Félicien Challaye, né le à Lyon (6e arrondissement), mort le à Paris (18e arrondissement), est un philosophe et journaliste français, anticolonialiste et pacifiste.
Dreyfusard et rédacteur des Cahiers de la Quinzaine de Charles Péguy au début du , il se rallie au régime de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale.
Biographie
Origines familiale et formation Félicien Robert Challaye, né le , cours Lafayette à Lyon (6e arrondissement), est issu d'une famille modeste. Son père, François Eugène Challaye, est comptable. Sa mère, Marie Fünke, est institutrice.
Félicien Challaye effectue ses études secondaires au lycée Ampère à Lyon (2e arrondissement).
En 1894, Félicien Challaye est reçu au sein de la promotion littéraire de l'École normale supérieure, où il est le condisciple de Charles Péguy et d'Albert Mathiez. En 1897, il est reçu, le premier, à l'agrégation de philosophie.
Il effectue ensuite son service militaire à Romans. Il est rappelé à l'ordre pour la lecture du journal L'Aurore, qui a publié le J'accuse…! de Zola le .
Débuts (1898-1914) Ultimes études En , il est boursier d'étude en Allemagne, à l'Université de Berlin. Pendant les deux années suivantes, il consacre sa bourse universitaire (avec une allocation de la fondation Albert Kahn) à des enquêtes outre-mer : Inde, Java, Annam, Égypte, JaponIl écrit plusieurs ouvrages sur ce pays..
Enseignement À partir de 1901, il enseigne au lycée de Laval, où il est un des fondateurs de l'université populaire dont il sera présidentIl rédige pour les Cahiers de la Quinzaine, un article La France vue de Laval où il dénonce l'esprit petit-bourgeois et l'étroitesse cléricale de la ville.. Il est muté ensuite à EvreuxIl avait participé à une campagne électorale en faveur du candidat républicain, et il y avait eu plusieurs incidents liée à l'Université Populaire de Laval. (1902-1903), puis enseigne au lycée Louis-le-Grand, au lycée Hoche à Versailles, au lycée Janson-de-Sailly, au lycée Charlemagne et au lycée Condorcet, où il termine sa carrière en 1937.
Journalisme Très proche de Péguy, qui lui fait découvrir le socialisme, Challaye devient un ardent dreyfusard. En 1906, il publie un dossier explosif dans les Cahiers de la Quinzaine, « Le Congo français ». Il s’éloigne ensuite de son maître quand ce dernier rompt avec Jaurès.
Anticolonialisme En 1905, Félicien Challaye est envoyé au Congo avec Pierre Savorgnan de Brazza par le ministre des Colonies pour enquêter sur l'affaire Gaud-Toqué révélée par la presse. En 1906 il publie ses notes de voyages dans la revue de Péguy Les Cahiers de la Quinzaine sous le titre « Le Congo français » (notes qu’il reprendra dans le volume Souvenirs sur la colonisation ). , il signe un article intitulé « Politique internationale et journalisme d’affaire » dans la Revue du mois où il dénonce les agissements de la compagnie de la N'goko Sangha, société concessionnaire opérant au Congo et en Oubangui-Chari, actuelle République centrafricaineOn peut le trouver en appendice de Le Crime du Congo belge , Les Nuits rouges, 2005, Paris).
Première Guerre mondiale et entre-deux-guerres (1914-1939) Durant la Grande Guerre, Félicien Challaye se rallie à l’Union sacrée, et est mobilisé au sein du 109e régiment d'infanterie. Le 1er octobre 1914, il est élevé au grade de sergent. En 1915, il est blessé au nez. En 1916, il est envoyé au Japon jusqu'en mai 1919 pour y accomplir une mission de propagande.
En , il est partisan d’une paix qui donnerait partiellement satisfaction aux revendications de l’Allemagne, lui laisserait ses colonies, et même l’Alsace-Lorraine.
Anticolonialisme Après le conflit, et à la suite de nouveaux voyages en Chine au Japon et en Indochine, Challaye participe activement au combat anticolonialiste au sein de la Ligue de défense des indigènes (qui deviendra en 1927 la Ligue contre l’impérialisme et l’oppression coloniale) et du Parti communiste français. En 1931, lors du congrès de la Ligue des droits de l’homme, Challaye dénonce l’hypocrisie du prétexte civilisateur de la colonisation défendu alors par une fraction de la Ligue. Il s’éloigne du Parti en 1935, tout en publiant la même année ses Souvenirs sur la colonisation.
Ultra-pacifisme Membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, il condamne l’antisémitisme et le nazisme mais refuse toute idée de conflit avec l’Allemagne. Challaye rejoint alors la minorité ultra-pacifiste de la Ligue des droits de l’homme. Il écrit en 1933 : . En 1933, il publie Pour une paix désarmée même en face de Hitler. Il préside également la Ligue internationale des combattants de la paix. Il se rend en Allemagne à l’automne 1938 et en revient persuadé de la volonté pacifiste des dirigeants allemands.
Seconde Guerre mondiale En , il est un moment incarcéré pour avoir signé le tract pacifiste de Louis Lecoin : Paix immédiate..
Après l'armistice et l'instauration du régime de Vichy, il se rapproche de Marcel Déat et de son parti collaborationniste RNP. Il reçoit Subhas Chandra Bose lors de son passage à Paris en . Il écrit dans une revue de la gauche vichyste L’Atelier animée par d’anciens militants, venus à la collaboration par pacifisme intégral. Il collabore également à Aujourd’hui, journal collaborationniste dirigé par Georges Suarez. Il publie encore dans Germinal. Cependant, il ne dénonça personne et ne fut pas longtemps inquiété à la Libération, perdant seulement son honorariat.
Après-guerre (1945-1967)
Il soutient les mouvements indépendantistes algériens, tunisiens.
À partir de 1951, il participe avec Émile Bauchet, Robert Jospin et Paul Rassinier aux activités du Comité national de résistance à la guerre et à l'oppression (CNRGO, future Union pacifiste de France), notamment à son organe La Voie de la paix. Il meurt en 1967 suivi par son épouse Marguerite en 1970.
Hommages Une rue de Tunis porte son nom.
Publications Au Japon et en Extrême-Orient, Japon moderne, Lafcadio Hearn, Conte japonais, Vladivostok, Journal d’un expulsé, Excursion au pays des Moÿs, de Batavia à Tosari, L’Inde, Quelques hommes et quelques villes, Paris, Armand Colin, 1905 Les deux Congo. Devant la Belgique et devant la France, Paris, Cahiers de la Quinzaine, 1906 (avec la collaboration de Pierre Mille) [Comme Roger Casement, Mille et Challaye dénoncent le traitement infligé aux autochtones au Congo français (Brazzaville) et belge (Léopoldville) Le Congo français. La question internationale du Congo, Alcan, 1909 Syndicalisme révolutionnaire et syndicalisme réformiste, Paris, Félix Alcan, 1909 " Le Japon illustré ", Librairie Larousse, Paris, 1915 Les Principes généraux de la science et de la morale, Nathan, 1919, (rééditions : 1928, 1934) Le Mouvement ouvrier au Japon, Librairie de l'Humanité, 1921 La Chine et le Japon politiques, Paris, Félix Alcan, 1921 Les principes généraux de la science et de la morale, Paris, Fernand Nathan, 1923 Psychologie et métaphysique, Paris, Fernand Nathan, 1925 Le Cœur japonais, Paris, Payot, 1927 L’Art et la Beauté, Nathan, 1929 Bergson, Paris, Mellottée, 1929 Cours de droit privé et d’économie politique à l’usage des écoles primaires supérieures (avec Marguerite Reynier), Éditions Félix Alcan, 1929 Contes et légendes du Japon, , Fernand Nathan, 1931; rééditions : 1963 (et 2019 ) L'absurdité de la guerre, disque Ligue française de l'enseignement, 1931 La dissertation philosophique, Paris, Fernand Nathan, 1932 Le Christianisme et nous, Paris, Rieder, 1932 Nietzsche. Les Philosophes, Paris, Éditions Mellottée, 1933, 1950 Esthétique, Nathan, 1934 Souvenirs sur la colonisation, Paris, Picart, 1935 Jaurès, Les Philosophes, Paris, Mellottée, 1936 La Crise de la ligue des droits de l’homme, Imprimerie du Palais, Paris, 1937 La formation du Socialisme, de Platon à Lénine, Paris, Félix Alcan, 1937 Huit jours de septembre en Allemagne, extrait de La Grande Revue, imprimerie du Palais, Paris, La Chine, le Japon et les Puissances, Paris, Rieder, 1938 La Logique des sentiments - Les passions - Les tendances (évolution, spiritualisation, socialisation), Avec L. Dugan, Éditions Félix Alcan, 1938 Petite histoire des grandes religions, Paris, Presses universitaires de France, 1940 L’Enfant et la morale, Presses universitaires de France, 1941 Histoire de la propriété, Presses universitaires de France, 1941 Petite histoire des grandes philosophies, Presses universitaires de France, 1941 La Psychologie de l’Enfant, Paris, 1943 Contes de l’Inde, Paris, Durel, 1946 Le Fakir aux belles histoires, Paris, Durel, 1946 Le Merveilleux Amour de Sîtâ et de Râma, Paris, Durel 1947 Freud, Paris, Mellottée, 1948 Contes et Légendes de l’Inde, , Fernand Nathan, 1949 (sous le pseudonyme de Robert Fougère) Georges Dumartial. Sa vie, son œuvre, Paris, Lahure, 1950 L'Étrange Chemin de la Paix, roman uchronique, Autographié chez l'auteur, 55, rue Lamarck, Paris XVIII, 1952 La République de Platon : vue d'ensemble et traduction du livre VII, Paris, Lefebvre, 1952 Péguy socialiste, Amiot-Dumont, 1954 Les Philosophes de l’Inde, Paris, Presses universitaires de France, 1956
Notes et références
Voir aussi Bibliographie . . .
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