L'admission des femmes en franc-maçonnerie est progressive et très diverse selon les époques et les pays. En 2016, dans un nombre croissant de pays, notamment en Europe, elles peuvent rejoindre des obédiences maçonniques mixtes ou exclusivement féminines, ces obédiences faisant généralement partie du courant adogmatique ou libéral de la franc-maçonnerie.
Historiquement, et tout en restant très restreinte, la présence de femmes du métier dans la maçonnerie opérative et sur des chantiers de construction est attestée dès le . Si y accéder ne leur est pas strictement interdit, en revanche le statut des femmes en général à cette époque ne leur permet d'appartenir à des corporations que sous certaines conditions très spécifiques.
Dans la franc-maçonnerie spéculative, la première femme initiée aurait été Elisabeth Aldworth, reçue en Irlande vers 1712 dans des circonstances tout à fait inhabituelles. Après la création en 1717 de la première obédience maçonnique en Angleterre et la promulgation des constitutions d'Anderson, l'interdiction de les recevoir en loge maçonnique est institutionnalisée. Plus aucune femme n'est admise en tant que franc-maçonne au sens strict, jusqu'à l'initiation en France de Maria Deraismes le . Cependant, dans cet intervalle, il s'avère qu'apparaissent différents ordres mixtes d'inspiration maçonnique, tels que la maçonnerie dite , en France, ou encore l' aux États-Unis.
La création de la première obédience mixte en France à la fin du est le début d'un long processus d'ouverture aux femmes d'une franc-maçonnerie spéculative, dont les obédiences et les pratiques sont exclusivement masculines depuis sa création. Au terme de multiples remises en cause, qui rejoignent parfois les combats féministes du début du , celui-ci voit l'installation de la première obédience féminine et le développement aux côtés de la branche mixte d'une franc-maçonnerie indépendante, ouverte aux femmes et pratiquant les rites maçonniques historiques, dans leurs plénitudes philosophiques et initiatiques. Si des interdictions concernant leur admission perdurent au , et ce notamment dans la franc-maçonnerie dite du courant de la Grande Loge unie d'Angleterre, cette dernière ne conteste plus la qualité de franc-maçonne des femmes initiées au sein de certaines obédiences mixtes anglaises ou de par le monde.
vignette|upright=1.5|droite|Réception d'une femme dans une loge d'adoption du Premier Empire (France).|alt=Gravure en couleur d'une initiation féminine. La maçonnerie opérative vignette|Sabina von Steinbach sculptant La Synagogue, par Moritz von Schwind.|alt=tableau en noir et blanc représentant une sculptrice au travail. Les femmes de l'Europe médiévale et de la Renaissance sont légalement soumises à leur père, puis à leur mari après le mariage. Le statut des femmes dans les métiers médiévaux est largement tributaire de l'interprétation locale de la , les termes juridiques utilisés à cette époque pour faire référence à une femme célibataire. C'est habituellement la veuve d'un commerçant, qui est autorisée à continuer les affaires de son mari après sa mort et souvent établie dans les droits et les privilèges de son syndicat ou de sa corporation. Plus rarement, les femmes célibataires réussissent dans le métier de leur père. Les exceptions se sont produites principalement dans les métiers liés aux métiers traditionnels des femmes de cette époque, comme la mercerie et la vente d'articles de soie..
Il est attesté toutefois, même si ce phénomène reste rare, que quelques femmes accèdent à la maîtrise dans différentes corporations avant l'apparition de la franc-maçonnerie spéculative. En témoigne par exemple le livre des métiers de Paris, rédigé en 1268 par le prévôt Étienne Boileau, ou les statuts de la Guilde des charpentiers de Norwich, au sein desquels est mentionnée une femme, appelée Gunnilda, se trouvant inscrite comme maçon dans le calendrier du Close Rolls en 1256..
Il est notoire que Sabina von Steinbach, la fille de l'architecte, aurait travaillé sur les sculptures de la cathédrale de Strasbourg au début du , les premières références à son travail ne sont mises à jour que plus tard et celle-ci restent controversées au regard de la datation des œuvres. En Angleterre, des indices de participation féminine apparaissent dans le Manuscrit Regius entre 1390 et 1425, ainsi que dans les registres de la guilde de la cathédrale d'York en 1408. Les femmes occupent des postes administratifs dans la London Mason's Company et en tant que telles, bénéficient de l'appartenance à celle-ci. En outre, le manuscrit d'York , daté de 1693 et ultérieurement utilisé comme un texte fondamental par la Grande Loge d'Angleterre, contient l'expression (). Si des chercheurs ont qualifié cette rédaction de « faute d'impression », d'autres, tels que le vénérable maître et officier britannique Adolphus Frederick Alexander Woodford dans le cadre de ses études sur l'histoire de la franc-maçonnerie, la reconnaissent pour authentique..
Aux , le statut des femmes parmi les maçons en Grande-Bretagne est susceptible d'être semblable à celui codifié dans le procès-verbal de la loge d'Edimbourg n°1 (Mary's Chapel) où par exemple, la veuve d'un maître maçon pouvait accepter des commissions de ses anciens clients, pourvu qu'elle emploie un compagnon de la loge opérative pour surveiller l'œuvre..
La franc-maçonnerie spéculative Au vignette|upright|Elisabeth Aldworth, première franc-maçonne connue.|alt=tableau en noir et blanc d'une aristocrate du . Si les plus anciens témoignages de présence de femmes en franc-maçonnerie datent du tout début du avec notamment l'initiation Elisabeth Aldworth, leur présence dans les loges maçonniques reste anecdotique. Elisabeth Aldworth, première femme initiée en franc-maçonnerie, est une jeune aristocrate irlandaise née en 1693. Son père et ses frères sont membres de la loge . Vers 1712, alors que Lord Doneraile, son frère, est vénérable, cette loge organise ses tenues dans l'enceinte du domicile familial. La jeune femme, présente dans une bibliothèque attenante au lieu de réunion, assiste à une tenue maçonnique grâce à un trou pratiqué dans un mur en travaux. Ayant été surprise, son cas donne lieu à une réunion à l'issue de laquelle, il est décidé de lui offrir le choix entre l'initiation et la mort. Elle accepte l'initiation et reste membre de la loge jusqu'à sa mort à l'âge de ... Si les causes de l’initiation mêlent légende et réalité, sa stèle funéraire placée dans la cathédrale Saint-Finbarr de Cork mentionne, .
Au-delà de quelques femmes faisant généralement partie de la noblesse et ayant eu accès sous des formes diverses à une loge, il n'existe guère de précédent d'initiation de femmes à cette époque. La raison principale en est que les femmes sont alors considérées comme légalement mineures, donc non libres de l'autorité de leurs pères ou maris. Lors de leur rédaction, les textes fondateurs de la franc-maçonnerie du début du , sous des formes plus ou moins élégantes, n'autorisent pas leur entrée en loge, sans en motiver l'interdiction. C'est en ce sens que l'article III des constitutions d'Anderson, texte de 1723 qui régit le fonctionnement de la première Grande Loge d'Angleterre, affirme que les membres d'une loge. :
[…] doivent être Hommes bons et loyaux, nés libres, ayant l'Âge de la maturité d'esprit et de la Prudence, ni Serfs ni femmes ni Hommes immoraux ou scandaleux, mais de bonne réputation..
En 1756, la Grande Loge des anciens, rivale récente de la première Grande Loge d'Angleterre, promulgue, sous la plume de son secrétaire général Laurence Dermott, ses propres constitutions sous le titre dAhiman Rezon. Celles-ci restent également hermétiques à la réception des femmes en définissant un franc-maçon de la sorte. :
Sur le continent et en France en particulier, le chevalier de Ramsay dans son célèbre discours maçonnique de 1736 énonce la même interdiction, mais en fait moins une question de principe que de protection de (sic).. Il ajoute :
Cette interdiction, sommaire à l'origine, donne peu à peu naissance à une littérature maçonnique antiféministe qui perdure durant tout le . Après plusieurs publications qui tentent une théorisation des raisons de l’interdiction des femmes en loge, c'est en 1742 qu'est diffusée une Apologie pour l'ordre des francs-maçons. Dans un exposé détaillé autour d'une douzaine d'arguments explicatifs, l'auteur publie les raisons de l'exclusion du qui ne peut . Tout en admettant l'égalité des sexes dans les qualités ou défauts des deux genres, celui-ci met principalement en exergue la dépendance des femmes envers les hommes dans tous les actes de leur vie et exprime dans cet interdit, une justice qui leur serait rendue, leur admission ne pouvant générer que de nombreux désagréments dans leur vie quotidienne.
Société badine et ordre parodique vignette|upright|Sophie Wilhelmine en 1709.|alt=Portrait en couleur d'un princesse allemande. Avant l’avènement d'une réelle sous diverses formes en France et dans quelques pays d'Europe, l'existence de multiples associations aristocratiques mixtes qui participent à la vie culturelle et festive du siècle des Lumières est largement attestée par la documentation historique. Ces réunions peuvent prendre plusieurs apparences, telles que celles de sociétés badines, galantes et récréatives ; de sociétés littéraires ; de cercles ou de clubs ; d'académies ; ou encore, avec l'apparition de la franc-maçonnerie, d'ordres parodiques qui s'amusent des secrets ou des rites maçonniques dans des mises en scènes grivoises. Ces sociétés, que l'historien Yves Hivert-Messeca qualifie d', constituent des espaces de sociabilité qui influeront sur la création d'une maçonnerie des dames. En effet, ces associations mixtes connaissent un grand développement au cours d'une période de libéralisation des mœurs, phénomène qui commence à la fin du règne de Louis XIV et s'accentue sous la régence.
Parmi ces sociétés nombreuses et largement investies par les aristocrates, certaines sont parfaitement documentées, à l'image de l', nom porté par deux associations distinctes créées simultanément dans les années 1740, de pratique différente, mais toutes deux mixtes et utilisant un langage emprunté à la Marine ; ou encore l', société galante et grivoise qui se réunit dans des et pratique des rituels d'intégration assortis de voyages symboliques et d'une prestation de serment.
L'apparition de la franc-maçonnerie, en France et en Europe, va aussi générer la création de sociétés mixtes qui s'inspirent du fonctionnement des loges maçonniques, soit pour en adopter quelques formes, tel l' ou l', soit pour en la parodiant. Parmi ces dernières, la plus connue est l' qui a quelques années de succès à la cour de Frédéric II, sous la présidence de sa sœur, Wilhelmine de Bayreuth. Le thème exalté est celui de la fidélité et le mot de passe est l'aboiement du chien, étant le mot allemand pour « carlin ».
Maçonnerie d’adoption
vignette|Cachet de la loge d'Adoption .|alt=Sceau en couleur d'une loge d'adoption
Dans un où les femmes de l'aristocratie et de la grande bourgeoisie occupent une place importante au travers de multiples sociétés, il est difficile pour les francs-maçons français de les tenir à l'écart d'un nouvel espace de sociabilité. S'appuyant sur le fait que rien dans les constitutions d'Anderson n'interdit aux dames d'être reçues aux banquets et divertissements qui suivent les travaux, ni de participer aux cérémonies religieuses de deuil ou de la Saint Jean et ces derniers ayant pris l'habitude de nommer « sœurs » les femmes présentes à ces occasions, s'instaure lentement une . Ces pratiques deviennent progressivement une maçonnerie dite d' qui se structure en loge et qui se développe principalement en France et dans plusieurs pays d'Europe.