Le Pic de Porto Rico (Melanerpes portoricensis) est une espèce d'oiseaux de la famille des Picidae appartenant au genre Melanerpes.
Espèce endémique et sédentaire de l'archipel de Porto Rico dans les Grandes Antilles, ce pic forestier de petite taille, au plumage coloré quasiment monomorphique (noir sur le dos et les ailes, rouge vif et blanc sur le ventre, chez les individus des deux sexes) vit principalement dans les zones de la forêt tropicale humide de l'île mais s'adapte également, sous la pression de l'urbanisation, à des milieux forestiers plus ouverts de l'île. Oiseau grégaire et peu territorial vivant en colonie, il niche dans des trous qu'il creuse grâce à son puissant bec droit dans le tronc des arbres morts (principalement des cocotiers). Les Pics de Porto Rico sont principalement insectivores, bien qu'ils se nourrissent également de petits vertébrés (lézards, grenouilles et geckos) et consomment des fruits saisonniers.
L'espèce n'est pas directement menacée selon l'UICN mais reste sensible en raison de son endémisme insulaire et de la pression anthropique sur son milieu naturel.
Taxinomie vignette|gauche|upright=0.5|alt=Spécimen de pic de Porto Rico empaillé et monté sur un présentoire|Spécimen collecté à Porto Rico en 1873. Décrit en 1803 par le zoologiste français François Marie Daudin dans les Annales du Muséum d'histoire naturelle de ParisFrançois Marie Daudin, Annales du Muséum d'Histoire naturelle de Paris, vol. 2, 1803, et planche 51., le Pic de Porto Rico prend le nom scientifique de Melanerpes portoricensis en référence à sa présence décrite uniquement sur l'île de Porto Rico dans les Caraïbes. Le nom du genre Melanerpes vient du grec melas signifiant « noir » et herpēs signifiant « grimpeur ». Localement, il est appelé en espagnol ou en anglais.
Membre des vingt-quatre espèces qui composent le genreOu vingt-trois espèces selon Hans Winkler (2015), , qui regroupe Melanerpes pulcher et Melanerpes chrysauchen., il est possible qu'il ait évolué, durant le Pléistocène, à partir du Pic à tête rouge (Melanerpes erythrocephalus) présent exclusivement sur le continent nord-américain et que sa spéciation soit à l'origine du Pic de Guadeloupe sur l'île éponymePascal Villard (1999), .Le Pic de Porto Rico, comme les autres pics présents dans les Caraïbes, sont tous plus éloignés des Pics sud-américains que des espèces nord-américaines ; Pascal Villard (1999), . De plus, les fossiles les plus anciens retrouvés dans les Caraïbes pour le genre Melanerpes datent également du Pléistocène supérieur ; Hans Winkler (2015), .. Cependant, la phylogénie du genre Melanerpes est celle qui est la moins connue parmi la famille des Picidae dont la divergence en trois sous-familles – Jynginae, Picumninae et Picinae (à laquelle appartient Melanerpes) – date d'il y a 30 à 20 millions d'années à l'Oligocène ou du Miocène inférieurHans Winkler (2015), ..
Répartition et habitat Melanerpes portoricensis est un pic endémique de l'île de Porto Rico et présent de manière plus rare sur l'une de ses dépendances, l'île de Vieques située à à l'Est de l'île principale. Il est en revanche absent de l'autre dépendance, Culebra, mais était présent (au moins jusqu'au début du ) à Saint-Thomas dans les îles Vierges des États-Unis Robert Ridgway, The Birds of North and Middle America, vol. 6, U.S. Government Printing Office, 1914, . où il n'a cependant plus été aperçu après 1927. Il constitue le seul membre de la famille des Picidae à vivre dans l'archipel de Porto RicoPascal Villard (1999), ..
vignette|alt=Pic de Porto Rico sur une branche au milieu du feuillage|Pic de Porto Rico à Luquillo, au nord-est de l'île. L'espèce est présente sur l'île principale depuis le niveau de la mer jusqu'à la limite supérieure des arbres, vers d'altitude. Il est réparti dans toutes les zones boisées de Porto Rico, et en particulier dans le parc d'El Yunque et la forêt sèche de Guánica où il est encore plus présent, avec une préférence toutefois pour les zones vallonnées et le premier étage montagneux. Espèce exclusivement sédentaire, son habitat de prédilection est celui des forêts tropicales humides mais il s'acclimate également dans les zones boisées cultivées (plantation de caféiers ou de palmiers qui constituent dans les zones déforestées les seules aires de refuge), les mangroves et marais, ainsi que les franges arborées des villesGerard Gorman (2014), ..
Description Le Pic de Porto Rico est une espèce de pics de petite taille, robustes, pesant de avec des mâles en moyenne 12 % plus lourdsCette différence de taille et de poids entre les sexes est probablement le résultat d'une sélection sexuelle des femelles pour des mâles plus gros et puissants par compétition intraspécifique entre mâles ; Pascal Villard (1999), .. De couleur intégralement noir-bleuté sur le dos et les ailes (les pennes alaires et caudales sont en revanche noir profond), son ventre est rouge cardinal au centre, dans des tons rosés à blanc sur les flancs en se rapprochant des ailes, avec une croupe très blanche. Sa gorge est rouge et est parfois séparée de sa poitrine rouge par un collier noir plus ou moins large. Il présente un masque de plumes blanches autour des yeux aux iris brun-foncé et sur le lore au-dessus du bec. Les pattes — dépourvues de plumes et constituées de quatre doigts en disposition zygodactile« Pic de Porto Rico», Oiseaux.net, 31 août 2013, consulté le 2 mars 2020. — sont de couleur gris-vert à gris-bleu, puissantes, aux serres très développées.
Melanerpes portoricensis présente un dimorphisme sexuel léger au niveau du plumage (jusqu'à n'être pas aisément distinguable mais en général avec des couleurs plus vives chez les mâles) et plus marqué quant à la taille des individus – les mâles font de longueur et les femelles , avec également des ailes et des queues plus petites chez ces dernières – la longueur des ailes des mâles varie de et de pour les femelles. La différence est, comme souvent chez les pics, plus marquée au niveau de leurs becs entièrement noirs qui sont en moyenne 17 % plus long chez les mâles (mesurant de pour les males et de pour les femelles) ; c'est le critère principal de reconnaissance du sexe des individus.
vignette|alt=Dessin d'un crâne de pic avec les différents os et la langue|Crâne d'un Picinae, montrant (en rouge) l'élongation et les attaches de l'appareil hyoïdien, formant à son extrémité la langue de l'oiseau. Comme pour tous les pics, espèces adaptées au perçage du bois, les narines sur le culmen possèdent de petites plumes pour protéger la respiration ainsi que des glandes à mucus pour piéger les poussières. Le muscle protracteur ptérygoïdien, très développé chez les pics, joue un rôle central dans l'adaptation à l'absorption des chocs en désolidarisant le bec (qui peut bouger de manière latérale) du crâne afin de minimiser la transmission de l'énergie cinétique au cerveau et aux yeux ; à cela s'ajoute un os ptérygoïde très spécifique chez les Picidae par rapport aux autres oiseauxHans Winkler (2015), .. De plus, ils présentent un tissu spongieux spécifique entre les os du crâne (fortement ossifié, notamment au niveau du septum interorbital fortement développé) et le bec, avec un déplacement de l'attache de la grande corne de l'os hyoïde à l'os carré ainsi qu'un sternum et un bréchet renforcés. Pris ensemble, tous ces éléments maximisent la dissipation de l'énergie et l'amortissement des chocs pour l'oiseau lors des percussions. Enfin, la longue langue très spécifique des Picidae est le résultat d'une évolution particulière de l'appareil hyoïdien avec deux parties : l'une osseuse à l'extrémité est munie de petits crochets, l'autre cartilagineuse s'allonge remarquablement sous l'action d'un muscle branchiomandibulaire (qui s'attache sur la branche de la mandibule) dédoublé qui pousse les cornes hyoïdes et la langue hors du bec« Les pics colorés», www.oiseaux-nature.be, consulté le 27 avril 2019..
Les oiseaux juvéniles sont similaires aux adultes, mais avec un plumage légèrement plus terne – notamment en raison d'un plus faible nombre de plumes et de parties de couleur rouge vif – et semblable à celui des femelles. L'espérance de vie des individus est supérieure à cinq ans avec des records observés à près de huit ans.
Comportement Alimentation vignette|gauche|redresse|alt=Un pic au milieu de la végétation|Un Pic de Porto Rico dans la forêt nationale d'El Yunque, à l'est de l'île. Le Pic de Porto Rico est souvent observé cherchant sa nourriture en groupe composé d'une dizaine d'individus. C'est un oiseau omnivore qui se nourrit essentiellement d'invertébrés dont principalement des scarabées et des fourmis, mais aussi de petits lézards, de petites grenouilles – notamment du genre Eleutherodactylus dont Eleutherodactylus coqui endémique de l'île – et de geckos. Il apprécie également les graines et les fruits tels que les figues et les baies, végétaux qui constituent jusqu'à un tiers de son régime alimentaire. Il pratique la collecte de ses proies en groupe, les mâles perçant les troncs généralement vers leurs bases et sur les grosses branches, tandis que les femelles s'attachent à la partie allant du milieu de l'arbre vers la canopée tout en pratiquant significativement moins l'activité de percement et plus celle de glanage. Comme cela a été rapporté par des études scientifiques réalisées sur un Pic de Guadeloupe en captivité – et qu'il est possible de transposer à celui de Porto Rico en raison de leur proximité phylogénétique –, la pointe de la longue langue de l'oiseau est munie de crochets cornés, orientés vers l'arrière, enduits de salive qui lui permettent d'agripper et d'extraire des insectes des trous profonds dans le bois et non de les « harponner »..
L'apport en eau des oiseaux se fait par la consommation de seize espèces de fruits saisonniers , les pics n'ayant été que très rarement observés en train de boire.
Reproduction vignette|redresse|alt=Un pic accroché à un poteau à l'entrée de son nid|Pic à l'entrée de son nid creusé dans un poteau urbain. C'est une espèce de pic faiblement territoriale hors période d'accouplement, qui nidifie en colonie, dont la période de reproduction s'étend de janvier à août. Les nids sont des excavations principalement creusées en hauteur – en général entre du sol, mais parfois plus haut ou à seulement un mètre – par les mâles dans les troncs mortsHans Winkler et al. (2010), .. Cependant, la diminution des bois morts qui est essentiel à la survie de l'espèce poussent les pics à nicher dans les poteaux en bois de lignes téléphoniques et électriques ou dans des cocotiers vivants, tous deux difficilement excavablesConfronté à une situation similaire, le Pic de Guadeloupe excave lui aussi les poteaux urbains et les arbres vivants, processus qui conduit à moins de 20 % de succès, alors que ce pic est pourtant plus gros et possède un bec plus puissant. Cf Pascal Villard, Alain Ferchal, Maurice Roth et Claudie Pavis, « Statut de la population du Pic de la Guadeloupe (Melanerpes herminieri) en 2007 », rapport de l'Association pour l'étude et la protection des vertébrés et végétaux des Petites Antilles (AEVA) et du Parc national de la Guadeloupe, Petit-Bourg, janvier 2008.. Ces nids peuvent par ailleurs être utilisés par deux autres espèces d'oiseaux endémiques de Porto Rico : le Tyran de Porto Rico (Myiarchus antillarum) et le Carouge de Porto Rico (Agelaius xanthomus) présent dans le sud-ouest de l'île.