Un morey-saint-denis est un vin français d'appellation d'origine contrôlée produit sur une partie de la commune de Morey-Saint-Denis, dans le département de la Côte-d'Or. Il fait partie des appellations communales du vignoble de la côte de Nuits, situé entre les aires de production du gevrey-chambertin au nord et du chambolle-musigny au sud.

Cette appellation produit essentiellement en rouge à partir de pinot noir N et un peu moins de la moitié des vignes (42 % en 2023) de l'appellation est classée comme premiers crus. La réputation de grande qualité du morey-saint-denis s'est construite notamment grâce à la présente sur son aire d'appellation des grands crus que sont (du nord au sud) le clos de la Roche, le clos Saint-Denis, le clos des Lambrays, le clos de Tart et les Bonnes-Mares (ce dernier étant principalement située sur la commune de Chambolle-Musigny), produisant des AOC disposant chacune de son propre cahier des charges. Une petite partie du vignoble (4 % en 2023) est consacrée au vin blanc.

Histoire Si la production du vin est prouvée sur la commune voisine de Gevrey depuis la période romaine, si les clos viticoles sont attestés à Morey au milieu de la période médiévale, il faut attendre le pour que les vins portant le nom de morey puis de morey-saint-denis gagnent en notoriété, homologué par le , texte ..

Implantation de la vigne En fonction des historiens consultés, la viticulture bourguignonne remonterait à la période romaine ; réimpression en fac-similé chez CNRS Éditions en 2010 ., voire à celle des Gaulois (au avant notre ère).. Les sources antiques sont imprécises : l'édit de l'empereur romain Domitien en 92 de notre ère interdit la plantation de nouvelles vignes hors d'Italie et ordonne d'arracher une partie des vignes en Gaule lyonnaise, aquitaine et narbonnaise afin de limiter la concurrence et de favoriser la production de céréales. Les effets de cet édit sont inconnus, ces vignobles sont supposés avoir survécu.. Puis Probus annula cet édit en 280. En 312, Eumène rédigea la première description du vignoble de la côte d'Or, appelé alors le ., essentiellement sur le territoire des Éduens.

Les fouilles archéologiques du fournissent quelques précisions sur le : d'abord la production d'amphores vinaires (de type « gauloise 4 ») à partir de l'an 60 à Gueugnon. et à Chalon-sur-Saône. ; ensuite la mise au jour de serpettes à vendanger datant de l'Empire romain, de villas à « descentes de caves » pour les barriques à Brognon (La Rente de Mars, maintenant sous l'aire d'autoroute de Dijon-Spoy) et à Rouvres-en-Plaine (Derrière le Vau), ainsi que de la villa à pressoir des Tuillières à Selongey (Carte archéologique de la Gaule, 21/1). ; enfin la fouille du lieu-dit « Au-dessus de Bergis » à Gevrey-Chambertin en 2008-2009, interprétée comme étant les restes d'une vigne en pergolette sur plaine argileuse.. Ce vignoble de plaine se serait implanté sur le coteau seulement à partir du haut Moyen Âge, avec aménagement progressif d'un parcellaire délimité par des haies, des murs, des murgers, des terrasses et des chemins..

Développement du vignoble Durant le Moyen Âge, le christianisme favorise l'extension de la vigne par la création de domaines viticoles par les institutions ecclésiastiques.. Le vignoble du clos Saint-Denis est créé au par les chanoines de Saint-Denis de Vergy (dont le chapitre est fondé en 1023), avec sa première citation en 1367 ; le clos de Tart doit son nom aux moniales bernardines de l'abbaye Notre-Dame de Tart (à Tart-l'Abbaye, maison-mère de l'ordre féminin cistercien fondée en 1132) qui l'achète en 1141 aux hospitaliers de Brochon.. En 1120, Savaric de Vergy donne à l'abbaye de Cîteaux une partie de sa seigneurie de la (Moreium en 1187, ce qui a donné Morey), .. L'origine du clos des Lambrays remonterait à 1365.. Le clos de la Bussière doit son nom à son propriétaire médiéval, l'abbaye cistercienne homonyme (à La Bussière-sur-Ouche).

vignette|150px|Philippe II le Hardi. En août 1395, le duc de Bourgogne Philippe le Hardi décida d'améliorer la qualité des vins et interdit la culture du gamay au profit du pinot noir sur ses terres. : cet ordre est renouvelé plusieurs fois, ce qui fait douter de son efficacité. En 1422, d'après les archives, les vendanges eurent lieu en côte de Nuits au mois d'août.. Après la mort de Charles le Téméraire en 1477, le vignoble de Bourgogne fut rattaché à la France, sous le règne de Louis XI.

À la fin du et au , la façon de faire le vin rouge évolue vers des cuvaisons plus longues, des vins plus colorés et corpulents, les élevages s'allongent, d'où des mises en vente qui se décalent de novembre jusqu'à février. En 1636, le village de Morey est complètement incendié lors de la guerre de Trente Ans.. En 1700, l'intendant Ferrand rédigea un Mémoire de la Bourgogne pour l'instruction du dauphin Louis (qui avait le titre de duc de Bourgogne ; c'est le petit-fils de Louis XIV et le père de Louis XV), indiquant que dans le duché les vins les meilleurs provenaient des , et . Six exemplaires sont conservés à la bibliothèque municipale de Dijon, sous les cotes ms 724, 725, 726, 792, 1051 et 1064 ; il a été réédité et analysé : .. En 1778, Claude Courtépée et Edme Beguillet mentionnent rapidement dans leur ouvrage que Morey produit alors des , ..

vignette|Carte d'une partie du vignoble de la côte de Nuits, entre la « montagne » (à l'ouest, ici en haut) et la plaine (à l'est, en bas), montrant la portion entre le clos de Vougeot (au sud, à gauche) et Chambertin (au nord, à droite), Morey étant au milieu, .. Durant la Révolution française, les propriétés ecclésiastiques et nobles sont saisies comme biens nationaux et revendues : la famille Marey-Monge (le négociant et député Nicolas-Joseph Marey était le gendre du mathématicien Gaspard Monge, qui vint régulièrement à Morey) acheta ainsi en 1791 le clos de Tart et le cellier des Bernardines. ; en 1810 s'y rajoute l'ancien domaine des Pelletier de Cléry et des Croonembourg.. En 1804, la promulgation du Code civil généralise le partage entre les héritiers, ce qui entraine un lent morcellement des propriétés. Les vins de Morey sont jusqu'au milieu du (jusqu'à ce que les appellations soient protégées) achetés par les différents négociants de Nuits ou de Beaune pour être assemblés avec les vins de Chambolle ou de Gevrey et être vendus sous ces noms plus connus.. En 1816, André Jullien dans sa Topographie de tous les vignobles connus cite des crus de Morey parmi sa première classe, mais les présente comme inférieurs à la Romanée-Conti, au Chambertin, au Richebourg, au Clos-Vougeot, à , la Tâche et au Saint-George :

vignette|upright=1.5|Plan des climats de Morey selon le classement de 1861 (reprenant la carte de 1855) : la première classe de vins en rose, la deuxième classe en jaune, la troisième classe en vert ; les vignes à l'est de la route ne sont pas classées. La classement a évolué depuisJules Lavalle, Plan statistique des vignobles produisant les grands vins de Bourgogne, folio 57, .. Dans les décennies 1830 et 1840, la pyrale survient et attaque les feuilles de la vigne. Elle est suivie à partir de 1850 d'une maladie cryptogamique, l'oïdium., un champignon qui se développe sur les feuilles : les viticulteurs luttent contre lui en aspergeant les vignes de soufre utilisé contre fongicide (soufrage). En 1831, la superficie du vignoble du village de Morey est d'environ et l'encépagement dominé par le gamay à 85 %, ..

En 1855, l'ouvrage de Jean Lavalle, Émile Delarue et Joseph Garnier indique qu'.. Sont classés comme « tête de cuvée » Clos de Tart ; comme « première cuvée » Bonnes-Mares, les Lambrays et Clos de Laroche ; comme « deuxième cuvée » Clos Saint-Denis, Maison-Brulée, Chabiots, Fremières, Mochants et Faconnières ; comme « troisième cuvée » Meix-Rentier, Clos Bolet, Godelles, les Crais, Millandes, Calouères, la Bussière, la Ruotte et Chenevery ; comme « quatrième cuvée » les Larrays, Bouchots, bas de Côte-Rôtie, le Bas des Chaffots, Froichots, Ruchots, les Sorbets, Clos Sorbet, Blanchard, Charrières, Clos des Ormes, Aux Chezeaux, Bas-Chenevary, Clos Solin, Très-Girard, Sionnières et les Pourroux.

Le classement du Comité d'agriculture de 1861 met la moitié des de de Morey en première classe (, correspondant aux grands crus actuels, mais incluant aussi les Charmes, les Charrières, les Faconnières, les Millandes, la moitié haute des Chenevery, du clos des Ormes et des Cheseaux, ainsi que la moitié basse des Larrets), en deuxième classe (les premiers crus actuels, ainsi que la Rue de Vergy, toutes les Genavrières et la moitié haute des Blanchards) et en troisième classe (l'appellation communale, en bas, bordant la D974), ..

En 1832, la liaison entre le vignoble de Bourgogne et son principal marché (Paris) s'améliore avec l'ouverture du canal de Bourgogne. ; puis en 1849 avec l'inauguration de la ligne de chemin de fer desservant Chagny et remontant vers Dijon en suivant le pied de la côte. Mais l'extension du réseau encore plus loin vers le sud (la ligne PLM) met à mal pendant la seconde moitié du la partie du vignoble de Bourgogne qui produisait des vins de consommation courante (produits en général avec du gamay) : ces vins entrent en concurrence avec ceux des autres vignobles, notamment ceux de la plaine du Languedoc et d'Algérie, moins chers, plus foncés et plus alcoolisés. Le millésime 1865 a donné des vins aux teneurs naturelles en sucres très élevées et des vendanges assez précoces. Puis arrive le phylloxéra, un puceron venu d'Amérique du Nord, qui touche la Côte-d'Or à partir de 1878 (repéré à Meursault, puis la même année au jardin botanique de Dijon et à Norges-la-Ville), se répandant ensuite, entraînant à terme la mort de la totalité des vignes. La seule parade trouvée fut de replanter avec greffage sur des pieds américains, autorisé en Bourgogne à partir de 1887.. En 1878, une nouvelle maladie cryptogamique, le mildiou, est identifiée dans le Bordelais, venant elle-aussi d'Amérique du Nord et contaminant rapidement tous les vignobles européens ; le traitement avec du sulfate de cuivre (la bouillie bordelaise) est proposé en 1885. Enfin, en 1886, c'est au tour du black rot (la pourriture noire) d'arriver ( de la Société française de phytopathologie, « Les Vendanges du Savoir » le 20 mai 2025 à Talence)., traité au fongicide. La crise phylloxérique transforme le vignoble : le provignage est abandonné, les plantations sont faites en rangs avec désormais un palissage sur fils de fer, et non plus en foule sur piquets., d'où une densité plus faible, et la possibilité d'y faire passer un cheval (pour traiter et labourer).

Le mildiou provoqua un désastre considérable en 1910. Une cave coopérative est fondée à Morey en 1911 sous le nom de « Cave coopérative des vins fins », puis une seconde en 1914 appelée l'« Union des propriétaires de vins fins » (ce qui n'est pas si rare à ce moment-là en côte de Nuits : Chambolle puis Brochon ouvrent la leur en 1911, Gevrey et Nuits en 1912 ; la côte de Beaune est plus tardive avec Pommard en 1920 et Beaune en 1957).. La création des appellations d'origine par la loi du oblige les producteurs et le commerce à donner aux vins des noms conformes à leur origineLoi du 6 mai 1919 relative à la protection des appellations d'origine, publiée au Journal officiel du 8 mai 1919 page 4726., ce qui entraine la limitation par décision de justice du . de l'appellation bourgogne (qu'on pouvait compléter d'un nom de commune) aux seuls vins réalisés avec du pinot noir ou du chardonnay, rejetant le gamay, l'aligoté et les hybrides considérés comme de moindre qualité.