Boris Nikolaïevitch Eltsine ou IeltsineLa transcription du cyrillique est flottante. La forme Eltsine est la plus courante ; c'est celle utilisée par l'encyclopédie Hachette ainsi que les sites de l'Union européenne, de l'Assemblée nationale française et l'Agence de presse officielle russe. La graphie Ieltsine, conforme à Transcription du russe en français, est plus proche de la prononciation originale. La graphie Yeltsine est parfois rencontrée. (en ), né le à (oblast de Sverdlovsk) et mort le à Moscou, est un homme d'État russe, président de la fédération de Russie du au .

Membre du Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS) à partir des années 1960, il est élu président du Præsidium du Soviet suprême de la république socialiste fédérative soviétique de Russie en 1990, ce qui fait de lui le premier président non-communiste d'une république soviétique.

L'année suivante, il joue un rôle-clé dans l'échec du putsch de Moscou et marginalise Mikhaïl Gorbatchev. En quelques mois, son action contribue à la dissolution de l'Union soviétique ; il l'emporte lors de l'élection présidentielle de 1991. Cinq ans plus tard, alors qu'il est malade et que ses politiques sont impopulaires, il est réélu sur fond de suspicions de fraudes face au communiste Guennadi Ziouganov.

Sa présidence est marquée par une succession de crises et scandales. Alors qu'il procède à d'importantes privatisations, une classe d'oligarques émerge, la corruption devient endémique et la situation économique et sociale du pays se dégrade fortement. Il doit faire face à une crise constitutionnelle avec le Congrès des députés en 1993, puis à la guerre de Tchétchénie de 1994-1996.

De plus en plus affaibli par la maladie et réputé alcoolique, il démissionne après huit ans de présidence. Vladimir Poutine, qu'il a nommé président du gouvernement peu auparavant, lui succède. Boris Eltsine ne prend ensuite plus part au débat public.

Biographie Origines modestes

Boris Eltsine est l'aîné des trois enfants de Klaudia Vassilievna et Nikolaï Ignatievitch Eltsine, un homme qui, en éducation, ne croyait qu'à la manière forte. Il a une enfance difficile dans une famille préoccupée par sa survie. En 1935, le père de Boris Eltsine déménage la famille à Berizniki et il devient ouvrier au chantier de construction d'un complexe industriel. La famille connaît l'inconfort et la promiscuité, dormant à même le sol de l'unique pièce qu'elle occupe dans un baraquement en bois. Enfant, Boris Eltsine est animé d'une énergie qui lui vaut d'être élu délégué de classe pendant toutes ses études. Sur le plan scolaire, il ne connaît jamais de difficultés. Pendant la guerre, il vole deux grenades RGD 33 dans un dépôt militaire, les fait exploser et perd deux doigts de la main gauche (le pouce et l'index). Boris est bagarreur. Il doit son nez de boxeur à un coup de bâton reçu lors d'une de ses rixes.

alt=|gauche|vignette|225x225px|Eltsine dans les années 1940 (le second à gauche).

Dans son autobiographie, intitulée Jusqu'au bout !, il raconte que, très jeune, il a dû se battre contre la bêtise et la méchanceté. Lors de la remise de son diplôme de fin d'études, la fête bat son plein et Boris demande la parole. Devant les enseignants, les parents et les élèves, il accuse l'institutrice principale de l'école de sadisme. La direction de l'école, scandalisée, décide de lui retirer son diplôme, geste qui lui ferme automatiquement les portes de toutes les écoles de l'Union soviétique. Le jeune Boris conteste la décision tant et si bien qu'on ouvre une enquête sur le travail de l'institutrice principale et qu'on lui rend son diplôme. L'institutrice, elle, est renvoyée. Dès cette époque, le jeune Eltsine se passionne pour plusieurs sports, mais c'est le volley-ball qui l'emporte. Il deviendra champion au niveau régional.

L'adolescent Eltsine est fasciné par les bateaux. Il fait une demande pour entrer dans la section construction de l'Institut polytechnique de l'Oural, à Sverdlovsk. Parallèlement à ses études, il fait partie de l'équipe de volley-ball de la ville. Il lui faut sillonner son pays pour participer aux compétitions de volley-ball. Pour obtenir son diplôme d'ingénieur, Boris Eltsine rédige un mémoire sur les tours de télévision.

Boris Eltsine se présente en à l'usine de construction de tuyauterie lourde où on l'a affecté. Il consacre une année à l'apprentissage pratique de 12 spécialités de la construction. Cette année terminée, le jeune travailleur se sent prêt à devenir contremaître. Aussitôt nommé, il entreprend de lutter contre le vol, auquel sont habitués les ouvriers du bâtiment. Boris Eltsine s'est toujours présenté comme un homme de terrain.

Alors qu'il dirige une équipe de prisonniers, le jeune contremaître décide de leur verser un salaire au mérite plutôt que leur salaire habituel. Son mode de calcul fait en sorte que le salaire des détenus diminue de plus de la moitié. Un détenu se présente à son bureau armé d'une hache et le somme de rétablir l'ancien ordre de paie. Boris Eltsine refuse. Le détenu menace de l'abattre, mais le contremaître lui crie de déguerpir. Ce que l'autre, complètement désarçonné, fait sur-le-champ. De 1956 à 1963, Boris Eltsine occupe, après celui de contremaître, les postes de chef de chantier, d'ingénieur en chef, puis de chef de la direction de la construction d'un complexe de travaux publics.

Au sein du Parti communiste soviétique Il adhère en 1961 au Parti communiste de l'Union soviétique et devient en 1969 fonctionnaire du parti. Eltsine est, à partir de 1977, à la tête de la section du parti de l'oblast de Sverdlovsk ; c'est à ce titre qu'il dirige la démolition de la villa Ipatiev (décidée par Mikhaïl Souslov, membre du politburo), où furent exécutés Nicolas II et sa famille en 1918« La villa Ipatiev rasée par le Politburo » - article de La Voix de la Russie du 27 juillet 2012..

Aussitôt élu, il entreprend de renouveler les effectifs au plus haut niveau. Il décide de visiter une fois tous les deux ans les 63 agglomérations que compte la région de Sverdlovsk et d'organiser des rencontres avec les travailleurs.

En 1978, Mikhaïl Gorbatchev est élu secrétaire au comité central chargé de l'agriculture. Boris Eltsine a connu le nouveau secrétaire alors qu'il était premier secrétaire du comité de Stavropol. À cette époque, les deux hommes s'entraidaient, Eltsine fournissant des matériaux de construction à Gorbatchev, tandis que ce dernier donnait de la nourriture à Boris Nikolaïevitch. Après l'élection de Gorbatchev, leurs relations restent au beau fixe pendant un certain temps.

En 1981, Boris Eltsine est élu membre du comité central.

En 1984, il devient membre du présidium du Soviet suprême, puis chef du Département de la construction au comité central du Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS), avant d'être élu secrétaire du comité.

Quelques mois après cette élection, le , le Politburo du Parti communiste de l'Union soviétique confie à Eltsine la direction du parti de Moscou. Il remplace les apparatchiks au bureau du comité de ville et 23 des 33 premiers secrétaires de comité de district qui, selon lui, ralentissent la perestroïka, ou restructuration de l'économie, de la machine du parti et de la bureaucratie. Pour Boris Eltsine, ces apparatchiks ne cherchent qu'à assurer leur bien-être.

Le premier secrétaire s'attaque ensuite aux problèmes de Moscou : surpeuplement, queues interminables, transports bondés, saleté, drogue, prostitution et corruption. Eltsine démembre les organisations qui perçoivent des pots-de-vin dans les magasins d'État. Il se fait remarquer non seulement par son activité débordante, mais aussi par son franc-parler.

Il organise des rencontres avec le peuple et prend l'autobus et le métro avec des ouvriers pour constater par lui-même la situation dans les transports en commun, et pour les écouter critiquer les chefs politiques. Boris Eltsine prend aussi position en faveur de la perestroïka. Pour lui, celle-ci exige qu'on retire leurs privilèges aux apparatchiks et il ne peut comprendre les hésitations de Gorbatchev. Ses déclarations irritent le Politburo, qui y voit une marque de démagogie. Pourtant, en , il est élu membre suppléant du bureau politique.

Lors d'une réunion du comité central, le , l'ordre du jour porte essentiellement sur le rapport que Gorbatchev doit présenter le , lors des célébrations du de la révolution d'Octobre. Boris Eltsine demande la parole pour dénoncer les lenteurs de l'appareil du comité central et du secrétariat, qui ruinent toutes ses tentatives pour assainir la situation dans la capitale. Il accuse aussi le secrétariat national, et nommément Egor Ligatchev, le numéro deux du parti, d'intervenir dans le choix des responsables de la ville et des arrondissements. Il clame : « Les corrompus, les pourris sont ici même, parmi nous, et vous le savez parfaitement ! ». Son intervention provoque un tollé. Ligatchev adopte le ton de celui qui a été injustement accusé. Suit une offensive généralisée. On accuse Boris Eltsine de tous les crimes. Ceux qui ne prennent pas le micro lui crient leur hostilité de leur place. Le camarade Eltsine est forcé de faire son autocritique et sort complètement démoralisé de cette séance. Plusieurs sources attestent qu'il a eu un malaise cardiaque à la suite de cette réunion et qu'il a dû être hospitalisé.

Le , la sanction tombe. Au cours d'une réunion du comité moscovite du parti, Boris Eltsine est démis de ses fonctions. Depuis l'arrivée de Gorbatchev à la tête du comité central, de nombreux membres du parti ont été renvoyés, mais c'est la première fois qu'un homme nommé par le secrétaire général — et qui est, de plus, un ardent défenseur de la perestroïka — est limogé. L'éviction de Boris Eltsine représente une victoire pour les conservateurs. Le , le disgracié est nommé vice-président du comité pour la construction, ce qui correspond à un poste ministériel. Boris Eltsine reste membre suppléant du Politburo. Le , il est « libéré » de ce poste.

Le purgatoire d'Eltsine ne dure pas longtemps. Le , on le retrouve sur les tribunes du défilé de la place Rouge. Un mois plus tard, il accorde une entrevue à la chaîne de télévision américaine CBS, et une autre à la BBC de Londres. Il réclame la démission d'Egor Ligatchev, qu'il accuse d'être le « principal responsable » du retard de la perestroïka et de s'opposer à la diminution des privilèges pour les membres de l'appareil.

thumb|Boris Eltsine, le 21 février 1989.

Le , un pas important est franchi en vue de son retour en politique. Une foule en délire dans un district de Moscou choisit Boris Eltsine comme son candidat en vue des élections au « Congrès des députés du peuple » du Soviet suprême. Peu après son élection comme candidat à la députation, il se prononce en faveur du multipartisme, que Mikhaïl Gorbatchev a dénoncé un mois plus tôt. Ses déclarations lui valent de plus en plus de popularité. Boris Eltsine s'attire bientôt la sympathie des intellectuels.

Le , 89,44 % de l'électorat moscovite vote pour Boris Eltsine au cours des premières élections libres depuis l'avènement du régime communiste. Ce scrutin est marqué également par une poussée des candidats réformateurs et la défaite de nombreux conservateurs. Au milieu du mois de juillet, l'Union soviétique est paralysée par les grèves et menaces de grève. Boris Eltsine et Andreï Sakharov, élu lui aussi, forment, avec les 269 députés du Soviet suprême qui favorisent une accélération des réformes, un groupe parlementaire appelé Groupe interrégional, pour faire entendre leurs voix. C'est une première en URSS depuis le début des années 1920. En , Boris Eltsine publie Jusqu'au bout !. Deux mois avant la sortie de ses mémoires, journaux et magazines en publient des extraits, faisant leurs choux gras de ses démêlés avec Mikhaïl Gorbatchev.

Dirigeant de la Russie

1990