Albert Fert, né le à Carcassonne, est un physicien français, spécialiste de physique de la matière condensée, professeur émérite à l’université Paris-Sud. Il est lauréat avec Peter Grünberg du prix Nobel de physique de 2007 en 1988.
Biographie Famille Albert Fert est né le à Carcassonne dans l’Aude. Ses parents étaient respectivement professeur de physique à l’université et enseignante en économie en lycée. Il est marié et a deux enfantsWho's Who in France, édition 2008, ..
Jeunesse Durant les deux premières années de sa vie, Albert et sa famille vivent à Toulouse. Lorsque la guerre éclate en 1939, son père est mobilisé et fait prisonnier en 1940. Albert et son frère André sont alors envoyés chez leurs grands-parents à Montclar, dans l’Aude, où ils resteront jusqu’à la fin de la guerre tandis que leur mère reste sur Toulouse mais vient les voir tous les week-ends..
En , après la Libération et le retour de Charles Fert (père d’Albert), la famille retourne vivre à Toulouse. Tout en continuant d’enseigner, Charles Fert finit sa thèse et, après sa soutenance, est nommé professeur à l’université de Toulouse où il s’illustre dans le domaine de la microscopie électronique. Son penchant pour la rigueur intellectuelle a eu une grande influence sur son fils Albert et sur son approche des mathématiques et de la physique. Durant sa scolarité au lycée Pierre-de-Fermat, Albert s’intéresse également à la littérature, aux arts et au rugby. Il obtient son baccalauréat à l’âge de dix-sept ans en 1955.
Formation Après le baccalauréat, Albert Fert prépare au lycée Pierre-de-Fermat de Toulouse le concours d’entrée à l’École normale supérieure (ENS) où il est admis en 1957. Ses années à l’ENS sont une période très intense de sa jeunesse. Il y suit les cours de grands physiciens comme Alfred Kastler ou Jacques Friedel, et se passionne pour la photographie et le cinéma (il est un grand admirateur de l'œuvre d'Ingmar Bergman), réalise un film, et devient aussi fan de jazz qu’il écoute dans le quartier Saint-Germain-des-Prés.
À sa sortie de l’ENS, il est assistant à l’université de Grenoble, et obtient en 1963 un doctorat de de l’université de Paris grâce à une thèse préparée à l’institut d’électronique fondamentale de la faculté des sciences d'Orsay et au laboratoire de spectrométrie physique de la faculté des sciences de Grenoble.
À son retour du service militaire en 1965, il est maître-assistant à la faculté des sciences d’Orsay de l’université Paris XI, et prépare sous la direction de Ian Campbell au sein du Laboratoire de physique des solides de la faculté un doctorat ès sciences physiques consacré aux propriétés de transport électrique dans le nickel et le fer, qu’il soutient en 1970.
Carrière professionnelle Parcours Après sa thèse en 1970, Albert Fert est maître-assistant à l’université Paris XI et dirige une équipe au Laboratoire de physique des solides. Il est nommé Professeur à l’université Paris XI en 1976. En 2017, il est toujours professeur émérite de cette université. Sa collaboration avec le Laboratoire central de recherche du groupe Thomson-CSF (aujourd’hui groupe Thales) le conduit à être l’un des fondateurs en 1995 de l’Unité mixte de physique CNRS/Thomson-CSF (devenue Unité mixte de physique CNRS/Thales en 2000.) dont il est le directeur scientifique en 2017.
Recherche scientifique : Albert Fert et le développement de la spintronique La spintronique ou électronique de spin, peut se décrire comme un nouveau type d’électronique qui utilise non seulement la charge des électrons, comme l’électronique conventionnelle, mais aussi leur spin, ou moment magnétique (intrinsèque). Plus précisément, la spintronique exploite l’influence de l’orientation du spin des électrons sur la conduction électrique. Cette influence avait été démontrée dans la thèse d’Albert Fert et d’autres travaux précurseurs de la spintronique avaient été développés par la communauté scientifique dans les années 1970, avec les travaux de Tedrow et Merservey (1971), puis ceux de Michel Jullière avec un article publié en 1975 montrant un effet précurseur de la magnétorésistance à effet tunnel (TMR). Cependant la découverte du phénomène de la magnétorésistance géante et l’essor de la spintronique ne fut possible qu’avec l’arrivée des nanotechnologies dans les années 1980. Albert Fert initie alors une collaboration avec Thomson-CSF pour la fabrication de multicouches magnétiques par la technique d’épitaxie par jets moléculaires et cette collaboration aboutit à la découverte de la magnétorésistance géante (GMR). Peter Grünberg à Juliers (Jülich en Allemagne) la découvre de manière indépendante quelques mois plus tard. L’article Mario N. Baibich, Jean-Marc Broto, Albert Fert, Frédéric Nguyen Van Dau, Frédéric Petroff, Patrick Etienne, Gérard Creuzet, Alain Friederich and Jean Chazelas, Giant Magnetoresistance of (001)Fe/(001)Cr Magnetic Superlattices, Phys. Rev. Lett. 61, 2472 - 2475 (1988). publié par Albert Fert et son équipe en 1988 est considéré comme l’acte de naissance de la spintronique. En 2018, ISI Web of Knowledge référence plus de pour ce même article.. La GMR a révolutionné la technologie de lecture des disques durs et ouvert la voie vers leur miniaturisation et implémentation dans l’électronique nomade. D'autre applications sont ensuite venues du développement de la spintronique et, par exemple, les mémoires STT-RAM utilisent la magnétorésistance de jonctions tunnel magnétiques (TMR) et le phénomène de transfert de spin (STT).
La spintronique est devenue depuis 1988 un domaine important de la recherche en physique de la matière condensée. L’équipe d’Albert Fert, notamment après la création de l’Unité Mixte de Physique associant le CNRS et l'industriel Thales, a eu des contributions significatives à son développement. On peut citer les premières mesures de magnétorésistance sur des jonctions magnétiques à barrière de MgO (le type de jonction aujourd’hui utilisé dans de nombreux dispositifs), des travaux pionniers sur la commutation d’aimantation ou le déplacement de parois magnétiques par transfert de spin, ou encore des travaux sur le transport de spin dans des nanotubes de carbone ou du graphène. Sur le plan de la théorie, Thierry Valet et Albert Fert sont les auteurs d’un modèle qui a introduit en spintronique les concepts fondamentaux d’accumulation de spin et de courant de spin (plus de 1000 citations en 2017 pour leur article de 1993). Le développement actuel de recherches sur les solitons magnétiques topologiques appelés « skyrmions » est aussi basé en partie sur le concept d'interaction chirale entre spins aux interfaces de films magnétiques introduit par Albert Fert en 1990. L'étude de skyrmions dans des multicouches magnétiques est depuis 2013 une activité importante d'Albert Fert et de ses collègues de l'Unité Mixte de Physique. Leur programme de recherche comprend également l'étude d'autres phénomènes liés à des effets de topologie, comme la conversion entre courants de spin et de charge par les états de surface d'un « isolant topologique ».
Engagement politique Albert Fert participa à la pétition demandant « le retrait » de la « circulaire Guéant ». qui empêche nombre de diplômés étrangers de rester travailler en France. Il parraina une étudiante étrangère menacée par la circulaire.
Distinctions Prix Nobel Albert Fert et Peter Grünberg ont obtenu le Prix Nobel de physique 2007 pour la découverte de la magnétorésistance géante et leurs contributions au développement de la spintronique.Curriculum vitæ de Albert Fert sur le site du CNRS..
Prix scientifiques 1994 : James C. McGroddy Prize for New Materials de la Société américaine de physique, partagé avec Peter Grünberg et S.S.P. Parkin 1994 : Magnetism Prize de l’Union internationale de physique pure et appliquée, partagé avec Peter Grünberg 1994 : prix Jean-Ricard de la Société française de physique 1997 : de la European Physical Society, partagé avec Peter Grünberg et S.S.P. Parkin 2003 : médaille d'or du CNRS 2007 : prix japonais 2007 : prix Wolf de physique de la Fondation Wolf, partagé avec Peter Grünberg 2014 : prix Gay-Lussac Humboldt
Sociétés savantes 2004 : élu à l’Académie des sciences le . 2008 : Académie des technologies 2009 : Academia Europaea
Décorations Le , Albert Fert est directementAlbert Fert a en effet été directement nommé au grade de commandeur dans l'ordre national de la Légion d'honneur, sans avoir été nommé au préalable au grade de chevalier dans l'ordre, puis fait chevalier de l'ordre, puis promu au grade d'officier dans l'ordre puis fait officier de l'ordre. nommé au grade de commandeur dans l'ordre national de la Légion d'honneur au titre de . Il est fait commandeur de l'ordre le dans son laboratoire de recherche, par Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.. Le , il est élevé à la dignité de grand officier dans l'ordre au titre de .
Après obtenu le prix Nobel de physique le , Albert Fert est directementAlbert Fert a en effet été directement nommé au grade de commandeur dans l'ordre national du Mérite, sans avoir été nommé au préalable au grade de chevalier dans l'ordre, puis fait chevalier de l'ordre, puis promu au grade d'officier dans l'ordre puis fait officier de l'ordre, puis promu au grade de commandeur dans l'ordre puis fait commandeur de l'ordre. élevé à la dignité de grand officier dans l'ordre national du Mérite le au titre de . Il est élevé à la dignité de grand-croix dans l'ordre le .
Hommages Albert Fert a obtenu de nombreux doctorats honoris causa : Le , sa ville natale Carcassonne, a inauguré de son nom, en sa présence et celle de la ministre et physicienne Sylvie Retailleau, la nouvelle antenne de l'IUT située dans les locaux de l'ancien lycée impérial.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi
Bibliographie A. Aspect, R. Balian, G. Bastard, J.P. Bouchaud, B. Cabane, F. Combes, T. Encrenaz, S. Fauve, A. Fert, M. Fink, A. Georges, J.F. Joanny, D. Kaplan, D. Le Bihan, P. Léna, H. Le Treut, J-P Poirier, J. Prost et J.L. Puget, Demain la physique, (Odile Jacob, 2009)
Articles connexes Liste des Français lauréats du prix Nobel
Liens externes
Unité mixte de physique CNRS/Thales
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