Vélib' Métropole, ou simplement Vélib' (mot-valise de vélo et liberté), est un système de vélos en libre-service disponible à Paris et dans les autres villes membres de l'Agence métropolitaine des mobilités partagées ; il s'inscrit dans le domaine de la mobilité partagée. Par synecdoque référentielle, « vélib' » désigne aussi la bicyclette.

Dans sa version précédente, Vélib' était géré par un opérateur privé dans le cadre d'une délégation de service public, lancé le par la mairie de Paris. Il fut exploité dans cette première période entre 2007 et 2017 par le groupe JCDecaux qui a décliné à cette occasion une version parisienne de son système Cyclocity. Disponible dans un premier temps uniquement dans Paris intra-muros, le système a été déployé à partir du début de 2009 dans trente communes de la petite couronne pour atteindre progressivement le chiffre d'environ en circulation et à l'année.

En 2017, l'exploitation du réseau fait l'objet d'un nouvel appel d'offres, gagné par le consortium Smovengo, nouveau gestionnaire du service Vélib' devenu « Vélib' Métropole » depuis le . Le système élargit son offre avec le déploiement de vélos à assistance électrique (VAE), les Vélib' bleus, au côté des vélos mécaniques, les Vélib' verts. Le déploiement du nouveau système fut néanmoins lent et fastidieux, et a connu des dysfonctionnements, le système n'ayant retrouvé totalement sa fréquentation d'avant 2017 qu'à partir de l'automne 2019. La première génération de Vélib' a totalisé plus de de locations.

En , le service compte pour par jour avec un service actif sur .

Histoire

Précédents et initiatives similaires

La mise à disposition de bicyclettes par une municipalité a connu divers précédents français et étrangers.

En France, les « vélos jaunes », mis à disposition par la municipalité de La Rochelle dès 1974 à l'initiative de son maire Michel Crépeau, sont souvent considérés comme les premiers « vélos en libre-service ». S'inscrivant dans une politique visant à favoriser le développement de modes de transport urbains alternatifs à la voiture individuelle, répartis sur trois stations dans le centre-ville étaient alors proposés aux habitants et aux touristes. Depuis 2009, La Rochelle dispose d'un service similaire au Vélib', portant le nom de Yélo.

Lancé en 1995 avec , le système de vélos en libre-service de Copenhague fut un des premiers systèmes à grande échelle.

En France, le système historique qui ressemble le plus au Vélib' parisien est le service vélo à la carte mis en place à Rennes par Clear Channel en , société qui comme JCDecaux est spécialisée sur les marchés de la publicité et du mobilier urbain. Le service de Clear Channel offrant deux cents vélos répartis sur vingt-cinq stations et basé sur la technologie SmartBike, il est le premier service de vélos en libre-service « informatisé » dans le monde.

JCDecaux, le futur gestionnaire du Vélib' et concurrent de Clear Channel, développa ensuite un système amélioré nommé Cyclocity qui fut installé en sous le nom de Vélo'v à Lyon. Avec quatre mille vélos répartis sur plus de trois cents stations, le principe des vélos en libre-service atteint alors une nouvelle échelle. Contrairement aux autres services du système Cyclocity de JCDecaux, le service parisien bénéficie d'un exclusif. Le mobilier dessiné par Patrick Jouin a ainsi été choisi par la ville de Paris au terme d'une consultation avec les et architectes Jean-Michel Wilmotte, Patrick Jouin et Ora-ïto.

En 2007, Paris accède, de façon beaucoup plus médiatisée en France et dans le monde que Lyon, à ce type de service avec le Vélib' qui est suivi d'une vague d'installations de services de vélos en libre-service informatisé dans de nombreuses villes. Du fait de sa notoriété, Vélib' devient un nom de marque lexicalisé utilisé pour désigner d'autres systèmes de vélos en libre-service..

En , la mise à disposition de vélos en libre-service était pratiquée par les municipalités dans un grand nombre de villes dans le monde. À titre d'exemple, on trouve à ce moment le dispositif Bicing à Barcelone, le plus grand dispositif basé sur le système SmartBike développé par Clear Channel avec sur , le service BIXI à Montréal avec sur , ou encore Santander Cycles, le service de vélos en libre-service de Londres, imaginé après le succès du Vélib' parisien et mis en service fin , avec environ sur . En France, 33 systèmes de vélos en libre-service étaient en service en 2011 dont trois en Île-de-France en dehors du Vélib' : Cristolib à Créteil, Velcom à Plaine Commune et VélO2 à Cergy-Pontoise.

Période JCDecaux (2007-2017)

vignette|Vélib' JCDecaux près de la station de métro Courcelles.|alt= vignette|Station en construction à Issy-les-Moulineaux en 2009. Le contrat de l'affichage publicitaire dans la Ville de Paris expirant bientôt, cette dernière décida de lancer un appel d'offres en automne 2006. Suivant le modèle de Lyon, la ville décida de coupler le marché publicitaire au marché des vélos. Le marché est attribué pour .

Le contrat initial passé le par la ville avec la société Somupi, filiale de JCDecaux, prévoyait la mise à disposition de dans . Dès l'inauguration du service le , sont disponibles dans sans interruption, 7 jours sur 7, 24 h sur 24..

La ville ne subit alors pas la charge financière et logistique du service de location de vélos. En prime, l'exploitant devra lui verser une redevance de d'euros ainsi que les recettes des abonnements et des locations.

En effet, la ville exigeait minimum, . JCDecaux présente un projet avec en libre-service, Clear Channel . Le marché revient de droit à Clear Channel. JCDecaux anticipe cette décision en analysant juridiquement le montage du dossier et parvient à faire annuler l'appel d'offres. En janvier, l'appel d'offres est relancé, JCDecaux propose cette fois-ci . Le groupe JCDecaux remporte le marché : la publicité devrait lui rapporter soixante millions d'euros par an et les vélos coûter entre quarante à cinquante millions d'euros...

Des voix se sont élevées contre le jumelage des deux marchés (vélos/publicité) dans le cadre d'un même appel d'offres. : les opposants à la publicité regrettent que la ville tisse un lien très fort entre ses services et la publicité pour les dix ans à venir car ils craignent que cela permette à la société JCDecaux d'avoir un poids plus grand sur les décisions d'affichage publicitaire dans les rues de Paris ; les problèmes d'exclusivité publicitaire empêchaient la mise en place de Vélib' sur le domaine public des grandes gares parisiennes et constituaient un frein à l'extension en banlieue. En effet, dans un premier temps, l'implantation de stations dans l'enceinte des gares n'était pas possible car le marché de l'affichage publicitaire dans ces espaces n'était pas attribué à JCDecaux mais à Clear Channel... Puis, alors que le le marché publicitaire en question était entretemps passé à JCDecaux., la question d'une éventuelle redevance pour l'installation de stations sur le domaine de la SNCF bloquait le dossier. Ce n'est qu'en qu'un accord entre JCDecaux et la SNCF permet l'installation de stations Vélib' à proximité des quais, contre le paiement d'une redevance symbolique d'un euro par station. À la gare de Lyon, deux grandes stations sont implantées en bas du parvis ; à la gare d'Austerlitz, une station se trouve sous l'auvent même de la gare, dans la cour des arrivées, tandis qu'à la gare de l'Est une station est installée sur le parvis. ; le logiciel de gestion, propriété de JCDecaux, interdit toute interopérabilité avec un système concurrent dont pourrait éventuellement s'équiper une ville limitrophe de banlieue. Cette situation de monopole supprime la concurrence dans les appels d'offres pour l'extension du réseau..

À l'inverse : la ville s'octroie les revenus des abonnements et récupère une bonne image politique, sans payer les frais de fonctionnement du dispositif ; JCDecaux a déjà une grande expérience dans le domaine (dont plusieurs brevets déposés grâce au succès du Vélo'v lyonnais) ; en encourageant un tel système, la ville progresse à moindre frais dans sa politique de promotion des moyens de transports propres.

vignette|Station installée fin 2010 sur le parvis de la gare de l'Est.|alt=|gaucheLe nombre de vélos mis à disposition augmente ensuite progressivement avec le déploiement de nouvelles stations, jusqu'à atteindre environ répartis dans à Paris et en proche banlieue, distantes en général de seulement 300 mètres environ.. Le le Conseil de Paris vote en effet l'extension du système Vélib' à trente communes de la petite couronne à partir du deuxième trimestre 2008, avec trois cents nouvelles stations prévues pour accueillir dans une bande de autour de Paris, selon le même fonctionnement que dans la capitale.

Cette délibération est d'abord annulée le par une ordonnance de référé du tribunal administratif, saisi d'une plainte de la société Clear Channel, concurrent malheureux de JCDecaux pour l'attribution du marché qui contestait l'extension du service en dehors de Paris par voie d'avenant au contrat initial et non pas par un nouvel appel d'offres. Mais la ville de Paris interjette appel auprès du Conseil d'État qui, le , annule l'ordonnance du tribunal administratif et autorise l'extension du service au motif qu'il n'était pas porté atteinte à l'économie générale du marché initial. Dans sa décision, le Conseil d'État relève d'abord que cette extension était d'une portée limitée, seules des communes limitrophes ou très voisines de Paris comprises à l'intérieur d'un rayon de 1,5 kilomètre étant concernées. Il observe ensuite que la prestation prévue par le marché initial et la prestation supplémentaire ainsi proposée aux usagers du système Vélib' sont de même nature. Il indique enfin qu'il s'agit d'améliorer un service rendu à titre principal aux usagers qui habitent Paris ou qui s'y rendent et non de mettre en place un service distinct destiné aux déplacements entre communes limitrophes et que cette extension est susceptible d'entraîner un surcoût par rapport au prix initial du marché de 8 % au maximum.C.E. 18.07.2008, Ville de paris, 312.354.. À la suite de cette décision, l'installation de stations Vélib' en petite couronne commence au 2009 avec la ville de Boulogne-Billancourt, et s'achève à la fin de la même année.

En , la mairie de Paris et JCDecaux ont procédé à une renégociation du contrat Vélib' afin de modifier les modalités financières, notamment pour tenir compte des actes de vandalisme qui avaient mis en danger l'équilibre économique du contrat initial. Conformément aux nouvelles conditions du contrat, la municipalité doit désormais débourser une indemnité pour chaque vélo vandalisé (dès lors que 4 % du parc de vélos est touché, et jusqu'à hauteur de 25 %), dont le montant est réévalué chaque année ( en 2008, en 2009, en 2010). De plus, la ville ne touche plus l'intégralité des recettes de location, le gestionnaire en recevant 35 % sur les recettes nettes comprises entre 14 et d'euros, et 50 % sur les recettes nettes supérieures à d'euros. En contrepartie, JCDecaux s'engage à améliorer la régulation, à répondre à tout courrier qui lui est adressé dans un délai de quinze jours et à réduire le temps d'attente au centre d'appel à deux minutes en moyenne...vignette|upright|Démontage d'une station Vélib' à l'automne 2017 dans le .Cabu en 2009 a dessiné contre les dégradations de Vélib', victime d'un vandalisme croissant, dans le cadre d'une campagne de sensibilisation soutenue par la mairie de Paris qui a pour slogan : « Casser un Vélib', c'est facile… Il ne peut pas se défendre. Vélib' est à vous, protégez-le ! »Un Cabu contre les dégradations de Vélib 2 juin 2009, sur le site du Parisien (consulté le 7 février 2015)....