La Tarasque (prononcé Tarasque sur le site du Centre national des ressources textuelles et lexicales ; en occitan provençal ) est un animal du folklore provençal. Elle était censée hanter les marécages près de Tarascon, détruisant tout sur son passage et terrorisant la population. Ce monstre peut avoir de multiples formes, mais la plus fréquemment illustrée est pourvue de six courtes pattes comme celles d'un ours, d'un poitrail comme celui d'un bœuf, d'une carapace de tortue pourvue d'épines, et d'une queue écailleuse, éventuellement torsadée, pouvant se terminer par une pointe de flèche. Sa tête pouvait ressembler à celle d'un lion aux oreilles de cheval avec un visage de vieil homme.

La Tarasque de Tarascon a été inscrite à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel en France en 2019, cependant depuis le , les fêtes de la Tarasque à Tarascon ont été proclamées, par l'UNESCO, comme faisant partie du patrimoine oral et immatériel de l'humanité et inscrites en 2008 parmi l'ensemble Géants et dragons processionnels de Belgique et de FranceGéants et dragons processionnels de Belgique et de France.

Légende Dragon amphibie aux yeux rougis et à l'haleine putride, la Tarasque vivait sur le rocher où a été construit le château de Tarascon. Elle guettait les voyageurs passant le Rhône pour s'en repaître, semant la terreur dans tout Tarascon.

Elle est décrite de la façon suivante par Jacques de Voragine dans la Légende dorée qu'il écrivit dans les années 1261-1266 :

Étymologie

Puisque selon la tradition la Tarasque aurait donné son nom à Tarascon, il est intéressant de retrouver la forme la plus ancienne de ce toponyme. C'est Tarouscon, attestée , dans Strabon, peut-être dérivé de taurus (« taureau »). Il en dérive la forme Tarascone (). Les toponymistes lui donnent une racine pré-indo-européenne *tar, signifiant pierre ou rocher, qui se retrouve dans la vallée de la Tarentaise, avec le suffixe -ant-asc-onAlbert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, Éd. Larousse, 1968, p. 1936.. Le nom de la Tarasque proviendrait donc de la même racine ligure avec l'adjonction du seul suffixe -asc qui se décline en -ascu, -oscu ou -uscu. Parmi les types -ascu, -oscu ou -uscu on peut citer Manosque, Venasque, Artignosc, Branoux, Flayosc, Gréasque, Vilhosc, , Albiosc, Névache en France et Benasque, ou Huesca en EspagneHenriette Walter, L'Aventure des langues en Occident, éditions Robert Laffont, Paris, 1994 , et 266 et Charles Rostaing, Les Noms de lieux, PUF, Paris, 1945, 31-32 et 131..

Tarasques antiques et médiévales Tarasque de Noves thumb|left|« Tarasque de Noves » (Musée lapidaire d'Avignon) avant notre ère) thumb|La Tarasque de Noves de face en position ithyphallique Un monstre androphage recouvert d'écailles de tradition salyenne ou cavare connu sous le nom de « Tarasque de Noves » (Musée lapidaire d’Avignon) en est la première représentation connueJean-Paul Clébert, Guide de la Provence mystérieuse, Éd. Tchou, Paris, 1972, p. 369..

Elle a été découverte en 1849 par Joseph Joachin Meynard, dans un champ près du cimetière de cette commune lors du désouchage d'un mûrier. Elle reposait entre le village et la Durance, près du gué de Bonpas, à de profondeur sur un sol de pierres brutes. Elle est datée entre -50 et le début de notre èreLa Tarasque de Noves. Longtemps considérée comme un ours, puis comme un lion à cause de sa crinière et de sa queue, elle eut très certainement un rôle religieux.

Salomon Reinach, qui la prenait pour un lion, l'a ainsi décrite :

Les têtes coupées, qui portent des moustaches à la gauloise, ont une analogie avec celles de l'oppidum d'Entremont, près d'Aix-en-Provence ou celles de Velaux.

Tarasques médiévales thumb|left|La Tarasque sur un chapiteau de Saint-Trophime d'Arles thumb|Une des deux Tarasques de l'abbaye de Montmajour Ce monstre androphage, de tradition pré-romaine, apparaît dans la galerie Nord du cloître de l'abbaye de Montmajour sous la forme de deux têtes ornant des consoles de la galerie NordAlain Breton et Élisabeth Mognetti, L'abbaye de Montmajour, Éd. Sud-Ouest / Caisse Nationale des Monuments Historiques et des Sites, Rennes, 1988, p. 23..

La première console, située près de l'enfeu de l'abbé Jean Hugolen (1405–1430), montre la Tarasque en train de dévorer la tête d'un homme qu'elle traîne sur le ventre. La seconde orne une console qui se trouve à l'opposé à l'angle Nord-Est du cloître. Le monstre finit de dévorer une personne dont on distingue encore le corps au fond de sa gueuleJean-Maurice Rouquette, Provence Romane I, Éd. Zodiaque, Collection la Nuit des Temps, La Pierre-qui-Vire, 1974, p. 402..

Ces figurations de la bête de fine qualité et de grande expression se retrouvent à Saint-Trophyme d'Arles, à Saint-Paul de Mausole, près de Saint-Rémy-de-Provence et à Saint-Michel-de-Frigolet, proche de Barbentane et semblent issues des consoles de l'amphithéâtre de Nîmes.

Tarasques dans le folklore Tarasque de Tarascon vignette|Sainte Marthe maîtrise la Tarasque. Illustration tirée du Livre d'heures d'Henri VIII, composé vers 1500. Au cours de la Renaissance, le Grand schisme d'Occident étant fini — ce qui avait permis au comte de Provence d'être à nouveau roi de Naples —, il fallut exorciser les craintes. À Tarascon c'était les crues du fleuve. Et la légende des saintes de Béthanie, Marthe et sa sœur Marie, venues évangéliser la Provence et faire fuir tous ses maux, reprit vie. On trouva même une date précise à leur arrivée. Elles avaient débarqué aux Saintes-Maries-de-la-Mer en l'an de grâce 48. Et Marthe avait donc dominé la Tarasque peu après. De plus, tous se souvenaient de la piété des rois de France qui étaient venus péleriner sur le tombeau de la sainte à Tarascon. Tout d'abord, Clovis, qui était tombé malade au cours du siège d'Avignon et qu'elle avait guéri, puis Louis IX, qui était devenu saint, et son frère Charles , comte de Provence et roi de Naples. Et l'actuel roi René était leur successeur.

Festivités

Cette légende donna naissance à des festivités, créées par le Roi René d'Anjou en 1469. Elles se déroulaient alors sur deux jours, le second dimanche après la Pentecôte, et reprenaient ensuite le 9 juillet pour la fête de Marthe, patronne de Tarascon. Le roi les présida jusqu'au , date à laquelle il créa l'ordre des Tarasquaires. Ces fêtes étaient destinées à exorciser le mal qui, pour les riverains du Rhône, se traduisait par les débordements intempestifs du fleuve. On accusait, entre autres choses, la Tarasque de bousculer les digues péniblement établies, de rompre de ses coups de queue les barrages qui empêchaient les eaux d'inonder la Camargue. On fabriqua alors un monstre qu'on lâchait dans les ruesLes Fêtes de la Tarasque à Tarascon.

Au , les apparitions de ce monstre sont encore assez menaçantes : la queue très longue, constituée d'une poutre, traverse la foule qui, comme dans les abrivades, montre son habileté en bravant ou en essayant de toucher le monstre tout en lui échappant. À son passage, il était d'usage (et c'est encore l'usage aujourd'hui) de pousser le cri traditionnel : Lagadeou, lagadigadeou, la TarascouLagadeou, lagadigadeou, lou CasteouLagadeou est une onomatopée, le casteou fait allusion au château de Tarascon

Tarasque espagnole

La Tarasque est présente dans de nombreuses villes espagnoles, de Madrid à Grenade. Liée à la ville de Tarragone en Catalogne, la Tarasque fait également partie du bestiaire des fêtes de Ciutat Vella de Barcelone, depuis au moins le Tarasque de Barcelone.. La Tarasque participe à des processions de la Fête-Dieu à travers toute l'Espagne. Elle a de nombreuses variantes selon les villes, surtout en Catalogne où elle prend la forme du Drac à Vilafranca, se nomme la Mulassa à Reus et se retrouve aussi à Berga lors de la fête de la Patum. En Galice, elle est connue sous le nom de Coca à Redondela, ville de la province de Pontevedra. Dans la ville de Grenade, la Tarasca défile accompagnée de grosses têtes et de géants. Le monstre porte sur son dos un mannequin habillé par un grand couturier ce qui définit les tendances des vêtements qui seront à la mode au cours de l'étéLa Tarasca dans la procession de Granada. À Valence, lors de la procession, l'une des figures représente La Tarasca de Santa Marta ou Dragon à la grande gueuleLa Tarasca de la procession de Valencia.. Dans la cité de Tolède, à la veille de la procession religieuse, a lieu le défilé de géants et de grosses têtes du , qui escorte la Tarasque. Avec un corps de tortue, des ailes de vampire, une tête de serpent, elle ouvre sa gueule fumante et projette de l'eau sur les enfants.

Sur son dos, a pris place la tarasquilla représentant Anne Boleyn. Ce carnaval a été remis à l'honneur dans Tolède au début des années 1980Le défilé de la Tarasque de Tolède..

Tarasque en paléontologie

thumb|Fémur fossile d'un Tarascosaurus salluvicus. La Provence est un pays riche en fossiles et de tout temps, on en a découvert ; des restes d'animaux préhistoriques de grande taille ont pu être perçus comme des « os de dragon » et influencer les mythes de nos ancêtresÉric Buffetaut, Fossiles et croyances populaires, une paléontologie de l'imaginaire, éd. Le Cavalier bleu 2023, .. En sens inverse, après l'émergence de la démarche scientifique, alors que la notion de dinosaure se substitue progressivement à celle de dragon dans la culture populaire, les paléontologues s'inspirent parfois des légendes pour dénommer leurs trouvailles : c'est ainsi que le dinosaure découvert en 1991 lors des fouilles de Jean Le Lœuff et Éric Buffetaut, dans le département de l'Aude, a été nommé « Tarascosaure » (Tarascosaurus salluvicus), en référence à la Tarasque. Ses restes ainsi qu'un modèle grandeur nature sont exposés au musée Dinosauria d'EspérazaJean Le Loeuff and Eric Buffetaut (1991). « Tarascosaurus salluvicus nov. gen., nov. sp., dinosaure théropode du Crétacé supérieur du Sud de la France » - (« Tarascosaurus salluvicus nov. gen., nov. sp., a theropod dinosaur from the upper Cretaceous of Southern France »). Geobios, 24(5): 585-594..

Notes et références Notes

Références

Voir aussi

Bibliographie Gilbert Chalençon, Claude Roux, La course de la Tarasque, Saint-Rémy de-Provence : Editions Equinoxe, 2015 . J. Désanat, Coursos dé la Tarasquo et Jocs founda per lou Rey René.- Avec une série de Notes explixcatives rédigées en français. Pouémo en vers prouvençaous burlequo-tragi-coumiqué, en doujé paousos. Patois dé Tarascoun, Éd. Garcin Arles, 3 mai 1846. Frédéric Mistral, traduction Anthony Berthier, Les Fêtes de la Tarasque en 1861, Marseille-Paris : Moullot, 1862. . Jean-Paul Clébert, Les Fêtes en Provence, Avignon : Aubanel 1982 . Odile Cavalier (édité par), La Tarasque de Noves : réflexions sur un motif iconographique et sa postérité : actes de la table-ronde organisée par le musée Calvet, Avignon, le 14 décembre 2001, Avignon : musée Calvet 2004 . . Jean d'Aillon, La Tarasque, récit, Aix : à l'enseigne du Grand-Châtelet 2003, . James W. Joyce, « La fête de la Tarasque à Tarascon sous Napoléon et la Restauration. Documents conservés aux archives communales de Tarascon avec une note sur la confrérie de Saint-Sébastien », dans Provence historique, 1953, tome 4, fascicule 11, (lire en ligne)

Articles connexes Géants et dragons processionnels de Belgique et de France Dragons de processions et de cortèges Liste des saints sauroctones Ethnopaléontologie Fête 'Obby 'Oss

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