L’abbaye de Saint-Évroult (également citée sous le nom d'abbaye d'Ouche) est une ancienne abbaye bénédictine dont les ruines se dressent sur l'actuel territoire de la commune française de Saint-Evroult-Notre-Dame-du-Bois, dans le département de l'Orne, en région Normandie. Ses vestiges sont partiellement classés au titre des monuments historiques.
Histoire vignette|gauche|redresse=0.6|Sceau de Reginaldi, abbé de Saint-Évroult (1214).
La fondation L'abbaye de Saint-Évroult ou abbaye d'Ouche apparaît dans les textes rédigés en latin médiéval sous les formes Sanctus Ebrulfus Uticensis, c'est-à-dire abbaye Saint-Evroult d'Ouche ou tout simplement plus tard Sanctus Ebrulfus. Elle appartient au diocèse de Lisieux puis, après la Révolution, au diocèse de Sées. Elle est réputée pour avoir été fondée au . par saint Évroult sous le nom d’« abbaye d’Ouche », dont on trouve mention pour la première fois dans un diplôme de Charles le Simple en l' : monasterio que vocatur UticusFrançois de Beaurepaire, Les noms des communes et anciennes paroisses de l'Eure, éditions Picard 1981. ., c'est-à-dire d’Utica, du pays d'Ouche. Il y a cependant débat quant au siècle où vécut Évroult, dont les hagiographes optent plutôt pour le .
Selon la version du , il jette les fondations de sa retraite dans la forêt d'Ouche en 567 et devient le chef de quinze monastères et de . Il place son couvent sous l'invocation de saint Pierre et sous la règle de saint BenoîtLouis-François du Bois, Histoire de Lisieux, ville, diocèse et arrondissement, , pages: 5 à 8..
Lorsque la tourmente des raids scandinaves s’abat sur la partie de la Neustrie amenée à devenir la Normandie, du milieu du , le monastère d’Ouche semble avoir, selon toute vraisemblance, échappé à la fureur des Hommes du Nord, contrairement à la plupart des abbayes de l’actuelle Normandie. En effet, Saint Évroult avait désiré fonder une communauté isolée du monde ; à l’écart des principaux axes de circulation et préservée par l’abri des profondes frondaisons de la forêt alentour, l'abbaye d'Ouche a ainsi été soustraite au pillage. Fait extraordinaire, elle conserve les reliques de son saint fondateur et de ses disciples, tandis que tous les autres monastères du diocèse de Sées, à l’image de la plupart de ceux de la province ecclésiastique de Rouen, comme Jumièges, se voient contraints de translater leurs trésors sacrés vers des régions épargnées par les incursions scandinaves. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce n'est pas des Vikings païens qu'est venu le coup fatal qui a abattu l'abbaye d'Ouche et signé la disparition de la communauté religieuse établie par saint Évroult pour une durée d'un siècle, mais des soldats chrétiens d'Hugues le Grand, duc des Francs.
Le monastère pré-normand est restaurée à partir de 1050 sous le vocable de saint Évroult par Guillaume Giroie et ses neveux Robert et Hugues de Grandmesnil, appartenant à deux importantes familles normandes : les Giroie, et les Grandmesnil. Ils reçoivent le soutien d’abbayes telles que l'abbaye Notre-Dame du Bec et l’abbaye de Jumièges. L'église est construite en 1050 et dédiée à la Vierge Marie, puis à saint Pierre et à saint Évroult, le .
Le développement Guillaume Giroie se retire à l'abbaye du Bec, confie à l'abbé Herluin la direction de Saint-Évroult, qui envoie Lanfranc comme prieur. Les dons se multiplient. L’abbaye de Saint-Évroult participe à la fondation de l'abbaye Saint-Martin de Sées. Le moine le plus célèbre de l'abbaye est Orderic Vital, auteur d’une Historia ecclesiastica, source importante de l'histoire du monde normand (Normandie, Angleterre, Italie). Le sixième livre de son œuvre est même un historique de l'abbaye. Geoffroi Malaterra, chroniqueur normand du , y est moine dans sa jeunesse. Guillaume du Merle, moine prédicateur du , contribue selon Orderic Vital, par sa science, son éloquence et ses vertus au rétablissement de la discipline et des mœurs qui s’accomplit à cette époque sous l’impulsion du pape . Robert de Grandmesnil, l’un de ses abbés, qui doit fuir en Italie pour éviter la colère ducale en 1061-1062, y fonde le monastère de Sant'Eufemia. En 1063, le seigneur d'Échauffour incendie l'abbaye.
Pendant l'abbatiat de l'abbé Meinier qui reçoit en 1081, la deuxième et dernière reine normande Mathilde qui dote l'abbaye, l'édifice grandit et l'abbé voit avant de mourir en 1089, le cloître, la salle capitulaire, le réfectoire, le dortoir, les offices, la cuisine et les bâtiments communs protégés par des fossés et ouvrages de défense. En 1091, l'abbé Serlon d'Orgères devient évêque de Sées. Sous Roger du Sap, le nombre de moines passe de 80 à 115 et l'abbaye fonde une succursale, le prieuré Saint-Martin de Noyon-sur-Andelle en 1107, mais sur les 115 religieux, beaucoup prennent le chemin du diable, et des dissensions internes et externes avec les évêques et les seigneurs laïcs sont nombreuses. Saint-Évroult est au faîte de sa grandeurLéon de La Sicotière, Le département de l'Orne, archéologique et pittoresque, ..
Le déclin En 1094, Robert de Bellême, comte d'Alençon, rançonne l'abbaye. Dix-neuf ans plus tard, le , Henri Beauclerc vient en l’abbaye de Saint-Évroult lors d’une campagne contre les seigneurs de Bellême. Il accorde alors une charte rétablissant un certain nombre de droits à l’abbaye. C'est seulement dans les années 1120, que l'investiture de l'abbé par la crosse et l'anneau a été abandonnée. Dans la même période, l'abbaye subit aussi des dommages physiques. En 1119, le seigneur de la Ferté-Frênel ravage le monastère. De plus, en 1136, le seigneur de Laigle incendie le couvent et du bourg.
C'est en 1231, l’abbaye est reconstruite, le gros des travaux se poursuit jusqu'en 1284. Mais, dès 1258, lors de la visite d'Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, l'abbaye compte trente-et-un moines dont neuf prêtresJournal des visites pastorales d'Eudes Rigault, archevêque de Rouen, ..
En 1332, la tour de l'église qui s'est effondrée est reconstruite. Et une fois de plus, entre 1388 et 1450, l'abbaye souffre des ravages des Anglais.
La richesse de l'abbaye suscite des convoitises, et, déjà, en 1392, un abbé commendataire, de Vergé, archevêque de Besançon et cardinal, obtient la commende, mais elle est révoquée par le pape en 1395. En 1484, Jacques de l'Espinasse est le dernier abbé régulier. Après lui vont se succéder cardinaux, princes, archevêques, évêques, aumônier du roi qui ne s'occupent que d'accroître leurs profits. Cette mise en commende dépouille le monastère de ses plus importants privilèges, entraîne la perte d'émulation, du zèle pour l'étude et un relâchement de la disciplineLouis-François du Bois, Histoire de Lisieux, ville, diocèse et arrondissement, , ..
Cinquante ans plus tard, en 1532, , roi d'Angleterre, abjure le catholicisme et prive l'abbaye de ses biens en Angleterre. Mais, en 1556, le roi autorise une coupe de bois pour soigner de nombreux religieux malades, réparer l'abbaye et les forgesCahiers de l'inventaire: La métallurgie normande, .. Puis, en 1588, l'église est de nouveau détériorée, brûlée par le seigneur d'Échauffour pour se venger des Ligueurs.
Les bénédictins de Saint-Évroult adhèrent à la réforme de la congrégation de Saint-Maur en 1628. Les prieurs mauristes nommés de 1675 à 1778 construisent et réparent l'abbaye. 1675 : construction de la bibliothèque, 1681 : réparation du dortoir, 1684 : beaucoup d'augmentations et de réparations, 1693 : décoration du réfectoire, 1708 : infirmerie, 1711 : décoration de l'hospice, 1723 : couverture des clochers en ardoises, 1729 : réparations, 1749 , l'hospice est terminé, 1755 : décoration de la sacristie, 1776 : jardin devant le grand dortoir, 1778 : sculptures dans le cloîtreLouis-François du Bois, Histoire de Lisieux, ville, diocèse et arrondissement, , ..
La fin Le , l'Assemblée nationale déclare les biens donnés à l'Église comme biens nationaux. Le prieur, le sous-prieur, dix profès et un frère convers quittent l'abbaye, l'abbé commendataire étant François Bareau de Girac, évêque de Rennes. En 1790, la municipalité de Notre-Dame-du-Bois obtient l'église abbatiale pour en faire son église paroissiale. Le , la tour du transept s'écroule et entraîne avec elle les voûtes et les arcades supérieures. L'abbaye est ruinée et ses pierres alimentent un four à chauxAbbé Dupont: L'abbaye de Saint-Evroult, paroisse de Touquette-en-Ouche de 1789 à 1815, ..
Au Des bénévoles de l'association Chantiers histoire et architecture médiévales ont participé à son entretien au cours de l'année 2016..
La bibliothèque vignette|gauche|redresse=0.6|Manuscrit du avec ex-libris. Si Orderic Vital, Serlon et Lanfranc ont marqué l'histoire de l'abbaye, elle est aussi connue pour ses copistes, Bérenger, Goscelin, Rodolphe, Bernard, Turquetil et Richard. Rodolphe Malcouronne, frère de Guillaume Giroye est instruit en grammaire, logique, astronomie et musique, Goisbert est un savant médecin. La bibliothèque de Saint-Évroult possède plusieurs manuscrits précieux des pères de l'Église qui sont consultés par les bénédictins pour leurs belles éditionsP.C. Maurey d'Urville: Recherches historiques sur la ville, les évêques et le diocèse de Séez, ..
L'inventaire de la bibliothèque en 1791 comprend dont et brochures dont : la Bible en cinq langues en douze volumes, Histoire des concils en trente-deux volumes, Les Saints pères en douze volumes, Les œuvres de saint Augustin en six volumes, Saint Thomas en six volumes, Bibliothèque des prédicateurs en dix-sept volumes, Bibliothèques et histoire des auteurs ecclésiastiques en cinquante-sept volumes, Histoire et mémoires de l'Académie en … Le chartrier : , Administration des fiefs, dîmes, rentes : , Titres concernant le prieuré : Léon de La Sicotière, L'Orne archéologique et pittoresque, .. Enluminures : Lectionnaire de l'office de Saint-Evroult d'Ouche, seconde moitié du Base Enluminures du Ministère de la Culture, Origine: B.M. Alençon, ms 0128, f: 026v.. Sacramentaire à l'usage de l'abbaye de Saint-Evroult d'Ouche de la fin du Base enluminures du Ministère de la Culture, Origine: B.M. Rouen, ms 0273.. Traités musicaux de Gui d'ArezzuTraités musicaux de Gui d'Arezzu, graduel de Saint-Evroult, 1101-1200, manuscrit, lettrines pages: 6v, 17v, 46v, 59v, ex-libris, page: 159v, visible sur Gallica..
Le temporel L'abbaye de Saint-Évroult est une abbaye riche avec environ de rente. Elle a le titre de baronnie, le droit de chasse et l'exemption du droit de Tiers-et-Danger dans la forêt de Saint-Évroult.
Dans le cartulaire de l'abbaye de Saint-Évroult, les chartes concernent plus de dont : Barou : patronage, dîmes et droits, Bailleul : dîmes, Beaunay : patronage, Bocquencé : patronage, dîmes, moulin du Bourgez, rentes et redevances, Bonsmoutin : patronage, dîme, Crossey: terres, Champhault : dîmes et terres, Cernières : patronage et dîmes, Croisilles : patronage et terres, Chartres : vin, Coleville : dîmes, Couvieray : terres, chapelles de Saint-Denis et de Saint-Évroult, Douet : patronage, dîmes, terres, droits et redevances, Échauffour : patronage, dîmes, terres, rentes et bois (forêt de Saint-Évroult), Émienville : patronage et dîmes, nombreuses chartes sur Notre-Dame-du-Bois, des minesCartulaire de Saint-Evroul, latin 11055, .. Dans le pouillé du diocèse de Lisieux, en 1350, l'abbaye de Saint-Évroult possède les bénéfices de dont Le Sap, Fourneville, Montreuil l'Argillé, Bocquenncé, Notre-Dame-du-Hamel, Échauffour, Le Merlerault, Le Noyer Menard, Touquettes. Dans le pouillé du diocèse de Sées, l'abbaye a le patronage des églises de Moulins, Bonsmoulins, Sainte-Gauburge, Meheru, Hauterive, Saint-Cenery-de-Girey, Médavy, Rabodanges, Damblainville et Sainte-EugenieAuguste Longnon, Pouillé de la Province de Rouen, ..