Urbain Gohier, de son nom de naissance Urbain Degoulet, ayant signé deux de ses livres du nom de plume Isaac BlümchenL'identité entre Isaac Blümchen et Urbain Gohier est affirmée par exemple par Ralph Schor, L'antisémitisme en France dans l'entre-deux-guerres : prélude à Vichy, Bruxelles, Éditions Complexe, 2005, p. 129-130., né à Versailles le et mort le à Saint-Satur (Cher)Vérification faite dans les registres de la commune de Saint-Satur le 8 avril 2015, voir l'acte de décès n°23 de l'année 1951. De nombreuses sources évoquent à tort un décès dans la commune de Saint-Saturnin., est un avocat, journaliste, pamphlétaire et écrivain français.
Pamphlétaire infatigable, Urbain Gohier est, durant l'Affaire Dreyfus, un journaliste de premier plan. Partisan de la révision, il mène campagne pour la réhabilitation d'Alfred Dreyfus par antimilitarisme tout en ayant des convictions nationaliste, socialiste, antisémite et monarchiste (il se définira tour à tour comme "monarcho-syndicaliste" ou encore "monarchiste-socialiste"). Durant l'Entre-deux-guerres, il devient la plume de l'industriel et patron de presse François Coty, fondateur du mouvement Solidarité française puis, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, devient l’un des principaux rédacteur de l’hebdomadaire "Au Pilori", virulente publication antisémite dans laquelle il continuera d'écrire durant l’Occupation.
Biographie
Début dans le journalisme Orphelin très jeune, Urbain Degoulet adopte le patronyme de son père adoptif, nommé GohierUrbain Gohier, dans le Dictionnaire international des militants anarchistes. La question de son origine familiale le préoccupera durant toute sa vieVoir son écrit Mon Jubilé..
Après de brillantes études secondaires au collège Stanislas de Paris, où il remporte tous les premiers prixDétail confirmé par la transmission orale familiale., il obtient une licence en lettres et une licence en droit. En 1884, il devient rédacteur parlementaire au journal Le Soleil. En 1893, il fait partie de la rédaction de La Correspondance Nationale Notice sur La Correspondance Nationale.
En 1897, lors de la fondation du quotidien socialiste L'Aurore, Ernest Vaughan, son directeur, invite Gohier à rejoindre l'équipe de rédaction. Il devient avec Georges Clemenceau l’un des principaux collaborateurs du journalAnnuaire de la presse française et étrangère..
Pamphlétaire infatigable, Gohier se dit « monarcho-syndicaliste » ; il est dreyfusard, antisémite, antimilitariste et socialiste. En 1896, il a accepté de faire partie d'une commission chargée de départager les candidats à un concours organisé par La Libre Parole d'Édouard Drumont « sur les moyens pratiques d'arriver à l'anéantissement de la puissance juive en France ».
L'Affaire Dreyfus Il soutient Dreyfus par antimilitarisme. Émile Zola compte parmi ses amis. C'est lui qui provoque la démission de Clemenceau de L'Aurore à la suite de son article du , dans lequel il se vante d'avoir été le seul à comprendre l'affaire Dreyfus
En 1898, il est poursuivi à la suite de la publication de son pamphlet antimilitariste L'armée contre la nation et finalement relaxé. Il est alors célèbre pour son antimilitarisme, et un jeune déserteur, Henri Bernstein, lui fait parvenir de Bruxelles une lettre expliquant son acte : « J'ai vingt-quatre ans. Je suis déserteur. J'ai déserté après sept mois de service, sept mois pas ordinaires, qui m'ont coûté de l'argent d'abord et des grincements de dents quand je n'ai plus eu d'argent. Inutile de vous dire, n'est-ce pas, que la plupart de mes chefs étaient des faussaires et des maîtres chanteurs. J'ai filé à Bruxelles. »Urbain Gohier, L'antimilitarisme et la paix, Garland Pub., 1972, p. 23.V. Giard & E. Brière, Revue internationale de sociologie, Volume 19, Institut international de sociologie, Università degli studi di Roma "La Sapienza." Faculty of Statistics, 1911, p. 360 et suiv.L'Œuvre du 16 février 1911 qui titre Les Juifs célèbrent au Théâtre Français l'apothéose du Juif déserteur Bernstein et L'Action française du 17 février 1911.Chantal Meyer-Plantureux, Les enfants de Shylock ou L'antisémitisme sur scène, Bruxelles, Éd. Complexe, 2005, p. 44.
Appelant de ses vœux un régime « monarchiste socialiste », il poursuit son œuvre polémique en se faisant le dénonciateur de complots juifs et asiatiques. Au tournant du siècle, il rallie le mouvement néo-malthusien aux côtés de Paul Robin, André Girard, Clovis Hugues, Albert Lantoine, A. Daudé-Bancel, Laurent Tailhade et Georges Yvetot.
Rédacteur en chef du journal grenoblois Le Droit du peuple en 1902, puis du Vieux Cordelier en 1903 et du Cri de Paris en 1904, directeur de l'hebdomadaire antisémite L'Œuvre française et de sa suite La Vieille France de 1916 à 1924, Gohier est également l'un des premiers éditeurs en France du Protocole des sages de Sion, dont il ne se préoccupe pas de vérifier l'authenticité« Protocols » Procès-verbaux des réunions secrètes des Sages d’Israël. Paris: Édition de “La Vieille-France”, 1920.. En , il est condamné à un an de prison pour sa participation à l'Association internationale antimilitariste, mouvement proche des milieux anarchistes. Il contribue par ailleurs à des feuilles anarchistes comme Le Libertaire.
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Critique acerbe du socialisme de Jaurès, contempteur de l’armée et du monarchisme, trop tiède à ses yeux, de l’Action française, Gohier se mêle des principaux débats qui animent la scène politique de la Troisième République et se bat plusieurs fois en duel au pistolettransmission orale familiale.. Dans La Vieille France, il met en doute l'antisémitisme et la xénophobie de l’Action française et s'attaque à Charles Maurras en arguant que ses origines en font un « métèque ». Il suggère également que Léon Daudet, qu'il appelle « Davidet » ou « Ben Daoud »Alexandre Moatti, Einstein, un siècle contre lui, Paris: Odile Jacob, 2007, pp. 161-162., serait de lointaine origine juive. Pourtant, le directeur de L'Action française avait fait son apologie en à la Chambre, en raison de sa publication des Protocoles Laurent Joly (2007), « Antisémites et antisémitisme à la Chambre des députés sous la IIIe République », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 3/2007 (n° 54-3), p. 63-90..
L'Entre-deux-guerres et la Collaboration Il devient la plume de l’industriel de parfumerie et homme politique François Coty quand celui-ci achète le journal Le Figaro (1922). Le , un éditorial de première page de Le Figaro, intitulé « Le communisme au Collège de France », écrit ou inspiré par Gohier, s'opposait à ce qu'Albert Einstein, fuyant alors l'Allemagne nazie, fût nommé à une chaire de physique théorique qui serait créée pour lui au Collège de France sur proposition du ministre de l'Éducation nationale, Anatole de MonzieAlexandre Moatti, œuvre citée, p. 162..
Pendant la Seconde Guerre mondiale et l’Occupation, il devient l’un des principaux rédacteurs de l’hebdomadaire Au Pilori, violente publication antisémite. Il collabore également à La France au travail aux côtés de Lucien Pemjean et Jean Drault.
Condamné en 1944 pour sa participation à la presse collaborationniste, il meurt dans l’oubli en 1951 en laissant une œuvre pamphlétaire considérable qui le range aux côtés d'autres polémistes antisémites de son temps, tels Édouard Drumont, Léon Daudet, Henri Béraud, Pierre Dominique ou René Benjamin.
Témoignage Dans le Journal littéraire de Paul Léautaud nous pouvons lire, au : « Le cas de Gohier au Matin est au reste curieux. Il y est appointé, 500 francs par mois, peut-être plus, même, mais sans le droit d’y écrire sous sa signature. Il y vient tous les jours, des heures entières, lire les journaux, comme au Cabinet de lecture. Il écrit quelquefois des articles, courts, sur un sujet ou un autre, cuisine de journal, plutôt, mais jamais rien de signé. C’est une sorte de traité entre lui et Le Matin. La raison ? Il a, paraît-il, tout un dossier sur [Maurice] Bunau-Varilla. C’est son silence qu’on lui paie, en quelque sorte. »
Œuvres Plaisir des dieux, roman, Paris, Félix Juven, [s. d.]. La Fin d'un régime : les faillites, le personnel, les mœurs, le gouvernement de l'étranger. Dénouement ? Luttes politiques ou guerre sociale, deux articles d'un programme monarchiste, Paris, Chamuel, 1895. L’Absolu, Paris, Chamuel, 1895. Aux sept mille morts de Madagascar. Sur la guerre, propos d'un jeune homme et de M. François Coppée, notés par Urbain Gohier, « Des idées », no 4, Paris, Chamuel, 1896. Le Centenaire et la résurrection du Directoire : les mœurs publiques, les mœurs privées, l'attente, Paris, E. Dentu, 1896. Les massacres d'Arménie. Réponse du sultan à M. Clemenceau, trad. par Urbain Gohier, « Des idées », no 5, Paris, Chamuel, 1896. Contre l'argent : crimes, châtiments, remèdes, des lois, révolution, chambre ardente, l'opinion, « Des idées », no 6, Paris, Chamuel, 1896. L'Armée nouvelle : le haut commandement, la loi de 1889 condamnée, le service d'un an, l'examen de Saint-Cyr, l'affaire Allaire, lois sur l'espionnage. Pour la paix, Paris, P.-V. Stock, 1897. Le Nouveau pacte de famine. Le syndicat et son chef, pas de doctrine, un complot politique, un crime social, socialisme capitaliste, « Des idées », no 8, Paris, Chamuel, 1897. Trois fantoches. F. F., « l'Auguste personne » : il aime l'armée, il aime le clergé, il aime l'argent. La famille, splendeurs. La valetaille. Hanotaux. Méline, « Des idées », no 9, Paris, Éd. de l'auteur, 1897. L'Armée contre la nation, Paris, Éditions de la Revue blanche, 1898. L'Armée de Condé. Mémorial de la trahison, pour éclairer l'Annuaire de l'armée sous la République, Paris, P.-V. Stock, 1898. La Congrégation et les prétoriens, Paris, Éditions de La Revue blanche, 1899. « Préface », à Malcolm Mac Coll, Le Sultan et les grandes puissances, trad. de Jean Longuet, Paris, Alcan, 1899. « Préface » à Paul Vigné d'Octon, La Gloire du sabre, Paris, Flammarion, 1900. Aux femmes, par le Groupe de propagande communiste-anarchiste, « Brochure à distribuer », no IV (Extrait de L'Aurore, ), Paris, Bureaux des Temps nouveaux, 1900. Le Ressort. Étude de révolution en 4 actes, Paris, Éditions de La Revue blanche, 1900. Aux travailleurs conscients, Publié par : Un groupe de socialistes révolutionnaires, Oyonnax, Imprimerie ouvrière, . La guerre de Chine : Dieu le veut ! Assassinats, incendies, viols et pillages commis et racontés par les officiers français aux ordres des missionnaires. Les crimes du prêtre et du soldat, Paris, Extrait de L'Aurore, . À bas la caserne !, Paris, Éd. de La Revue blanche, 1902. L'Ascète au beurre, Paris, Imprimerie de V. Albouy, . Histoire d'une trahison (1899-1903). Heures d'espoir. La bande Jaurès. Le pacte. La curée. La boue. Socialisme ?, Paris, Société parisienne d'édition, 1903. Le Peuple du XXe siècle. Aux États-Unis, Paris, E. Fasquelle, 1903. Le Vieux Cordelier, gazette hebdomadaire rédigée par Urbain Gohier, Paris, Février-, Nos 1-7. Les Chaînes, pièce en 4 actes, adaptation française d'Urbain Gohier et de J. W. Bienstock, Paris, Extrait de La Nouvelle Revue, . Pétition du pouvoir judiciaire au pouvoir législatif : la terreur juive, après l'armée de Condé, la tribu de Lévi. L'ancien régime rétabli pour les millionnaires juifs. Le déserteur juif du « Figaro ». Le socialisme juif. Sera-t-il permis à un Français de n'être ni jésuite, ni juif ?, Paris, Éd. de l'auteur, 1905. La République escamotée en Norvège, documents commentés, Paris, Éd. de l'auteur, 1905. Spartacus, Paris, Cahiers de la Quinzaine, no 12, , 1905. L'Antimilitarisme et la paix, Plaidoirie prononcée en cour d'assises de la Seine, le , avec des notes, Paris, Éd. de l'auteur, . La Terreur juive. Après l'armée de Condé, la tribu de Lévi. Le socialisme juif, Paris, Éd. de l'auteur, 1905. Leur République, Paris, Éd. de l'auteur, 1906. (et Henry Geoffroy), Gestes et profils, Paris, Charles Davis, 1906.