Louise Labé, aussi surnommée « Louise Labé Lionnaise » et « la Belle Cordière », née vers 1524 à Lyon, morte le à Parcieux-en-Dombes où elle fut enterrée., est une poétesse française de la Renaissance et l'une des principales figures de l'École de Lyon.

Son œuvre, très mince en volume (662 vers), se compose d'un Débat de Folie et d'Amour en cinq dialogues en prose, de trois Élégies en décasyllabes, et de vingt-quatre sonnets également en décasyllabes, portant sur l'amour éprouvé par les femmes, et les tourments qu'il peut entraîner.

Parmi les citations qu'on lui rapporte, elle aurait déclaré : .

Ses écrits font partie du canon littéraire depuis sa redécouverte au .

Biographie Les documents concernant Louise Labé sont rares : moins d'une dizaine, au nombre desquels le testament qu'elle rédige le , alors qu'elle est malade et alitée, exécuté par Thomas Fortin, un riche Italien qui était sans doute son protecteur.

Origines de la « belle cordière » Son père, Pierre Charly, apprenti cordier, avait épousé vers 1493, en premières noces, la veuve d'un cordier prospère, Jacques Humbert dit Labé ou L'Abbé. Pour assurer sa présence dans cette profession, il reprit pour lui-même le surnom du premier mari de sa femme et se fit appeler Pierre LabéMireille Huchon, Louise Labé, 2006. À la mort de sa femme, Pierre Charly, alias Pierre Labé, se remaria avec Étiennette Roybet, et c'est de ce mariage que naquirent cinq enfants, dont Louise Labé et son frère, François. Ils résident rue de l'Arbre-Sec, où elle reçoit une éducation dont on sait peu de choses durant son « énigmatique adolescence ».

Louise Labé reprend également le pseudonyme de son père et se voit surnommée La Belle Cordière en raison du métier de son père, puis de son mari. Elle était la femme d'Ennemond Perin, riche marchand de cordes, qui possédait plusieurs maisons à Lyon, et aurait trouvé dans la fortune de son mari un moyen de satisfaire sa passion pour les lettres : dans un temps où les livres étaient rares et précieux, elle aurait eu une bibliothèque composée des meilleurs ouvrages grecs, latins, italiens, espagnols et français. Elle aurait possédé des jardins spacieux près de la place Bellecour où elle aurait pratiqué l'équitation, sans toutefois monter son cheval en amazone, et l'escrime.

Culture et influences humanistes Chez Louise Labé, on remarque l'influence d'Homère, d'Ovide, qu'elle connaît bien, qu'il s'agisse des Métamorphoses ou des Héroïdes, qui inspirent ses élégies. Par ailleurs, assimilée à la « dixième muse » (Sappho, selon Platon), elle contribue à faire redécouvrir la poétesse grecque, dont Marc-Antoine Muret et Henri Estienne donnent à lire quelques vers dans leurs éditions latines du Traité du sublime du Pseudo-Longin. Elle la mentionne notamment dans le cinquième « discours » (dialogue) du Débat de Folie et d'Amour, et cite « l'Amour Lesbienne » au vers 15 de sa première élégie.

Sa culture est aussi également nourrie par les humanistes contemporains : Le Débat semble influencé par l'Éloge de la folie d'Érasme, et ses sonnets doivent beaucoup, comme ceux de ses contemporains, aux écrits de Pétrarque.

Une poétesse au sein de l'école lyonnaise Avec Maurice Scève et Pernette du Guillet, Louise Labé appartient au groupe dit « école lyonnaise », bien que ces poètes n'aient jamais constitué une école au sens où la Pléiade en était une. La lecture de ses œuvres confirme qu'elle a collaboré avec ses contemporains, notamment Olivier de Magny et Jacques Peletier du Mans, autour de l'atelier de l'imprimeur Jean de Tournes. Lyon est alors un centre non seulement économique, mais culturel grâce à la renommée de ses salons, de l'imprimerie lyonnaise et du collège de La Trinité, que fréquentent intellectuels et écrivains contemporains comme Étienne Dolet, François Rabelais ou Clément Marot. La légende lui prête à tort une passion pour Olivier de Magny, qui aurait été le destinataire de ses poèmes d'amour.

vignette|Page de titre de l'édition de 1556 des œuvres.|400x400px

Louise Labé écrit à une époque où la production poétique est intense. D'une part, la poésie française se donne alors des bases théoriques avec les nombreux arts poétiques (comme ceux de Jacques Peletier du Mans, de Thomas Sébillet, ou de Pierre de Ronsard) issus du mouvement de « réduction en art » qui dégage des préceptes transmissibles à partir des usages existants, et remplacent les anciens traités rhétoriques. D'autre part, la poésie française se dote d'un vaste corpus d'œuvres avec Pierre de Ronsard, Olivier de Magny, Pontus de Tyard, et d'autres, suivant le modèle contemporain de Pétrarque en Italie, et d'auteurs anciens tels que Catulle et Horace.

Ses œuvres s'inscrivent dans les débats contemporains sur la valeur de langue française par opposition au latin, puisque l'époque opposait la langue vernaculaire à la langue savante et poétique (c'est notamment le sujet de la Défense et illustration de la langue française, 1549, de Du Bellay).Dans l'héritage de la querelle lancée au Moyen Âge par le Roman de la rose, la « Querelle des Amyes » débat vers 1540 de la valeur de l'amour et de la femme, qui implique un simple « commerce » avec des créatures vénales ou une relation permettant une émulation morale et esthétique dans un héritage platonicien. L’œuvre de Louise Labé est souvent envisagée comme un modèle d'écriture proto-féministe, en ce qu'elle incite ses contemporaines à faire valoir leur droit à être reconnues :

Dans ses écrits, elle se concentre sur l'expérience féminine de l'amour, et réhabilite des figures de femmes émancipées, comme l'héroïne du Roland furieux de L'Arioste, l'Arachné des Métamorphoses d'Ovide, ou Sémiramis.

Réception de Louise Labé par ses contemporains et la postérité Au milieu du , la « belle cordière » souffre d'une réputation sulfureuse en raison de sa liberté d'esprit, que l'on associe à une liberté de mœurs. Certains contemporains l'assimilent à une prostituée, comme Philibert de Viennes qui la compare à Laïs, célèbre courtisane de l'Antiquité, et elle fait l'objet de chansons médisantes anonymes. A contrario, de nombreux contemporains rendent hommage à sa beauté et à ses talents d'écrivaine dans les « Escriz de divers poëtes à la louenge de Louïze Labé Lionnoize » : Estreines, à dame Louïze Labé

Au , Jean de La Fontaine a trouvé dans Le Débat de Folie et d'Amour le sujet de l'une de ses fables, L'Amour et la FolieJean-Pierre Collinet, in La Fontaine, Œuvres complètes, t.I, Gallimard, « Pléiade », 1991, ; l'auteur ajoute cependant que la source pourrait être Jean Commire, Carmina, 1681.

Au , les nombreuses rééditions de l’œuvre de Louise Labé suscitent un grand engouement : ses écrits sont réhabilités en tant qu'ils seraient l'expression authentique de la passion d'une femme amoureuse, laquelle serait aussi pure qu'intense.

Une imposture poétique ? vignette|Représentation idéalisée de « la Belle Cordière » (). Gravure de Henri-Joseph Dubouchet d'après le portrait original de Pierre Woeiriot. Dès la fin du , cette copie retouchée a été critiquée comme du temps..

On ne connaît que très peu d'éléments de sa vie. Ceux que l'on peut lire sont parfois le fruit de l'imagination des critiques à partir de ses écrits : Louise Labé chevalier, Louise Labé lesbienne, Louise Labé lyonnaise, Louise Labé prostituée, etc.

Certains spécialistes du avancent la thèse que Louise Labé ne serait qu'une fiction élaborée par un groupe de poètes autour de Maurice Scève (le nom de Louise Labé viendrait du surnom d'une prostituée lyonnaise, « la Belle Louise »). L'ouvrage de l'universitaire Mireille Huchon, publié en 2006, développe cette thèse.. Daniel Martin a cherché à réfuter cette thèse dans son article publié en 2006 : « Louise Labé est-elle une créature de papier. ? ». De même, Michel Jourde écrit contre cette idée en 2011. La thèse de Mireille Huchon en faveur de l'imposture que constituerait l’attribution des Œuvres à Louise Labé a cependant reçu l'approbation de Marc Fumaroli dans Le Monde du Norman R. Shapiro, French Women Poets of Nine Centuries: The Distaff and the Pen, JHU Press, 2008, ..

Mireille Huchon affirme que, dans le portrait de Pierre Woeiriot, la présence d'une petite Méduse assimile Louise Labé à la créature mythologique, ce qui ne va pas de soi pour Daniel Martin qui considère que l'on ne saurait en déduire que la décrire ainsi est « dévalorisant, à coup sûr ». « Le mythe de Méduse, prototype de la cruauté féminine, est souvent utilisé par les poètes pétrarquistes [...] depuis Pétrarque. Ronsard cherche-t-il à dévaloriser Cassandre dans les sonnets 8 et 31 des Amours ? » (). Daniel Martin conteste que le retrait de Jacques Peletier des Escriz dénonce une supercherie. Il fait remarquer () qu'il Il fait en outre remarquer que, dans ses Opuscules, il publie un texte à la louange de Louise Labé. D'autres arguments sont contestés par Daniel Martin dans cet article comme celui des témoignages de Rubys et de Paradin (deux historiens de la vie culturelle à Lyon au qui ont écrit sur Louise Labé et dont les témoignages contradictoires sont utilisés par Mireille Huchon comme un indice de la supercherie littéraire que représenterait Louise Labé) ; ou encore, ceux liés au rôle de Maurice Scève dans la rédaction et la publication des œuvres de Louise Labé.

Le débat reste aujourd'hui encore ouvert bien qu'il ne semble pas porter sur l'existence d'une personne historique s'appelant Louise Labé mais plutôt sur le caractère apocryphe des poèmes.

Œuvres

Élégies (en grec ancien )

Structure des Élégies : une composition ternaire Les « Élégies » de Louise Labé sont séparées en trois sections (Élégie I, Élégie II et Élégie III) qui correspondent à trois étapes dans la chronologie du sentiment amoureux.

Tout d’abord, dans l’Élégie I correspond à l’, soit le coup de foudre d'une passion en devenir ; Par la suite, l’Élégie II présente la douleur de la relation amoureuse présente ; Enfin, l’Élégie III donne un regard rétrospectif sur le sentiment passé, l’amour étant transmuté en expression poétique. .

Selon le théoricien Bruno Roger-Vasselin, les verbes employés reflètent cette tripartition.. Par exemple, l’usage du passé simple, dans les Élégies, permet de comprendre la blessure de l’amour que vit soudainement le personnage. Les verbes conjugués au présent de l’infinitif, de leur côté, représentent le présent de l’attente amoureuse. Ensuite, l’imparfait et le conditionnel sont utilisés afin de faire renvoyer le lecteur à une période ancienne pour démontrer la durée ainsi que la persistance de la passion de l’amour

L’Élégie I et III, qui s’adressent aux Dames, représentent une excuse. Elles se rapprochent des épîtres liminaires ; De son côté, l’Élégie II, s’adressant à l’Ami « absent », se relie à la tradition ovidienne des Héroïdes..

Selon le critique François Lecercle, les Élégies forment un « schéma d’enchâssement » de canzonièreGarnier-Mathez, Isabelle et Martin, Daniel, Louise Labé : Débat de folie et d’Amour, Élégies, Sonnets, Tournai, Éditions Atlande, 2004, p. 174-175..

Enfin, les Élégies se retrouvent au centre des Œuvres complètes. Elles sont situées entre le Débat et les Sonnets. Sa position centrale est significative. Selon Kenneth Vardy, professeur et spécialiste en littérature, sa position au centre « artistique » du Débat et des Sonnets, soit la légèreté de la prose ainsi que l’intensité des vers dominant, permet de créer une tournure d’un pont entre les deux. .

Pour ce qui est des règles de composition de l'élégie, Louise Labé reprend le schéma formel défini par Thomas Sébillet avec des décasyllabes à rimes plates qui alternent entre rimes féminines et masculinesGarnier-Mathez, Isabelle et Martin, Daniel, Louise Labé : Débat de folie et d’Amour, Élégies, Sonnets, Tournai, Éditions Atlande, 2004, .

Thèmes : amour, littérature et gloire