L'infanterie mécanisée est une infanterie pourvue de moyens blindés lourds, et utilisant principalement des véhicules de combat d'infanterie (BMP-1 russes ou Bradley américains par exemple) appuyés par des chars de combat (du niveau d'un bataillon par division ou plus).

Une telle force est intermédiaire entre la division blindée de rupture et la division d'infanterie pure, servant principalement à occuper et sécuriser le terrain conquis par d'autres moyens. Elle est distincte de l'infanterie motorisée, caractérisée par des véhicules blindés de transport de troupes ne permettant pas aux personnels de combattre embarqués.

Le véhicule de combat d'infanterie est suffisamment armé pour permettre un engagement au combat avec les fantassins embarqués, permettant alors de les amener au plus près de la ligne de contact. Les véhicules blindés équipant l'infanterie mécanisée sont intermédiaires entre le véhicule de transport et le char. Un char ne transporte pas d'hommes mais est lourdement blindé et armé, tandis qu'un véhicule de transport de troupes transporte douze hommes ou plus, est faiblement protégé et armé de mitrailleuses. Entre les deux, le véhicule de combat d'infanterie transporte plus ou moins huit hommes et participe au combat grâce à des armes plus lourdes, canons à tir rapide ou missiles antichars.

Histoire Les débuts Les expériences de la Première Guerre mondiale vignette|Char Mark V*. On considère que les premières unités d'infanterie mécanisée étaient les escadrons de 36 hommes transportés par les chars Mark V* à la bataille d'Amiens en 1918. Sur un champ de bataille d'une telle ampleur, leur action passa inaperçue.

Jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale, toutes les armées eurent la même difficulté à poursuivre sur la lancée de leurs succès initiaux : les tanks, l'artillerie ou des tactiques d'infiltration pouvaient percer le front ennemi, mais presque toutes les offensives lancées en 1918 durent s'arrêter après quelques jours : l'infanterie était épuisée et l'artillerie, l'approvisionnement et les troupes de relève ne pouvaient pas progresser assez vite pour poursuivre l'ennemi et l'empêcher de se regrouper.

L'infanterie motorisée avait une mobilité assez importante, mais ses camions avaient besoin d'un bon réseau routier ou d'un terrain ouvert (comme dans le désert) : elle pouvait difficilement traverser un champ de bataille encore parsemé de cratères d'obus et d'obstacles divers. La solution ne pouvait venir que de véhicules chenillés ou à multiples roues motrices.

Théories et expérimentations de l'entre-deux-guerres

Après la guerre, le développement de forces mécanisées resta d'abord largement théorique, jusqu'au réarmement des années 1930. Jean Estienne, à la tête de la direction générale des études de chars récemment créée, tient deux conférences devant le Conservatoire national des arts et métiers, le , puis à Bruxelles devant le roi Albert , où il développe une vision de l'avenir des blindés : « Imaginez, Messieurs, au formidable avantage stratégique et tactique que prendraient sur les lourdes armées du plus récent passé, cent mille hommes capables de couvrir quatre-vingt kilomètres en une seule nuit avec armes et bagages dans une direction et à tout moment. Il suffirait pour cela de huit mille camions ou tracteurs automobiles et de quatre mille chars à chenilles et montés par une troupe de choc de vingt mille hommes. »

L'armée britannique créé en 1927 une brigade, l', mais celle-ci fut dissoute deux ans plus tard, faute de budget.

Après les pionniers de la motorisation et des blindés, Émile Mayer, Ernest Dunlop Swindon ou Jean Estienne, certains partisans de la guerre de mouvement comme John Fuller ou Charles de Gaulle proposaient des autonomes. D'autres, Heinz Guderian en Allemagne, Adna Romanza Chaffee aux États-Unis ou Mikhaïl Toukhatchevski en Union soviétique reconnaissaient que les unités de tanks avaient besoin d'un support rapproché de l'infanterie et des autres armes, et que celles-ci devaient donc progresser à la même vitesse qu'elles.

Le groupement Trinquet ou les effets des troupes motorisées et blindées : la campagne de l'Anti-Atlas, du au Comité scientifique international pour la rédaction d'une Histoire générale de l'Afrique, L'Afrique sous domination coloniale, 1880-1935, Histoire générale de l'Afrique, Unesco, 1987, , ; Jean-Paul Mahuault, L'épopée marocaine de la Légion étrangère, 1903-1934, ou, Trente années au Maroc, Éditions L'Harmattan, 2005, , à 227 ; Abraham Lahnite, La politique berbère du protectorat français au Maroc, 1912-1956 : L'application du Traité de Fez dans la région de Souss, Éditions L'Harmattan, 2011, , ; Thibault de Lacoste Lareymondie, La campagne de l’Anti-Atlas occidental: similitudes tactiques entre l’armée française de 1934 et la Wehrmacht de 1940 autour du renouveau de la guerre de mouvement, Cahiers du CESAT , juin 2012 - ; Thibault de Lacoste Lareymondie, La campagne de l’Anti-Atlas occidental - ; Stéphane Ferrard, Maroc 1934. Un sous-groupement oublié in EBRC. Tout viendra à point pour qui saura attendre, Défense & Sécurité Internationale, , juillet-août 2013, ; Ouarzazate au temps du protectorat - 1934. Anti-Atlas .

Le gouvernement d'Édouard Daladier désire achever la pacification du Maroc, débutée en 1912 et étendue au Haut Atlas en 1932, pour rapatrier le maximum de troupes en métropole. Le Général Antoine Huré favorise la surprise tactique appuyée sur le mouvement et la vitesse. Les qualités des troupes motorisées et de l'aviation sont utilisées au maximum et l'état-major suit l'évolution des combats par liaisons radios. La concentration de troupes la plus importante depuis la guerre du Rif comprend , 500 véhicules dont une centaine de blindés, et 8 escadrilles ou une centaine d'avions, principalement des Potez 25 TOEPierre Daillier, Terre d'affrontements: le sud-tunisien, la ligne Mareth et son étrange destin, Nouvelles Éditions Latines, 1985, , ; Pierre Cortet, Christophe Cony, Lucien Morareau, Le Potez 25, Éditions Lela Presse, 1996, .. Les blindés sont constitués des automitrailleuses de découverte AMD Panhard 165/175 TOE et AMD Laffly 50 AM, du camion blindé Panhard (groupe de combat de 10 soldats) et de la voiture de prise de contact Berliet VUDBOuarzazate au temps du protectorat, Jacques Gandini. Les véhicules blindés; Ouarzazate au temps du protectorat, Jacques Gandini. 1934. Anti-Atlas .

L'ensemble comporte deux groupes d’opérations ou GO. Le GO ouest du Général Georges Catroux comprend 3 groupements formés d’infanterie légère, d’escadrons de cavalerie à cheval, d’artillerie tractée et de compagnies de chars. Le GO est du Général Henri Giraud bénéficie du gros des moyens, avec deux groupements. Le groupement du colonel Maratuech est identique au GO ouest. Le groupement du colonel TrinquetMaurice Trinquet, 1879-1941 ; Pierre Gourinard, Dossier : l'Armée d'Afrique. Les troupes sahariennes, note (4), textes extraits de L'Algérianiste, , 15 septembre 1982 concentre la majorité des unités motorisées. Il bénéficie d'un appui constant de l'aviation, qui assure l'éclairage et attaque les objectifs d'opportunité à la bombe et à la mitrailleuse.

Le groupement Trinquet déstabilise les arrières ennemis par des manœuvres de débordement de plus de 200 kilomètres. Les unités motorisées devancent toute tentative d'offensive ou de fuite. Les tribus de l'Anti-Atlas se rendent en masse sous l'effet des mouvements d'encerclement, le GO ouest et le groupement Maratuech réalisant la prise de contrôle du terrain. Ce résultat est obtenu par une manœuvre inter-armes où les qualités de vitesse et d'élongation des unités motorisées et des escadrilles d'aviation provoquent la dislocation de l'ennemi. Cette campagne, dont les enseignements ne seront pas ou peu analysés par l'état-major français, est comparée Thibault de Lacoste Lareymondie, La campagne de l’Anti-Atlas occidental: similitudes tactiques entre l’armée française de 1934 et la Wehrmacht de 1940 autour du renouveau de la guerre de mouvement, Cahiers du CESAT , juin 2012 à la Bataille de France de 1940, où une force beaucoup plus manœuvrière déstabilise totalement l'armée française.

Réarmement et mises en pratique Lors du réarmement de l'Allemagne dans les années 1930, certaines unités d'infanterie de leurs nouvelles Panzerdivision furent équipées du semi-chenillé SdKfz 251, capable de les suivre sur la plupart des terrains. L'armée française créa aussi en 1935 des divisions légères mécaniques, dont certaines unités d'infanterie possédaient de petits véhicules de transports de troupes chenillés. Elle commença dès 1930 à mécaniser ses troupes de cavalerie () avec les autochenilles Kégressezervan.fr - GM : les semi-chenillés français , remplacées par la suite par des véhicules à roues Lorraine et Laffly zervan.fr - GM véhicules de Dragons portés-vdp . Ajouté à la motorisation de l'infanterie et du train, cela dotait ces deux armées de formations combinées à grande mobilité. La doctrine allemande était de les utiliser pour exploiter les percées de la guerre éclair, tandis que les Français envisageaient de les utiliser pour déplacer rapidement leurs unités lors d'une guerre défensive.

La Seconde Guerre mondiale

Avec la Seconde Guerre mondiale, la plupart des armées intégrèrent des canons d'assaut ou des chars avec leur infanterie mécanisée (ainsi que de l'artillerie et du génie) pour former des unités combinées.

L’armée française en 1940

L’armée française expérimenta l'infanterie mécanisée avec la voiture blindée de chasseurs portés Lorraine 38L, mise en service en 1940. Le VBCP Lorraine 39L devait lui succéder, ce qui ne put être réalisé avant la fin de la Bataille de France.

L'armée allemande

L'armée allemande, après avoir introduit des unités d'infanterie mécanisée dans ses , renomma plus tard celles-ci . Vers le milieu de la guerre, elle créa des divisions entières d'infanterie mécanisée, nommées .

Comme l'économie allemande était incapable de produire assez de semi-chenillés, à peine un quart ou un tiers de l'infanterie des divisions de Panzer ou de étaient réellement mécanisées, sauf dans certaines formations privilégiées. Le reste se déplaçait en camion. Néanmoins, la plupart des unités de reconnaissance de ces formations étaient mécanisées et pouvaient aussi accomplir des missions d'infanterie si nécessaire (les Alliés utilisaient en général des jeeps, des voitures blindées et des chars légers pour leurs reconnaissances).

L'Armée rouge

L'Armée rouge commença la guerre en pleine réorganisation de ses formations mécanisées et blindées, dont la plupart furent détruites durant les premiers mois de l'invasion de l'Union soviétique. Un an plus tard environ, les soviétiques recréèrent des unités d'infanterie mécanisée de la taille d'une division nommées « corps mécanisés » : ils rassemblaient habituellement une brigade de chars d'assaut et trois d'infanterie mécanisée, avec un appui d'artillerie. Ils étaient le plus souvent utilisés pour exploiter les offensives, selon le concept soviétique d'avant-guerre d'opérations en profondeur.

L'armée soviétique créa aussi plusieurs groupes de cavalerie mécanisée, qui mélangeaient des tanks, de l'infanterie mécanisée et des cavaliers. Ils étaient utilisés de la même façon, pour les phases d'exploitation et de poursuite des offensives. L'infanterie mécanisée de l'Armée rouge était généralement transportée sur les tanks ou en camion, avec seulement quelques véhicules de transport de troupes provenant du programme Lend-Lease.

Les armées alliées

Les formations alliées blindées comprenaient un élément d'infanterie mécanisée. Par exemple, les divisions blindées américaines avaient pour chaque bataillon de chars d'assaut, un bataillon d'infanterie mécanisée et un bataillon d'artillerie automotrice. L'infanterie mécanisée était entièrement équipée de Half Tracks M2 et M3.