Le diocèse de La Rochelle (en latin : ) est un diocèse de l'Église catholique de France. Le siège épiscopal est à La Rochelle.
Érigé en 1801, il est le successeur du diocèse de La Rochelle, recouvrant l'ancienne province de l'Aunis, comprend également le territoire de l'ancien diocèse de Saintes, en Saintonge, et depuis 2018, celui de l'ancien vicariat apostolique de l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon.
Jusqu'en 2002, il était suffragant de l'archidiocèse de Bordeaux et relevait de la province ecclésiastique du même nom. Depuis lors, il est suffragant de l'archidiocèse de Poitiers et relève de la province ecclésiastique du même nom qui comprend les diocèses d'Angoulême, de La Rochelle et Saintes, de Poitiers, de Limoges et de Tulle.
Depuis 1852, l’évêque de La Rochelle relève le titre d'évêque de Saintes. Depuis 2016, l'évêque de La Rochelle et de Saintes est Georges Colomb, en retrait depuis 2023 à la suite d'accusations d'agression sexuelle. Depuis le , Pierre-Antoine Bozo est évêque coadjuteur du diocèse avec des facultés spéciales ..
Histoire
Les origines : le diocèse de Saintes gauche|vignette|229x229px|Cénotaphe de saint Eutrope dans la basilique Saint-Eutrope de Saintes. Le diocèse de La Rochelle et Saintes tient ses origines dans celui de Saintes fondé, selon la tradition, au par Eutrope. Même si les récits qui relatent son existence tiennent de la légende, celui-ci est considéré comme le saint patron du diocèse. À son époque, et dans les décennies qui suivent, les Chrétiens exercent leurs activités dans la clandestinité : en témoigne le baptistère paléochrétien du Douhet (fin -début siècle)..
Vers l’an 400, les Wisigoths s’établissent à Saintes. La cité durant le haut Moyen Âge est peu connue. Des évêques comme Vivien, Trojan et Pallais (tous canonisés par l'Église catholique ultérieurement) semblent avoir eu une emprise importante sur les affaires de la cité. Vers 494-96, Clovis mène une expédition jusqu'à Saintes. Les Wisigoths sont défaits à la bataille de Vouillé en 507, permettant la domination des Francs sur la région, et la progression du christianisme. Vers 590, l'évêque de Saintes Palladius fait élever une église en l'honneur du fondateur du diocèse. C'est vers cette date que la légende d'Eutrope comme martyr semble avoir commencé.. À la même époque, Palladius fait élever aussi la première cathédrale Saint-Pierre.
En 732, dans le cadre de l'invasion omeyyade, la ville de Saintes est incendiée par le général Abd al-Rahman, général et chef des armées musulmanes, dont la chevauchée n'est interrompue que par les armées de Charles Martel lors de la bataille de Poitiers.
Dans le royaume d’Aquitaine constitué en 781 par Charlemagne, la Saintonge connaît quelques décennies de paix. y fonde le monastère d’Angériacum.
Après des périodes de pillages par les Vikings dans la région (En 844 la ville de Saintes est attaquée par les Vikings. Elle est prise et ravagée une première fois l’année suivante, puis de nouveau en 848 par le chef viking Hasting) le diocèse connaît une période sombre : le siège épiscopal est abandonné entre 864 et 989 ; et la mort de Landri, dernier comte de Saintonge en 866 affaiblit considérablement l'importance politique de Saintes. Les édifices de la ville apparaissent comme vétustes au , la cathédrale n'échappant pas à un incendie à cette époque.
La Saintonge connaît alors un élan de construction de monuments religieux dans un contexte d'épanouissement de l'art roman saintongeais dont il reste de nombreux témoins aujourd'hui. fait reconstruire le monastère bénédictin de Saint-Jean-d'Angély qui devient, grâce aux dons et offrandes de milliers de pèlerins, une des plus puissantes abbayes de l’ouest de la France. L'abbaye aux Dames est construite à l'initiative de Geoffroy Martel, comte d'Anjou et de son épouse Agnès de Bourgogne et a pour vocation d'être une abbaye bénédictine féminine. À la tête du monastère sont placées des abbesses, cumulant pouvoir spirituel et temporel, elles obtiennent le privilège de porter la crosse. La basilique Saint-Eutrope est édifiée à l'initiative de Gui-Geoffroy dit et confiée aux clunisiens pour construire un édifice sur deux niveaux pouvant accueillir les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle fut une importante halte jacquaire pendant l'époque médiévale sur la Via Turonensis. La cathédrale Saint-Pierre de Saintes est reconstruite à l'initiative de l'évêque Pierre de Confolent (première moitié du ). À la même époque, c'est qui offrit de ses terres afin d'élever l'abbaye Notre-Dame de Sablonceaux en forêt de Baconnais.
Aux , le territoire diocésain est l'objet d'épreuves. Il est en effet longtemps divisé entre la France et l'Angleterre pendant la guerre de Cent Ans, et affecté par les désastres de la peste noire. Cette situation a eu pour conséquences la fortification et ou la destruction de certains édifices religieux, un déclin démographique, puis l'émigration de populations poitevines et angevines, faisant disparaître la langue occitane au profit du saintongeais moderne. En effet, à la veille du traité de Brétigny les abbayes, prieurés, couvent ou églises étaient appauvris ou ruinés..
Au début du , la cathédrale était en ruine, à tel point qu'un homme mourut après la chute des voûtes. Guy de Rochechouart entreprit ensuite la reconstruction du bâtiment, qui devait encore être achevée en 1472, lorsque se rendit à Saintes.
Les guerres de Religion : une volonté politique de contrôler une région marquée par une vitalité du protestantisme À partir de 1534, La Rochelle et l’Aunis devinrent un centre du calvinisme, la population s'étant convertie en masse. En 1573, la ville résiste avec succès contre le duc d'Anjou, frère de de France, et demeure la principale forteresse des Huguenots en France.
Entre 1562 et 1598, l’Aunis et la Saintonge sont déchirées par huit guerres de Religion successives. Les églises et les abbayes sont détruites : par exemple, en 1568 la cathédrale de Saintes fut mutilée et pillée par les Huguenots avant de s'effondrer. La reconstruction a lieu dès 1585, mais l'édifice n'est élevé qu'aux deux tiers de sa hauteur initiale. De même à Saint-Jean-d'Angély, l'abbatiale gothique est détruite par les huguenots en 1568, la ville étant devenue une place forte protestante. Dans la région, les terres sont dévastées, et les pillards foisonnent dans les campagnes. De terribles épidémies déciment la population.
thumb|274x274px|Diocèse de La Rochelle (1703).|alt= De même plus au nord, le diocèse de Maillezais est ruiné par les guerres de Religion. De plus, il n'a pas de cohérence géographique : le siège épiscopal a peu de rayonnement sur le diocèse. Il est donc envisagé de le déplacer. Aux hypothèses de Niort et de Fontenay-le-Comte dans les années 1620 suit celle de La Rochelle appuyée par la volonté royale d'en faire une bonne ville catholique..
En effet, après une proclamation d'indépendance en , et en 1627, l'alliance de La Rochelle avec les Anglais, et à Richelieu ont eu la preuve que l'indépendance politique des protestants constituerait une menace pour la France. Le siège de la Rochelle ( - ), au cours duquel la population est réduite de à habitants, s'achève sur une capitulation mettant fin aux revendications politiques de la minorité calviniste.
Ainsi, dans le cadre de la politique de reconquête catholique menée par le cardinal Mazarin, sur les conseils de Vincent de Paul, et à la demande de la régente Anne d’Autriche, le pape transfère à le siège épiscopal et le chapitre de la cathédrale de Maillezais par la bulle du dans le but de lutter contre l’influence du protestantisme. Pour cela, l'ancien diocèse de Maillezais devenu celui de La Rochelle est augmenté au sud de 96 paroisses issues du diocèse de Saintes. Le nouveau diocèse recouvre ainsi le territoire de l'Aunis, la partie orientale du , et en Anjou le doyenné de Vihiers jusqu'en 1790.
Les Huguenots font l'objet d'une persécution grandissante avec la révocation de l’édit de Nantes par en 1685, entraînant une forte émigration vers l'Amérique. Ce n'est qu'en 1787 que institue l’édit de tolérance, qui met fin aux persécutions des huguenots, et avec la Révolution française de 1789 pour que le protestantisme retrouve totalement droit de cité.
Bouleversements En 1742, Augustin-Roch de Menou de Charnizay posa la première pierre de la nouvelle cathédrale, achevée en 1784 et consacrée par François-Joseph-Emmanuel de Crussol d'Uzès le . Cette église remplace l'ancienne cathédrale de Saint-Barthélémy-du-Grand-Temple, détruite par un incendie en 1687.
Par la Constitution civile du clergé du , l'Assemblée nationale constituante supprime l'évêché de . Elle maintient celui de Saintes, dont elle fait le siège du diocèse du département de la Charente-Inférieure, et celui de Luçon, dont elle fait le siège du diocèse du département de la Vendée. Enfin, elle choisit l'abbaye de Saint-Maixent pour siège du diocèse du département des Deux-Sèvres. vignette|155px|Pierre-Louis de La Rochefoucauld-Bayers, dernier évêque de Saintes. À Saintes, le prieuré de Saint Eutrope et l'Abbaye aux dames fondés au sont définitivement fermés respectivement en 1789 et 1792. Ils s'inscrivent dans un contexte de réquisition des biens du clergé, qui sont souvent vendus comme biens nationaux.
Sanctionnée par le roi le , la Constitution civile du clergé est condamnée par le pape . Les évêques Pierre-Louis de La Rochefoucauld (Saintes) et Jean-Charles de Coucy () ont refusé de prêter serment, comme l'exigeait la loi. L'arrestation de l'évêque de Saintes, Pierre-Louis de La Rochefoucauld, puis son exécution lors du massacre de la prison des Carmes en 1792, conduisent à la mise en place d'un évêque constitutionnel de 1791 à 1797. Les électeurs de Charente-Inférieure se sont réunis le et ont élu le père Isaac-Étienne Robinet, curé de Saint-Savinien-du-Port en tant qu'évêque constitutionnel. Il a fait son entrée officielle à Saintes le et a pris possession de la cathédrale le . Il a suscité les sentiments anticléricaux de la population contre les non-jurés, mais elle s'est retournée contre tout le clergé, y compris Robinet. Il démissionne le et s'installe avec son frère à Torxé, où il meurt le Les évêques de Saintes.. S'ensuit une période de vacance du siège épiscopal jusqu'en 1801. vignette|left|225px|Croix de galets sur l'île Madame, où furent enterrés des prêtres morts sur les Pontons de Rochefort. Près de Rochefort, des prêtres qui avait refusé de ratifier la Constitution civile du clergé furent internés à partir d'avril 1794 sur trois prisons flottantes (les Deux-Associés, le Washington et le Bonhomme Ricard) dites « Pontons de Rochefort », en vue d'être déportés vers les bagnes de Guyane. La plupart des prêtres moururent du typhus et subirent des conditions de détention sévères. Ils ont été enterrés sur les îles d'Aix et Madame. Le 1995, le pape béatifie soixante-quatre de ces prêtres et religieux dont Jean-Baptiste Souzy. L'Église catholique considère ces prêtres comme martyrs et le diocèse organise un pèlerinage annuel en leur mémoire..
Par la bulle Qui Christi Domini du , le pape supprime les sièges épiscopaux de Luçon et de Saintes mais maintient celui de La Rochelle dont le diocèse couvre les départements de la Charente-Inférieure et de la Vendée. Cette situation est effective jusqu'au , où par la bulle rétablit le siège épiscopal de Luçon, réduisant ainsi le diocèse de La Rochelle à la seule Charente-Inférieure.
Une nouvelle dimension, de nouveaux enjeux