L'abbaye Notre-Dame d'Orval (ou abbaye d'Orval) est un monastère cistercien situé en Belgique, à Villers-devant-Orval (commune de Florenville), dans la province de Luxembourg.

Fondée par des bénédictins au auprès d'une source dans un vallon isolé dans la forêt, l'abbaye passe à l'ordre cistercien en 1131 avec l'arrivée de moines de l'abbaye de Trois-Fontaines. Elle vit l'existence d'un monastère cistercien ordinaire, isolé dans la grande forêt d'Ardenne et de Gaume; située à la frontière entre le Saint-Empire et le royaume de France, elle subit les conséquences des guerres et conflits du . Participant au mouvement de réforme de l'étroite observance dans l'ordre cistercien, elle connaît aux une période de grand développement spirituel et économique, malgré une crise liée au développement du jansénisme en son sein au début du .

À la fin du , lors de la conquête de la Belgique par les armées de la révolution française, les bâtiments, anciens et nouveaux, sont détruits et incendiés après le départ forcé des moines. En 1795, la communauté est dispersée et les biens de l'abbaye vendus comme « biens nationaux » sous le régime de la Première République.

En 1927, la présence monastique est relevée par un groupe de cisterciens-trappistes venu de l'abbaye Notre-Dame de Sept-Fons, qui fonde là un prieuré et entame la reconstruction sous la direction de Marie-Albert van der Cruyssen, moine belge venu de l'abbaye Notre-Dame de la Trappe. En 1935, le monastère retrouve son statut d'abbaye autonome.

Géographie Situation Isolée dans un vallon au milieu de la forêt, entre deux étangs nés des aménagements hydrauliques réalisés par les moines, l’abbaye se trouve à deux kilomètres au nord-est du village de Villers-devant-Orval, à un kilomètre au nord de la frontière française, à l’entrée d’un saillant de la Belgique en territoire français. Elle est bordée à l’ouest par la route nationale 88 reliant Florenville et Athus (Aubange). Le ruisseau la Mouline, grossi par une importante source à Orval même, passe en souterrains à travers le site de l’abbaye, et en rejoint deux autres à la sortie du domaine, pour former une petite rivière, la Marche (affluent de la Chiers, elle-même affluent de la Meuse) avant d’entrer dans Villers-devant-Orval.

Étendue Le domaine central comporte l'abbaye même, dont le mur de clôture de plusieurs kilomètres entoure une surface d'environ , et les terres avoisinantes — principalement des forêts de feuillus, entourées par un fossé médiéval jalonné de bornes, encore visible aujourd'hui.. Mais du , au fil des donations, depuis la région de Huy (cent kilomètres au nord) jusqu'à celle de Verdun (cinquante kilomètres au sud), le domaine s'est étendu sur quelque hectares et trois cents propriétés de tailles diverses : fermes comme les granges de Blanchampagne () ou Conques., champs et bois, exploitations minières et forges, maisons de « refuge » à Montmédy, Luxembourg ou Huy, etc. Le tout fut confisqué et vendu comme « bien national » en 1795.

Accès en transports publics La gare de Florenville, sur la ligne 165, se trouve à huit kilomètres. L'abbaye se situe à proximité immédiate de l'arrêt Orval carrefour desservi (en semaine uniquement) par la ligne de bus 24, et désormais en juillet-août par la ligne touristique V1 des TEC, qui relie Bouillon à Orval..

Histoire

Fondation Le site d'Orval est occupé bien avant l'ère chrétienne : les fouilles ont découvert de nombreuses sépultures, formant quasiment une très ancienne nécropole dont les corps vont du néolithique à l'époque mérovingienne, entre le flanc de vallon où jaillit la source (sacrée ?) et le fond marécageux.. La grand route romaine Reims-Trêves passe à proximité. Une petite église y est présente dès le , peut-être bâtie sur la tombe d'un saint ou d'un évangélisateur..

En 1070, un groupe de Bénédictins, venus de la Calabre (Italie), y bâtit une église et un prieuré, sur des terres données en usufruit par le comte de Chiny, Arnoul , et par le comte Conrad , comte de Luxembourg.

Vers 1076, la suzeraine du comte de Chiny, Mathilde de Toscane, comtesse de Briey, passe dans la région et ratifie la donation faite par son vassal aux moines bénédictins. C’est à cette époque qu’aurait eu lieu le célèbre incident de l’anneau que la comtesse aurait laissé glisser dans le bassin de la source, et qu'elle aurait retrouvé comme miraculeusement : l’endroit aurait alors d'elle reçu son nom Auréavallis (Val d’or) et son blason (un anneau d’or, orné d'un ou plusieurs chatons, émergeant de l'eau). Au début du , le bassin de la « fontaine Mathilde » en perpétue toujours la mémoire.

Au bout d'une quarantaine d'années les bénédictins quittent les lieux. Le comte Othon leur substitue, en 1110, une communauté de chanoines augustins. Une nouvelle église, dédiée à Notre-Dame, est inaugurée le par l'évêque de Verdun, Henri de Blois. Elle mesure de longueur et de largeur..

vignette|Dans le grand cloître du monastère, vitrail représentant les armes de l'abbaye : un anneau d'or sortant de l'eau, surmonté de la crosse abbatiale.

Passage à l'ordre de Cîteaux

Les chanoines souhaitent cependant se joindre à l'ordre de Cîteaux en plein essor. Albert de Chiny, secondé par son oncle, le saint évêque de Verdun Alberon de Chiny, se tourne vers Bernard de Clairvaux qui demande à sa première fondation, l'abbaye de Trois-Fontaines en Champagne, d'envoyer quelques moines cisterciens encadrer les chanoines d'Orval qui souhaitent passer à l'ordre de CîteauxLes premiers comtes de Chiny, donateurs des terres qui devinrent le domaine d'Orval, et insignes bienfaiteurs de l'abbaye, auront le droit d'être enterrés dans le cloître de la première abbaye..

vignette|Le nouveau logo de l'abbaye, qui interprète de façon contemporaine ses armoiries traditionnelles.

Constantin dirige le groupe de sept frères, devenant ainsi le premier des 52 abbés qui se succèdent entre 1131 et 1799. En mars 1131, Orval devient donc abbaye-fille de Trois-Fontaines, et la première abbaye cistercienne dans la région; les bâtiments sont adaptés aux usages cisterciens. Thierry de Vitry, deuxième abbé, crée un début de bibliothèque en faisant copier livres et manuscrits se trouvant en d'autres abbayes. Adam de Longwy, quatrième (?) abbé (1167-1173), met en chantier la reconstruction de l’abbatiale. L'église est terminée avant 1200. Comme partout, les moines cisterciens font des aménagements hydrauliques : une digue crée en amont l'étang noir, une autre créera en aval l'étang des forges ; entre les deux, des canalisations permettent d'utiliser les eaux du ruisseau et de la source pour les moulins, les ateliers et les eaux usées. Le domaine agricole et forestier est progressivement agrandi : l'abbaye organise sur les terres qui lui sont offertes plusieurs « granges » : de véritables petits prieurés à vocation agricole situés à une certaine distance, et mis en valeur par les frères convers qui y résident la semaine : Blanchampagne, Conques, etc...

Les débuts n'en sont pas moins difficiles et la communauté vit longtemps dans l'indigence. Un incendie, en 1252, n'arrange rien. L'endettement est si grave que le chapitre général cistercien, en sa session de 1316, autorise l'abbé de Trois-Fontaines à fermer Orval, vendre ses biens et disperser les religieux dans d'autres maisons.

L'abbé n'en fait rien cependant. Durant quatre siècles, Orval vit l'existence habituelle d'un monastère relativement important, mais isolé dans la solitude de la grande forêt ardennaise. Certaines périodes sont prospères et d'autres difficiles : située à la frontière entre le royaume de France et l'Empire, Orval subit en effet les conséquences des guerres et conflits. Ainsi, l'église très abîmée est reconstruite et re-consacrée en 1533.

: réformes vignette|Moine de l'abbaye d'Orval. Orval retrouve vigueur spirituelle et prospérité à la fin du , quand l'esprit de réforme du Concile de Trente s'y implante. Le sera marqué par les longs abbatiats de deux grandes personnalités. Le français Bernard de Montgaillard, imposé comme abbé par l'archiduc Albert en 1605, est d'abord mal reçu par les moines. Mais il parvient à s'imposer et introduit progressivement un retour aux pratiques religieuses régulières. Il acquiert l'estime des moines et rapproche l'abbaye du peuple des alentours. La nouvelle réputation d'Orval attire : durant son abbatiat (de 1605 à 1628) le nombre de moines augmente sensiblement.. Montgaillard, proche des archiducs Albert et Isabelle contribue avec eux à propager la dévotion pour Notre-Dame de Montaigu en lui érigeant une chapelle dans les bois de l'abbaye ; elle est contemporaine de la basilique de Montaigu (Scherpenheuvel).. Quelques années après la mort de l'abbé de Montgaillard, au plus fort de la guerre de Trente Ans, l'abbaye est pillée et incendiée le ) par les soldats du maréchal de Châtillon.

La période qui suit est plus paisible sur le plan politique, et la communauté retrouve équilibre et prospérité sous la direction de l'abbé Charles de Bentzeradt. Le abbé d’Orval (de 1668 à 1707), encouragé par l’Abbé de Rancé qu’il rencontra plusieurs fois, poursuit l’œuvre de l'abbé de Montgaillard, imposant un retour aux observances originelles de Cîteaux : silence perpétuel, abstinence totale de viande, travaux manuels pour tous, longues périodes de jeûnes. Orval adopte le coutumier (règle de vie quotidienne) de l’abbaye de la Trappe après y avoir envoyé quelques moines pour y être formés. Plus dur est le régime, plus nombreuses sont les vocations: on établit alors, à la grange de Conques, elle aussi isolée dans la forêt au bord de la Semois, un prieuré qui sert d'école de théologie pour les jeunes moines. Le nombre de moines à Orval dépasse la centaine à la mort de l'abbé de Bentzeradt. C'est à cette époque que sur les versants du vallon ont été aménagés d'impressionnantes terrasses destinées à la culture et à la vigne, soutenues par des murs épais - on les devine encore aujourd'hui, bien que, sauf autour du potager, elles soient progressivement effondrées et englouties par la forêt..

Cependant, par le retour à l'observance primitive, l'abbé permet à un esprit janséniste de s’introduire dans la communauté. Cela conduit à une crise sérieuse. Certains moines sont des jansénistes militants, et Orval est en rapports étroits avec l’abbaye de Port-Royal. Pierre Nicole se réfugie quelque temps comme ermite à Orval, mais sa présence devient encombrante: par prudence, l'abbé lui demande de quitter son abbaye. Lorsque, par la bulle Unigenitus (1713) Clément XI condamne le jansénismes, une partie de la communauté, une des plus importantes de l’ordre de Cîteaux et de l'empire autrichien, refuse de signer le formulaire d'adhésion à cette bulle - ce qui provoque une visite canonique du monastère, ordonnée par le pape Benoît XIII. Dom Jean-Mathieu Mommerts est abbé. À peine la visite canonique est-elle commencée, en , qu’une quinzaine de moines prennent la fuite et se réfugient auprès de l’évêque janséniste d’Utrecht, où ils forment une communauté « orvaliste »qui ne se maintiendra pas longtemps. On découvre qu’ils étaient en correspondance avec Pasquier Quesnel et Duguet et gardaient dans leurs cellules des reliques et objets appartenant aux Arnauld. Leur départ apporte un dénouement à la crise. L’abbé Albert de Meuldre, élu en 1741, quelque peu sympathisant janséniste, doit démissionner en 1757. Son successeur, Dom Pinart, ramène la paix dans la communauté.

: prospérité vignette|Maquette de l'abbaye à la veille de la Révolution française: au premier plan l'abbaye médiévale, et à l'arrière-plan, les nouveaux bâtiments de style classique de Laurent-Benoît Dewez.