Rangjung Rigpe Dorjé () ( à Denkhok, Dergué, Kham - , Zion, États-Unis) est une personnalité du bouddhisme tibétain considérée dans cette tradition comme la du karmapa. Chef spirituel de la lignée Karma Kagyu du bouddhisme tibétain, il est né à Denkhok dans le district de Dergé dans le Kham (Tibet oriental), près de la rivière Drichu.

Biographie Au Tibet Rangjung Rigpe Dorjé est né à Denkhok dans le Kham (Tibet oriental) le dans la famille Athoub (aussi écrit Atup). Le Dzogchen Rinpoché Thubten Chökyi Dorje, abbé du monastère de Dzogchen Nyingmapa, avait prédit la naissance d'un grand bodhisattva à la future mère alors qu'elle était enceinte. Sur son conseil, elle s'installa dans une grotte où avait médité Padmasambhava, en attendant la naissance.

La lettre poétique de prédiction du karmapa comporte des indications qui permirent de confirmer la découverte au Tibet de sa réincarnation. En voici une traduction. :

Le Taï Sitou Rinpoché, reconnut l'enfant comme étant le nouveau karmapa. Les détails de la naissance correspondaient aux indications mentionnées dans la lettre de prédiction confiée par le karmapa à son assistant, Jampal Tsultrim. L'enfant fut amené au monastère de Palpung où il reçut sa première ordination et prit les vœux de bodhisattva auprès du Taï Sitou Rinpoché et de Kongtrul Rinpoché de Palpung, les deux principaux disciples de son prédécesseur. L'enfant avait 8 ans et résidait toujours au royaume de Dergé lorsqu'il reçut la Coiffe Vajra et les robes de cérémonies du karmapa, qui lui furent apportées du monastère de Tsourphou. Il visita le monastère de Palpung, s'arrêtant en chemin pour bénir la fameuse imprimerie du monastère de Dergé. C'est là qu'il fut intronisé comme karmapa, Rangjung Rigpé Dorjé, par l'abbé du monastère de Palpung, Taï Sitou Rinpoché, qui l'accompagna ensuite pour le long voyage qui devait le conduire à Tsourphou, siège des karmapas au Tibet central où il fut accueilli par le Gyaltsab Rinpoché, Kongtrul Rinpoché de Palpung, et le Pawo Rinpoché.

En 1932, Rangjung Rigpe Dorjé reçut sa confirmation et la cérémonie de la coupe de mèche de cheveux du dalaï-lama à Lhassa. Le jeune karmapa ayant enlevé la coiffe qu'il portait, le dalaï-lama s'étonna que l'enfant n'ait pas retiré sa seconde coiffe, que l'assistance ne vit cependant pas. Il avait vu la Coiffe adamantine du karmapa, démontrant la réalisation spirituelle du dalaï-lama et l’authenticité du karmapaMick Brown, , p. 39. Le dalaï-lama écrivit pour l'occasion une prière de longue vie pour le karmapa qui resta quelque temps au Norbulingka à ses côtésLama Kunsang & Marie Aubèle, L'Odyssée des Karmapas, La grande histoire des lamas à la coiffe noire, 2011, Ed. Albin Michel. , p. 281. Le karmapa a ensuite été intronisé au monastère de Tsourphou par Taï Sitou Rinpoché et le Gyalwang Drukpa.

Rangjung Rigpe Dorjé étudia avec Bérou Khyentsé Rinpoché et le grand pandit Bo Gongkar, célébré comme le dernier grand érudit Kamtsang Kagyu de l'époque. Bo Gongkar Rinpoché avait mémorisé la totalité des Tripitaka et comptait parmi ses étudiants l'érudit accompli Sakya, Dezhung Rinpoché. Alors qu'il étudiait avec Bo Gongkar Rinpoché, le karmapa raconta à son lama les épisodes de ses existences précédentes. Quelques années plus tard, le karmapa fut invité à se rendre en Chine, mais n'accepta pas cette invitation personnellement, préférant déléguer Bérou Khyentsé Rinpoché pour le représenter.

vignette|De gauche à droite, Jamgön Kongtrul Rinpoché, le Palpoung Ongan Rinpoché, Dzigar Kongtrul Rinpoché, le karmapa, le tai sitou, Trého Rinpoché et le Pawo Rinpoché, monastère de Palpoung au Tibet oriental, en 1939. À Dzongsar, au monastère de Jamyang Khyentsé Chökyi Lodrö, le grand érudit Rimé, le karmapa accomplit la cérémonie de la coiffe noire. Khyentsé Rinpoché vit Rangjung Rigpé Dorjé sous l'aspect de Düsum Khyenpa, le karmapa. De retour à Palpung, le karmapa reçut les initiations, lectures rituelles et instructions de l'ensemble des pratiques spirituelles de la tradition Sakyapa (Droup Thap Kun Tou). En 1940, alors qu'il réside à Palpung, il débute la composition d'une série de poèmes où il prédit l'invasion du Tibet, l'exil d'une partie des Tibétains, dont lui-même, en Inde, et évoque la connexion des karmapas, Sitou Rinpochés, et Dalaï LamasMichele Martin, Une Musique venue du ciel : vie et œuvre du XVII Karmapa (2003), trad., Éd. Claire Lumière, série « Tsadra », 2005, 414 p., ., p. 378.

En 1940, le karmapa entreprit le voyage de retour vers Tsourphou. Là, pendant les 3 années suivantes, il s'adonna intensivement à la pratique.

vignette|Le karmapa à Tsourphou en 1945, entouré à sa droite de Pema Wangchuk Gyalpo, le situ rinpoché, et à sa droite du Ponlop Rinpoché.

En 1945, Le 11e situ rinpoché voyage depuis le Kham pour lui rendre visite à Tsourphou et lui conférer ses vœux de moinesLama Kunsang & Marie Aubèle, L'Odyssée des Karmapas, La grande histoire des lamas à la coiffe noire, Ed. Albin Michel, coll. "Spiritualités", (2011), 420 p. .

En 1947, avec son entourage, le karmapa se rendit au Népal, en Inde et au Sikkim, pour visiter les lieux de pèlerinage bouddhiste. En 1948, le gouvernement du Sikkim nomme Sonam Topgyal Kazi interprète et guide pour cette visite Sonam T. Kazi (1925-2009), Diamond Lotus Foundation. Avant de rentrer à Tsourphou la même année, il visite Khunu et le Kailash Phani Bhusan Chakraborty, His Holiness the Late 16th Gyalwa Karmapa (Rangjung Rigpe Dorji), Bulletin of Tibetology, Namgyal Institute of Tibetology, Sikkim Research Institute of Tibetology, 1996, Issues 1-2 dont il fait trois fois le tour en 9 jours.

En 1954, avec le dalaï-lama et le panchen-lama, le karmapa se rendit à Pékin.

Les premiers conflits dans le Kham vignette|Le karmapa En 1955, de graves conflits éclatèrent dans les districts de Dergué et de Nangshen au Kham. En , à la demande du comité préparatoire à l'établissement de la région autonome du Tibet, le karmapa se rendit à Chamdo, dans le Kham où il a de nombreux fidèles, accompagné d'un ministre, Ngabo Ngawang Jigme, pour rechercher une trêve à la suite d'un soulèvement khampa. En dépit de leurs efforts, la rébellion se poursuivitMichael Harris Goodman, Le Dernier Dalaï-Lama ?, p. 227. Le karmapa obtint des Chinois un délai de 5 ans dans l'application de leurs réformes, informa le dalaï-lama de l'état des négociations et rentra à Tsourphou. Durant cette période, il reconnut Gyaltsab Rinpoché..

En 1956, à l'invitation de la Société de la Maha Bodhi, il part en pèlerinage pour l'Inde avec le dalaï-lama et panchen-lama, alors que l'Inde célèbre le de Bouddha Jayanti Gaby Naher, Wrestling The Dragon: In search of the Tibetan lama who defied China, p. 233.

Début 1957, de graves conflits avaient de nouveau éclaté au Kham. Un flot de réfugiés affluait vers le Tibet central. Parmi eux se trouvaient beaucoup de lamas kagyu tels le Sangyé Nyenpa Rinpoché, Taï Sitou Rinpoché, Talep Rinpoché et leurs disciples, qui vinrent à Tsourphou. À cette époque, le karmapa reconnut le nouveau Kongtrul Rinpoché de Palpung Lodrö Chökyi Sengé et Bongsar Khyentsé Rinpoché aussi appelé Beru Khyentsé. De Chetchen Kongtrul, le karmapa reçut les transmissions scripturaires et les enseignements du Longtchen Dzeudun, le profond ouvrage en sept volumes de Longchenpa qui traite du Maha Ati (Dzogchen).

Depuis le Kham, inexorablement, le conflit gagna le Tibet central. Le karmapa envoya Taï Sitou Rinpoché, Sangyé Nyenpa Rinpoché et le maître de méditation Kalou Rinpoché au Bhoutan. Le jeune Jamgoeun Kongtrul de Palpung fut envoyé à Kalimpong, en Inde, dans sa famille, les Sandutshang, de riches marchands. Par contre, le karmapa lui-même refusa de partir à cette époque, disant qu'il gagnerait le Bhoutan si la situation se détériorait. Son intention était de rester à Tsourphou jusqu'au dernier moment, de façon à porter assistance aux réfugiés.

L'Exode vignette|Le karmapa, assis, avec Freda Bedi, au monastère de Rumtek au Sikkim vignette|Le karmapa avec le taï sitoupa, au monastère de Rumtek au Sikkim Les conflits entre l'armée communiste chinoise et la résistance khampa faisaient maintenant rage dans tout le Tibet. Se rendant compte qu'il devait maintenant quitter le Tibet de façon à veiller à la préservation du Dharma, le karmapa résolu de partir.

En , le karmapa accompagné de 160 personnes, dont de nombreux moines, des tulkou, Urgyen Tsomo et des laïcs, transportant des objets de culte, dont la coiffe noire, quitta le Tibet pour le Bhoutan. Il y fut accueilli par la princesse Ashi WangmoLama Kunsang & Marie Aubèle, L'Odyssée des Karmapas, La grande histoire des lamas à la coiffe noire, 2011, Ed. Albin Michel. , p. 295.

À la frontière du Bhoutan et de l'Inde, le karmapa rencontra le Premier ministre du Sikkim qui lui transmit l'invitation du choegyal Tashi Namgyal à venir résider au Sikkim. Le karmapa accepta l'invitation et il fut chaleureusement accueilli par la famille royale et la population. On lui demanda où il souhaitait s'établir. Il répondit qu'en tant que réfugiés tibétains, ils gardaient l'espoir de pouvoir un jour retourner au Tibet. Toutefois, puisque le choegyal Gyurmed Namgyal avait fait édifier le monastère de Rumtek pour le karmapa, il désirait y établir son siège en exil.

Pendant l'hiver 1959-1960, le karmapa se rendit en Inde où il rencontra d'abord le Dalaï Lama à Bénarès et, plus tard, le Pandit Nehru, alors Premier ministre. L'été, le karmapa conféra de nombreuses initiations à la foule qui se pressait pour le voir. Les gouvernements du Sikkim et de l'Inde lui remirent des fonds importants pour l'aider à construire un nouveau monastère, sur un terrain de trente hectares près de l'ancien monastère de Rumtek.

Le karmapa a ordonné plus de moines et reconnu des centaines de tulkus. Il a fait publier une nouvelle édition du Kanjur, l'encyclopédie des enseignements du Bouddha.

L'activité en Occident vignette|Le karmapa, Rangjung Rigpe Dorje avec le pape Paul VI, le 17 janvier 1975. vignette|Charles Percy, Jamgon Kongtrul Rinpoché, le karmapa, Chogyam Trungpa, lors d'un déjeuner au Capitole en 1980. Le traducteur, Ngödup Burkhar, est en arrière plan.. En 1974, il a demandé à Guendune Rinpoché de fonder un monastère (Dhagpo Kundrel Ling) en Auvergne, des centres de retraite traditionnels et un temple en France. Un grand centre d'étude est également établi en Dordogne Dhagpo Kagyu Ling. Il a accompli trois tournées de par le monde. Le troisième voyage l'a plus particulièrement amené à se rendre en Amérique et en Asie du Sud-Est. Il a ainsi établi des centres du Dharma et des monastères un peu partout, en vue de protéger, préserver et répandre l'enseignement du Bouddha.

En 1974, il fit une première tournée mondiale en Europe, aux États-Unis et au Canada. En 1975., suivant une proposition de Lama Gyourmé, il rencontre Taisen Deshimaru à ParisEntretiens avec Ani Dékyi (6-13/6/2015) Première Partie. Le , il est reçu par la Communauté bouddhique de France, salle Adyar, à Paris. Le , la cérémonie de la coiffe noire attire plus de personnes à l’hôtel Sheraton à ParisDidier de Plaige, Jean-Marie Leduc, Les nouveaux prophètes, p. 41.. Le , il se rendit à Rome et fut reçu en audience par le pape Paul VIMsgr. Lucio Sembrano, The Holy See and Buddhism, The Polish Journal of the Arts and Culture. New Series 2 (2/2015): 75–93, DOI: 10.4467/24506249PJ.15.010.4638, à laquelle pris part Freda Bedi..

En 1976-77, il fit une seconde tournée mondiale.

En 1980-1981, il fait une troisième et dernière tournée mondiale en Grèce, Angleterre, États-Unis et Asie du Sud-Est Tenzin Gyurme, The Golden Rosary, p. 96. Invité par les sénateurs Charles Percy et Claiborne Pell à un déjeuner en au Capitole, il y donna un discours sur la nécessité d'un monde de paix et d'harmonie et sur les enseignements et leurs pratiques qui y mènent Barry Boyce, Celebrating Buddhism in America: 30 Great Years, Lion's Roar, 1er janvier 2009.

Sa mort