est un film japonais du réalisateur Motoyoshi Oda sorti en 1955.

Deuxième film de la franchise Godzilla, il met en vedettes , , Minoru Chiaki et Takashi Shimura, avec Haruo Nakajima dans le rôle de Godzilla et Katsumi Tezuka dans celui d'Anguirus.

Dans ce film, le Japon lutte pour survivre au retour de Godzilla, ainsi qu'à son combat destructeur contre son ancien ennemi Anguirus. Alors qu'ils survolent les mers pour repérer des bancs de poissons, les jeunes pilotes Tsukioka et Kobayashi rencontrent Godzilla et un autre monstre en train de se livrer une bataille féroce. Les deux créatures disparaissent dans l'océan, mais refont bientôt surface près d'Osaka, qui sera dès lors le cadre d'un combat à mort entre les deux monstres et les hommes.

À la suite du fort succès du premier film Godzilla en 1954, le producteur exécutif de la Toho Co., Iwao Mori, demande au producteur Tomoyuki Tanaka de débuter la réalisation d’une suite afin de capitaliser sur l’engouement du premier opusSteve Ryfle, Japan's Favorite Mon-Star: The Unauthorized Biography of "The Big G" (Toronto: ECW Press, 1998), 59.. Le réalisateur du film original, Ishirō Honda, actuellement occupé par la réalisation du drame Lovetide (Koi-geshō), la Toho remet la réalisation de ce deuxième film à Motoyoshi OdaDavid Kalat, A Critical History and Filmography of Toho's Godzilla Series, 2e éd. (Jefferson: McFarland & Company, 2010), 36..

Le producteur exécutif Iwao Mori a demandé au producteur Tomoyuki Tanaka de débuter immédiatement la production d'un deuxième film Godzilla, craignant de perdre l'élan du succès du premier film. Oda a été choisi pour réaliser le film, Ishirō Honda étant occupé à réaliser Love Makeup.

Synopsis

Les deux pilotes, Shoichi Tsukioka et Koji Kobayashi, chassent des bancs de poissons pour une conserverie de thon à Osaka. L'avion de Kobayashi tombe en panne et est obligé d'atterrir près de l'île d'Iwato. Tsukioka atterrit pour récupérer Kobayashi et les deux rencontrent Godzilla ainsi qu'un monstre quadrupède, qui tombent d'une falaise dans l'océan. Tsukioka et Kobayashi font un rapport aux autorités d'Osaka, et découvrent que le quadrupède est un ankylosaure appelé Anguirus, dont l'espèce était autrefois en rivalité avec celle de Godzilla. Le Dr Kyohei Yamane, qui a vécu l'attaque de Godzilla en 1954, confirme que ce Godzilla est un second membre de la même espèce, et que les deux monstres ont probablement été réanimés par des essais de bombes à hydrogène. Les armes conventionnelles étant incapables de tuer Godzilla, le Dr Yamane suggère d'utiliser des fusées éclairantes pour attirer Godzilla.

Godzilla arrive sur le rivage d'Osaka. Alors que les lumières de la ville sont éteintes, les avions de la Force aérienne d'autodéfense japonaise utilisent des fusées éclairantes pour éloigner Godzilla de la côte. Godzilla poursuit les fusées et quitte le rivage. Pendant ce temps, un camion transporte des criminels vers une autre partie du pays. Les condamnés détournent le camion et après une longue poursuite avec la police, le camion s'écrase sur un bâtiment industriel et déclenche un gigantesque incendie qui attire Godzilla sur le rivage. Quelques instants plus tard, Anguirus surgit et l'attaque. Pendant que les monstres se battent, les condamnés tentent de s'échapper mais se noient lorsque le métro est inondé. Godzilla tue Anguirus et retourne dans l'océan.

Kobayashi est transféré dans une usine d'Hokkaido. Au cours d'une fête d'entreprise, Tsukioka, Hidemi, venue lui rendre visite, et Kobayashi sont informés que Godzilla a détruit un des bateaux de pêche de l'entreprise. Les militaires et Tsukioka se mettent à rechercher activement Godzilla. Tsukioka aperçoit Godzilla nageant vers le rivage d'une petite île glacée. Il prévient la conserverie, et Kobayashi décolle dans son avion pour changer de poste avec Tsukioka. Tsukioka, qui a été transféré dans l'armée de l'air, voyage en jet avec un vieil ami. Ils larguent des bombes sur Godzilla, mais sans succès. Godzilla se dirige alors vers la côte. Kobayashi est tué en essayant de détourner Godzilla de l'océan. Tsukioka est dévasté mais réalise que les militaires peuvent tirer des missiles sur la montagne et ensevelir Godzilla sous une avalanche. Les jets tirent des missiles, et enterrent Godzilla dans la neige et la glace.

Sortie et Accueil Le film sort dans les salles de cinéma japonaises le 24 avril 1955, coïncidant avec la période de jours fériés de la « Golden Week », un choix judicieux pour maximiser la fréquentation du publicSteve Ryfle, Japan's Favorite Mon-Star, p. 61.. Il a généré environ 170 millions de yens de recettes de location de film (par distributeur) au Japon. Bien qu’il s’agisse d’un succès financier honorable, il demeure inférieur aux attentes suscitées par le premier opusDavid Kalat, A Critical History and Filmography, p. 38.. Concernant les critiques, l’accueil est mitigé, ce qui pousse la Toho à mettre en pause les films de monstres géants (kaijū eiga) pendant sept ans. La franchise ne sera relancée qu'en 1962 avec King Kong contre GodzillaStuart Galbraith IV, The Toho Studios Story, p. 110-111..

Version américaine Concernant sa distribution aux États-Unis en 1959, le film est lourdement modifié par le producteur Paul Schreibman et distribué par Warner Bros. sous le titre Gigantis, the Fire MonsterDavid Kalat, A Critical History and Filmography, p. 39.. Schreibman prend la décision de modifier le nom de Godzilla pour « Gigantis » afin de faire croire au public américain qu’il s’agit d’un tout nouveau monstre. Cela s’explique par la peur que le spectateur soit perdu car le Godzilla original avait péri à la fin du film de 1954Steve Ryfle, Japan's Favorite Mon-Star, p. 64-65.. Pour renforcer cette illusion de nouveauté, l’emblématique rugissement de Godzilla est légèrement modifié. De plus, la bande originale japonaise composée par Masaru Sato est quasiment intégralement supprimée pour être remplacée par des musiques de catalogue (stock music) composées par Paul Sawtell et Bert Shefter, venant de films de science-fiction américains antérieurs comme Kronos et Project MoonbaseDavid Kalat, A Critical History and Filmography, p. 40..

Effets spéciaux vignette|Godzilla (à droite) contre Anguirus (à gauche). La direction des effets spéciaux est de nouveau confiée à Eiji Tsuburaya. Pour ce deuxième opus, les acteurs Haruo Nakajima (qui interprète le rôle de Godzilla) et Katsumi Tezuka (qui joue Anguirus) jouissent de costumes composés de matériaux légèrement plus souples. Ces costumes sont fabriqués à partir de moules en plâtre suivant leur morphologie, leur permettant une plus grande liberté de mouvement comparé à leur armure de 1954August Ragone, Eiji Tsuburaya: Master of Monsters (San Francisco: Chronicle Books, 2007), 45-46.. L’effet de mouvement accéléré et saccadé pendant les combats de monstres, caractéristique de ce film, est originairement causé par une erreur technique du caméraman, qui a filmé ces scènes avec une cadence de 18 images par seconde au lieu des 24 habituellesSteve Ryfle, Japan's Favorite Mon-Star, p. 60.. Tsuburaya décide finalement de préserver ces prises sous-exposées (undercranking), estimant que cet accident donne une sensation plus féroce, brutale et frénétique à l’affrontement entre les deux monstresAugust Ragone, Eiji Tsuburaya, p. 46.. La réalisation se démarque notamment par la production d’une vaste maquette détaillée de la ville d’Osaka, créant ainsi un standard de miniatures urbaines qui construira la renommée des studios TohoStuart Galbraith IV, The Toho Studios Story: A History and Complete Filmography (Lanham: Scarecrow Press, 2008), 110..

Autour du film

Le film marque la première apparition d'Anguirus, le second monstre créé par la Tōhō après Godzilla, et la première apparition du second et principal Godzilla (le premier étant mort dans le premier film), qui apparaîtra par la suite dans une bonne partie de la franchise avant d'être remplacé par l'un de ses fils et ses autres versions.

Le film, même s'il n'est que le second du genre des monstres géants japonais, est surtout important comme le premier à imposer le concept de combat entre les monstres géants, qui deviendra très vite l'un des thèmes les plus appréciés du cinéma.

Thématique : l'imaginaire du désastre

Fondements théoriques et esthétiques Le concept d'« imaginaire du désastre » (imagination of disaster) est défini par les historiens du cinéma comme un processus visant à poser des représentations sensibles sur des idées, permettant d'interpréter le monde par le prisme d'un regard culturellement informéJean-Baptiste Massuet, Le Dessin animé : une esthétique de l'excès, Presses universitaires de Rennes, 2022.. Selon l'essayiste Susan Sontag, le cinéma de science-fiction tire sa spécificité de la représentation directe de l'extraordinaire, comme des mutations ou un gratte-ciel qui s'écroule, offrant au public une « impression sensible de l'événement » que le roman ne peut fournirSusan Sontag, « Images du désastre », dans L'Œuvre parle (Œuvres complètes, vol. 5), trad. Guy Durant (Paris : Christian Bourgois, 2010 ), 314-315.. Cet imaginaire repose sur un « goût esthétique de la destruction », où la violence est présentée de manière technique, transformant l'angoisse collective en un spectacle assimilableSusan Sontag, « Images du désastre », dans L'Œuvre parle (Œuvres complètes, vol. 5), trad. Guy Durant (Paris : Christian Bourgois, 2010 ), 321..

Un miroir des traumatismes historiques japonais Produit au milieu des années 1950, Le Retour de Godzilla s'inscrit dans un contexte marqué par les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki en 1945, et l'incident nucléaire du Daigo Fukuryū Maru en mars 1954Inuhiko Yomota, « The Menace from the South Seas: Honda Ishirō's Godzilla (1954) », dans Japanese Cinema: Texts and Contexts, éd. Alastair Phillips et Julian Stringer (Londres : Routledge, 2007), 102..

L'historien Yoshikuni Igarashi souligne que le film ravive consciemment la mémoire des raids aériens de la Seconde Guerre mondialeYoshikuni Igarashi, Bodies of Memory: Narratives of War in Postwar Japanese Culture, 1945-1970 (Princeton: Princeton University Press, 2000), 119.. Lors de l'attaque d'Osaka, la ville est plongée dans l'obscurité totale pour respecter des restrictions d'éclairage, rappelant les couvre-feux imposés face aux bombardiers américains B-29. Après le passage du monstre, le paysage urbain désolé reproduit fidèlement les paysages de ruines de 1945Yoshikuni Igarashi, Bodies of Memory: Narratives of War in Postwar Japanese Culture, 1945-1970 (Princeton: Princeton University Press, 2000), 120..

Mémoire de la guerre et sens du sacrifice La mort de Godzilla, enseveli sous la glace sur une île isolée de la mer d'Okhotsk, évoque pour certains analystes le destin des garnisons japonaises abandonnées dans le Pacifique Nord, comme celle de l'île d'Attu en 1943.

Le thème du sacrifice est porté par le pilote Kobayashi. Contrairement au sacrifice du docteur Serizawa dans le film de 1954, l'acte suicidaire de Kobayashi dans Le Retour de Godzilla cherche à donner un sens à la perte, suggérant que les sacrifices personnels servent de fondement à la sécurité de la nation d'après-guerreWilliam M. Tsutsui, « Is Your War over Now? Nationalism, Nostalgia, and Japan’s Long Postwar from Gojira (1954) to Godzilla Minus One (2023) », Humanities 13, no. 6 (2024): 158..

Évolution vers la crise écologique L'imaginaire du désastre amorce également une mutation esthétique. En faisant s'affronter deux créatures, le film emprunte aux codes du catch professionnel (puroresu), alors en pleine ascension au Japon. Cette spectacularisation contribue à apprivoiser la terreur indicible du désastre original pour l'orienter vers le divertissement de masse.