thumb|upright=1.2|La légende du Phénix renaissant de ses cendres est une croyance en la résurrection si empreinte dans la civilisation occidentale qu'elle est passée sur les plans symbolique et littéraire.Détail du Bestiaire d'Aberdeen, .
La croyance est le fait d'attribuer une valeur de vérité à une proposition ou un énoncé, indépendamment des éléments de réalité confirmant ou infirmant cette proposition ou cet énoncé. Le mot peut désigner tantôt le contenu de ce qui est cru, comme dans l'exemple donné par Pascal Engel , tantôt l'attitude ou l'état psychologique de celui qui croit.. Le terme de croyance peut indiquer selon le contexte, une adhésion faible, une incertitude quant à un fait ou un énoncé, ou bien une forte conviction, comme pour la foi. Une croyance peut être plus ou moins fondée, plus ou moins justifiée : un préjugé, une opinion, une hypothèse scientifique, une induction sont différentes croyances. Le CNRTL indique que la croyance est une ..
Le problème de la croyance est étudié tant par les philosophes et les épistémologues, par exemple Platon dans le Théétète, que par les historiens, les anthropologues ou les psychologues. Il s'agit de comprendre et d'évaluer les croyances, de retracer leur genèse et d'établir leur rôle dans le comportement des individus et des sociétés.
Définitions, étymologie Le philosophe Pascal Engel souligne la redoutable ambiguïté de la notion ordinaire de croyance. La croyance peut selon lui désigner le contenu de ce qui est cru, ou l'attitude ou l'état psychologique de celui qui croit. La croyance est tantôt incertaine, tantôt exprime une certitude ou conviction. En tout cas, la croyance est l'attribution d'une valeur de vérité à un énoncé, une proposition ou un fait, qui s'exprime sous la forme « Je crois que p ».
Selon les Topiques d'Aristote, l’opinion est la Livre IV, 126b.
Le terme vient de l'ancien français crient, venant du latin creens (« croyant »), du verbe credere (« croire »).
La Croyance Croyance et réalité Dans son acception minimale la croyance est un phénomène universel qui concerne certains individus, et d'une certaine manière tous les êtres vivants : pour entreprendre une action, il faut « croire » à la possibilité de sa réalisation. Cette forme basique de croyance est l'objet d'étude de la stochastique et de la cybernétique. Le principe général mis en évidence par ces deux domaines est qu'un individu (ou aussi, pour les êtres sociaux, un groupe) ne conduit pas ses actions selon un processus causal linéaire mais fait des hypothèses sur leurs résultats, lesquelles seront infirmées ou confirmées ; en permanence il vérifie ces résultats par les informations en retour qu'il reçoit de son environnement (la rétroaction ou feedback) et ajuste son comportement en fonction de ces informations. Ce phénomène est largement inconscient dans les actions ordinaires, parce que celles-ci portent le plus souvent sur des comportements hautement prévisibles et que les corrections sur les feedbacks négatifs sont mineures. Ce n'est que lors de corrections significatives (trébuchement, heurt d'un obstacle) que l'on retrouve la conscience que ces hypothèses sur la réalité sont approximatives, que ce que l'on « croit » est une approximation de ce qui est effectivement réalisable - mais une approximation assez fiable.
Cette forme ordinaire et immédiate de croyance induit bien sûr une interrogation sur ce qu'est vraiment le libre-arbitre, et pose la question de l'écart entre notre appréciation de ce qu'est une décision consciente ou inconsciente et la réalité du niveau d'action inconsciente dans nos activités habituelles.
Si le plus souvent la croyance est associée au mysticisme et à la religion, elle fait constamment partie de la réalité quotidienne, dans chaque acte et geste de la vie, dans ce qui semble le plus banal ou anodin. Le doute est le mécanisme qui, en chaque individu, remet en cause l'image qu'il se fait de la réalité. Mais comme il est impossible de remettre perpétuellement toutes ses connaissances en cause pour agir, nous agissons selon une approche plus ou moins fine de la réalité selon nos buts, les situations et les contextes.
Par exemple, croire que le relief d'une région est immuable est suffisant et nécessaire dans les contextes de la vie quotidienne, alors qu'un géologue considérera le relief sous un angle dynamique et à longue échéance.
Pour le mathématicien et logicien Frank RamseyFrank Ramsey, Vérité et probabilité, 1926, in Logique, philosophie et probabilités, Vrin, 2003., nos actions sont décidées selon une estimation de leur probabilités de réussite, elles-mêmes estimées selon un degré de croyance envers les informations qui conduisent à cette action. Ainsi, toute information est susceptible d'une confiance graduelle, plutôt que d'une adhésion ou d'un rejet catégorique par un individu donné. Ramsey caractérise ainsi cette notion :
Au-delà de la décision d'action, basée sur un ensemble de croyances aux degrés plus ou moins élevés, Ramsey pose un principe de vérité de chacune de ces croyances, dépendant du succès de ces actions. Le principe de Ramsey peut être énoncé ainsi : Les croyances vraies sont celles qui conduisent au succès de nos actions quel que soit le désir en jeu.. Dans cette formulation, la notion de variation des possibilités d'application de la croyance, en tant qu’élément de décision d'action vis-à-vis d'un désir, est cruciale car elle impose d'appliquer le principe de Ramsey à un ensemble de situations, et non à une situation particulière, dans lesquelles une croyance déterminée sera impliquée dans des actions dont on pourra estimer le succès.
Sociologie
Pour le sociologue, la croyance est un ensemble de convictions ou d'idées que les individus considèrent comme vraies et intègrent dans leur représentation du monde. Ces croyances sont souvent influencées par le contexte socioculturel, les interactions sociales et les mécanismes de validation au sein de la société. La croyance joue un rôle central dans la structuration des schèmes d'action et la manière dont les individus perçoivent et interprètent la réalité. Les croyances sont généralement ajustées et modifiées au fil du temps en fonction des retours d'expériences et d'informations nouvelles.
L'individu tend à ajuster ses croyances au réel tel qu'il le perçoit, et inversement (il tend à interpréter le réel en fonction de ses croyances) ; quand le cerveau les considère comme vraies, il les intègre dans notre représentation conceptuelle du monde. La croyance est investie d'un dynamisme liés aux schémas perceptifs et d'action (protocoles élaborés en nous pour sentir, penser, agir).
Au delà de l'individu, existent divers mécanismes sociaux de validation des croyances., que l'on retrouve, parfois amplifiés ou manipulés dans les réseaux sociaux, notamment par les algorithmes et la fabrique du doute. Les individus s’influencent mutuellement, et sont influencés par le contexte socioculturel et médiatique (Conover , 2005, )..
Si l'expérience (mise en œuvre de ces protocoles et constatation de leur opérabilité et efficacité pour résoudre une situation problématique) permet à chacun de théoriquement valider ou d'invalider les croyances, celles qui s'avèrent erronées ne sont généralement pas éliminées mais « ajustées ». De nouveaux liens entre les concepts seront testés. On pense que cela nécessite une répétition d'expériences aux résultats peu probants et donc invalidant la ou les croyances pour que celles-ci soient modifiées ou remplacées, consciemment ou non. Les psychothérapies s'appuient entre autres sur ces mécanismes.
La croyance répond à un besoin profond de l'individu, et ne peut être gérée aussi librement que la notion de libre arbitre le laisserait imaginer. La croyance étant consécutive au fonctionnement d'un ensemble de schèmes qui se sont ancrés à un niveau de fonctionnement automatisé dans l'esprit, la difficulté de les faire évoluer s'explique. La croyance peut donc être considérée comme un des constituants de lhabitus..
Tendre vers l'objectivation du réel, dans le respect de la validité épistémologique, induit la prise en compte de la subjectivité. Cette prise en compte permet une mise en perspective (Max Weber), une relativisation des concepts obtenus et, justement, une prise de conscience de l'ensemble des croyances qui filtrent toute réalité.
La foi est liée à un besoin et à la nécessité de le combler et va donc permettre l'activation des mécanismes — accrédités par cette foi — schèmes d'action, non seulement pour construire ces schèmes d'action mais aussi à leur mise en œuvre, au constat de leur validité ou non..
La didactique est basée sur la foi dans le contrat didactique qui autorise la construction des savoirs par l'apprenti.
Psychanalyse
Selon Donald Winnicott, psychanalyste, le rapport de l'individu à ses croyances est primitivement déterminé par sa relation à sa mère.
C'est elle qui donnera le ton, c'est-à-dire que la qualité de la relation de l'enfant avec sa mère déterminera un ensemble de croyances profondément ancrées en lui qui sera la base de la construction des croyances suivantes et donc de la qualité de la relation du futur adulte à son universlire Winnicott et son concept de mère suffisamment bonne. Or, tout étant reconstitué dans notre esprit sous forme de concepts grâce aux informations livrées par nos sens, c'est là que prend toute l'importance des croyances qui valident ou non ces concepts et autorisent les actions en découlant.
Croyances autoréalisatrices Lorsque les comportements des personnes sont modifiés par une croyance, il peut parfois s'ensuivre l'accomplissement de ce que prédisait la croyance : on parle alors de prophétie autoréalisatrice. Cela peut s'observer par exemple en période de tensions internationales, lorsque des informations concernant la pénurie à venir de tel ou tel bien de consommation circulent. Même s'il n'y a pas de réel risque de pénurie, par exemple en sucre, l'approvisionnement massif de la population crée une réelle pénurie de sucre. Cela peut s'observer aussi avec des individus superstitieux, dans le cas où un signe maléfique déstabilise suffisamment la personne et lui fait adopter un comportement à risques.
Croyance et la philosophie arabe médiévale On trouve chez des penseurs arabes des interprétations très proches des interprétations actuelles. Selon Al-Ghazali, la croyance désigne ce que le cœur accepte et dont il est satisfait. Ainsi la croyance pourra être relative à ce qui est connu, par l'expérience (comme le goût d'un fruit ou la couleur du ciel qui sont connus par l'observation), par le raisonnement (comme le fait que la moitié d'une chose est plus petite que cette même chose entière) ou par la nouvelle sûre (c'est par cette voie que l'on a connu l'existence des terres lointaines et de certains événements du passé). Ainsi, même sans être allé en Chine ou sans avoir rencontré Jules César, la nouvelle de la constatation de leur existence qui nous aura été rapportée par un nombre de voies tel qu'il exclut pour nous la possibilité raisonnable de croire au mensonge permet de conclure à leur existence. Al-Ghazali qualifiera alors cette croyance de conforme à la science (la connaissance de la personne) et à la raison.
Par ailleurs, la croyance pourra être relative à ce qui n'est pas réellement connu : il distingue alors l'ignorance, le doute et l'estimation personnelle ou la conviction personnelle. Ainsi Al-Ghazali préconise de ne croire que ce qui est su, même si l'on agit parfois selon ses propres estimations, sans pour autant avoir de preuve. Ainsi selon lui, la croyance musulmane est fondée sur ce qui est su à l'exclusion de toute autre source tandis qu'il est valable, dans les jugements, d'agir selon l'estimation des savants et des juges.
Les croyances Croyances, religions et philosophies