Le Camp des saints est un roman de l'écrivain français Jean Raspail, publié en 1973.
Le roman décrit la submersion de la civilisation occidentale, la France en particulier, par une immigration massive venue du delta du Gange. Un million de « miséreux » prennent d'assaut des cargos. Les immigrants voguent alors vers un Occident incapable de leur faire modifier leur route.
Les bateaux s'échouent sur la Côte d'Azur, sous l'œil impuissant de pouvoirs publics désarmés face à la veulerie de la population autochtone, la lâcheté de l'administration préfectorale et l'affaiblissement de l'armée française. Ainsi cette « submersion » résulte-t-elle de l'incapacité tant des pouvoirs publics que de la population à réagir face à cette invasion pacifique mais lourde de conséquences pour la nature d'une civilisation déjà ancienne, en plus d'un aveuglement de la part d'un clergé catholique trop favorable à l'accueil de populations immigrées.
Le roman devient un ouvrage de référence pour l'extrême droite française.
Genèse L'origine du roman est liée à une réflexion de l'auteur alors qu'il séjournait dans la villa d'un ami sur la Côte d'Azur et se demandait ce qui se passerait si tous les déshérités du tiers monde débarquaient en France à la recherche d'une vie meilleure. Il en tira une chronique intitulée « L'Armada de la dernière chance », publiée dans Le Figaro le , et écrivit alors le roman, au cours des dix-huit mois qui suivirent, dans la villa méditerranéenne de son ami.
Le livre comporte dès sa première parution une citation datée de l'auteur sur l'actualité du sujet. À l'occasion de chacune des réimpressions du livre, Jean Raspail a ajouté de nouvelles citations, également datées, pour prendre acte du changement des mentalités sur le sujet en quelques décenniesPatrice De Méritens, Jean Raspail « Aujourd'hui, Le Camp des Saints pourrait être poursuivi en justice pour 87 motifs », Le Figaro, 7 février 2011., de l'incrédulité à la révolte, puis à une apparente résignation abattue. Réédité huit fois, il exerce une influence notable, en particulier dans les milieux de droite et d'extrême droite.
Jean Raspail précise que ce livre, qui est son roman le plus connu, a eu la chance d'avoir été publié à une époque (en 1973) où l'immigration en france ne posait pas encore problème, et surtout avant l'entrée en vigueur de lois (Pleven, Gayssot, Lellouche et Perben) qui en interdiraient aujourd'hui la sortie. L'auteur a d'ailleurs inséré à la fin du roman une liste des 87 passages qui pourraient lui valoir des ennuis judiciaires. Cependant, le livre étant sorti antérieurement à ces lois, son auteur échappe à toute poursuite.
Origine du titre Le titre est tiré d'un passage de l'ApocalypseApocalypse 20:7 à 9. dans lequel Satan encourage la plupart des nations de la Terre à se réunir pour la bataille finale contre le « camp des saints », avant d'être vaincu pour l'éternité :
Résumé L'auteur met en scène des miséreux originaires du delta du Gange. Ses personnages capturent des cargos et contournent l'Afrique en multipliant les déclarations de force. Ils débarquent .
Ils se dirigent ensuite en masse vers le Nord de la France, rejoints par les immigrés déjà établis et qui viennent grossir leur armée. Au passage, ils violent les femmes et les filles de militants de gauche qui les avaient soutenu. L'ouvrage décrit une submersion migratoire brutale, qui devient une invasion, ainsi que la trahison des élites. Arrivés en Angleterre, les envahisseurs obligent la reine à marier son fils à une Pakistanaise.
Propos de Jean Raspail sur son œuvre Sur la genèse de l’œuvre et son écriture Jean Raspail commence la rédaction du roman en 1972, lors d'un séjour dans une villa bordant la Méditerranée, plus précisément à Boulouris, près de Saint-Raphaël. L'auteur s'y attelle sans plan préconçu. Interrogé par Le Figaro en 2011, Jean Raspail revient sur son travail :
L'auteur précise avoir voulu condenser en vingt-quatre heures (le temps de l'action) une qui, , existe sur . Pour Jean Raspail, il s'agissait de livrer un texte allégorique en utilisant certaines règles du théâtre classique, notamment celle des unités de temps, de lieu et d'action.
Sur les thèmes et le message du roman En 2004, soit 31 ans après, l'auteur revient sur son roman dans une tribune du Figaro intitulée « La patrie trahie par la République »Tribune de Jean Raspail., consacrée au thème de la série : « Qu'est-ce qu'être français aujourd'hui ? » Il y explique que, s'il s'était trompé sur la forme de l'invasion, l'histoire lui a donné raison sur le fond. Cet article lui vaut, ainsi qu'au Figaro, une plainte de la LICRA qui est finalement déboutéePlainte de la Licra..
Dans la préface de la troisième édition, rédigée en 2006, Raspail estime ne rien avoir à regretter de ce qu'il avait écrit. En 2011, il explique :
En 2009, lors d'un entretien privé avec Jean Robin, Raspail lui révéla qu'il avait choisi les musulmans en tant que résistants au parcours des bateaux indiens, et non en tant qu'envahisseurs, car et constitue pour luiJean Robin, Mémoires d'avant-guerre: (1978 - 2019), page 271..
Accueil du roman Lors de sa première édition Le livre connaît une réception plutôt positive auprès d'une partie de la critique, tandis que l'autre garde le silence.. Beaucoup soulignent non seulement ses qualités littéraires, mais aussi son aspect .. Jean Cau s'interroge en ces termes :
L'éditeur Robert Laffont imprime , adresse une lettre spéciale à 350 libraires influents et tente d'obtenir un article dans Le Monde des livres, sans y parvenir. Des auteurs classés à droite comme Jean Cau, Louis Pauwels ou Michel Déon font la promotion du livre, qui se vend à à sa sortie.
Le succès du roman ne cessera de croître au fil des mois, pour atteindre les en 1975. L'éditeur Charles Scribner le traduit en anglais la même année. Le roman connaît alors un certain succès auprès des personnalités politiques et des hommes d'influence de l'époque. Le comte Alexandre de Marenches offre le livre à Ronald Reagan, qui se dira impressionné par sa lecture. François Mitterrand, Robert Badinter et Jean-Pierre Chevènement auraient également lu le livre, selon les déclarations de l'auteur. Samuel Huntington, dans son essai Le Choc des civilisations, qualifie le roman d'. Henri Amouroux, cité par Jean Raspail lui-même, se serait écrié après la lecture du roman : . Le roman connaît également un succès dans les milieux d’extrême droite.
Succès commercial des éditions Robert Laffont, Le Camp des saints est traduit en plusieurs langues (espagnol, portugais, italien, afrikaans et allemand s'ajoutent à l'anglais). Il s'en écoule en moyenne par an. Le livre est réédité deux fois en édition de poche, en 1981 puis en 1989. Aux États-Unis, c'est l'héritière et philanthrope d'extrême-droite qui en assure la deuxième édition en 1983 et favorise son ancrage dans le paysage intellectuel américain ; elle soutient également John Tanton, un ex-écologiste malthusien devenu un des leaders du mouvement anti-immigration, qui publie la réédition de 2001..
Après l'échouage du cargo East Sea En février 2001, le cargo East Sea, transportant plus de 900 migrants kurdes syriens (qui affirment être irakiens afin de passer plus facilement pour des réfugiés) s'échoue volontairement sur la plage de Boulouris, dans le Var, à proximité du lieu d'écriture du Camp des Saints. Jean Raspail et d'autres observateurs font immédiatement le lien avec le thème du roman. Cet évènement permet à Raspail d'obtenir une réédition de son ouvrage.
Il suggère à Nicole Lattès, directrice générale de Robert Laffont, d'y assortir une nouvelle préface. Celle-ci, intitulée Big Other, effraie les membres de la maison d'édition, qui craignent d'être poursuivis pour incitation à la haine raciale. Jean Raspail refuse de céder et appelle son ami Jacques Trémolet de Villers, qui parvient à convaincre la maison d'édition de conserver la préface, sans en changer la moindre ligne. Le livre contient toutefois un avant-propos signé de Leonello Brandolini, le PDG des éditions Robert Laffont, qui justifie la publication du roman et de sa préface tout en exprimant ses réserves sur les thèses véhiculées par l'auteur.
Lors de sa huitième réédition en 2011 En , les éditions Robert Laffont font paraître une nouvelle édition précédée d'une nouvelle préface, intitulée Big Other« Ouvrir les yeux sur les mensonges », entretien avec Bruno de Cessole dans Valeurs actuelles du 10 février 2011.. Le mois suivant, le roman est classé numéro un des meilleures ventes dans la littérature française par les sites de vente sur Internet Fnac.comMeilleures ventes romans. et Amazon.fr, mars 2011, arretsurimages.net.. sont vendus entre et .
Plusieurs journaux reviennent sur le roman. Thomas Mahler, dans Le Point, évoque une . Daniel Schneidermann, dans Libération, qualifie le livre d'. S'il lui reconnaît des qualités littéraires, dont sa force d’évocation et un intérêt sociologique, le journaliste évoque la description des immigrés, ramenés à leur ainsi que leur dépersonnalisation tout au fil du roman :
Aude Lancelin explique dans Le Nouvel Observateur que le roman En s'appuyant sur l'étude du registre lexical associant la figure de l’étranger avec celles de l'excrément, du monstre ou du rat, elle conclut :
Jérôme Dupuis se livre à un résumé de l'intrigue et à son analyse dans L'Express :
Jérôme Leroy, écrivain et rédacteur en chef culture de Causeur, publie le un articleVoir sur causeur.fr. intitulé « Jean Raspail, ou le splendide malentendu » avec en sous-titre « Le Camp des saints, roman prophétique ». Il y écrit entre autres :
Depuis sa publication jusqu'en 2016, il s'est vendu du Camp des saints, dont près de depuis entre la réédition de 2011 et 2016, ..
Autres commentaires Jean-Marc Moura, professeur de littérature francophone et de littérature comparée, explique dans son ouvrage L'Image du tiers-monde dans le roman contemporain que la structure du roman oppose un espace organisé, l'Occident, à ce qu'il décrit comme un , et que Jean Raspail nomme les de l'hémisphère Sud. Il prend pour cela en compte les métaphores utilisées par l'écrivain pour les rattacher à un fond iconographique et idéologique :
L'animalisation des personnages d'immigrés est rattachée aux figures de l'abrutissement, de la puanteur et de l’obscénité. Leurs descriptions relèvent du . L'universitaire cite la noirceur liée à la figure de l'immigré, qui renvoie, lui, au . Et le triomphe des populations immigrées à la fin du récit doit être rapproché du Jean-Marc Moura, L'Image du tiers-monde dans le roman français contemporain, Paris, PUF, 1992, ..
Jean-Marc Ela et Anne-Sidonie Zoa prolongent cette analyse dans leur ouvrage Fécondité et migrations africaines : les nouveaux enjeux en insistant sur l'antagonisme classique entre Occident et Tiers-Monde, lumière et ténèbres, blancheur et saleté, civilisation et barbarie, qui court dans le roman et qui plonge ses racines dans l'évocation de l'Apocalypse, rappelant au passage l'ancienneté de ces fictions où l'immigré est désigné comme l'ennemiJean Marc Ela, Anne-Sidonie Zoa, Fécondité et migrations africaines : les nouveaux enjeux, L'Harmattan, 2006, ..
Influence C'est un livre de référence pour l'extrême droite française, qui considère que l'ouvrage est ... et surnomme parfois son auteur « le Prophète ».
En 2015, dans le contexte de la crise migratoire en Europe, Marine Le Pen, qui l'a lu pour la première fois à 18 ans et qui possède une édition originale dédicacée par Jean Raspail, qualifie Le Camp des saints de et .. Pour Libération, ce livre qui décrit une apocalypse migratoire est l'un des préférés de la présidente du Rassemblement national..