L est une opération militaire menée par les forces alliées, principalement le Canada, pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle s'est déroulée en France au sud de la ville de Caen lors de la bataille de Normandie entre le 25 et le , avec pour but de fixer les forces allemandes, principalement les divisions blindées, à l'est du front pour faciliter à l'ouest l'opération Cobra menée par les Américains qui tentent de percer le front dans le sud du Cotentin.

Cette opération est menée par le Corps canadien commandé par le Lieutenant général (en France, général de corps d'armée) Guy Simonds. Elle s'oppose au gros des forces blindées allemandes, principalement le Corps de SS-Panzer du SS-oberstgruppenführer (général de groupe d'armée SS) Josef Dietrich qui obtient un succès défensif certain.

Dans la nuit du 24 au , à la lueur de projecteurs anti-aériens et avec l'appui de chars et de l'artillerie, Simonds lance l'infanterie canadienne au sud de Caen, sur les trois axes de May-sur-Orne, Verrières et Tilly-la-Campagne pour atteindre en profondeur Fontenay-le-Marmion, Rocquancourt et Garcelles-Secqueville, et peut-être ouvrir la route de Falaise. À l'exception de la prise du village de Verrières par le Royal Hamilton Light Infantry du lieutenant-colonel , toutes les autres actions canadiennes échouent face à la résistance allemande de la nuit et de la matinée. Quand le commandement allié envisage de relancer de nouvelles actions en fin d'après-midi, ce sont les blindés allemands qui passent à la contre-attaque et repoussent les Canadiens sur leur ligne de départ.

Cette opération est très coûteuse en vies humaines. Au total, elle cause plus de canadiennes, dont environ au combat. C’est, pour les forces armées canadiennes, l’opération la plus importante en pertes humaines de la Seconde Guerre mondiale, après le raid de Dieppe, qui fait, sur environ , dont au combat.

L' est aussi emblématique de l'incompréhension, par le commandement suprême des forces alliées, de la stratégie utilisée par le général britannique Bernard Montgomery. Le général américain Dwight D. Eisenhower veut une guerre de mouvement, avec des gains territoriaux importants. Mais Montgomery s'en tient toujours à des actions d'envergure limitée même pour la prise de Caen car il se heurte continuellement, tout au long de la bataille de Normandie, à une résistance allemande acharnée. Il s'en tient en fait à l'exposé initial de sa stratégie : attirer le gros des forces allemandes à l'est du front pour permettre la percée à l'ouest en direction de la Bretagne. Alors qu'Eisenhower veut une action décisive pour percer sur la route de Falaise, Montgomery donne des instructions verbales à Simonds de limiter l'engagement des troupes canadiennes.

L'échec de l' et la réussite de l' valent à Montgomery la perte de son commandement sur les troupes américaines et à Simonds de vives critiques.

Situation militaire

upright=2.5|thumb|centre|Carte générale de la bataille de Normandie avec la situation des opérations Spring et Cobra.

La prise de la ville de Caen et de sa plaine environnante est considérée comme très importante pour permettre aux Alliés d'y construire des aérodromes. Elle est initialement l'un des objectifs du Jour J, le premier jour du débarquement, le , pour le groupe d’armées britannique. De plus, Caen étant située sur l'Orne, sa prise permet à la britannique aux ordres du lieutenant-general (général de corps d'armée) Miles Dempsey et au Corps canadien du lieutenant-general Simonds d'avoir une tête de pont sur l'autre rive de la rivière, et ainsi de mieux protéger le flanc est de toutes contre-attaques allemandes.

La conquête de la ville est beaucoup plus difficile que prévu, provoquant des pertes importantes parmi les soldats canadiens et britanniques. Les forces de la armée allemande du SS-obergruppenführer (général d'armée-SS) Paul Hausser et du Panzer ouest du general der Panzertruppe (général d'armée) Heinrich Eberbach présentes dans cette zone lors du débarquement sont fortement affaiblies par les combats, mais elles reçoivent d'importants renforts blindés d'autres régions. Arrivent : le la Panzerdivision et en provenance de Belgique la SS-Leibstandarte Adolf Hitler, le de Pologne la SS-Hohenstaufen et la SS-Frundsberg et le de Toulouse la SS-Das Reich.

left|thumb|Un tank Sherman et un canon antichar Ordnance QF 6 pounder dans le centre de Caen.

Les Alliés font plusieurs tentatives pour capturer la ville et ses environs en juin et juillet 44, avec pour objectif de dégager la plaine de Caen pour établir des pistes d'aviation en complément de l'aérodrome de Carpiquet pour la chasse et l'appui aérien. Les diverses opérations lancées par le general (général d'armée) Bernard Montgomery, commandant en chef des forces terrestres, sur Caen et au sud de Caen sont toujours sujettes à polémique. Montgomery est satisfait de sa stratégie qu'il trouve conforme à celle présentée et approuvée à Londres le : « la armée britannique a pour rôle de mener l'assaut à l'ouest de l'Orne et d'engager des opérations au sud et au sud-est pour s'assurer des aérodromes et protéger le flanc est de la armée américaine, qui devra se saisir de Cherbourg. Par la suite, la armée pivotera sur sa gauche et présentera un front solide contre les manœuvres adverses venant de l'est. » Les opérations s'enchaînent mais sans résultats décisifs, la partie nord de Caen ne tombe que le , après de longues opérations, sans jamais que Montgomery envisage de changer de stratégie : opérations Perch du 7 au , Epsom du 25 au , Windsor le , Charnwood le , Jupiter le . Le franchissement de l'Orne et le contrôle du sud de Caen n'est possible qu'après les opérations Greenline (), Pomegranate (), Atlantic (17 au ) et Goodwood (18 au ). Toutefois, même après la prise de la ville, les plages britanniques et canadiennes continuent d'être sous le feu de l'artillerie allemande.

thumb|Explosion d'un camion de munitions de la blindée après avoir été touché par un tir de mortier durant l' (bataille de Caen) du 25 au 29 juin 1944.

Le general (général d'armée) Dwight David Eisenhower ne perçoit pas les choses de la même façon que Montgomery, et juge l’avance trop lente et les pertes humaines trop importantes : canado-britanniques, dont et américaines, dont . Le commandant suprême allié rencontre le lieutenant-general (général de corps d'armée) Omar Bradley le et Montgomery le 20. Dès le lendemain, il confirme à ce dernier le contenu de leur entretien du 20 par lettre au ton particulièrement direct : « la plus directe qu'il lui ait encore [jamais] écrite » selon l'historien Charles Perry Stacey. Il demande même l’éviction de Montgomery à Winston Churchill le , mais il n’obtient satisfaction que le , après le succès des généraux Bradley, commandant de la armée américaine et futur commandant du groupe d'armées américain, et George S. Patton, commandant de la armée américaine lors de l' le .

Après la visite d'Eisenhower, Montgomery écrit dans une circulaire : « Nous devons améliorer et conserver sans faiblir la position déjà bonne que nous occupons sur le flanc est, et nous tenir prêts à passer à l'action de ce côté. » Il demande le à son état-major une opération de grande envergure pour percer le front à l'est, là où il est le plus faible, le long de la côte, à travers les marais inondés de la Dives, en direction de la Seine, face au corps allemand composé uniquement de trois divisions d'infanterie stationnaires qui n'ont toujours pas combattu. C'est en prévision de cette opération que la canadienne est renforcée et la répartition des troupes britanniques et canadiennes sur le front réorganisée.

left|thumb|Les généraux Bradley, Montgomery et Dempsey (de gauche à droite) en Normandie, le 10 juin 1944.

Mais c'est à la demande de Bradley, qui planifie à l'ouest l' et qui propose à l'est une opération équilibrante en direction de Falaise, que Montgomery abandonne la percée en direction de l'est pour planifier l', dont l'objectif est juste de fixer les panzers autour de Caen. Même si Eisenhower attend une opération d'envergure sur Falaise, Montgomery laisse Simonds planifier uniquement une opération de fixation, avec éventuellement l'exploitation d'une percée sous les ordres du commandant de corps si la possibilité se présente. Simonds déclara plus tard avoir compris qu'il s'agissait simplement d'une « "diversion" ayant pour but d'occuper l'ennemi pendant que l'offensive principale serait lancée sur le front américain. Mais il ne pouvait être question de donner cours à cette interprétation, et si elle fut bien comprise aux niveaux supérieurs, les commandants de division n'en furent pas mis au courant ».

L'attentat contre Hitler du ne semble pas avoir de conséquences directes sur le comportement des troupes allemandes en Normandie, mais il renforce la méfiance d'Hitler envers les chefs militaires issus de la noblesse germanique ; le relèvement du generalfeldmarschall (maréchal) von Kluge de son commandement le en est un exemple. Le Führer s'appuie de plus en plus sur les chefs SS, exaspérant ainsi les relations déjà difficiles entre la Waffen-SS et la Wehrmacht.

Après le succès de la percée américaine et l'échec de la contre-offensive allemande Lüttich, Montgomery, rétrogradé commandant du d'armées britannique et promu Field Marshal (maréchal), mais gardant la coordination des deux groupes d'armées américain et britannique, planifie sa propre percée à l'est du front, mais en direction du sud et non de l'est, avec les troupes canadiennes et la blindée polonaise du general brygady (général de brigade) Stanislaw Maczek (débarquée le ) lors de l' ().

Bradley délaisse en partie la Bretagne et ses ports pour retourner ses troupes américaines avec la DB française du général de division Leclerc (débarquée le ) face à l'est, pour initier l'encerclement des forces allemandes dans le « chaudron » de Falaise (12 au ).

upright=2.5|thumb|centre|Évolution du front autour de Caen.

Historiographie left|thumb|Lieutenant-general Guy Simonds passant ses troupes en revue en Angleterre. Les diverses opérations lancées par le general (général d'armée) Montgomery sur Caen et au sud de Caen sont toujours sujettes à polémique. Déjà en juin et , l’Air chief marshal (maréchal) Trafford Leigh-Mallory, commandant en chef des forces aériennes et surtout l’Air Chief Marshal (maréchal) Arthur Tedder, adjoint direct du general (général d'armée) Dwight David Eisenhower, reprochent à Montgomery la faiblesse des gains territoriaux de la plaine de Caen, rendant difficile l'installation de pistes d'aviation. De plus, l'action du lieutenant-general (général de corps d'armée) Simonds est fortement soumise à critiques par le commandement supérieur canadien qui voit dans l' une action devant ouvrir la route de Falaise, alors que Simonds a toujours déclaré voir cette opération comme une action de fixation d'un maximum de forces allemandes pour favoriser l'. C'est ainsi, en tout cas, qu'il a interprété les ordres de Montgomery.