Maximilien de Béthune, de Sully, né à Rosny-sur-Seine le et mort à Villebon le , est un homme d'État protestant, compagnon d'armes du roi dont il devint le plus proche conseiller.

Surintendant des finances (1598), grand maître de l'artillerie (1599), surintendant des fortifications (1599), grand voyer de France (1599), gouverneur de la Bastille (1602), maréchal de France (par Louis XIII en 1634), il portait les titres de baron (1578) puis marquis de Rosny (1601), baron (1602) puis duc et pair de Sully (1606), prince souverain d'Henrichemont et de Boisbelle (1605), marquis de Nogent-le-Rotrou (1624), comte de Moret et de Villebon (1624), et vicomte de Meaux (1627).

Famille Par son père François, Sully est issu de l'épée. Par sa mère Charlotte Dauvet, il vient de la robe. Fille du président à la Chambre des comptes de Paris Robert Dauvet, seigneur de Rieux, dans l'actuelle commune de Tillé (Oise), celle-ci avait épousé le baron de Rosny en 1557, ce qui fait de Sully l'arrière-neveu du maître des finances de François , Jacques de Beaune, qui fut conduit à l'échafaud de Montfaucon le La renommée, voilà ce qui tenait au cœur du vieux duc de Sully quand, sur la fin de sa vie, il confia au généalogiste André Du Chesne de chanter les louanges de son lignage. L' Histoire généalogique de la maison de Béthune publiée en 1639 : 575 pages de généalogies et de commentaires et 400 pages de preuves, dans un format in-folio..

Des sept enfants que donna Charlotte Dauvet à François de Béthune, trois disparurent prématurément. L'aîné des quatre fils survivants, Louis, né en 1558, ne devait pas dépasser sa vingtième année. Le troisième, Salomon, né en 1561, allait être tué au Siège d'Amiens (1597). Seuls le deuxième, Maximilien (1559-1641), et le quatrième, Philippe (vers 1565-1649), firent une longue et pleine vieLaurent Avezou, Sully Bâtisseur de la France moderne, chap. Splendeurs et misères des Béthune, p. 21-23. (voir bibliographie)..

Né le au château de Rosny-sur-Seine, il descend de la maison de Béthune, originaire de l'Artois et appartient à la branche cadette, peu fortunée et calviniste (les Béthune-Locres), apparentée aux comtes de Flandre (voir plus bas la partie Généalogie). Second fils d'un couple de protestants, François de Béthune et de Charlotte Dauvet (qui appartenait à une famille de conseillers au Parlementfille de Robert Dauvet, seigneur de Rieux, président de chambre des comptes, et d'Anne Briçonnet.), il devient l’héritier de la baronnie de Rosny à la mort de son frère aîné, Louis de Béthune, en 1578V. Bourselet et H. Clérisse, Mantes et son arrondissement, 1933, .. Son frère cadet était Philippe (1566-1649), marquis de Chabris, comte de Selles, baron de Chârost.

Apprentissages À sa naissance au Château de Rosny-sur-Seine, à une lieue de Mantes-la-Jolie, aux confins de la Normandie et de l'Île-de-France, le , Maximilien reçoit le prénom de son parrain, le vicomte de Gand Maximilien de Melun, gouverneur d'Arras, cousin germain de son père(1555) - Maximilien de Melun : Gouverneur d'Arras, vicomte de Gand, seigneur de Caumont et d'Hébuterne.. L'enfant va être élevé dans la foi réformée, faisant de nombreux adeptes au sein de la noblesse de province. Le cadet, héritant de la fermeté de caractère de son père François qui se manifesta lorsque le vicomte de Gand se proposa de le prendre auprès de lui, avec le secret espoir de le détourner de l'hérésie, le baron de Rosny refusa et fut déshérité par son cousin.

Si François de Béthune ne semble pas avoir participé aux deux premières guerres, au printemps 1569Huit devaient se succéder, jusqu'à l'édit de Nantes de 1598., il s'achemine vers l'armée du prince de Condé, frère cadet d'Antoine de Bourbon, mort dès 1562. Le baron de Rosny est fait prisonnier, le , sur le champ de bataille de Jarnac, qui voit la défaite de son camp, François est conduit à la forteresse de L'Isle-Adam. La Paix de Saint-Germain-en-Laye, conclue le met un terme à ce purgatoire, François retrouve sa liberté. Elle a un prix : il doit s'engager à payer une amende d'un montant de livres, et va vendre une partie de ses terres, évalué à livresChiffres rapportés par André Du Chesne, Histoire généalogique de la maison de Béthune, Paris, 1639 : Preuves, p. 316-317, et Isabelle Aristide, La Fortune de Sully, Paris, Comité pour l'histoire économique et financière de la France, 1990, p. 11-12.. Sans parler de précarité, Maximilien n'a pas connu l'aisance pendant ses jeunes années.

Choc de la Saint-Barthélemy

Logeant au collège du Mans, c'est là, dans la nuit du , que lui parviennent des rumeurs alarmantes. Six jours après les noces du roi de Navarre et deux jours après l'attentat manqué contre Coligny, la « grande purgation » de la Saint-Barthélemy vient de commencer. La population parisienne, farouchement catholique et ulcérée de cette concentration de spadassins hérétiques dans leur ville, le crime libératoireRéinterprétation de la Saint-Barthélemy en crime de voisins, voir Jérémie Foa, Tous ceux qui tombent. Visages du massacre de la Saint-Barthélemy, Paris, La Découverte, 2021, 352 p., .

Si la Saint-Barthélemy et ses prolongements en province ont accéléré la décrue de la Réforme, déjà bien amorcée depuis la fin des années 1560, elle a suscité un effet inverse sur le jeune Maximilien, en le confortant dans la foi de son père et dans son aversion pour le catholicisme.

Lui-même raconte dans les Œconomies royales qu'il échappe au massacre en traversant Paris pour rejoindre le collège de Bourgogne avec un livre d'heures sous le bras afin de passer pour un catholique... Cet épisode devient célèbre..

Les lettres et les armes Pendant les quatre années que dure le séjour contraint du roi de Navarre à la cour de France, de 1572 à 1576, Maximilien partage son temps entre le service comme page de ce dernier et ses études. Instruit par Florent Chrestien il enseigne à Maximilien l'histoire et les mathématiques. Il n'en néglige pas pour autant l'apprentissage des armes, le maniement de l'arquebuse et de la pique, sous la direction de M. Fayet, lieutenant à la compagnie des gardes du roi de Navarre. En fréquentant les académies d'armes et les manèges réservés aux jeunes gentilshommes, il complète sa pratique de l'épée et de l'équitation, dont les rudiments lui ont été inculqués par son père au manoir familialCe dernier ne verra pas la fortune de son rejeton. Alors que Maximilien est revenu à ses côtés depuis deux ans, François meurt d'une pleurésie à la fin de 1575. Il abandonne les lettres pour les armes et, bravant la volonté de ses deux tuteurs (Florestan de Béthune et Jean Dauvet), décide, fin 1575 ou au début 1576, de rejoindre le roi de Navarre, toujours retenu prisonnier au Louvre..

Compagnonnage avec le roi Henri de Navarre Premiers combats (1576-1580) Le jeune baron fait le coup de main aux côtés du roi de Navarre. Les vingt années qui suivent ne vont plus être pour lui, hormis quelques échappées, qu'une longue chevauchée aux côtés de ce maître qui semble encore bien éloigné du trône de France.

En 1572, élève au collège de Bourgogne à Paris, il échappe au massacre de la Saint-Barthélemy, puis devient le compagnon du roi de Navarre (futur roi de France), qu'il suit dans toutes ses guerres. À ses côtés, il se distingue par son intrépidité. Après avoir fait son apprentissage comme simple soldat, il reçoit du marquis de Lavardin, commandant l'infanterie de Navarre, l'enseigne colonelle de son régiment à la fin de 1576. Pendant quatre ans, il sillonne le Sud-Ouest au gré des opérations. Celle de Monsieur (1576), qui clôt la cinquième guerre de Religion. À La Réole (1577), il est l'un des premiers à monter à l'assaut des remparts et participe au saccage de la ville. La Paix de Bergerac fait taire les mousquets. Maximilien reprend les armes, les hostilités s'étant rouvertes dès 1579. Durant cette septième guerre de Religion, au siège de Cahors (), le voilà recevant sa première blessure à la cuisse gauche.

À ce stade, le Sully de la légende, tout de mesure et de pondération, n'est pas encore advenu. Pour l'heure, il n'a que 20 ans et il lui faut encore démontrer que, né noble, il sait aussi vivre noblement, c'est-à-dire en soldatNicolas Le Roux, « La vraie gloire ne s'acquiert que par les armes. Sully, la noblesse et la guerre », dans Marie-Hélène Servet (dir.), Albineana , 2014, p. 153-170.. En 1580, il devient chambellan ordinaire, puis membre du Conseil de NavarreUne nouvelle histoire du Conseil royal de Navarre sous Catherine de Foix et Jean d’Albret.. Il est chargé des négociations avec le roi de France, , en vue de poursuivre une lutte commune contre la Ligue et les Guise.

Escapade aux Pays-Bas (1581-1583) Sully ne dissimule l'infidélité consentie qu'il fit au service du roi de Navarre durant les deux années où il courut l'aventure aux Pays-Bas à la suite de François-Hercule, duc d'Anjou, dit Monsieur, frère du roi, héritier présomptif de la CouronneDans le cadre de la guerre des Pays-Bas contre Philippe II, roi d'Espagne, il est appelé en 1580 à devenir leur nouveau souverain, mais cette opération aboutit à un échec (1583).. Il combat dans les armées protestantes en Hollande pour récupérer la vicomté de Gand dont il n'avait pu hériter de son parrain, son grand-cousin Maximilien de Melun d'Épinoy, un catholique convaincu.

C'est peu après que le baron de Rosny regagne la France, dépité par la veulerie et la fourberie d'un prince qui, bien loin de lui faciliter le recouvrement de l'héritage du vicomte de Gand, a fini par le promettre à un Pierre de Melun, prince d'Épinoy, un cousin catholique de Maximilien.

Lignage et mariage Les affaires de famille vont lui offrir un dérivatif à sa déconvenue des Pays-Bas. Depuis la mort par noyade de son frère aîné Louis en 1578, Rosny est chef du lignage familial, même s'il portera pendant plus de vingt ans le titre de baron de Rosny en partie avec ses cadets Philippe et Salomon, le fief étant resté dans l'indivision pour mieux faire face à l'adversité. vignette|Château de Bontin, Les Ormes (Yonne). Le , au château de Bontin, un contrat de mariage est passé entre Anne de Courtenay et Maximilien de Béthune. Princesse capétienne Anne de Courtenay-La Ferté-Loupière, dame de Bontin et de Beaulieu en Auvergne est une riche héritièreAnne de Courtenay, dame de Bontin.. La promise apporte Livres tournois, ainsi que la seigneurie de Bontin, qu'elle détient en indivision avec sa sœur, et qui, à la suite d'un partage ultérieur, reviendra entièrement à Sully.

Passant sur ses terres toute l'année 1584, à l'exploitation des bois de Rosny et des blés de Bontin, ainsi qu'au trafic des chevaux qu'il fait acheter en Allemagne pour les revendre jusqu'en Guyenne, spéculations commerciales très heureuses, avec le commerce de ses chevaux pour l'armée, les dépouilles des villes prises par les protestants l’enrichissent en peu de temps. Devenu veuf, il épouse le Rachel de Cochefilet, fille de Jacques de Cochefilet, seigneur de VaucelasRachel de Cochefilet, deuxième épouse de Sully..

Guerre des Trois Henri

Le , François de France meurt sans postérité. Henri III n'ayant toujours pas de fils, l'héritier de la Couronne devient automatiquement son cousin Henri, roi de Navarre. Le fait est inadmissible aux yeux de la majorité catholique.

Non seulement cette guerre de Religion, la huitième, qu'on appela la guerre des Trois Henri par référence à ses principaux protagonistes, n'est pas près de se terminer, mais elle va être relancée en 1589 par l'assassinat d'Henri III et l'accession au trône d'un roi légitime et hérétique, dont la majorité catholique ne veut pas. La guerre ne s'achèvera qu'en 1598, avec l'instauration d'une paix de religion enfin durable, sanctionnée par l'édit de Nantes.