Brașov (Prononciation en roumain standard retranscrite phonémiquement selon la norme API. ; , « ville de la couronne » ; dialecte saxon de Transylvanie: Kruhnen ; ) est une ville du centre de la Roumanie, à la courbure des Carpates, ayant le statut de municipe (capitale administrative locale). Elle est le chef-lieu du județ de Brașov.

Elle se situe dans le pays de la Bârsa, région historique de la Transylvanie, et s’étend autour de la colline Tâmpa. Les fortifications en bois datant du début du , sous le règne d’Étienne de Hongrie, ont été concédées avec le fief de la Bârsa par son successeur en 1211 à l’ordre Teutonique ; avec l’ordre de bâtir en échange un ensemble de fortifications puissantes afin de limiter l’effet destructeur des invasions mongoles et tatares venues de la steppe pontique (actuelle Ukraine). Après ces invasions, l’Ordre teutonique se déplaça au nord de l’Europe, mais une bourgeoisie marchande d'origine allemande afflua au — saxonne ou germanophone — qui fit de Brașov un carrefour commercial aux portes de l’Orient grec puis turc et de la principauté roumaine voisine, la Valachie. Jusqu’au début du , Brașov eut une population germanophone majoritaire, et roumaine minoritaire.

En 2011, d’après le recensement officiel, la population était de pour la ville elle-même et de pour le județ de Brașov. La ville est devenue un centre touristique important et la plus grande station de ski de l’Europe de l'Est. C'est aussi un centre industriel important avec notamment une industrie aéronautique.

Toponymie Les noms roumain Brașov et hongrois Brassó sont mentionnés dans les documents en latin du début du deuxième millénaire sous les formes de Barasu et Brasu. Ces mêmes documents mentionnent aussi le nom latin de Corona, équivalent latin de Kronstadt. Kronstadt évoque probablement la donation royale de la cité à l’ordre Teutonique par André II. Barasu et Brasu sont probablement issus du mot Bârsă désignant en ancien roumain un berceau (latin bercium), pièce (jadis en bois) qui lie entre elles les deux parties d’un soc de charrue (la cormana soulevant la terre et le pied ou plaz). Ce nom, Bârsa (quelquefois Bărsa) désigne aussi une rivière, mentionnée en 1360 sous le nom de fluvium Brassou, et la région historique environnanteNicolae Drganu, Românii în veacurile IX-XIV pe baza toponimiei și onomasticei, Brașov 1933 et Vasile Oltean, Cartea istoricului tradițiilor din Șcheii Brașovului, Brașov 1933.. Brașov serait donc la « ville du berceau » en roumain.

De l’étymologie latine bercium, l’emprunt en vieux-slave a pu évoluer en Braša : Dragoș Moldoveanu souligne que le sud de la Transylvanie et la région de Brașov ont appartenu aux Bulgares du Danube avant le )N. Drăganu, Dacoromania, t. VII, ., puis en hongrois Barca (lire « Bartsa » : la région est devenue hongroise au ) et en allemand Burzen : le nom de la ville découlerait alors de BrašaDragoș Moldovanu, Toponimie de origine romană în Transilvania și în sud-vestul Moldovei, in : Anuarul de lingvistică și istorie literară, XLIX-L, Bucarest 2009-2010, .. D'autres auteurs supposent que Braša découle de Bratoslav (« glorieuse fraternité » en slave)Miklosics Ferenc, Die Bildung der Ortsnamen aus Personennamen im Slavischen, Brassó 1897..

Il existe également des étymologies légendaires. L’une met en scène le roi Salomon de Hongrie qui « couronne un sapin » (comme dans le blason), en roumain Coroana pe brad qui aurait donné Kronstadt et Brașov. Partant de là, G. Kis écrit en 1929 qu’à l’origine du nom allemand il y aurait l’ancien slave Krun signifiant « petit sapin » qui se dirait en roumain brădișor, d’où Bra(d)seu (en fait « petit sapin » se dit brăduț). Les protochronistes, eux, font appel à des origines daces : bradzŭ (« forêt de sapins »)Sever Pop, Acta Philologica, , 1966 et .. Une autre légende est due à F. Philippide qui imagine en 1874 que le nom viendrait d’une ancienne cité Brasovia sur la colline Tâmpa, détruite par Jean Hunyadi. À sa suite, G. Treiber et E. Jekelius utilisent cette hypothèse en 1928, pour affirmer qu’en slave le mot baras veut dire « cité » ou « vérité », et serait à l’origine de Brașov.

Termes dérivés Brașoavă — baratin. Vient de l'habitude des commerçants de Brașov de vanter de façon exagérée leur marchandise sur les marchés. Brașovenește — au baratin. (« Nu-mi vorbi brașovenește că nu-mi plac brașoavele! » : « Pas à moi, me baratine pas » ! Vasile Alecsandri) Brașovenie — marchandise produite à Brașov ou l'endroit où on vend ce type de marchandise. Ladă de Brașov ou malle de Brașov en français — malle très solide et richement ornée („...Adevăratul provincial nu merge niciodată la drum decât cu ladă de Brașov” : « le vrai provincial ne part jamais en voyage sans sa malle de Brașov » Mihail Kogălniceanu) Brașovean — (forme ancienne) Négociateur qui vend de la marchandise provenant de la ville de Brașov et des alentours ; propriétaire ou conducteur des brașovence, les chariots marchands de Brașov ; de nos jours : gentilé « Brasovien », habitant ordinaire de Brașov. Brașoveancă, pluriel brașovence, n. f. — Grand chariot bâché, solide et capable de longs trajets ; de nos jours, « Brasovienne », habitante de la ville de Brașov.

Blasons vignette|Un drapeau de 1600. redresse|vignette|Sculpture d'un blason ancien sur une porte.

En 1353, le blason de la ville est une couronne avec des fleurs en forme de crinoline et une crinoline. En 1429 est apparu aussi le gros chêne avec ses racines. Le blason de nos jours compte treize racines qui font référence aux treize communes du Pays de la Bârsa. La couronne en or a trois lobes, symbolisant la puissance. Le blason est composé d'une couronne murale d'argent formée de sept tours qui est le signe spécifique de toutes les communes. Sur le blason se trouve l'inscription « Municipiul Brașov » en roumain et en dessous, en latin Deo vindici Patriæ (À Dieu, défenseur de la patrie). La signification du blason est La sagesse et la puissance conduisent pour toujours la cité. Ce blason, officiel à Brașov, n'est pas validé par la Commission héraldique de Roumanie car il déroge à la règle de la neutralité religieuse.

Parallèlement à ce blason municipal, il y a un autre blason datant de 1600, proposé par le président du Conseil du Județ de Brașov et qui serait agréé par la Commission héraldique de Roumanie. Ce blason, offert comme cadeau par de la dynastie des Basarab à l'empereur germanique et d'Autriche Rodolphe de Habsbourg, sur fond probablement à l'origine de « gueules » (rouge) et délimité par deux « fasces » (bandeaux) « or » (jaune) en haut et en bas, se trouve dans un cercle « azur » (bleu) délimité par une couronne d'« argent » (blanc ou gris clair). En dessous est écrit « Corona » en lettres gothiques. À partir du cercle central partent des fasces « or » vers les côtés. De nos jours, ce blason est exposé devant le Palais de Justice, sur la tour Blanche et non loin de la tour Noire (au Belvédère). Ce blason bénéficie d'une illumination nocturne comme le drapeau roumain qui se trouve sur le mont Tâmpa de l'autre côté.

Histoire vignette|redresse|Grand maître de l'ordre Teutonique pendant la fondation de la ville, Hermann von Salza. vignette|redresse|La garde d'honneur devant le conseil municipal, avec le drapeau de la ville. vignette|redresse|Synagogue de Brașov, construite en 1901. Les fouilles indiquent la présence des cultures néolithiques (culture Noua, Tei, Dealu-Melcilor) sur l'actuel territoire de Brașov.

Plus tard, les découvertes archéologiques ont attesté l'existence des temples daces autour du site dit des « Pierres de Salomon », de quelques entrepôts pour les denrées sous le marché du Conseil (au cœur même de la ville), de quelques habitations et fortifications sur la colline Dealul Melcilor (« Colline des escargots ») et dans le quartier Valea Cetății (« Vallée de la citadelle »). La plupart de ces sites a été détériorée au temps de la dictature, dans le cadre du programme de systématisation.

Avant le de notre ère, aucun document ne parle de Brașov. Cependant, on observe une présence continue, surtout dans les quartiers de Șchei et de Bartolomeu. La commune actuelle s'est formée par l'union de plusieurs localités : Bartolomeu (« Bartholomée »), Brașovul Vechi (« Vieux Brașov »), Coroana (« La Couronne »), Șchei (« Les Slaves » ou « Les Bulgares »), Blumenau (« Pré aux Fleurs »), Noua (« Faubourg Neuf »), Dârstea (« Silistrienne ») et Stupini (« Ruchers »).

C'est à l'initiative du roi André II de Hongrie que Hermann von Salza conduit ici une expédition contre les Coumans et leurs vassaux valaques. Les chevaliers teutoniques s'établissent ensuite au sud-est de la Transylvanie, principauté vassale de la Hongrie, et gouvernent le pays de la Bârsa de manière autonome. Aux , Brașov est attaquée par les Tatars et les Turcs. De grands remparts sont érigés pour la défendre, qui resteront en service jusqu'au .

Au , la ville, métropole des Saxons de Transylvanie, connaît un grand essor économique, grâce à sa position géographique sur la route entre la Baltique et Constantinople et à ses privilèges fiscaux. De l'ambre, des fourrures, des peaux, des tissages dans le sens nord-sud, de la soie, du miel, des épices, des métaux et des pierres précieuses dans le sens sud-nord, transitent ici avec de faibles taxes douanières. C'est pour avoir voulu les augmenter que le prince valaque Vlad III a été représenté en monstre sanguinaire, empaleur, cannibale et vampire par les libelles des marchands de Brașov, qu'Ármin Vámbéry fit connaître au à Bram Stoker en recherche d'un titre pour son roman gothique Dracula.

Du point de vue historique et culturel, Brașov ainsi que Sibiu était un centre militaire et politique traditionnel des Saxons de Transylvanie. Il y avait à cette époque 45 corporations différentes, et la prospérité permet l'édification de nombreux monuments dont certains sont encore visibles aujourd’hui. C'est également le siècle où Johannes Honterus, un humaniste allemand, réside et travaille à Brașov. Les premiers livres en roumain y seront imprimés par Coresi. Mais en 1688, un incendie ravage la ville et la population doit faire face à une épidémie meurtrière.

Au , à l'époque austro-hongroise, la démolition des remparts permet un regain d'activité, avec l'édification d'usines et de manufactures. On y édite la Gazette de Transylvanie, journal militant pour le maintien (dans le cadre de l'Autriche-Hongrie) du grand-duché de Transylvanie, qui a tout de même été aboli en 1867 et directement rattaché à la Hongrie.

La Transylvanie ayant voté son rattachement à la Roumanie à la fin de la Première Guerre mondiale, Brașov devient le deuxième centre économique roumain après Bucarest, mais sera soumise, comme tout le pays, au demi-siècle de régimes dictatoriaux carliste, fasciste et communiste de à . La ville est partiellement détruite par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. En 1945, Brașov est occupée par l'Armée rouge et parmi les Saxons de la ville et ceux de la région, suspectés en bloc d'avoir soutenu la Wehrmacht, de nombreuses familles sont déportées en Union soviétique. Un petit nombre put revenir après la déstalinisation (1956).

Entre le et , la ville fut nommée Orașul Stalin (Staline-ville) en l'honneur de Joseph Staline. Durant cette période, sur le versant du mont Tâmpa, la forêt fut « découpée » pour y incruster avec des arbres d'espèces différentes, sur tout le versant les lettres « » : les dernières traces de ces lettres ont presque disparu au début du .