La stèle de Mésha est une stèle de basalte découverte en 1868 et sur laquelle est gravée une inscription remontant à l'époque du roi moabite Mésha (). Le texte de trente-quatre lignes (l'inscription la plus longue découverte jusqu'à présent pour cette époque de l'ancien Israël), est écrit en moabite. Datée de 850 av. J.-C. environ, elle relate les victoires de Mesha au cours de sa révolte contre le royaume d'Israël qu'il entreprit après la mort de son suzerain Achab.
Historique et description thumb|100px|left|Le royaume de Moab, avec la ville de Dibon.
La pierre, arrondie à son sommet, fait de hauteur pour de largeur et de profondeurLa fiche du Louvre mentionnée ci-dessous indique une hauteur de 115 cm et une largeur de 60 cm..
Elle est découverte en par le pasteur Frederick Augustus Klein, missionnaire allemand à Jérusalem, sur le site de Dibon (Dhiban en Jordanie). Le consul allemand Julius Petermann, le capitaine britannique Charles Warren et le chancelier français Charles Clermont-Ganneau entrent en compétition pour acquérir la stèlePanneau explicatif de l'exposition Mésha et Bible. Quand une pierre raconte l'Histoire exposition au Collège de France du 15 septembre au 9 octobre 2018.. Constatant l'intérêt des Européens pour la stèle, les Bédouins la brisèrent en morceaux, pensant qu'elle pouvait contenir un trésor. Charles Clermont-Ganneau avait déjà réalisé un estampage de la majorité du texte, à l’exception des dernières lignes. Il peut par la suite reconstituer la pierre après en avoir récupéré la plupart des fragmentsThe Jewish Encyclopedia.
Cet estampage, qui n'a jamais été publié, ainsi que la pierre reconstituée, publiée dans de nombreux livres et encyclopédies, sont tous deux au musée du Louvre.
Contenu thumb|upright=0.7|Photographie de la stèle vers 1891.
La stèle décrit : Comment le royaume de Moab a été conquis par Omri, roi d'Israël, en conséquence de la colère du Dieu Kemoch. Les victoires de Mésha sur le fils d'Omri (dont le nom n'est pas mentionné) et sur les hommes de la tribu de Gad à Ataroth, Nebo et Jehaz. Ses édifices publics, la restauration des fortifications, la construction d'un palais ainsi que de réservoirs d'eau. Ses guerres contre les Horonaim. Si l'on excepte quelques légères variations, par exemple -in pour -im dans les pluriels, le langage moabite de l'inscription est identique à la forme primitive de l'hébreu. L'alphabet moabite est du type dit improprement "phénicien", forme ancienne de l'alphabet sémitique. La forme des lettres utilisées apporte des informations importantes et très intéressantes à propos de la formation de l'alphabet, ainsi que, incidemment, des arts pratiqués pendant cette période sur la terre de Moab.
Texte thumb|200px|Détail du texte. Le texte, en langue moabite, est ici transcrit en hébreu moderne :
1. אנכ. משע. בנ. כמש.. . מלכ. מאב. הד 2. יבני | אבי. מלכ. על. מאב. שלשנ. שת. ואנכ. מלכ 3. תי. אחר. אבי | ואעש. הבמת. זאת. לכמש. בקרחה | ב[נס. י] 4. שע. כי. השעני. מכל. המלכנ. וכי. הראני. בכל. שנאי | עמר 5. י. מלכ. ישראל. ויענו. את. מאב. ימנ. רבן. כי. יאנפ. כמש. באר 6. צה | ויחלפה. בנה. ויאמר. גמ. הא. אענו. את. מאב | בימי. אמר. כ[…] 7. וארא. בה. ובבתה | וישראל. אבד. אבד. עלמ. וירש. עמרי. את א[ר] 8. צ. מהדבא | וישב. בה. ימה. וחצי. ימי. בנה. ארבענ. שת. ויש 9. בה. כמש. בימי | ואבנ. את. בעלמענ. ואעש. בה. האשוח. ואבנ 10. את. קריתנ | ואש. גד. ישב. בארצ. עטרת. מעלמ. ויבנ. לה. מלכ. י 11. שראל. את. עטרת | ואלתחמ. בקר. ואחזה | ואהרג. את. כל. העמ. [מ] 12. הקר. רית. לכמש. ולמאב | ואשב. משמ. את. אראל. דודה. ואס 13. חבה. לפני. כמש. בקרית | ואשב. בה. את. אש. שרנ. ואת. אש 14. מחרת | ויאמר. לי. כמש. לכ. אחז. את. נבה. על. ישראל | וא 15. הלכ. הללה. ואלתחמ. בה. מבקע. השחרת. עד. הצהרמ | ואח 16. זה. ואהרג. כלה. שבעת. אלפנ. גברנ. ו[גר]נ | וגברת. וגר 17. ת. ורחמת | כי. לעשתר. כמש. החרמתה | ואקח. משמ. א[ת. כ] 18. לי. יהוה. ואסחב. המ. לפני. כמש | ומלכ. ישראל. בנה. את 19. יהצ. וישב. בה. בהלתחמה. בי | ויגרשה. כמש. מפני | ו 20. אקח. ממאב. מאתנ. אש. כל. רשה | ואשאה. ביהצ. ואחזה. 21. לספת. על. דיבנ | אנכ. בנתי. קרחה. חמת. היערנ. וחמת 22. העפל | ואנכ. בנתי. שעריה. ואנכ. בנתי. מגדלתה | וא 23. נכ. בנתי. בת. מלכ. ואנכ. עשתי. כלאי. האש[וח למי]נ. בקרב 24. הקר | ובר. אנ. בקרב. הקר. בקרחה. ואמר. לכל. העמ. עשו. ל 25. כמ. אש. בר. בביתה | ואנכ. כרתי. המכרתת. לקרחה. באסר 26. [י]. ישראל | אנכ. בנתי. ערער. ואנכ. עשתי. המסלת. בארננ. 27. אנכ. בנתי. בת. במת. כי. הרס. הא | אנכ. בנתי. בצר. כי. עינ 28. ----- ש. דיבנ. חמשנ. כי. כל. דיבנ. משמעת | ואנכ. מלכ 29. ת[י] ----- מאת. בקרנ. אשר. יספתי. על. הארצ | ואנכ. בנת 30. [י. את. מה]דבא. ובת. דבלתנ | ובת. בעלמענ. ואשא. שמ. את. […] 31. --------- צאנ. הארצ | וחורננ. ישב. בה. ב[ית ד]וד 32. --------- אמר. לי. כמש. רד. הלתחמ. בחורננ | וארד 33. ---------[ויש]בה. כמש. בימי. ועל[…]. משמ. עש 34. -------------- שת. שדק | וא
Traduction vignette|Détail sur le mot « YHWH ».
Version de la Bible
Ce texte éclaire le contexte du conflit qui opposa Moab au royaume d'Israël, et qui est relaté en des termes très différents par le Deuxième Livre des Rois (II Rois 3.4-27) :
Traduction de Louis Segond Mise à jour avec texte La BIBLE Traduction du Monde Nouveau édition révisée de 2018.
Commentaire alt=|vignette|200x200px|`-M-R-Y M-L-K Y-Š-R-'L (Omri roi d'Israël) mentionné clairement sur la stèle. La stèle de Mésha est un précieux document qui éclaire la genèse du texte biblique, dans la mesure où, outre la communauté linguistique, il existe un parallélisme frappant entre la conception de la royauté et de la divinité chez les Moabites et les conceptions que l'on retrouve dans l'Ancien Testament. Ainsi, la soumission de Moab à Israël est expliquée par la colère de Kémosh, dieu de Moab, contre son peuple. C'est Kémosh (nom du Dieu moabite que l'on connaissait par la Bible) qui inspire directement Mésha (comme YHWH, selon la Bible, inspire les prophètes). Les Moabites pratiquent également l'anathème (massacre de populations vaincues consacrées à Kémosh). On y retrouve de nombreux termes bibliques en particulier YHWH, le nom propre du Dieu d'Israël, mais aussi le nom du roi Omri fondateur de Samarie et (probablement, voir le paragraphe suivant) le nom du célèbre roi David.
Les deux textes s'accordent sur les causes du conflit qui oppose Mésha de Moab à Israel : Moab était jusque-là soumis à Israël, et se révolta à la mort d'Achab. Pour le reste, le parallèle n'est qu'illusoire. La stèle de Mésha, outre l'activité édilitaire du roi qu'ignore la Bible hébraïque, relate plusieurs campagnes militaires qui ont dû s'étendre sur plusieurs années, tandis que l'Ancien Testament ne parle que d'une unique campagne menée par une coalition d'Israël, Juda et Edom, contre Moab, au cours de laquelle fut détruite une cité (Kir-Haréseth), et qui se conclut par l'échec du siège de la ville royale de Mésha (non nommée).
Les noms de villes et autres toponymes mentionnés sur la stèle de Mésha sont conformes aux noms de lieux mentionnés dans le Livre des Rois et donnent une idée de l'étendue du royaume de Moab. On y trouve Madaba, Dibon, le Nébo (villes et sites au sud d'Amman, en Jordanie). La route de l'Arnon est aujourd'hui le passage du wadi Mujib qui met en communication le plateau de Madaba et Dibon avec celui de Moab (région de Rabba et de Kérak).
Points controversés vignette|Le roi David cité à la ligne 12 de la stèle, אראל. דודה, pouvant être traduit par son « autel davidien ». La surface de la stèle est très érodée et beaucoup de lettres ne sont pas lues avec une certitude absolue. Bien que l'ensemble du texte ait fait l'objet d'un estampage avant sa dégradation, il y avait déjà des lacunes que les épigraphistes ont comblées avec des conjectures. C'est ainsi que, périodiquement, des spécialistes peuvent réexaminer le document et faire de nouvelles propositions.
Charles Bruston, épigraphiste et professeur de théologie à la faculté de Montauban est le premier chercheur français à en proposer une traduction.
En 1994, après avoir examiné au musée du Louvre la pierre ainsi que l'impression qui en avait été faite, l'épigraphiste André Lemaire rapporta que la ligne 31 de la stèle de Mésha contenait la phrase « la Maison de David »Biblical Archaeology Review - Mai/Juin 1994, p. 30-37. Lemaire dut ajouter une lettre supplémentaire pour pallier la destruction de celle-ci, cette lettre étant le « D » de David. La complète pouvait alors être lue וחורננ. ישב. בה. בת[ד]ודLes crochets [] entourent des lettres qui manquent à la suite de leur destruction ou alors celles étant sur des fragments de la pierre qui manquent encore. La plupart des chercheurs confirmèrent qu'aucune autre lettre ne permettait d'apporter un autre sens possible à cette phrase. Baruch Margalit essaya une autre combinaison en incluant la lettre « M » dans l'espace manquant, ainsi que d'autres lettres à la place d'autres blancs. La lecture qui résultait de ses travaux donnait Cependant, les hypothèses de Margalit ne reçurent aucun soutien parmi la communauté scientifique.
En 2001, un autre chercheur français, Pierre Bordreuil, rapporte dans un essai que lui et quelques autres chercheurs ne pouvaient confirmer la lecture que Lemaire avait faite de la , à savoir Pierre Bordreuil, À propos de l'inscription de Mesha : deux notes, in P. M. Michele Daviau, John W. Wevers and Michael Weigl [Eds.], The World of the Aramaeans III, p.158-167, particulièrement p.162-163 (Sheffield, Sheffield Academic Press, 2001). En 2019, le chercheur français Michael Langlois confirme la lecture « Maison de David » après avoir réalisé de nouvelles photographies RTI de la stèle au Louvre et de ses estampages.
Il a été découvert plus tard une autre inscription relative à la Maison de David sur la stèle de Tel Dan, celle-ci plus récente, écrite par un roi araméen ennemi des Moabites et relative elle aussi à une victoire. Si Lemaire a raison, il y a maintenant deux références anciennes à la dynastie de David, une sur la stèle de Mésha (milieu du ) et une autre sur la stèle de Tel Dan (entre le et le )Time Magazine, Lawrence J. Mykytiuk, Identifying Biblical Persons in Northwest Semitic Inscriptions of 1200–539 B.C.E., Academia Biblica series, no. 12 (Atlanta: Society of Biblical Literature, 2004), p. 265-277.
En 1998, un autre chercheur, Anson Rainey, traduit un ensemble de deux mots à la de la stèle, אראל. דודה, par (son autel davidien)Anson F. Rainey, Mesha and Syntax, in The Land That I Will Show You, edited by J. Andrew Dearman and M. Patrick Graham, Supplement Series, [Sheffield, England: Sheffield Academic Press, 2001], p.300-306).
Les identifications des bibliques Mésha, roi de Moab, et Omri, roi du royaume nord d'Israël, sur la stèle de Mésha, font généralement consensus parmi la communauté des chercheurs, surtout parce que ce qui est dit d'eux sur la stèle rejoint ce qui est écrit dans les chroniques bibliques des Rois.
L'identification du roi David sur la stèle de Mésha demeure quant à elle controversée. Ce doute découle de la ligne 31, assez fragmentaire. En général, les chercheurs nord-américains et israéliens sont plus enclins à accepter l'identification du roi biblique David sur la stèle de Mésha. En revanche, cette controverse est plus présente lorsque la discussion porte sur la stèle de Tel Dan plutôt que sur la stèle de Mésha.
Exposition Du 15 septembre au 19 octobre 2018, Paris, Collège de France, Mésha et la Bible : quand une pierre raconte l'Histoire.
Notes et références
Annexes
Bibliographie
Franz Praetorius (1905-1906), "Zur Inschrift des Meša`", dans Zeitschrift der Deutschen Morgenländischen Gesellschaft pages 33–35; et 402. Dearman, J. Andrew (Ed.) (1989). Studies in the Mesha Inscription and Moab. Archaeology and Biblical Studies series, no. 2. Atlanta, Ga.: Scholars Press. . Davies, Philip R. (1992, édition 1995, réimprimé en 2004). In Search of 'Ancient Israel' Edinburgh: T. & T. Clark.