thumb|La grève (Strajk), Stanisław Lentz, 1910

La grève est, depuis le « Le passage au sens moderne de "cessation volontaire et collective du travail se produit vers 1845-1848" » in Alain Rey (dir), Dictionnaire historique de la langue française, Dictionnaires Le Robert, 1998, ., une action collective consistant en une cessation concertée du travail par les salariés d'une organisation, d'un secteur économique, d'une catégorie professionnelle ou par extension de toute autre personne productive, souvent à l'initiative de syndicats. Cette action vise à appuyer les revendications des salariés en faisant pression sur les supérieurs hiérarchiques ou l'employeur (chef d'entreprise ou patron), par la perte de production (et par conséquent de revenu) que la cessation de travail entraîne. Il s'agit d'une épreuve de force : le gréviste perd de la rémunérationSauf si les négociations aboutissent à un paiement, partiel ou non, des jours de grève ou si existence d'une Caisse de grève alors que l'organisation perd en productivitéL'entreprise peut limiter les pertes par un financement analogue aux caisses de grèves et aussi financer des mouvements contre-grévistes, voir Affaire des caisses noires de l'Union des industries et métiers de la métallurgie.

Le statut juridique de la grève est variable selon les pays, de l'interdiction pure et simple (en particulier dans les dictatures), à l'encadrement réglementaire ou législatif. Dans les pays où la grève est légale, elle est en général interdite à certaines professions qui assurent les fonctions régaliennes de l'État ou des services publics élémentaires : militaires, policier, pompiers, etc.

Histoire

Les plus anciens mouvements de travailleurs connus, dont l'histoire ait gardé la trace, ont eu lieu dans l'Égypte antique : des serviteurs d'un temple de la ville de Thèbes, en 2100 , grève pour deux galettes de nourriture supplémentaires par jour. révolte d'ouvriers construisant la pyramide de Khéops, vers 2558 , à la suite de la diminution puis de la suppression de l'ail dans les rations quotidiennes. ; grève des ouvriers de Deir-el-Medineh construisant les monuments de la vallée des Rois, employés par Ramsès III en l'an 29 de son règne (environ 1155 ), à la suite des retards de ravitaillementUne lettre de réclamation des ouvriers de la nécropole de Deir el-Medina. Sur le site 2terres.hautesavoie.net.. Cette grève a duré environ six mois et s'est apparemment terminée par la satisfaction des revendications, traduit d'un article publié le 6 février dans Historia (Bucarest)..

L’histoire de l’université de Paris fait état de diverses grèves dès le (grève de 1229).

Canada

États-Unis L'apogée du mouvement ouvrier aux États-Unis se situe à la fin du et dans la première moitié du : entre 1881 et 1905, on dénombre grèves dans le pays.. En 1919, grèves réunissent quatre millions de salariés.. En 1946, cinq millions de salariés sont en grève.. Noam Chomsky souligne de son côté combien « l'histoire américaine des relations de travail est inhabituellement violente, beaucoup plus que dans d'autres sociétés industrialisées » et cite les estimations de Patricia Sexton dans son livre The War On Labor And The Left (1992) qui parle de 700 grévistes tués et des milliers de blessés de 1877 à 1968 alors qu'on ne compte qu'un seul gréviste tué en Grande-Bretagne depuis 1911Noam Chomsky, L'an 501. La conquête continue, Écosociété/EPO, 1995, ..

Quelques grèves majeures aux États-Unis : juillet 1877 : ouvriers du rail. À Chicago, des affrontements entre la police et les grévistes eurent lieu sur South Halsted Street et firent 18 morts..

: environ 200 000 travailleurs se mettent en grève pour obtenir la journée de huit heures. À Chicago, les ouvriers se rassemblèrent à l'usine Mc Cormick pour revendiquer la journée de huit heures de travail quotidien, pour laquelle une grève générale mobilisant travailleurs avait été lancée. Deux jours plus tard, les policiers tuèrent deux grévistesPap Ndiaye, Caroline Rolland, « La saga d'une forteresse démocrate », dans L'Histoire , , février 2009, . ce qui déclencha des émeutes qui firent plusieurs morts. Sept policiers furent tués par l'explosion d'une bombe (Massacre de Haymarket Square). Quatre anarchistes furent exécutés en 1887Pap Ndiaye, Caroline Rolland, « La saga d'une forteresse démocrate », dans L'Histoire , , février 2009, ... Le mai servit de référence à la IIe Internationale pour la journée internationale pour la journée de 8 heures.

1894 : les grévistes des usines de la Pullman Company dénoncèrent les baisses de salaire en 1894. À la suite de la répression organisée par le maire et le président américain Grover Cleveland., 12 ouvriers furent tués.

: grève dans les usines textiles de l’American Wollen Company à Lawrence (Massachusetts). L’IWW organise des défilés et des rassemblements qui réunissent 50 000 personnes. Après des affrontements avec la police qui font un mort (Anna LoPizzo, 28 janvier), la loi martiale est décrétée. 10 février : les enfants des grévistes de Lawrence sont envoyés dans des familles d’accueil pour permettre à leurs parents de poursuivre le mouvement. -12 mars : l’American Wollen Company finit par accorder aux grévistes de Lawrence de 5 à 11 % d’augmentation de salaire, pour les heures supplémentaires, et s’engage à ne prendre aucune mesure contre les grévistes. 4 mars : la fin de la grève est votée par 10 000 grévistes présidés par Bill Haywood.

: début de la grève des ouvriers agricoles de Delano avec César Chávez.

: la grève initiée deux jours plus tôt par la Professional Air Traffic Controllers Organization aboutit au licenciement par l'administration Reagan de contrôleurs aériens qui avaient refusé de reprendre le travail comme l'avait ordonné le président américain« An old lesson still holds for unions », The Boston Globe, 31 juillet 2006.« Unhappy Again », Time Magazine, 6 octobre 1986..

Grève des Teamsters chez UPS.

2007 : grève de la Writers Guild of America.

France thumb|300px|Grève des transports à Paris en 1891, un omnibus est pris d'assaut

Le mot français « grève » tire son nom de la place de Grève à Paris. Cette place, située en bord de Seine sur la rive droite devant l'hôtel de ville, était un des principaux points d'accostage des bateaux, car bordée d'une plage de sable. Les hommes sans emploi y trouvaient une embauche facile pour les chargements et déchargements..

La grève implique en premier lieu l'arrêt du travail. Elle peut par ailleurs se concrétiser par le blocage de l'outil de production, par des mesures destinées à gagner l'opinion publique (salariés d'EDF qui reconnectent les déconnectés ou basculent les compteurs en tarif de nuit, salariés de France Télécom qui permettent des appels gratuits…), par des manifestations, et dans certains cas par des actions illégales voire pénalement répréhensibles, comme le chantage environnemental ou la séquestration de membres de la direction. La grève ne prend pas nécessairement une tournure aussi spectaculaire ; il peut s'agir tout simplement d'un arrêt de travail de quelques heures, par exemple pour faire remonter à la direction un conflit avec l'encadrement.

La coalition qui précède la grève a longtemps été interdite, conséquence de l'abolition des corporations et de la promulgation sous la Révolution de la loi Le Chapelier du 14 juin 1791. Dès le début du , le Consulat de Napoléon Bonaparte réprime la coalition et la rend passible d'emprisonnement jusqu'à trois mois, par l'article 7 de la loi du 22 germinal an XI (12 avril 1803) proscrivant ainsi « toute coalition de la part des ouvriers pour cesser en même temps de travailler, interdire le travail dans certains ateliers, empêcher de s'y rendre et d'y rester avant ou après de certaines heures, et en général pour suspendre, empêcher, enchérir les travaux »Collection complète des lois, décrets, ordonnances, règlements et avis du Conseil d'État, éd. J.-B. Duvergier, tome XIV, .. Il faut noter que cette loi n'interdit pas la grève mais la coalition qui précède la grève. À partir de 1864, sous l'Empire libéral, la coalition qui précède la grève est autorisée. Les grèves ont été encore plus longtemps interdites aux fonctionnaires. Cependant, à la suite de la Libération en 1944, et en réaction contre tous les interdits imposés par l'occupation nazie et le régime de VichyLe régime vichyste avait interdit les grèves (le 4 octobre 1941) et les syndicats (ces derniers furent représentés en tant que tels au sein du Conseil national de la Résistance). En août 1944, la grève générale – associant les fonctionnaires – a été un élément important de la Libération de Paris., la Constitution de 1946 autorisa la grève des fonctionnaires, à l'exception de certains agents d'autorité, « dans le cadre des lois qui la réglementent », d'où l'obligation du préavis de grève.

En France, les grandes grèves « ont généré la production de droits nouveaux »Guy Groux et Jean-Marie Pernot, La Grève, Presses de Sciences Po, 2008, « L’âge de la conquête », pages 34 à 36. Ces grèves « ont généré la production de droits nouveaux » (). qualifiés de « conquêtes ». ou d'« avancées »Édouard Lynch, « Toury : une grève à la campagne sous le front populaire », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2000, , . . sociales : la grève générale de juin 1936 permit l’obtention des congés payés, ainsi que la reconnaissance des conventions collectives et des délégués du personnel. La réduction du temps de travail a été une lutte importante du mouvement ouvrier depuis le - la création en 1889 du mai comme journée annuelle de grève ayant pour but la réduction de la journée de travail à 8 heures (voir loi des 8 heures).

La grève peut aussi être un outil pour défendre la démocratie : grève du 12 février 1934 contre le fascisme, grèves pendant l’occupation, grèves en 1961 contre les militaires putschistes, etc. La grève n’est alors « plus simplement l’un des produits de la démocratie moderne ; elle est aussi garante de la démocratie politique »Guy Groux et Jean-Marie Pernot, La Grève, Presses de Sciences Po, 2008, ..

Les grèves sont, avec les manifestations et les pétitions, un des moyens privilégiés par les syndicats français et les salariés pour défendre les acquis sociaux tels que les conditions de retraite, la sécurité sociale ou le système éducatif public, ainsi que pour obtenir des hausses des salaires et des améliorations des conditions de travail.

Les grèves de non salariés se développent : médecins, routiers, buralistes, chauffeurs de taxis… Ces actions diffèrent des grèves classiques dans la mesure où ces professions libérales ou ces artisans sont leurs propres employeurs. Le conflit les oppose dans ce cas au législateur. Il existe également le phénomène des grèves étudiantes, mobilisations collectives au cours desquelles les étudiants votent la grève en Assemblées générales, et cessent donc d'aller en cours (comme les autres grèves, ces mouvements s’accompagnent parfois de la mise en place de piquets de grève). Il ne s'agit pas de grève au sens traditionnel ni au sens juridique du terme puisque étudier n'est pas une activité salariée ni productrice. Cependant, les syndicats étudiants considèrent les étudiants comme des travailleurs en formation, donc que leur grève serait un moyen de pression sur leurs futurs employeurs.