Pape aurait donc mauvaise grâce à consentir au divorce du roi avec Catherine D'Aragon, une des tantes de Charles Quint. En , une loi fut votée interdisant au clergé de faire appel devant un tribunal étranger (romain, en l’occurrence) d’une décision royale en matière spirituelle ou financière.

En 1534, sous la pression du roi, le parlement autorisa Thomas Cromwell à inspecter les monastères, c’est-à-dire toutes les abbayes, prieurés et couvents, sous prétexte de vérifier la façon dont on présentait la réforme aux moines, mais en réalité pour évaluer la valeur de leurs biens et trouver des prétextes justifiant la dissolution à venirHibbert, Christopher, et al. The London Encyclopaedia (3rd Edition). Royaume-Uni, Pan Macmillan, 2011., p.238. L'émotion provoquée par la venue d'un laïc dans des lieux habitués à des inspections épiscopales dura quelques mois. Sur la base des accusations d’irrégularités reçues par Cromwell, le parlement vota, la même année, la première loi de dissolution des monastères. Les couvents les plus modestes et les moins influents furent mis à sac, leurs résidents reçurent une pension tandis que leurs biens étaient confisqués. Cromwell délégua ses pouvoirs à des commissaires laïcs qui effectuèrent ce que l’on appela plus tard la Visite des monastères.

Anne Boleyn était contre la gestion des réquisitions faite par Thomas Cromwell. S'étant exprimée devant le roi et Cromwell, la reine prônait une politique consistant à une redistribution de la richesse à destination des pauvres sous forme de formation, à l'image de ce qu'avait mis en place la Réforme en Suisse, quelques années auparavant.

Celle-ci commença au cours de l’été 1535, tandis que des prédicateurs et des sermonneurs (les railers) étaient chargés de monter en chaire et de développer les trois thèses suivantes : les moines et les sœurs étaient des pécheurs, des hypocrites et des impies menant une vie de luxe et de débauche ;