vignette|Frontières de la Palestine mandataire entre 1922 et 1948. vignette|Situation de la région de la Palestine dans le Moyen-Orient contemporain (2003). vignette|Zones approximatives d'influence des royaumes antiques de la région pendant l'âge du fer. L’histoire de la Palestine retrace les événements s'étant déroulés dans la région de Palestine, située au Proche-Orient, délimitée par la mer Méditerranée à l'ouest, et par le désert à l'est du Jourdain et au sud par la péninsule du Sinaï Definition of Palestine, The Palestine Exploration Fund, consulté le 4 avril 2008.

La région de Palestine est centrée sur celles de Galilée, de Samarie, de Judée et du Néguev. Ses limites sont approximativement le fleuve Litani au nord, la vallée du Jourdain, la mer morte et la vallée de l’Arava à l’est, et le Sinaï au sud. À l'époque des croisades, le Pérée au nord-est de la mer Morte, la Batanée et la Décapole au-delà du Jourdain y étaient attachés.

Charnière entre la vallée du Nil et la « terre entre les fleuves » (Mésopotamie), la région de la Palestine est habitée depuis des millénaires et a connu la présence et le brassage de nombreux peuples et la domination de nombreux empires : Cananéens, Hébreux, Philistins, Assyriens, Perses, Grecs, Romains, Byzantins, Arabes, Croisés, Ottomans et Britanniques. Région où se déroulent beaucoup des événements narrés dans la Bible, elle présente une importance majeure pour les trois grandes religions monothéistes : le judaïsme (« Terre d'Israël »), le christianisme (« Terre sainte ») et l'islam (« Lieux saints de l'islam »).

À partir du , la région est le théâtre principal des conflits israélo-arabes : la guerre de 1948-1949, la crise du canal de Suez (1956), la guerre des Six Jours (1967), la guerre du Kippour (1973), la guerre du Liban (1982), la première intifada (1988), la seconde intifada (2000-2005), le conflit israélo-libanais de 2006, la guerre de Gaza de 2008-2009, celle de 2012, celle de - et la crise de 2021, puis celle de 2023, suivie du conflit ouvert à partir du 7 octobre.

Préhistoire

Paléolithique vignette|gauche|Le site archéologique d'Ubeidiya a fourni des traces des premières migrations de l’Homo erectus hors d'Afrique. vignette|Carte de répartition des principaux sites à hachereaux au Pléistocène moyen (Acheuléen). vignette|gauche|Mugharet el-Zuttiyeh. vignette|La grotte de Es Skhul. vignette|gauche|Le mont du Précipice (grotte de Qafzeh). vignette|La grotte de Tabun. vignette|gauche|Grottes au-dessus du Nahal Amud (). vignette|La région autour du à proximité de Zikhron Yaakov (grotte de Kébara).

Les plus anciens vestiges d'Hominidés en Palestine ont été trouvés sur le site archéologique d'Ubeidiya, à quelque au sud du lac de Tibériade, dans la vallée du rift du Jourdain, fouillé en 1960 par puis Ofer Bar-Yosef et Naama Goren-Inbar. Ils remontent au Paléolithique inférieur (Pléistocène), soit à plus d'un million d'années. Le site a fourni des outils caractéristiques de l'industrie lithique de l'Acheuléen constituant des traces des premières migrations de l’Homo erectus hors d'Afrique « Galilee, Sea of », in Encyclopædia Britannica (lire en ligne)Ernest-Marie Laperrousaz, Robert Mantran, « Palestine », in Encyclopædia Universalis (lire en ligne).

Les vestiges du site préhistorique du Pont des Filles de Jacob (Gesher Bnot Ya'aqov), entre la Haute Galilée et le plateau du Golan, datés de , pourraient bien représenter la plus ancienne utilisation du feu documentéeNaama Goren-Inbar et al.: Evidence of Hominin Control of Fire at Gesher Benot Ya'aqov, Israel, in: Science, 304, Nr. 5671 (2004) 725–727.. Également étudié par Moshe Stekelis en 1960, il a révélé la présence d'une quantité importante de hachereaux et l'utilisation du basalte comme matière première, « La période de l'Homo habilis et de l'Homo erectus en Asie occidentale » in Histoire de l'humanité, , De la préhistoire aux débuts de la civilisation, UNESCO, Paris, Edicef, 2000, 1658 p. (lire en ligne p. 192-193).

D'autres fossiles découverts ont un âge estimé à environ . La fréquentation des grottes par l'homme semble commencer à l'acheuléen supérieur.

En est annoncée la découverte en Israël du plus ancien Homo sapiens hors d’Afrique qui serait vieux de .

Le fossile de l'« Homme de Galilée », du type Homo heidelbergensis, découvert en 1925 dans la grotte des Voleurs au-dessus du Wadi Amud par Francis Turville-Petre, date d'environ . L'original est conservé au musée Rockefeller, un moulage est exposé au musée d'Israël.

Au Paléolithique moyen les Néandertaliens et les hommes anatomiquement modernes du Moustérien se trouvent simultanément en Palestine. Des vestiges de ces derniers sont découverts dans les grottes de Es Skhul et de Qafzeh et des fossiles associés à l'homme de Neandertal sont trouvés sur les sites de Tabun, et Kébara.

Es Skhul, l'une des quatre grottes de Nahal Me’arot sur le mont Carmel au sud d'Haïfa, est fouillé initialement sans résultat par Dorothy Garrod en 1928, puis par en 1931 et 1932, et fournit les restes d'une dizaine d'individus datés d'environ .

Qafzeh, à au sud de Nazareth en Galilée dans le nord d'Israël, est découvert en 1933 par René Neuville et fouillé entre 1965 et 1979 par Bernard Vandermeersch rejoint par Ofer Bar-Yosef. Le site livre un nombre important de sépultures datées d'environ .

La grotte de Tabun, autre grotte du Nahal Me’arot, est découverte et fouillée par Dorothy Garrod de 1929 à 1934. Arthur Jelinek dirige entre 1967 et 1972 les fouilles des couches inférieures attribuées au complexe Acheuléo-Yabrudien. Elles sont à nouveau examinées dans les années 1990 par . Les couches moustériennes révèlent la sépulture d'une femme de Neandertal datée d'environ conservée au musée d'histoire naturelle de Londres.

Outre la grotte des Voleurs, le Nahal Amud recèle d'autres grottes, notamment la dans laquelle l'équipe des archéologues japonais Hisashi Suzuki et Fuyuji Takai a découvert au cours des années 1960 de nombreux vestiges de la culture moustérienne et notamment la sépulture d'un Homme de Néandertal d'environ , à la capacité crânienne de et qui aurait atteint .

La grotte de Kébara se trouve sur le versant ouest du mont Carmel, dans la réserve du à proximité de Zikhron Yaakov, à une dizaine de kilomètres au nord-est de Césarée. Elle est découverte par Moshe Stekelis en 1929 et fouillée par Dorothy Garrod et Francis Turville-Petre dès le début des années 1930. Les résultats les plus significatifs sont obtenus par l'équipe franco-israélienne de Bernard Vandermeersch et d'Ofer Bar-Yosef en 1983 avec la découverte de « Moshe », le squelette de néandertalien le plus complet trouvé à ce jour, datant d'environ et associé à l'industrie moustérienne. Selon Vandermeersch et Bar-Yosef, les néandertaliens de Kébara seraient venus d'Europe.

Avec la couche suivante débutent l'Aurignacien, le Kébarien (épipaléolithique) et le Natoufien.

Épipaléolithique vignette|Extension de la culture natoufienne. Entre le et le se développe, sur le territoire actuel du Liban, de la Palestine, d'Israël et du Sinaï, la culture natoufienne, la première à expérimenter le mode de vie sédentaire, dont on retrouve les vestigesHistoire de l'humanité, T. 1, De la Préhistoire aux débuts de la civilisation, Éditions UNESCO, 2000, pp. 611-623 et pp. 1029-1035. ..

Néolithique (-8300 à -4800) vignette|Répartition des sites de céramique du Néolithique dans le Levant sud. Dès le , des peuplades néolithiques domestiquent des plantes et des animaux, se sédentarisent et pratiquent l’agriculture et l’élevage. Vers avant l'ère commune, l'outillage en os paraît prendre une réelle importance et le mobilier en pierre un essor caractéristique. À cette période, les conditions climatiques sont favorables (plus de précipitations et températures moins élevées).

Dès le , la ville de Jéricho (Er Riha), constitue une des plus anciennes cités du monde. On estime que cette époque coïncide avec les premières cités constituées.

Au cours du dernier quart du , la céramique fait son apparition, ainsi que d'autres formes d’artisanat.

Le Proche Orient du est mal connue. On suppose des déplacements de populations qui peuvent être dus à des variations climatiques. Les reliefs et la région côtière sont occupés par une civilisation à caractère forestier comme en témoigne la prédominance des instruments destinés au travail du bois.

Chalcolithique (-4300 à -3300) Cette période est marquée par la culture ghassulienne, nommée d'après Teleilat Ghassul (~). La nécropole d'Adeimeh, à de Teleilat Ghassul, montre plusieurs formes de tombes, dont des dolmens et des cairn circulaires. Dans la plaine côtière (à Azor) on a découvert des ossuaires et des poteries ayant souvent la forme d'habitations. Cette culture pourrait être indigène, mais montre des similitudes avec celles de Byblos et Ougarit, ainsi qu'avec l'Égypte du .

Cette période est marquée par l'utilisation importante du cuivre, comme le démontre la découverte de nombreux objets à Nahal Mishmar. Des habits trouvés dans la grotte démontrent une réelle compétence technologique dans la confection de vêtements en lin. Près de Beer-Sheva, de nombreuses statuettes d'ivoire fabriquées localement présentent quelques similitudes avec celles des cultures Badarian et Amratian en Égypte. On voit alors apparaître des structures techno-économiques adaptées aux régions sèches : y vivent de petites collectivités vivant de la culture de céréales et de l'élevage du gros et du petit bétail.

Les échanges qui débutent entre la Palestine et l'Égypte, à travers le désert du Sinaï, vers la fin du prennent de l'ampleur grâce à l'utilisation des bovidés comme animaux de bât, capables de franchir les quelque de quasi-désert séparant le sud palestinien du delta égyptien. Dès lors, la Palestine joue le rôle de zone de passage où se croisent les influences, et souvent les armes, des grands empires d'Égypte et du Proche-Orient asiatique.

Vers la fin du la civilisation des agriculteurs-éleveurs disparaît sans raison apparente. Les sites de cette époque sont abandonnés. Il est difficile d'établir des liens avec la formation de la civilisation cananéenne du .

Haute Antiquité Le est celui de la civilisation cananéenne qui s'étend au-delà de la fin de la préhistoire. Bien que l'écriture n'apparaisse pas dans la région avant la seconde moitié du , compte tenu de l'état de surproduction, de centralisation et de redistribution des surplus alimentaires, il est généralement considéré par les historiens que ce nouvel ordre économique, social et politique marque l'entrée de Canaan dans l'histoire, soit dans le courant du . Par les échanges avec l’Égypte, la région se développe et s’enrichit, se spécialise dans le commerce de la céramique et de nombreuses constructions voient le jour. La civilisation cananéenne est organisée sur un système de cités-États, fruits d'une osmose entre agriculteurs sédentaires et pasteurs semi-nomades. De nombreuses villes cananéennes se développent et se fortifient.

Les historiens considèrent généralement que la période cananéenne s'étale du début du à la fin du .

Âge du bronze ancien (-3300 à -2200) Le Bronze ancien se décompose généralement en quatre périodes : Bronze ancien (-3300 à -2900) Bronze ancien (-2900 à -2600) Bronze ancien (-2600 à -2350) Bronze ancien (-2350 à -2200)

Ce sous-découpage est essentiellement basé sur la chronologie égyptienne, les artéfacts archéologiques permettant de lier les deux régions. Des variations d'un siècle selon les sources ne constituent pas des écarts significatifs. Le Bronze ancien correspond à la , le Bronze ancien à la , le Bronze ancien à la et , et le Bronze ancien à la .

Malgré le nom d'âge du bronze, le cuivre reste en usage dans la région. Kathleen Kenyon a proposé d'appeler cette période « période urbaine » car la fondation de villes constitue une innovation en Canaan, mis à part Jéricho qui existait déjà au néolithique précéramique.