vignette|Le colonel Boumédiène avec le clan d'Oujda pendant la guerre d’Algérie. Par numéro sur l'image : 1- Commandant Bouteflika (alias Abdelkader El Mali). 2- Colonel Boukharouba (alias Boumédiène). 3- Colonel Ali Kafi. 4- Colonel Boussouf (alias Si Mabrouk). 5- Colonel Mostafa Benaouda. 6- Colonel Boudghène (alias Lotfi). 7- Commandant Rouai (alias Toufik). 8- Commandant Rachid (alias Mostghalemi). 9- L'ambassadeur Laâla. 10- Mohamed Boudaoud (alias Mensour). En arrière-plan : des cadres et des militants. vignette|Houari Boumédiène, le 24 juillet 1962 vignette|Le premier gouvernement Boumédiène après le coup d'État, 1965. vignette|De gauche à droite, Boumediène aux côtés des présidents Alatassi (Syrie), Arif (Irak), Nasser (Égypte) et Alazhari (Soudan) ; Le Caire, 1968. Mohamed Boukherouba (en arabe : ), dit Houari Boumédiène (en arabe : ), né officiellement le à ClauzelAbdelwahab. Boumaza, La rigueur du relief a forgé son caractère : Une enfance faite de privations, El Watan, 27 décembre 2008. (Algérie Française), située près de Guelma et mort le à Alger, est un colonel et un homme d'État algérien. Il est le de l'État de 1965 à 1976 puis président de la République de 1976 à 1978.

À la suite d'un coup d’État qualifié par ses partisans de « réajustement révolutionnaire », Houari Boumédiène devient en date du président du Conseil de la Révolution, jusqu'au , date à laquelle il est élu président de la République, jusqu'à sa mort le tout en gardant son portefeuille de ministre de la Défense. Il a été président du Front de libération nationale dès le coup d'État et durant son mandat à la présidence de la République.

Après l'indépendance, l'Algérie connaît un développement économique, notamment grâce à la rente pétrolière, et social important principalement sous son gouvernement. Entre 1962 et 1982, la population algérienne passe de de personnes et, massivement rurale avant l'indépendance, est urbanisée à 45 %. Le revenu annuel par habitant, qui n’excédait pas en 1962, dépasse vingt ans plus tard, tandis que le taux de scolarisation oscille de 75 à 95 % selon les régions, loin des 10 % de l'Algérie française. Toutefois, il maintient un régime à parti unique et la priorité donnée au développement industriel lui fait négliger l'agriculture..

Il fut secrétaire général du mouvement des non-alignés de à . En son honneur l'aéroport d'Alger porte son nom : aéroport d'Alger - Houari-Boumédiène, ainsi que sa commune de naissance.

Biographie

Origine et enfance

Mohamed Boukherouba est né officiellementCertaines sources donnent une année de naissance oscillant entre 1925 et 1932 ; cf. Benjamin Stora, infra le à Aïn Hassainia, située à environ à l'ouest de Guelma en Algérie, pendant la colonisation française. Ses aïeux étaient de farouches cavaliers ayant participé à la révolte de Mokrani en 1871. Originaire de petite Kabylie, les Boukherouba, du mot berbère takheroubt, en arabe kharrub, qui signifie « caroubier » en français« La Karouba (Takheroubt, Adroum, Tarifte selon les dialectes) c'est l'unité familiale avec sa clientèle immédiate et sa domesticité », Louis Rinn, Le Royaume d'Alger sous le dernier Dey, Alger, Adolphe Jourdan, 1900, .

Le jeune Mohamed Boukherouba assiste aux événements sanglants du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata, dont il dira plus tard : « Ce jour-là, j'ai vieilli prématurément. L'adolescent que j'étais est devenu un homme. Ce jour-là, le monde a basculé. Même les ancêtres ont bougé sous terre. Et les enfants ont compris qu'il fallait se battre les armes à la main pour devenir des hommes libres. Personne ne peut oublier ce jour-là »..

Il s'inscrit à Constantine, comme élève de littérature arabophone. Il étudie à la zaouïa Khattenia et à l'institut Ben Badis. Il entre, comme beaucoup de jeunes de sa génération aux « scouts musulmans », première pépinière du nationalisme algérien et milite dans le parti nationaliste le plus radical, le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD).

En 1950, il poursuit ses études à l'université Zitouna de Tunis, et il s'en va, un an plus tard, suivre au Caire, en auditeur libre, l'enseignement de l'université religieuse al-Azhar et les cours du soir de « l'école Khiddouia ». Il ne peut compter alors que sur une maigre bourse et il gagne sa vie comme instituteur.

Toujours militant du MTLD, il aide les représentants de l'Algérie, de la Tunisie et du Maroc au « bureau du Maghreb arabe » qui travaillent à préparer, contre le système colonial français, une insurrection à l'échelle de toute l'Afrique du Nord. Il tourne la ronéo, tire des tracts, développe sa formation politique et bientôt sa formation militaire. Il fait en effet partie du groupe de quinze étudiants que le bureau du Maghreb arabe envoie suivre à partir d' des séances d'instruction à l'école de guerre d'Alexandrie et qui reçoit ensuite un entraînement militaire dans un camp proche du Caire. Très désargentés, les sept Algériens du groupe, lorsqu'ils se rendent dans la capitale, habitent une villa appartenant au bureau du Maghreb arabe. Deux délégués algériens à cet organisme, Mohamed Khider et Hocine Aït Ahmed, leur demandent au printemps suivant de quitter les lieux.

Guerre d'Algérie

thumb|gauche|Houari Boumediene dans le maquis à Oued Rhiou, en 1957

Après le déclenchement de la Guerre d'Algérie, le Néo-Destour obtient l'autonomie interne de la Tunisie et il préfère négocier avec le gouvernement français la future indépendance du pays plutôt que d'arracher cette indépendance par les armes. Le « groupe des 15 » est dissous.

Ben Bella, troisième représentant de l'Algérie au bureau du Maghreb, fait embarquer sur le Dinah., le yacht ancré à Alexandrie de la reine Dina de Jordanie, un stock d'armes destiné aux résistants algériens qui doivent le réceptionner à Nador, au Maroc espagnol. Convoyé par neuf hommes sous le commandement d'un Soudanais, Brahim Niyal, et de Boukharouba, le navire arrive à bon port, non sans contretemps et péripéties. Boukharouba remet un message de Ben Bella au chef FLN Larbi Ben M'hidi qui acheminera vers la wilaya V la plus grosse partie de la cargaison d'armes.

Le trafic d'armes s'organise depuis Nador jusqu'à Nemours, à travers mille et un détours. Boukharouba est l'un des principaux organisateurs de ces transports de matériel de guerre et lorsqu'il rentre au Maroc il se montre parmi les plus assidus des militants qui à la base d'Oujda, suivent les cours (stratégie, histoire, économie et politique) du Centre de formation et de perfectionnement du FLN.

Il travaille avec Boussouf, lui-même premier lieutenant de Ben M'hidi chef de la wilaya V. En 1956, Ben M'hidi laisse le commandement de la wilaya V à Boussouf pour entrer au CNRA, et quand Boussouf en , quitte le sol algérien, son successeur à la tête de la wilaya V est son ex-adjoint Boukharouba - ou plutôt Houari Boumediene car le nouveau colonel commandant en Oranie a pris comme nom de guerre celui du célèbre mystique soufi, Sidi Boumédiène, saint et savant musulman, dont un sanctuaire à Tlemcen perpétue la mémoireStora Benjamin, Ellyas Akram, « BOUMEDIENE Houari. (Algérie, 1932-1978, deuxième président de la République) », dans : , Les 100 portes du Maghreb. L'Algérie, le Maroc, la Tunisie, trois voies singulières pour allier islam et modernité, sous la direction de Stora Benjamin, Ellyas Akram. Éditions de l'Atelier (programme ReLIRE), « Points d'appui », 1999, . URL : https://www.cairn.info/les-100-portes-du-maghreb--9782708234345-page-101.htm.

Organisateur d'une wilaya qu'il dirige depuis le PC d'Oujda, au Maroc, nommé chef du commandement opérationnel de l'Ouest dès qu'il a gagné Tunis, désigné enfin comme chef de l'État-major général de l'ALN nouvellement créée, Boumediene n'a pas cessé de prendre, au sein du FLN, des responsabilités de plus en plus lourdes.

Comme il est volontiers discret et taciturne, qu'il prend vis-à-vis des journalistes et des diplomates une « distanciation » évidente et qu'il protège sa vie privée, on le présente souvent dans les capitales occidentales comme un dirigeant énigmatique, comme une sorte de sphinx sur le « mystère » duquel on greffe des légendes abusives.

Parce qu'il aime mieux parler arabe que français, qu'il ne paraît pas volontiers en public et que la présence d'un interlocuteur qu'il connaît ou devine mal le rend laconique et contracté, gêné et gênant, on l'assimile à un « moine-soldat » timide, ascétique et glacé. Il ne dissimule pas son attachement farouche aux valeurs culturelles ancestrales que l'islam véhicule au Maghreb et parce qu'il affirme la nécessité de construire, après l'indépendance, en Algérie comme en Égypte, un État fort puissamment structuré. prétend enfin que Boumédiène est « nassérien ». En fait il n'apprécie guère le verbalisme emphatique de l'Orient et il se méfie de toutes les idéologies d'importation, de tous les modèles étrangers, bien qu'arabes, susceptibles, à ses yeux, de dénaturer ou de corrompre l'originalité, la spécificité algérienne.

Coup d'État et prise de pouvoir

Tahar Zbiri dans ses Mémoires, indique que durant une rencontre avec Boumédiène en dans la base de l'Est, ce dernier lui confie : « Il faut viser le pouvoir ». Ce qui indique sa détermination à prendre le pouvoir, même en usant de la force importante de l'armée des frontières qui était sous son contrôle depuis 1958...

Le colonel Houari Boumédiène est fortement opposé aux accords d'Évian qu'il qualifie de traîtrise et de déshonneur pour la patrie et le sang versé. « Les Algériens refusent la position du GPRA et n'acceptent ni concession ni orgueil. La victoire on ne nous la donne pas, on l'arrache ! »Ferhat Abbas. Les troubles qui font suite à la fin de la guerre d'Algérie sont marqués par des luttes de clans au sein du Front de libération nationale (FLN). Deux factions revendiquent le pouvoir : d'un côté le pouvoir civil et l'organe qui l'incarne, le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) appuyé par les wilayas III et IV, de l’autre côté le pouvoir militaire à travers le « clan d'Oujda » et son « armée des frontières », dirigée par le colonel Boumédiène. Ce règlement de comptes, le colonel Boumédiène et ses compagnons vont l'arbitrer en faveur de Ben Bella, qui leur paraît le plus attaché aux options socialistes qu'ils ont choisies.

L'armée des frontières, avec à sa tête Boumédiène, entre dans Alger le , entraînant une intensification des tractations politiques pour renverser les alliances au profit des nouveaux responsables algériens. Battu militairement, l'instance civile, le GPRA, capitule sans condition. C'est le « clan d'Oujda » qui obtient le pouvoir en Algérie. Sa nature est clairement politico-militaire même si, sous l'effet de la pression de la rue, un semblant de consensus politique a été réalisé par l'intégration de quelques opposants, comme Ferhat Abbas. Sur le fond, la victoire de Ben Bella et de l'armée des frontières entérine la mainmise du pouvoir militaire, et notamment de l'état-major de l'armée des frontières, sur le pouvoir civilAbdelkader Yefsah, L'armée et le pouvoir en Algérie de 1962 à 1992, Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, Année 1992, 65, . vignette|Le président Boumediène et le secrétaire général de l'ONU, Kurt Waldheim, 1975. Houari Boumédiène devient vice-président de la République et ministre de la Défense. Il est également chef d'État-major général de « l'armée des frontières » forte de , bien équipée et disciplinée. Il dirige la Sécurité militaire, véritable police secrète à la disposition du chef des armées. Mais, entre 1962 et 1965, les dissensions s'accentuent entre le président en place Ahmed Ben Bella et le « clan d'Oujda » d'Houari Boumédiène.