vignette|Le pharaon et ses attributs, la coiffe-némès, le pschent, la barbe postiche et l’uræus.

Les attributs du pharaon ou regalia pharaoniques sont les objets symboliques de la royauté de l'Égypte antique (couronnes, coiffes, sceptres). En usage entre 3150 et 30 , ces attributs sont propres aux pharaons mais aussi à certains dieux tels Atoum, Rê, Osiris ou Horus. Dans la mythologie égyptienne, ces puissants dieux sont en effet considérés comme les détenteurs originels du pouvoir royal et comme les premiers souverains de la vallée du Nil.

Successeur des dieux, le pharaon ne paraît jamais tête nue en public eu égard à sa fonction sacro-sainte. Dans l’iconographie égyptienne, les attributs royaux apparaissent dès l'aube de la civilisation. Déjà sous la , la couronne blanche de Haute-Égypte, en forme de mitre allongée, est portée très couramment par les souverains. Il en va de même pour la couronne rouge de Basse-Égypte, en forme de mortier, ainsi que pour la double-couronne pschent. Cette dernière s'adapte parfois à la coiffe-némès, un linge plissé et rayé. Plus tardive, la coiffe bleue khépresh est assez fréquente sous le Nouvel Empire. Puissant symbole de protection, le serpent-uræus ceint immanquablement le front royal en toute occasion.

Les sceptres sont d'autres symboles de domination. La crosse-héqa et le flagellum-nekhekh, aux aspects pastoralistes, démontrent que le pharaon est le berger de son peuple, le guidant et le protégeant.

Parmi les autres attributs figurent la queue de taureau fixée à l'arrière du pagne, la barbe cérémonielle, les sandales et l'étui-mekes.

Généralités vignette|alt=dessin coloré d'un roi et d'une reine|Représentation du pharaon et de son épouse. Copie d'une fresque de Deir el-Bahari, .

Pendant toute l'histoire de l'Égypte pharaonique, les couronnes, sceptres, cannes et autres accessoires royaux tels les écharpes, sandales, pagnes, ou barbe cérémonielle ont joué le double rôle de protection et de puissance. Très prosaïquement, ces objets ont servi à distinguer le pharaon des autres humains. Tous ces objets sacrés ont aussi conféré à leur détenteur une autorité civile en tant que commandant suprême de l'administration étatique, une autorité militaire en tant que chef des armées et une autorité religieuse en tant que représentant terrestre des dieux..

Chaque regalia est porteuse de sa propre signification symbolique. Chacune d'elles est une puissante amulette magique dont le rôle est de protéger le pharaon de tout danger et d'éloigner loin de lui les forces hostiles qui hantent l'univers (démons invisibles, rebelles égyptiens, pays ennemis)..

Certains de ces objets sont antérieurs à la fondation de l'État égyptien et sont déjà attestés durant la période prédynastique. D'autres se sont ajoutés sous la . Durant la , leurs fonctions se sont formalisées pour ne presque plus se modifier pendant les trois millénaires qu'a duré la royauté pharaonique..

Couronnes

vignette|gauche|alt=pharaon à genoux| couronné du pschent - - Nécropole thébaine.

Le pharaon partage avec les divinités majeures le privilège de porter des couronnes. Ces couvre-chefs sacrés sont multiples et variés et certains se présentent comme des compositions complexes qui mêlent cornes, hautes plumes et uræus (couronnes hemhem, atef, ourerèt, hénou, etc.).. Les trois couronnes royales sont les plus sobres. La couronne blanche est une sorte de mitre allongée terminée par un bulbe.. La couronne rouge ressemble à un mortier dont la partie arrière remonte vers le haut et qui est dotée d'une tige terminée en spirale ; la khabet.. Dès le cours de la , ces deux couronnes ont fini par représenter respectivement la royauté de la Haute-Égypte et celle de la Basse-Égypte. Symbole du Sud et non sans liens avec l'inondation annuelle du Nil, la couronne blanche est portée par la déesse vautour Nekhbet et par Osiris, le dieu assassiné dont les lymphes sont à l'origine de la crue nilotique. Symbole du Nord et du Delta du Nil, la couronne rouge est portée par la déesse serpent Ouadjet et la déesse guerrière Neith.

Emboîtées l'une dans l'autre, les couronnes blanche et rouge forment la double-couronne pa-sekhemty, « les Deux Puissantes », que les Grecs par déformation linguistique ont dénommé pschent.. Cette double couronne symbolise l'union du pays dont le pharaon est le garant. Au niveau divin, le pschent est porté par Atoum le dieu créateur, par Mout la parèdre d'Amon et par le faucon Horus, le protecteur de la double-monarchie et modèle archétypal de pharaon..

Les origines des couronnes blanche et rouge se perdent dans les brumes de la préhistoire mais toutes deux semblent provenir de la seule Haute-Égypte.. La plus ancienne représentation de la couronne rouge figure dessinée sur une poterie trouvée à Nagada (Noubt) et datée de la période (3800 / 3500 ). La plus ancienne représentation de la couronne blanche figure sur un encensoir découvert à Qustul en Basse Nubie (vers 3150 ), une localité liée à la ville égyptienne de Nekhen d'où est partie la volonté unificatrice de l'Égypte. De ce fait, durant toute l'histoire pharaonique, la supériorité de la couronne blanche sur la rouge est un fait attesté. La plus ancienne représentation du pschent remonte au règne de Djet (première dynastie). Par la suite, cette même couronne figure sur une étiquette en ivoire datée du règne de Den et trouvée à Abydos.. Selon Bernadette Menu, égyptologue française, la documentation archaïque laisse à penser que les deux couronnes, avant d'être des marqueurs géographiques, ont été les indicateurs des deux principaux rôles joués par le pharaon. Coiffé de la couronne blanche, il repousse le désordre en massacrant ses ennemis une massue à la main, tandis que coiffé de la couronne rouge, il amène la prospérité en arpentant les champs et en procédant au recensement des troupeaux..

Coiffes

Sans être des couronnes, certaines coiffes sont réservées aux dieux et au pharaon. Le némès est un linge plissé et rayé de couleur bleu lapis-lazuli et jaune.. Porté sur la tête, il enveloppe entièrement la chevelure et retombe sur la poitrine et derrière les épaules où il est rassemblé dans une sorte de tresse. Au niveau du front est placé un serpent-uræus qui, la gorge dilatée, est prêt à foudroyer un éventuel agresseur. Lorsque le pharaon ne revêt pas le némès, il se contente parfois d'une simple perruque, gonflée sur l'arrière, le khat, ceint du bandeau retenant l'uræus.. Le némès semble n'être porté que dans un contexte cultuel lorsque le pharaon officie auprès des dieux ou dans un contexte funéraire.. La plus ancienne attestation remonte à une statue du roi Djéser () déposée dans le serdab de la pyramide à degrés (vers 2650 ).. La représentation la plus colossale de cette coiffe est celle du sphinx de Gizeh dont la tête représente un souverain de la : Khéops ou Khéphren.. Dans le tombeau de Toutânkhamon () redécouvert en 1922, la tête de la momie royale portait un masque funéraire en or finement ouvragé. Le pharaon est montré portant le némès avec au front les symboles des déesses Nekhbet et Ouadjet (vautour et uræus).. Dans la statuaire royale, de multiples représentations montrent le souverain portant la coiffe-némès où celle-ci sert de support à la double-couronne pschent..

Surnommé la « couronne bleue », le khépresh est un couvre-chef tardif exclusivement réservé à l'usage des seuls pharaons. Il apparaît à la fin du Moyen Empire mais ne devient fréquent que sous les et s lorsque les souverains sont au combat.. Cette coiffe est relativement haute, en forme de bulbe et parsemée de nombreuses petites pastilles circulaires dorées. À tort, le milieu égyptologique a longtemps considéré cette coiffe comme un casque de guerre en fer car le souverain la porte assez fréquemment dans les scènes de batailles, lors des parades militaires ou lors de certaines célébrations religieuses comme la fête de Min. Il s'agit en fait d'un signe distinctif propre au monarque, une marque de triomphe, probablement confectionnée en tissu ou en cuir..

Uræus

vignette|alt=masque en or|Masque funéraire du roi Amenemopet muni d'un uræus au front - - Musée égyptien du Caire.

Le mot uræus est la forme latinisée d'un terme grec dérivant de iâret, le nom égyptien du cobra qui signifie aussi « monter, s'élever, se dresser ».. On voit ce serpent, prêt à l'attaque, fixé sur le front des dieux, des pharaons, et parfois des reines. En tant qu'insigne pharaonique, l'uræus est un ornement fixé sur les couronnes (blanche, rouge, pschent) et sur les coiffes (némès, khépresh).. La plus ancienne représentation de l'uræus sur un front royal remonte au règne de Den () sur une étiquette en ivoire qui montre le roi en train d'assommer un ennemi.. Le cobra est un des aspects de l'Œil de Rê qui peut aussi prendre l'apparence d'une femme (le mot œil est du genre féminin en égyptien) ou d'une lionne dangereuse. La fonction de l'uræus est claire. Ce serpent femelle est un puissant symbole de protection, de pouvoir et de bienfaisance.. Fixé au front du pharaon, le cobra crache le feu de son venin à l'encontre des ennemis du royaume. Le reptile endosse ainsi un pouvoir à la fois agressif et apotropaïque face aux forces malfaisantes du chaos.. Dans les plus anciennes scènes royales, le pharaon est précédé par un courtisan qui porte une enseigne où figure le canidé Oupouaout « L'Ouvreur de Chemin » debout sur ses quatre pattes et accompagné d'un uræus protecteur.. Le serpent figure seul sur le front de Pharaon lorsque ce dernier est vivant. Dans la mort, le souverain porte le cobra et la tête de vautour, à savoir Ouadjet et Nekhbet, les deux déesses protectrices du Double-Pays égyptien. Tel est le cas sur les sarcophages anthropomorphes de Toutânkhamon, sur ses ouchebtis et sur ses vases canopes. Sur le front des pharaons nubiens de la figurent deux serpents ; peut-être pour symboliser leur double puissance, sur la Nubie d'où ils sont issus et sur l'Égypte qu'ils ont tenté de conquérir, sans jamais y parvenir entièrement dans le delta du Nil tenu par la ..

Sceptres

left|vignette|alt=visage en or|Toutânkhamon les deux sceptres à la main (sarcophage). .