L’église du Saint-Sépulcre ou basilique du Saint-Sépulcre, également appelée basilique de la Résurrection (en grec : , Naós tis Anastáseos ; en arménien : , Tatjar Surb Har'outēanb ; en géorgien : , Agdgomis Tadzari ; en arabe : ou Agia Anastasis (« Sainte Résurrection ») par les chrétiens d'Orient, est une église chrétienne située dans le quartier chrétien de la Vieille ville de Jérusalem. Cette basilique est vénérée par les catholiques et les orthodoxes qui y vont en pèlerinage depuis le , dépassant au début du le million de pèlerins par an sur les de visiteurs qu'accueille Israël.. Il s’agit d'un sanctuaire englobant selon la tradition le lieu de la Crucifixion (le Golgotha), ainsi que la grotte où le corps du Christ fut déposé après sa mort (le Saint-Sépulcre ou tombeau de Jésus). Par , c'est là qu'aurait eu lieu la Résurrection (Anastasis en grec, « Résurrection »).

Enjeu symbolique fort, l'église accueille les cultes de plusieurs confessions chrétiennes différentes. Toutes ces communautés y sont protégées par le statu quo sur les lieux saints. Elle est également un des sièges du patriarcat arménien et orthodoxe de Jérusalem.

Histoire Le site thumb|left|Le monolithe (A) dans la « chapelle du Golgotha » de l'église du Saint-Sépulcre. thumb|left|L'église est désormais à l'intérieur de Jérusalem, dans son quartier chrétien. L'église du Saint-Sépulcre est construite sur les lieux présumés du , le mont Golgotha, qui servait de carrièreUn cimetière dans une carrière de pierres désaffectée, à la sortie du village d'Aboud, offre un tableau ressemblant à ce cimetière du Golgotha. Cf. . de pierre « meleke » depuis le et était une colline au nord-ouest de la ville de Jérusalem, à une altitude comprise entre .

Par la suite, au , les cavités d'extraction furent recouvertes de terre et le lieu fut transformé en jardin ou verger. Dans le même temps, tout un réseau de grottes sépulcrales fut édifié à l'ouest de la carrière, dans ses parties abandonnées. À de ce cimetière juif, un gros monolithe calcaire, probablement inutilisable pour la pierre de taille, avait été isolé au milieu des carrières. À l'époque du Christ, ce monolithe était en partie recouvert par les débris des carrières et par la terre apportée naturellement par l'activité érosive, il servait selon la tradition chrétienne de lieu d'exécutionLa basilique antique du Saint Sépulcre et son architecture.

Le mont Golgotha est initialement à l'extérieur des remparts de Jérusalem construits par le roi Ézéchias à la fin du puis par les Hasmonéens dans la deuxième moitié du mais est finalement à l'intérieur de la cité fortifiée lorsque le troisième rempart est érigé en partie par Agrippa vers 44..

Selon la tradition chrétienne, ce site est le lieu de la crucifixion du Christ (le rocher du Calvaire) mais aussi son tombeau qui est d'après les Évangiles fermé par une pierre roulante. et est constitué d'un vestibule, d'une chambre funéraire à hauteur d'homme avec un arcosolium surmontant son lit funéraire, ce dernier pouvant avoir à sa tête une sorte de coussinet et à ses pieds un exhaussement, ... Selon l'Évangile selon Matthieu, c'est Joseph d'Arimathie qui aurait offert son propre tombeau pour Jésus . Pour le théologien Raymond Edward Brown, il semble pourtant vain de vouloir localiser le tombeau de Jésus d'après les textes évangéliques : la péricope de la mise au tombeau dans le sépulcre de Joseph d'Arimathie est en effet un récit à l'historicité fort douteuse et probablement un embellissement théologique... De plus, toutes les localisations du des lieux associés à la vie de Jésus, sont sujettes à caution..

Le souvenir de l'emplacement de la crucifixion et de la tombe aurait été présent dans la communauté chrétienne au , comme le suggère le graffiti retrouvé en 1971 par des archéologues arméniens travaillant sur la chapelle Saint-Vartan et daté de cette époque (la datation n'étant pas précise au siècle près pour être affirmatif) : il représente un navire marchand romain accompagné de l'inscription latine en encre noire (« Seigneur, nous devons partir »)..

Église constantinienne vignette|left|Plan du site au , avec en bleu la basilique de Constantin.

Eusèbe de Césarée décrit dans sa Vie de Constantin (Vita Constantini)Eusèbe de Césarée, Vita Constantini, III, 25. comment le site du Saint Sépulcre, devenu un lieu de dévotion pour la communauté chrétienne à Jérusalem, fut recouvert par la suite de terre sur laquelle on édifia un temple païen dédié à la triade capitoline (la statue de Vénus étant à l'emplacement du calvaire) et celle de Jupiter à l'emplacement du lieu de la résurrection du Christ). Bien qu'Eusèbe de Césarée n’en dise pas beaucoup, il s'agit d’une partie de la Jérusalem reconstruite par Hadrien en 135 et rebaptisée Ælia Capitolina, après la répression de la révolte juive de 70 et la révolte de Bar Kokhba de 132-135, l'empereur romain faisant raser le site jusqu'au roc puis le nivelant et le remblayant. Il éleva un forumLes travaux de restauration de l'église du Saint-Sépulcre ont notamment mis en évidence le mur de cette esplanade, le téménos. sur l'emplacement de la tombe de Jésus et érigea à côté un capitole sur le modèle de celui de Rome et dont fait partie le temple de Vénus.. Cependant Eusèbe de Césarée ne parle que d’ (« grotte ») et évoque le tombeau du Christ.. Alors que la quête identitaire des Juifs se manifeste par le développement du culte synagogal par les pharisiens, les judéo-chrétiens mettent parallèlement en place la tradition du Golgotha, lieu où Adam est né, a péché et où son corps est enfouiCette tradition est probablement à rattacher à la tradition juive qui plaçait toute la vie d'Adam sur le mont Moriah, la tradition chrétienne faisant du Golgotha un nouveau Moriah. Cf. ., et lieu de crucifixion du Christ, le Nouvel Adam.. Si aucun lieu de culte chrétien, pas même le Golgotha, n'est historiquement attesté à Jérusalem avant le ., la redécouverte « miraculeuse » du sépulcre par sainte Hélène suggère l'existence d'une tradition fermement conservée par la communauté chrétienne de Jérusalem concernant l'emplacement approximatif du tombeau de Jésus.. vignette|Mosaïque du de la carte de Madaba, représentant l'église à pignon avec son double atrium et sa rotonde. vignette|Reconstitution de la basilique romaine construite entre 326 et 335. Après les travaux d'arasement d'Hadrien, le souvenir de l'emplacement du Golgotha et du Sépulcre est quelque peu perdu, les récits de pèlerinage de Jérusalem qui datent de cette période (tel celui de l'Anonyme de Bordeaux) ne les mentionnant pas..

L'empereur Constantin ordonna vers 325/326 que le site antique soit découvert. Selon un rapprochement entre tradition topologique et tradition littéraire, l'évêque Macaire de Jérusalem lui révéla lors du premier concile de Nicée l'emplacement où fut crucifié et enterré le Christ.. Eusèbe de Césarée raconte le recouvrement miraculeux du tombeau du Christ lors des excavationsEusèbe, Vie de Constantin, III, 26. L'empereur put alors confier à l'architecte Zénobie la construction d'un vaste complexe chrétien : bâti sous Constantin et ses successeurs de 330 à 1009 ap. J.-C., le premier sanctuaire couvrira alors deux hectares.

Le pèlerin de Bordeaux (Itinerarium Burdigalense) rapporta les faits suivants en 333 : L’Anonyme de Bordeaux, 333, page 594, il s'agit de la plus ancienne description d’un pèlerinage en Terre sainte par un chrétien d’Occident et qui remonte au début du ..

Socrate le Scolastique (né vers 380), dans son Histoire Ecclésiastique, donne une description précise de la découverte (reprise plus tard par les historiens Sozomène et par Théodoret de Cyr). Il souligne le rôle important qu’ont joué les fouilles, la redécouverte de la Vraie Croix par la mère de Constantin, sainte Hélène (aidée en cela par les aveux sous la torture de Judah Cyriaque que Macaire baptise en 326..) à qui l'empereur donna la tâche de construire des églises sur les différents sites qui commémoraient la vie de Jésus-Christ : l'église du Saint Sépulcre, la basilique de l'Éléona et l'église de la Nativité à Bethléem. Elle fit aussi construire une église à l'entrée d'Hébron .

Le complexe de Constantin se déployait sur une longueur de et une largeur variant de . Il reliait trois églises érigées sur les trois différents sites saints, incluant. : Une rotonde de de diamètre, appelée Anastasis (« la Résurrection »), érigée vers 350, surmontée d'un dôme avec un oculus (son modèle est le Panthéon romain) et dans laquelle se trouvait une grotte (affleurement rocheux quadrangulaire dans lequel fut taillé une chambre sépulcrale) identifiée par Hélène et Macaire de Jérusalem comme étant le lieu de sépulture de Jésus. Des sondages pratiqués devant ses faces suggèrent un bloc rocheux dont les parois se dressaient verticalement à une hauteur de à partir du fond rocheux, qui est à sous le pavage actuel, des tombes ayant été creusées dans ce bloc rocheux., Une grande basilique (le Martyrium avec , visité par la religieuse Égérie vers 380), faisant de longueur sur de largeur, Un atrium oriental entouré de colonnes et s'ouvrant à l'est sur le cardo maximus par trois grands portails, les propylées, qui donnaient sur le forum.

thumb|Représentation de l'Édicule de Constantin sur une mosaïque de l'église Saint-Apollinaire-le-Neuf à Ravenne (vers 500-550). Après avoir arasé la dénivellation rocheuse dans laquelle la grotte sépulcrale se trouvait, le Tombeau mis ainsi à découvert fut abrité au centre de la rotonde par une structure appelée Kouvouklion (en grec : chambrette) ou Édicule (ædiculum en latin, petit bâtiment). La rotonde et le Martyrium furent reliés par une cour (appelé parfois le « Saint-Jardin » ou atrium occidental) à ciel ouvert et à double colonnade sur trois côtés qui formait un triportique, englobant en son sein le rocher du Calvaire. Le dôme de la rotonde fut construit vers la fin du .. La basilique fut orientée Est-ouest, comme le temple de Jérusalem alors en ruines, faisant de cet édifice chrétien le « nouveau Temple » du Christ..

À l'occasion des Tricennalia (trentième anniversaire de règne) de Constantin, la dédicace du Martyrium eut lieu le .Le marque depuis la fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix. alors que la rotonde n'était pas encore terminée, vu l'énormité du rocher à tailler.. Le sanctuaire est connu à cette époque sous le nom d'« église de la sainte Croix », Constantin voulant honorer bien plus cette insigne relique que le tombeau du Christ.. En choisissant comme date pour la dédicace de l'église du Saint-Sépulcre le (date coïncidant avec les anniversaires des dédicaces du temple de Jupiter capitolin à Rome et du Premier Temple de Jérusalem par Salomon, Constantin manifeste l'intention apologétique qui l'anime dans cette entreprise de la remise en valeur du tombeau du Christ)...

Depuis, le pèlerinage vers ce complexe, symbole (l’, le « lieu saint ») le plus éminent de la Chrétienté, se développa : les itinéraires vers la Terre sainte constituèrent alors le pèlerinage auquel les occidentaux attachèrent le plus d'importance. La durée d'un pèlerinage de Jérusalem pouvait durer de quelques mois à quelques années.

Le concile de Chalcédoine en 451 fit de Jérusalem un patriarcat autonome, confirmant la renommée de cette province de Palestine qui gagne le nom de Terre sainte.

L'église du Saint Sépulcre au Moyen Âge