Le Bretagne est un cuirassé français de la classe Bretagne, en service durant les Première et Seconde Guerre mondiale. Mis en service en 1915, il est coulé lors de l'attaque britannique sur Mers el-Kébir le , tuant 977 marins de son équipage.
Construction La classe Bretagne est issue de la loi-programme du . Le texte était ambitieux, qui visait à fixer la flotte à vingt-huit cuirassés, dix éclaireurs d’escadre, cinquante-deux torpilleurs dits de « haute mer », dix bâtiments pour divisions lointaines et quatre-vingt quatorze sous-marins.
À l'époque du vote de la loi, la France dispose d'une flotte de cuirassés non négligeable (dont douze cuirassés modernes : deux « classe République » ; quatre « classe Liberté » ; et six « classe Danton »), mais qui compte aussi des navires totalement dépassés, dont ceux issus programme naval de 1890, dit flotte d'échantillons. Ce programme naval avait le tort de fixer uniquement la composition de l'artillerie principale, la vitesse minimale et le déplacement maximal de . Le reste était laissé au gré de l'imagination des ingénieurs, ce qui a donné des bâtiments n'ayant pas la même coupe, la même propulsion, le même calibre d'artillerie secondaire, le même compartimentage ou le même blindage.
Cette absence de normes avait des conséquences désastreuses en termes d'entretien, d'approvisionnement ou même en ordre de bataille, avec des bâtiments parfois très différents, mais qui avaient en commun une mauvaise protection des œuvres vives. Ainsi, le Bouvet, issu du programme de 1890, chavirera et coulera en moins d'une minute, emportant la majeure partie de son équipage de , après avoir sauté sur une mine dans le détroit des Dardanelles le , lors de la bataille du même nom.
Cette flotte de cuirassés est donc assez disparate et est surtout quasiment rendue obsolète par l'entrée en service du britannique en 1906.
La France réagit tardivement à cette révolution, qui a conduit à une course à l'armement, et ce n'est qu'à l'occasion du programme naval de 1910 que la première classe de Dreadnoughts français est programmée, avec la classe Courbet, qui sera suivie par la Classe Bretagne, dont est issue la Bretagne.
Le pays est toutefois handicapé par le manque de formes de radoub de taille suffisante, les bassins Vauban de Toulon ne seront terminés qu'en 1927, ce qui va conduire à une reprise par les Classe Bretagne des coques des Classe Courbet, en vue de remplacer le Carnot, le Charles Martel, et la Liberté. Cela aboutit à des bâtiments de même dimension que ceux de la classe Courbet, avec un armement plus lourd, grâce à la puissance de dix canons de en tourelles jumelées. Deux tourelles tirent vers l'avant, deux vers l'arrière, et une au milieu, tire des deux côtés.
Historique
Pendant la guerre mondiale Le navire fut commandé le Jordan & Caresse, p. 162 et nommé en l'honneur de la région de BretagneSilverstone, p. 92. Le Bretagne a été mis en chantier le à l'Arsenal de Brest et lancé le . Il est armé le et mis en service dans la flotte le , mais ne participa à aucun combat pendant la Première Guerre mondiale, le conflit ayant évolué à partir de 1916 vers la lutte anti-sous-marine, mission pour laquelle il n’était pas adapté.
Le cuirassé est versé à l’effectif de la division de la escadre de l'Armée navale le , sous les ordres du vice-amiral Dominique-Marie Gauchet, commandant de l'escadre, le Jordan & Caresse, pp. 163, 244–245.
Le rôle de la marine française et donc du Bretagne, pendant cette période, a été d'empêcher la marine austro-hongroise de sortir de la mer adriatique, notamment par le barrage d'Otrante, une barrière érigée pour bloquer les U-boot allemands et austro-hongrois opérant en MéditerranéeHalpern, p. 19. Les Austro-Hongrois ne viendront jamais affronter la marine française et resteront, pour l'essentiel de la guerre, dans leurs ports. vignette|Artillerie principale de la Bretagne en action.
Il a également servi à intimider la Grèce qui faisait montre d'une certaine opposition envers les puissances alliées.
En pratique, le Bretagne ne quittera pas son port pendant toute l'année 1917, faute d'un approvisionnement suffisant en charbon à CorfouWhitley, pp. 42–43.
Après le remplacement de ses canons de modèle 1902 par une paire de canons de , modèle 1897, montés en anti-aérien, le cuirassé retrouvera son port d'attache de Toulon en 1918 immédiatement après la fin de la guerre.
Dans l'entre-deux guerres Après la guerre, alors que les heurts se multiplient sur le front est entre les forces alliées et la jeune URSS, une partie de la flotte française est touchée par des mutineries, d'inspiration communiste, dans un contexte particulier d'épuisement des troupes, après la fin de guerre mondiale. Le bâtiment semble avoir été épargné par les mutineries de la mer noire, notamment du fait de sa première refonte qui débute le .
Première refonte Cette premier refonte, qui intervient quatre ans seulement après l'entrée en service du bâtiment, pose la question de son adéquation par rapport aux nécessités de l'époque.
À cette occasion, l'élévation de son artillerie principale a été augmentée de 12° à 18° pour lui permettre d'engager des cibles à plus grande portée.
Les quatre canons de en casemate situés à l'avant du navire ont été supprimés, de même que les casemates, le constat ayant été fait qu'en dehors des périodes de beau temps, ces canons étaient constamment inutilisables à cause de la mer. Les canons anti-aériens de modèle 1897 ont été remplacés par quatre canons, de même calibre, modèle 1918, positionnés au milieu du navire.
Le mât de misaine a été remplacé par un mat tripode et son mat principal a été réduit pour permettre au cuirassé de déployer un ballon captif pour le réglage de son artillerie.
Il a également été installé une direction de tir Vickers équipée d'un télémètre en haut du nouveau mat tripode et de deux télémètres sur chaque côté de la superstructure pour les canons de . Il fut tenté d'installer des catapultes pour un avion de reconnaissance sur les tourelles et , mais leur emploi se révéla malaisé et elles seront retirées lors de la deuxième refonte.
La Bretagne, de retour au service actif en qualité de navire amiral de la flotte de Méditerranée, demeure au sein de la division de la escadre et participe, le à la revue navale au Havre, avec son sister ship la Provence et la France, en présence du Président de la république de l'époque, Alexandre Millerand.
De retour à Toulon en septembre de la même année, elle sert de cible au Lieutenant de Vaisseau Paul Teste pour une série d'entrainement de bombardement en piqué.
Toujours avec le cuirassé France, elle mène un exercice de tirs le , avec pour cible le cuirassé austro-hongrois SMS Prinz Eugen au sud de l'île de Porquerolles.
Le , la Bretagne, accompagnée de la France et du Paris entament une croisière dans les ports du golfe de Gascogne et de la Manche, à cette occasion, la France percute un récif qui n'était mentionné sur aucune carte et coule, son équipage étant secouru par les deux autres navires, à l'exception de trois marins.
Le , la Bretagne s'échoue dans le canal de Bizerte, sans dommages.
La Provence remplace la Bretagne en qualité de navire amiral le , alors que le cuirassé se prépare à sa deuxième refonte.
Deuxième refonte Le cuirassé fait l'objet d'une modernisation importante entre le et le .
Comme lors de la première refonte, il est procédé à la modification de son artillerie principale, pour augmenter l'élévation de 18° à 23°, ce qui lui permet d'atteindre une portée de . Elle reçoit, en outre, deux nouveaux télémètres pour sa DCA.
Une partie de son blindage avant est démontée afin d'alléger la proue et augmenter son franc-bord avant, alors qu'un groupe de chaudières au charbon est remplacé par des chaudières au mazout et que les catapultes installées sur les batteries principales sont démontées.
À la fin de sa refonte, la Bretagne a repris sa position de navire amiral de la flotte de Méditerranée et convoiera Georges Leygues, ministre de la marine, à Malte pour une visite officielle entre le et le .
Troisième refonte De nouvelles chaudières à mazout sont installées pendant cette modernisation qui va durer du au , elle verra également l'amélioration de la direction de tir et le remplacement du modèle Vickers par un système français Saint Chamond-Granat, ainsi que de tous les télémètres, à l'exception de ceux présents sur chacune des tourelles. Deux télémètres sont ajoutés au poste de contrôle des armements, un autre situé en haut du mât de misaine et un autre à la base du grand mât. Un télémètre est ajouté au poste de contrôle des armements pour mesurer la distance entre la cible et les gerbes. Un télémètre est placé sur la tourelle .
Le , la Bretagne participe, avec la Provence et le Paris à une revue de la flotte devant Gaston Doumergue, président de la République, pour célébrer le centenaire de la conquête de l'Algérie par la France.
Quatrième refonte Elle débute le pour s'achever le , aux chantiers de La Seyne-sur-Mer et marque la fin des dernières chaudières à charbon sur le bâtiment, qui sont remplacées par des chaudières à mazout plus récentes et plus compactes, ce qui permet de convertir la salle de chaudière en un réservoir à mazout. Les turbines Pearsons à engrenages sont installées en remplacement des turbines à haute pression.
Les quatre canons de situés à l'arrière sont supprimés, de même que leurs casemates, tandis que les quatre canons anti aériens de sont remplacés par huit canons du même calibre, modèle 1922. Les lance-torpilles sont également retirés, un nouveau poste de contrôle des armements est installé, ainsi que deux directeurs de tirs pour la DCA avec des télémètres .
La Bretagne rejoint la division de la escadre pour des manœuvres dans les Açores avec la Provence et la Lorraine à compter du , avant de retrouver son port d'attache de Brest le de la même année.
Après quelques modifications supplémentaires, incluant un remplacement de ses télémètres et de sa direction de tir, la division est transférée vers la flotte de la Méditerranée le .
La Seconde Guerre mondiale vignette|Artillerie principale de la Bretagne. Alors que la perspective de la guerre se fait de plus en plus certaine, la Bretagne est affectée le , avec la Lorraine à Toulon et rejoint la escadre de la flotte de la Méditerranée.
À cette époque, le cuirassé, en dépit de sa grande refonte de 1935, n'est pas en mesure de contrer les cuirassés de la class Littorio de la Regia Marina, lancés en 1937 et est surclassé sur tous les points, que ce soit au niveau de la vitesse ou de l'armement principal. Toutefois, l'Italie n'est pas encore entrée en guerre contre la France.
La Bretagne est donc engagée dans des missions d'escorte de convois entre Marseille, Ajaccio, Gibraltar et Oran, avant de se joindre à la force X, en , pour transporter un chargement d'or à Halifax. Le bâtiment revient ensuite en France, escortant des cargos apportant des avions de chasse vers Casablanca, puis vers Toulon.
Stationné à Oran à compter du , le cuirassé rejoint, avec la division, Alexandrie pour des exercices avec la Mediterranean Fleet.
Face à la prochaine déclaration de guerre de l'Italie à la France, le bâtiment regagne Mers el-Kébir avec la Provence le .
La bataille de Mers el-Kébir
Le contexte géopolitique et l'ultimatum des Britanniques À la suite de la capitulation du , la flotte française doit être désarmée, sous le contrôle des autorités allemandes et italiennes.