vignette|Tentes des Enfants de Don Quichotte au bord du canal Saint-Martin, Paris.Le sans-abrisme désigne la situation d'une personne qui ne dispose pas d’un logement stable, sûr et convenable, ni avoir les moyens et la capacité de l’obtenir. Les personnes concernées, également appelées sans-domicile, sans-abri, itinérants, sans logis ou SDF (sans domicile fixe), résident et dorment dans des lieux non destinés à l'habitation : caves, parkings, refuges de fortune, véhicules, entrepôts, bâtiments techniques, parties communes d'immeubles, chantiers, stations de métro, gares, rues ou terrains vagues . Elles se déplacent généralement dans l'espace public. Elles peuvent être temporairement hébergées dans des structures d'urgence ou des foyers d'accueil. Cette situation s'accompagne fréquemment de pauvreté et se caractérise par un état de santé physique et mentale dégradé ainsi qu'une espérance de vie inférieure à celle de la population générale.
D'après les données de l'OCDE publiées en 2024, la France enregistre en 2022, 307 sans-abri pour 100 000 habitants, ce qui la place au deuxième rang des pays de l'OCDE derrière l'Angleterre, et bien au-delà de la Finlande et de la Grèce qui en comptent moins de 20 pour 100 000 en 2023. La Fondation pour le Logement des Défavorisés indique par ailleurs que ce chiffre a doublé en une décennie..
Droit au logement Il est inscrit dans la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, article 25 :
Définition Il n'existe pas dans le monde ni en France de définition consensuelle des personnes à la rue. L'Insee et la FEANTSA au travers de son référentiel ETHOS propose des définitions.
Définition de sans-domicile selon l'Insee vignette|Nombre de sans-abris par pays.
Dans le cadre de l'enquête auprès des personnes fréquentant les lieux d'hébergement ou de restauration gratuite, une personne est qualifiée de « sans-domicile » un jour donné si la nuit précédente elle a eu recours à un service d'hébergement ou si elle a dormi dans un lieu non prévu pour l'habitation (rue, abri de fortune).
Typologie européenne de l’exclusion liée au logement (ETHOS) Sans abri : Personnes vivant dans la rue ou en hébergement d’urgence Sans logement : Personnes en foyer d’hébergement pour personnes sans domicile, femme ou immigrés. Personnes sortant d’institutions ou bénéficiaires d’un accompagnement au logement à plus long terme Logement précaire : Personnes en habitat précaire. Personnes menacées d’expulsion ou menacées de violences domestiques Logement inadéquat : Personnes vivant dans des structures provisoires/ non conventionnelles, en logement indigne ou dans conditions de surpeuplement sévère.
Historique
Le vagabondage, pratique consistant à vivre sans domicile ni emploi fixe en errant de lieu en lieu, a connu une histoire mouvementée marquée par des perceptions et des traitements radicalement différents selon les époques. Contrairement au mendiant qui reste attaché à un territoire, le vagabond se caractérise par sa mobilité permanente et son absence d'attaches sociales reconnues.
Aux premiers temps de la chrétienté, certains moines vagabonds appelés gyrovagues parcouraient les routes, pratique que saint Benoît chercha à encadrer par sa règle monastique. Au Moyen Âge, les autorités urbaines peinaient à distinguer entre différentes catégories de pauvres : le « mendiant valide », capable de travailler, le « pauvre honteux », issu de familles déchues, et les « oyseux » vivant d'aumônes. Cette confusion administrative reflétait déjà une volonté de contrôle social.
La criminalisation du vagabondage s'amorce en France dès le . L'ordonnance de Jean II le Bon en 1351 établit des conditions strictes pour l'octroi de l'aumône, marquant le début d'une répression systématique. Juridiquement, le vagabond devient celui qui ne possède ni passeport ni certificat d'identité, qui ne peut être « avoué » par personne, tel qu'un curé de paroisse. Les documents d'identité deviennent ainsi des instruments de contrôle des populations mobiles.
Sous l'Ancien Régime, l'augmentation de la pauvreté entraîne une multiplication des vagabonds dans les grandes villes. Le pouvoir royal réagit au par une politique d'enfermement massif dans les hôpitaux généraux, politique d'internement forcé qui s'étend à l'ensemble de l'Europe. Cette approche répressive culmine au avec l'image dominante du vagabond dangereux, bien que des œuvres caritatives privées tentent d'apporter une assistance sociale.
La fin du voit émerger en France une nouvelle catégorie : les « sans-abri », considérés comme des assistés légitimes et accueillis dans des asiles de nuit. Le milieu du marque un tournant avec l'apparition d'une image plus romantique du clochard ayant choisi sa liberté, incarnée par des figures comme Gandhi, Nietzsche ou Lanza del Vasto, philosophes-vagabonds dont les pérégrinations ont nourri leurs œuvres.
Cette vision bienveillante s'estompe à la fin du siècle avec la multiplication des SDF, révélant les limites de la société moderne face à l'exclusion. En France, le délit de vagabondage, inscrit aux articles 269 à 273 du Code pénal de 1810, n'est finalement abrogé qu'en , la loi entrant en vigueur le , mettant fin à près de deux siècles de répression légale.
Caractéristiques vignette|redresse|La proportion de femmes et d'hommes chez les sans-abri varie considérablement selon les pays. vignette|redresse|Enfant sans abri à Salvador de Bahia.
Problématique Le problème fondamental du sans-abrisme est le besoin d'un abri, de chaleur et de sécurité. Parmi les autres difficultés, on peut citer : L'hygiène et les installations sanitaires L'hostilité du public et les lois contre le vagabondage urbain Le lavage et le séchage des vêtements L'accès à la nourriture (obtention, préparation et conservation) Le maintien du contact avec les amis, la famille et les services sociaux en l'absence de domicile fixe Les problèmes de santé, notamment ceux causés par le sans-abrisme (par exemple, l'hypothermie ou les engelures dues au fait de dormir dehors par temps froid), ou aggravés par le manque d'accès aux soins (par exemple, les problèmes de santé mentale et l'absence d'endroit pour conserver les médicaments sur ordonnance) La sécurité personnelle, le calme et l'intimité, en particulier pour dormir, se laver et effectuer d'autres soins d'hygiène La sécurité des affaires personnelles (lits, vêtements, etc.), qui peuvent nécessiter un transport permanent
Les personnes sans domicile fixe sont confrontées à de nombreux problèmes, au-delà de l'absence d'un logement sûr et convenable. Ils sont souvent confrontés à un accès réduit aux services publics et privés ainsi qu'aux biens de première nécessité : Rejet ou discrimination généralisée Risque accru de violence et de maltraitance Accès limité à l'éducation Rupture des liens sociaux Inaptitude perçue à l'emploi Accès réduit aux services bancaires Accès réduit aux technologies de communication Accès réduit aux soins de santé et aux soins dentaires Ciblage par les municipalités visant à les exclure de l'espace public Conséquences d'une architecture hostile Difficultés à établir une relation de confiance avec les services, les systèmes et autrui ; aggravation des difficultés préexistantes d'accès à l'aide et de sortie du sans-abrisme, particulièrement présentes chez les sans-abri chroniques. Les statistiques des vingt dernières années en Écosse montrent que la principale cause du sans-abrisme est la rupture des liens sociaux sous diverses formes.
Sociologie Marie Loison-Leruste souligne que les sans-abris « habitent » littéralement la rue, y déploient un ensemble de tactiques pour établir leur identité socialeMarie Loison-Leruste Habiter à côté des SDF. Représentations et attitudes face à la pauvreté (Éditions L'Harmattan, 2014).. La socialisation collective dans une ville moyenne est plus développée qu’on ne le pense habituellement : Thibaut Besozzi note que la rue constitue un véritable monde social où le sans-abri développe une "carrière de survie"Thibaut Besozzi. La rue à l’équilibre. Étude de sociologie urbaine sur la marginalité (Éditions Champ Social, 2020).faite de routines et de savoir-faire qui lui permettent de stabiliser progressivement son existence dans cette réalité marginalisée. Cela passe par un véritable apprentissage et implique le développement d'une compétence propre à ce monde qui peut aboutir paradoxalement à ce qu'un parcours de réinsertion apparaisse comme une prise de risque, un danger en soi. Pascale PichonPascale Pichon. S'en sortir. Accompagnement sociologique à l'autobiographie d'un ancien sans domicile fixe (Éditions de l'Université de Saint-Étienne, 2007).note toutefois que « la rue use », provoquant une dégradation progressive, notamment de la santé.
Santé et hébergement vignette|gauche|redresse|Une sans-abri à Washington.
Les sans-abri sont aussi parmi les plus vulnérables, exposés à de nombreux risques sanitaires ; ils sont . Plus de 30 % des sans-abris ont au moins une pathologie mentale grave.
En France, les « lits halte soins santé » sont des structures d'hébergement temporaires qui s'adressent aux personnes sans domicile fixe, sans distinction de trouble pathologique, quelle que soit leur situation administrative, et dont l'état de santé nécessite une prise en charge sanitaire (hors soins nécessitant une hospitalisation) et un accompagnement social. Dans ce pays, cependant, plus d'un SDF sur deux se dit en bonne santé et la possibilité d''accès au soin demeure relativement préservé.
En 2017, le gouvernement français annonce un plan quinquennal pour le «Logement d'abord». Le plan développe peu de moyens de nouveaux, l’État jouant avant tout un rôle de facilitateur. Ce plan est mis en œuvre par la Dihal (délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement des personnes sans abri ou mal logées)..
En 2024, le gouvernement affirme que la France dispose de 200 000 places d’hébergement pour les sans-abris. Néanmoins, le SAMU social constate l’incapacité chronique des politiques publiques à répondre à la demande d’hébergements des sans-abris.
Hygiène vignette|droite|Sans-abri à Charleroi.
L'accès a l'hygiène varie selon les situations : certains utilisent des douches mises à disposition par des institutions ou des connaissances. Les personnes sans-abri ont la possibilité de laver leurs habits grâce à des machines à laver mises à leur disposition dans les centres d'hébergement. Ils peuvent se procurer des vêtements par l'intermédiaire d'œuvres caritatives qui achètent des vêtements sur leurs fonds propres ou des habits d'occasion ou neufs donnés par des particuliers, des associations ou des entreprises. L'habillement n'a plus de fonction sociale mais constitue le seul rempart contre les aléas climatiques. Les vêtements peuvent être la source de différents maux, s'ils ne sont pas lavés régulièrement. Certaines associations humanitaires sont spécialement destinées aux besoins entourant les femmes sans-abri, notamment en termes de menstruations ou de grossesse.
vignette|Sans domicile fixe dans une rue de Rennes.
Relations humaines vignette|Portrait d'un sans-abri.
Emmaüs Solidarité fournit aux sans-abri un service mobile, la maraude socialeGrésillon, E., & Kneur, O. La vie en marge des SDF: un autre mode d'habiter urbain. La-vie-en-marge-des-SDF-parisiens-un-autre-mode-dhabiter-lurbain.pdf, consistant à aller à leur rencontre.