Iolanda Cristina Gigliotti (en ), dite Dalida (), née le au Caire et morte le à Paris, est une chanteuse et actrice italienne naturalisée française.
Issue d'une famille italienne de Calabre, venant du village de Serrastretta, installée en Égypte, elle participe à des concours de beauté au début des années 1950 et tourne quelques films au Caire. Résidant en France à partir de 1954, elle connaît son premier succès avec le titre Bambino en 1956, version française de la chanson napolitaine Guaglione. Se façonnant un répertoire regroupant plus de sept cents chansons interprétées en plusieurs langues, elle devient une grande figure de la chanson française et bénéficie d'une popularité dépassant la scène francophone.
Parmi ses chansons les plus connues, figurent Gondolier, Come prima, Les Enfants du Pirée, Itsi bitsi petit bikini, Le Jour le plus long, Bang-Bang, Ciao amore, ciao, Le Temps des fleurs, Darla dirladada, Paroles... Paroles..., Il venait d'avoir 18 ans, Gigi l'amoroso, Salma Ya Salama, Laissez-moi danser, Gigi in paradisco et Mourir sur scène. Embrassant plusieurs styles musicaux, tels que le twist, la pop et le raï, elle est également une des premières artistes françaises à interpréter des chansons disco avec les titres J'attendrai et Bésame mucho.
Souffrant d’une dépression , elle se suicide quelques mois après avoir été l'actrice principale du film Le Sixième Jour. Sa vie privée et sa mort font d'elle une icône au destin tragique.
Biographie Origines et enfance left|vignette|upright|Dalida au Caire, en 1937. Iolanda Cristina Gigliotti naît le à Choubra, un faubourg du Caire, de parents italiens originaires de Serrastretta, en Calabre. Son père, Pietro Gigliotti (1904-1945), est premier violon à l'Opéra du Caire ; elle le suit en coulisse lors de ses répétitions.. Sa mère, Filomena d'Alba (1904-1971), est couturière..
Elle est la seule fille d'une famille de trois enfants : Orlando (1930-1992). est l'aîné et Bruno (né en 1936) le cadet. Ce dernier prendra par la suite pour nom de scène Orlando, le prénom de son frère aîné, et deviendra l'agent artistique de Dalida..
En 1934, alors qu'elle est âgée de , elle est plongée dans le noir en raison d'une infection des yeux, une ophtalmie. Elle porte un bandage sur les yeux pendant quarante jours, sur recommandation de son médecinThierry Ardisson, interview d'Orlando dans l'émission Tout le monde en parle, 10 novembre 2001.. Cet épisode provoque chez elle de violents maux de tête et un strabisme divergent que plusieurs interventions chirurgicales atténueront, mais qui l'oblige à porter des lunettes jusqu'à ..
Elle étudie dans une école religieuse de Choubra et fait ses premiers pas sur la scène du club de théâtre de l’école. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, son père, comme tous les immigrés italiens, est interné dans le camp de , près du Caire, l'Égypte étant alliée du Royaume-Uni depuis le traité anglo-égyptien de 1936. Tous les deux mois, elle lui rend visite, mais le voit progressivement dépérir.
Son père revient du camp en 1944 avec des migraines et l'amertume de sa carrière gâchée. La famille doit alors subir son instabilité psychologique et sa violence.. Cette période traumatise la jeune Iolanda Gigliotti.. Son père meurt d'une congestion cérébrale un an plus tardLaurent Delahousse, « Dalida, les secrets d'une femme », Un jour, un destin, 24 octobre 2012..
Carrière professionnelle vignette|Dalida à Rome, en 1962. 1951-1956 : débuts artistiques en Égypte et arrivée en France
Fascinée par l'actrice américaine Rita Hayworth, Iolanda Gigliotti rêve d'exercer le métier d'actrice elle aussi. Elle prend alors des cours de théâtre à l'école. Après la réussite d'une opération visant à réduire son strabisme divergent, elle se présente au concours de beauté Miss Ondine du CaireCertaines sources feront un raccourci avec le titre de Miss Égypte, mais Dalida affirme elle-même en 1970 à Jacques Chancel, qui lui demande clairement si elle a été Miss Égypte : . Toutefois, selon Le journal d'Égypte du 9 juin 1954, c'est Paula Williams qui a été élue Miss Ondine, Dalida étant 2 : Cf. Dalida, Mythe et mémoire de Barbara Lebrun (éditions Le mot et le reste, 2020, )..
Elle obtient de petits rôles dans quelques films, dont Un verre, une cigarette de Niazi Mostafa., puis Le Masque de Toutankhamon de Marco de Gastyne.
Sur les conseils de Marco de Gastyne, qui croit en son talent, elle décide de partir en France pour continuer sa carrière.. Elle arrive à Paris le . Quelques mois après s'être installée dans un appartement proche des Champs Élysées, elle fait la rencontre d'Alain Delon, qui est son voisin de palier. Au fil des mois, le manque de ressources financières pèse sur elle, mais elle continue d'écrire à sa famille en lui disant que tout va bien.
Elle espère faire carrière dans le cinéma, mais prend rapidement conscience que son maigre bagage ne pèse guère aux yeux des producteurs français et s'oriente alors vers la chanson. Après avoir chanté plusieurs soirées dans le cabaret Le Drap d'Or à Paris, elle est repérée par le directeur de la Villa d'Este où elle va chanter dans un répertoire à l'exotisme latin..
Au début de sa carrière, elle a pour nom de scène « Dalila ». Sur les conseils de l'écrivain et scénariste Alfred Machard qui pense que ce pseudonyme fait trop penser aux mythiques Samson et Dalila, elle le change très vite en « Dalida »..
1956-1959 : premiers succès en France et en Europe Premier contrat et premier album À la recherche de nouveaux talents pour son music-hall, Bruno Coquatrix lui suggère de participer à un concours pour amateurs, « Les Numéros 1 de demain », organisé à l'Olympia le . Sont présents Eddie Barclay, jeune producteur de disques (qui vient d'importer le disque microsillon des États-Unis en France), et Lucien Morisse, directeur des programmes d'Europe 1.Ils ont joué au 421 pour savoir s'ils assisteraient ou non au concours diffusé sur Europe 1, Eddie Barclay désirant assister au concours et Lucien Morisse voulant aller au cinéma.. Ce dernier, subjugué par le charme oriental de Dalida, la convoque dans ses bureaux de la rue François- et prend sa carrière en main.
Le , sort le premier EP de Dalida, Madona, adaptation française d'un titre portugais d'Amália Rodrigues, Barco Negro, mais celui-ci connaît un succès mitigé. Le titre est suivi, un mois plus tard, par Le Torrent, qui reçoit un accueil similaire...
Premier grand succès En , Lucien Morisse pense avoir déniché le titre phare de Dalida, Bambino, version française de la chanson Guaglione. Morisse bloque la chanson, la fait enregistrer en une nuit et la fait passer toutes les heures à l'antenne d'Europe 1. Bambino rencontre un grand succès en France et parvient à se classer en tête des ventes pendant plusieurs semaines.. Sur cette lancée, Dalida partage quelques semaines plus tard la même scène de l'Olympia en première partie du spectacle de Charles Aznavour, puis en « vedette américaine » de Gilbert Bécaud.
La chanteuse fait éditer son premier album dans de nombreux pays, dont les États-Unis.. Le , Norman Granz, l'imprésario d'Ella Fitzgerald, profite de la venue de Dalida, aux États-Unis, pour lui proposer un contrat de à Hollywood. Toutefois, la chanteuse décline la proposition. Un même contrat lui sera proposé, en , qu'elle refusera à nouveau.
Enchaînement de succès au sein de la francophonie En , elle enregistre Gondolier qui maintient la chanteuse en tête des hit-parades en France, mais aussi en Wallonie et au Québec. Quelques mois plus tard, elle enregistre Dans le bleu du ciel bleu qui connait également une grande popularité et se classe numéro un du hit-parade en France.. Cette sortie est suivie par la réception de l'oscar RMC. En juin, elle entreprend la tournée « TDF avec Dalida 58 » (Tour de France avec Dalida). Durant l'été, elle se produit à Alger, soutenant le moral des soldats français qui combattent durant la guerre d'Algérie. En juillet, elle connaît un succès qui dépasse les frontières francophones avec la chanson Les Gitans, se classant à la troisième position du hit-parade italien et espagnol.. Le même mois, elle présente cinq chansons simultanément dans le top 10 du hit-parade français.
En septembre, elle joue des rôles dans deux films : Rapt au Deuxième Bureau. et Brigade des mœurs.. Le , elle se produit à nouveau à Paris, cette fois pendant trois semaines en tant qu'interprète principale, à Bobino, où elle fait la promotion de son dernier album Come prima qui devient un grand succès en France et en Belgique.
Début de carrière en Europe vignette|Dalida avec Walter Chiari en 1959. En 1959, elle fait de nombreuses tournées en France, en Égypte, en Italie et en Allemagne. Sa renommée s'étendant hors de France ; elle commence à enregistrer des chansons dans d'autres langues pour répondre à ces nouveaux publics. En mai, elle enregistre en allemand le titre Le Jour où la pluie viendra qui devient Am Tag als der Regen kam : cette version atteint la première place des ventes en Allemagne et la deuxième en Autriche. Elle enregistre une version espagnole et une version italienne qui connaissent également une certaine popularité en Espagne et en Italie, tout comme le titre suivant, La chanson d'Orphée.
1960-1969 : percée et tournées internationales Elle épouse Lucien Morisse le puis obtient la nationalité française... Il s'agit non pas d'un mariage d'amour, mais plutôt d'un acte de reconnaissance envers celui qui a fait d'elle une vedette. Aussi entame-t-elle, dès le début de son mariage, une liaison avec l'artiste-peintre Jean Sobieski, qui durera jusqu'en 1963. Lucien Morisse tente d'arrêter la carrière de Dalida, qui fait alors l'objet de critiques et d'intimidations. Elle persévère néanmoins et ce dernier reconnaît son triomphe personnel à l'Olympia en . Leur divorce est prononcé en 1962.
Concurrence de la génération « yéyé » Dalida commence les années 1960 avec des chansons de style exotique à rythme lent. Elle enregistre tout d'abord Les Enfants du Pirée, qui connaît un grand succès en Europe et notamment dans des pays où elle est restée discrète depuis le début de sa carrière comme aux Pays-Bas. Cependant, une nouvelle vague musicale aux rythmes rapides apparaît, la musique « yéyé », représentée par de jeunes chanteurs alors peu connus du public, mais considérés comme de véritables rivaux pour Dalida. Consciente que si rien ne change dans ses choix musicaux, elle se ringardisera rapidement, elle décide de s'adapter à cette mode.. L’enregistrement de la chanson Itsi bitsi, petit bikini en lui assure une grande popularité et marque un changement de style musical de sa part. Surnommée « mademoiselle juke-box », elle devient la première artiste féminine à ouvrir son fan club..
Tournées et succès internationaux vignette|250px|Dalida en 1967.
Dans les années 1960, elle assure un mois de spectacles à l'Olympia à trois reprises, en 1961, 1964 et 1967. Les trois semaines de concerts en 1961 à l'Olympia sont diffusées en direct à la radio. Peu de temps après, elle entreprend une tournée à Hong Kong et au Vietnam. Ses prestations dans d'autres pays deviennent plus fréquentes et elle devient une chanteuse populaire en Italie. L'année 1962 est marquée par la sortie de Le jour le plus long.. En 1964, elle fait une tournée en Europe de l'Est passant par la Bulgarie et la Roumanie. La même année, elle se teint les cheveux en blond vénitien., puis elle parcourt la France avec succès, chantant notamment durant le Tour de France et à l'Olympia..