thumb|250px|Universum, C. Flammarion, gravure sur bois, Paris 1888.

Un paradigme est — en épistémologie et dans les sciences humaines et sociales — une représentation du monde, une manière de voir les choses, un modèle cohérent du monde qui repose sur un fondement défini (matrice disciplinaire, modèle théorique, courant de pensée).

Les paradigmes sont, selon le philosophe des sciences Thomas Samuel Kuhn, des . Un paradigme peut être infléchi ou totalement remis en cause s'il remplit un certain nombre de conditions expérimentales ou d'insertion dans un nouveau paradigme. Les révolutions scientifiques entraînent des changements de paradigme qui exigent du temps pour pénétrer la communauté scientifique, car le nouveau modèle proposé doit vaincre les obstacles épistémologiques et être assez robuste pour remettre en cause le précédent. La « vérité scientifique » à un instant donné ne peut représenter qu'un consensus temporaire au sein de cette communauté, les paradigmes étant fluctuants, en particulier dans les sciences humaines et sociales, notamment économiques .

Le paradigme peut être explicite, lorsqu'un philosophe, un chercheur décrit, analyse son sujet selon un schéma de pensée, une vision du monde clairement définis. Les collectivités humaines sont régies par des pratiques, des croyances partagées. Il appartient aux sciences humaines de décrypter, de mettre au jour ces paradigmes implicites. Les paradigmes tendent également à différer selon les groupes sociaux et à changer dans le temps avec l'évolution des connaissances (cas notamment des paradigmes en sciences).

Paradigme est à l'origine un terme technique de la grammaire désignant l'ensemble des formes que peut prendre un morphème lexical.

Étymologie et évolution

Le mot « paradigme » tient son origine du mot () en grec ancien qui signifie « modèle » ou « exemple ».. Ce mot lui-même vient de () qui signifie « montrer », « comparer » construit sur (), « désigner ».

Au , il désigne l'ensemble des formes que peut prendre un élément du langage quelles que soient ses flexions. Littré en donne la définition suivante : .

Par analogie, il désigne au les variations d'un type ou d'un conceptTrésor de la langue française.. Au il acquiert avec Ferdinand de Saussure un sens spécialisé en linguistique..

Son sens s'étend ensuite, par américanisme, à l'épistémologie, pour désigner l'ensemble des variantes d'une conception dominante.

Formes de paradigmes Paradigme en philosophie : Platon L'autre fonction du paradigme est utile pour un observateur tiers (observant celui qui utilise ce paradigme). Cet observateur pourra faire des remarques et se faire une opinion sur la façon dont l'observé en est venu à utiliser ce paradigme : nous définissons ce qui va vite ou lentement par rapport à notre propre vitesse de déplacement, l'homme qui a vécu dans la nature peut définir les objets modernes comme inutiles ou nuisibles.

Le terme grec et sa signification sont centraux chez Platon. D'une part, du point de vue méthodologique, le paradigme consiste à mettre en parallèle un objet connu et un objet recherché pour que les caractéristiques du premier éclairent par analogie celles du second. . D'autre part, du point de vue métaphysique, les Formes intelligibles ou Idées sont les paradigmes (paradeigmata), les modèles des choses sensibles qui en participent. Il existe certaines réalités éternelles, immobiles et toujours identiques à elles-mêmes : les Formes (eidê) ou Idées (idéai) ; et les choses sensibles, comme l'homme, l'arbre, sont en rapport avec une seule et unique Forme, comme la Forme de l'unité, la Forme de la beauté. Par exemple, une chose belle participe du Beau absolu, de l'Idée de Beau.

Michel Foucault parle d'épistémè, système de représentations qui concerne toute la configuration du savoir à une époque donnéeMichel Foucault, Les mots et les choses. Une archéologie des sciences humaines, Gallimard, coll. « Bibliothèque des sciences humaines », Paris, 1966, 405 p..

Chez Emmanuel Lévinas, la méthode paradigmatique se fonde sur la thèse que « les idées ne se séparent jamais de l'exemple qui les suggère » et est en rapport avec une éthique de « l'acceptation » et de l'action comme préalable à la connaissance : c'est l'acte qui « fait surgir la forme où il reconnaît son modèle jamais entrevu jusqu'alors » (Quatre leçons talmudiques, Paris, 1968).

Edgar Morin étudie en profondeur la notion de paradigme dans le tome 4 de La Méthode : Les Idées. Il s'exprime ainsi : .

Paradigme technocratique

Le « paradigme technocratique » est une expression employée à plusieurs reprises par le pape François dans son encyclique Laudato si' (2015) « sur la sauvegarde de la maison commune »<ref>En particulier dans la section II « La globalisation du paradigme technocratique » du troisième chapitre consacré à « la racine humaine de la crise écologique », voir [https://www.vatican.va/content/francesco/fr/encyclicals/documents/papa-francesco_20150524_enciclica-laudato-si.html Laudatif si''' sur le site du Vatican]</ref>, dans sa suite l'exhortation apostolique Laudate Deum « sur la crise climatique » (2023)Dans la section 2 « Davantage de paradigme technocratique », voir Laudate Deum sur le site du Vatican, ainsi que dans l'encyclique Magnifica humanitas du pape Léon XIV sur la protection de la personne humaine à l'ère de l'intelligence artificielle (mai 2026).

Le paradigme technique désigne, selon le théologien catholique Fabien Revol , « les représentations de la nature qui sous-tendent la compréhension scientifique de notre monde, de l'idée de progrès et de ce qui en découle au niveau sociétal »Fabien Revol, Une encyclique pour une insurrection écologique des consciences, Parole et silence, p. 104.

Le pape rend grâce pour les dons que l'être humain reçoit de Dieu et met en œuvre par l'usage d'une technoscience « bien orientée », qui « peut produire des choses réellement précieuses pour améliorer la qualité de vie de l'être humain »Fabien Revol, Une encyclique pour une insurrection écologique des consciences, Parole et silence, p. 104-105. Néanmoins, le pape critique les sources de ce paradigme, consistant en une mauvaise interprétation du premier chapitre du livre de la Genèse (Gn 1,28) dans laquelle l'Occident s'est engouffré, dans le sillage de la compréhension cartésienne de la natureFabien Revol, Une encyclique pour une insurrection écologique des consciences, Parole et silence, p. 106-107 :

Le pape considère que la science et la technique ne sont pas neutres, à rebours d'une opinion répandue selon laquelle la méthode scientifique et ses applications techniques sont neutres, c'est-à-dire que leur mode de fonctionnement et leur structure n'ont pas de valeur éthique en soi. Avec la science moderneIl est d'usage de considérer que la science moderne apparaît avec Galilée et Descartes, le projet de la connaissance est la maîtrise de la natureVoir en particulier l'article « Maîtres et possesseurs de la nature ». En particulier, la science cartésienne n'est éthiquement pas neutre car elle implique le projet de reconstruction artificielle de la nature dans les applications techniques qui asservissent ses lois à un projet de maîtrise par l'être humain.

Paradigme en épistémologie : Kuhn Au , le mot paradigme était employé comme terme épistémologique pour désigner un modèle de pensée dans des disciplines scientifiques. Le paradigme est l’ensemble des croyances et des accords partagés par les scientifiques ou les philosophes, qui guident les recherches, identifient les problèmes et indiquent ce qui est acceptable comme méthode et comme résultat.

Dans ce contexte, l'emploi le plus répandu se trouve chez le philosophe et sociologue des sciences Thomas Samuel Kuhn qui l'utilisait pour désigner un ensemble de pratiques en science. Le terme est cependant souvent inapproprié et Kuhn lui-même préférait utiliser les termes de science exemplaire et de science normale qui lui semblaient contenir un sens philosophique plus exact. Cependant, dans son livre La structure des révolutions scientifiques, Kuhn définit un scientifique comme suit : un ensemble d'observations et de faits avérés ; un ensemble de questions en relation avec le sujet qui se posent et doivent être résolues ; des indications méthodologiques (comment ces questions doivent être posées) ; comment les résultats de la recherche scientifique doivent être interprétés.

Pour Kuhn, l'adhésion à un paradigme est un phénomène sociologique, qui implique la genèse d'une communauté de pensée, de méthodes et d'objectifs, autour d'outils communs (journaux, conférences).

Le terme de introduit par Thomas Kuhn, qu'il a d'ailleurs suggéré de remplacer par ., tend à désigner l'ensemble des croyances, valeurs et techniques qui sont partagées par les membres d'une communauté scientifique, au cours d'une période de consensus théorique.

Pour , Cité par Alain Samuelson, Les grands courants de la pensée économique - Concepts de base et questions essentielles, 1992, 1997, Presses Universitaires de Grenoble, collection "Libres Cours - Économie".

Les exemples les plus typiques de paradigmes cités par Thomas Kuhn sont le paradigme de Ptolémée (géocentrisme), le paradigme de Copernic (héliocentrisme), le paradigme de Newton (loi de la gravitation fournissant une théorie qui explique l'héliocentrisme), le paradigme de la relativité générale (Einstein) .

D'autres comme concept ou système de pensée sont très proches de celui de paradigme. Ils se différencient sur des détails et pour bien comprendre leur signification, on doit prendre en considération le contexte du thème traité.

Imre Lakatos a tenté de développer le concept d'une façon dialectique sous le nom de .

Une définition simple dans le contexte scientifique serait l'ensemble des règles admises et intériorisées comme normes par la communauté scientifique, à un moment donné de son histoire, pour délimiter et problématiser les faits qu'elle juge dignes d'étude.

Paradigme en sociologie

Dans les sciences sociales, le terme est employé pour décrire l'ensemble d'expériences, de croyances et de valeurs qui influencent la façon dont un individu perçoit la réalité et réagit à cette perception. Ce système de représentation lui permet de définir l'environnement, de communiquer à propos de cet environnement, voire d’essayer de le comprendre ou de le prévoir.

Paradigme en science économique : Dosi En science économique, Carlota Pérez et proposent la notion (empruntée à Giovanni Dosi)Giovanni Dosi, "Technological paradigms and technological trajectories. A suggested interpretation of the determinants and directions of technical change", Research Policy, 11(3):147-162, (1982). de paradigmes techno-économiques pour expliquer les cycles longs et leur succession (The Diffusion of Technical Innovations and Changes of Techno-Economic Paradigm, University of Sussex, 1986).

Paradigme en linguistique

En linguistique, le paradigme est l'ensemble des formes différentes que peut prendre un mot, notamment dans les langues flexionnelles. "En grammaire traditionnelle, un paradigme est l'ensemble typique des formes fléchies que prend un morphème lexical combiné avec ses désinences casuelles (pour un nom, un pronom ou un adjectif) ou verbales (pour un verbe), selon le type de rapport qu'il entretient avec les autres constituants de la phrase, selon le nombre, la personne, le temps : on dit déclinaison pour un nom, un pronom ou un adjectif et conjugaison pour un verbe."Jean Dubois et al., Dictionnaire de linguistique, Larousse, 1973, . Ainsi, le paradigme du verbe être au présent de l'indicatif est : suis, es, est, sommes, êtes, sont.