La finance d'entreprise ou gestion financière, est le champ de la finance relatif aux décisions financières des entreprises. Son objet essentiel est l’analyse et la « maximisation de la valeur de la firme pour ses actionnaires envisagée sur une longue période » James C. Van Horne, « Gestion et Politique financière » T1, Dunod Paris 1972. En termes plus précis, l'enjeu consiste à optimiser la valeur de la séquence des profits monétaires futurs (relativement à un horizon de référence) sous la contrainte de la limitation des risques courus. Elle est, aux côtés de la finance publique et de la finance privée, l’un des trois grands domaines de la finance. Historiquement sa pratique est étroitement associée au recours au financement bancaire et de plus en plus à celui du financement de marché.
La pratique de la finance d’entreprise relève donc à la fois d'une vision externe à la firme (celles des prêteurs, des investisseurs ou des intermédiaires comme les banques d’investissement) et d'une vision interne à la firme (celle des dirigeants dont les décisions de gestion interne conditionnent sa valeur financière).
Les principales problématiques traitées dans le cadre de la finance d’entreprise sontJC Van Horne, op. cit. : la décision d'investissement, et particulièrement la façon d'évaluer la pertinence et le rendement prévisibles des décisions d’investissement ; la décision de financement, c'est-à-dire l'optimisation de la structure financière des firmes et les voies d'amélioration des conditions de leur financement ; la politique de rémunération des apporteurs de capitaux, soit concrètement et le plus souvent la conduite à tenir en matière de distribution des dividendes.
Aperçu rétrospectif James C. Van Horne (1972) explique Gestion et politique financière, T1, Dunod Paris 1972, que la gestion financière apparaît au début du comme un domaine d'étude distinct de la science économique mais se limite aux instruments, aux institutions et aux aspects procéduriers des marchés de Capitaux. L'époque est marquée par les fusions d'entreprises dont celle de l'« US Steel Corporation » en 1900 est la plus emblématique. Ces affaires provoquent l'émission de quantités énormes d'actions et d'obligations et suscitent un grand intérêt chez les analystes sur toutes les questions ayant trait aux regroupements et fusions d'entreprises. Dans leur forme et leur contenu, les données comptables ou financières demeurent embryonnaires.
Dans les années 1920, les innovations technologiques et les nouvelles industries conduisent à se préoccuper du financement de la firme et des questions de liquiditéEzra Salomon « What should we teach in a course in business finance ? », Journal of Finance, XXI, mai 1966 411-415J. Fred Weston « The scope and methodology of finance», Englewood Cliffs, NJ Prentice Hall 1966, Chap 2. La description du financement externe occulte les aspects de gestion interne. Le rôle et la fonction du banquier d'affaires sont particulièrement étudiés.
Durant la dépression des années 1930, la réflexion financière est marquée par les nécessités de survie : L'attention se porte sur la préservation de la liquidité, la faillite, la liquidation et la restructuration des organisations. Les questions traitant de la solidité de la structure financière des firmes sont particulièrement à l'ordre du jour. Les questions ayant trait à la réglementation et au contrôle croissant des autorités publiques ne tardent pas à suivre. Les conséquences en furent l’augmentation de la quantité et de la qualité de l'information financière diffusée par les entreprises, une meilleure compréhension de l'objet de l'analyse financière en général ainsi que l'introduction de l'analyse comparative entre firmes quant à leur financement et à leur rendement.
Pendant les années 1940 et le début des années 1950, l'angle d'analyse prédominant est celui de l'analyste extérieur (prêteur ou investisseur) qui n'accorde que peu d'intérêt aux processus de décisions internes de la firme. Cependant ce point de vue va évoluer avec l'introduction de l'analyse des cash-flows et la question de leur contrôle interne.
Vers le milieu des années 1950, la notion de budget d'investissement (capital budgeting) inaugure une série de développements et de techniques qui fournissent les bases de la théorie et de la pratique financière actuelles. La nécessité de sélectionner les investissements est à la source de la théorie de l'affectation efficiente du capital. Le responsable financier de l'organisation se trouve dès lors investi de la « totalité des fonds engagés dans des actifs et de l'affectation du capital aux actifs les plus pertinents sur la base des critères de choix appropriés et objectifs »James C. Van Horne, op. cit..
Désormais la question de l'évaluation de la firme et celle des décisions internes qui la modifient sont indissolublement liées. Pour y répondre le recours à l'usage des prévisions, l'appréciation critique de la structure du capital, la prise en compte de la politique de distribution des dividendes deviennent incontournables. On assiste alors à la formalisation d'une théorie intégrale de la financeF et V Lutz « The theory of investment of the firm » Princeton University Press , 1951Joel Dean « Capital Budgeting », Columbia University Press, 1951.
À partir des années 1960, La finance tire ensuite un large bénéfice de l'usage des nouveaux systèmes d'information résultant de l'introduction de l'informatique dans les organisations : Le traitement des données s'effectue de manière plus rapide et facilite les opérations de consolidation et ouvre la porte aux pratiques de simulation.
Finalement, le domaine de la finance d'entreprise initialement limité à l'analyse externe de la firme et la collecte des fonds s'est ouvert vers des problématique plus larges : Gestion des actifs, affectation des ressources, estimation de la valeur de la firme, prise de la décision, qualité du contrôle interne.
Vision financière et Objectif de la firme En pratique, aucune vision financière n'est praticable sans explicitation de la finalité de l'organisation concernée. Selon James C. Van Horne«Gestion et Politique financière T1», , op. cit. : « Nous supposons que l'objectif de la firme est de maximiser sa valeur pour ses actionnaires. Cette valeur est représentée par le cours de bourse de l'action ordinaire de la société “sur une longue période”. Ce cours reflète les décisions d'investissement, de financement et de distribution de dividendes de la firme. Par longue période nous entendons une période assez longue pour que nous puissions travailler avec un cours moyen ou ajusté. Les responsables ne peuvent pas prendre de décisions sur la base de fluctuations au jour le jour du cours de l'action. Au surplus, ils pourraient prendre des décisions qui redresseraient le cours (...) sur une courte période aux dépens de celui d'une longue période... ».
Objectif de maximisation du profit ou de la richesse de l'actionnaire ? Souvent la maximisation du profit est considérée comme l'objectif ultime de la firme. Cette conception ne garantit nullement l'optimisation sur le long terme du cours de l'action. En réalité cette vision « instantanée » ne prend pas en compte la durabilité des actions décidées, ni l'échelonnement dans le temps des flux de revenus attendus, ni le risque d'incertitude pesant sur les flux à venir, ni la politique de distribution des dividendes.
Par contre le cours de l'action est censé représenter « le point de vue de tous les participants d'un marché sur la valeur d'une firme. Il prend en compte les bénéfices présents et futurs attendus par action, l'échelonnement et le risque de ces bénéfices, la politique de distribution des dividendes et tout autre facteur qui peut exercer une influence sur le cours de l'action. Le cours boursier sert d'indicateur de performance (...) de la firme. Il indique si la direction se comporte bien en faveur de ses actionnaires et marque que celle-ci est soumise à critique de façon constante »JC Van Horne, op. cit. .
Vision des actionnaires et vision des dirigeants Cependant, quand les rôles de gestion et le contrôle effectifs d'une firme se trouvent être distincts de ceux qui en ont la possession, les dirigeants peuvent ne pas toujours agir au mieux des intérêts de leurs actionnairesGordon Donaldson « Financial goals : Management vs Stockholders » Harvard Business review (mai-juin 1963) : « Ceux-ci donnent satisfaction plutôt qu'ils ne maximisent. Ils peuvent se contenter de “ bien s'en tirer ” et d'obtenir un niveau de croissance acceptable, étant plus préoccupés de perpétuer leur propre existence que de maximiser la valeur de la firme à long terme pour les actionnaires ». C'est pourquoi le principe de la maximisation de la richesse pour les actionnaires demeure le guide approprié pour « indiquer ce que la firme devrait faire ». Le fait que les dirigeants n'aillent pas suffisamment dans ce sens représente un coût mesuré précisément entre la valeur effective de la firme et la valeur potentielle qui aurait résulté de l'application du principe de maximisation de cette valeur au profit des actionnaires.
Théorie de la finance d’entreprise
La théorie de la finance d’entreprise est un champ d’étude se rapprochant de la microéconomie vu qu’elle étudie les décisions optimales d’agents économiques supposés rationnels. Son objet principal est la définition d’un rapport optimal entre l’espérance d’une rentabilité financière et son incertitude, c’est-à-dire son risque.
L’intuition fondamentale liant risque et rentabilité est qu’un investisseur demandera une espérance de rentabilité plus forte pour un investissement dont le succès est plus incertain. Cette intuition est appuyée par une explication mathématique depuis la résolution du paradoxe de Saint-Pétersbourg par Daniel Bernoulli en 1738Daniel Bernoulli, Specimen Theoriae Novae de Mensura Sortis (Exposé d’une nouvelle théorie du risque), 1738.
Arbitrage risque-rentabilité
Rentabilité
+ Effet de levier et la rentabilité financière Capitaux propres 200 200 100 100 Dette 100 100 200 200 Chiffre d'affaires 150 135 150 135 - Charges -120 -120 -120 -120 = Résultat d'exploitation 30 15 30 15 - Intérêts (7 % de la dette) -7 -7 -14 -14 = Résultat avant impôt 23 8 16 1 - Impôt (33 %) -7,59 -2,64 -5,28 -0,33 = Résultat net 15,41 5,36 10,72 0,67 Rent. financière 7,7 % 2,7 % 10,7 % 0,7 %
L'analyse financière distingue deux notions de rentabilité, l'une dite économique, la seconde dite financière.
La rentabilité économique désigne le rapport du résultat d'exploitation de l’entreprise, affecté du taux de l’impôt sur les sociétés, sur son actif économique, c’est-à-dire l’ensemble des capitaux employés. Elle rapporte la richesse produite aux moyens capitalistiques engagés (immeubles, machines, brevets, besoin en fonds de roulement...). Elle permet de mesurer la capacité de l’entreprise à offrir un rendement à l'ensemble de ses sources de financement, créanciers et actionnaires. La rentabilité financière mesure le rapport entre le résultat net, c’est-à-dire après l’affectation du résultat financier et de l'impôt sur les sociétés, sur les seuls capitaux propres. Elle mesure la performance de l’entreprise revenant aux seuls actionnaires, une fois les créanciers et l'État servis.
En l’absence de dette, la rentabilité financière et la rentabilité économique sont égales. La dette a deux effets contradictoires sur la rentabilité financière dont la combinaison est appelée effet de levier et amplifie les variations de la rentabilité économique. La dette joue positivement en réduisant l'apport personnel des actionnaires et joue négativement en amputant la richesse produite des intérêts payés sur la dette. L'effet positif ne l'emporte que lorsque la rentabilité économique est supérieure au taux d'intérêt de la dette. L'effet de levier amplifie donc la qualité et la médiocrité des performances d'une entreprise.