thumb|Blason de Tourcoing Cet article présente les faits marquants de l'histoire de Tourcoing, ville du nord de la France dans les Hauts-de-France, dans l'ancien comté de Flandre. Tourcoing compte en 2016 une population de , selon le recensement de l'INSEE.

Toponymie Le nom de la localité est attesté sous les formes Torcoin en 1080; Torchun en 1146; Torcoun en 1146 - 1149; Torcoing en 1165; Torcum au Maurits Gysseling, Toponymisch Woordenboek van België, Nederland, Luxemburg, Noord-Frankrijk en West-Duitsland (vóór 1226), 1960, (lire en ligne) .Ernest Nègre, Toponymie générale de la France, Volume II, Librairie Droz 1991. p. 861..

Une étymologie populaire en vogue au (« l'âge d'or de la ville ») expliquait avec beaucoup de sérieux que Tourcoing serait une déformation du nom de Tarquin le Superbe, dernier roi de Rome qui aurait fondé la cité lors de son exil... au mépris de toute vraisemblance historique. Ainsi pouvait-on lire dans le Dictionnaire de la Conversation, imprimé à Paris en 1837 : « Malgré la belle érudition de D'Oudegherst, de Buzelin et des chroniqueurs sur lesquels ils se fondent, il est impossible de faire remonter Lille au-delà du . Passe pour Tourcoing qui fut bâtie, suivant Jacques de Guiyse, et, du reste, comme son nom l'indique, par Tarquin le Superbe ou par son fils, après leur mésaventure de Rome. ». Tout aussi fantaisistes sont le autres opinions émises au . Ainsi, Dans les Archives du nord de la France, écrit par Arthur Dinaux et Aimé Leroy en 1838, nous pouvons lire la note suivante : « Tourcoing (au passage du bois), du celtique turg, tur « passage, travers », et de oing « bois » ». Elie Brun-Lavainne, archiviste et historien lillois, écrit en 1837 dans la Revue du Nord que le mot tur, tor ou tour, signifie aussi « bâtiment élevé, lieu fortifié, forteresse », et que le véritable sens de cen ou ken est « tête, sommet », de sorte que tour-ken pourrait se traduire par « fort sur une hauteur ». Il y ajoute : « Veut-on mieux encore ? Dans les dialectes bas-breton, gallois, écossais et autres, qui ont servi à recomposer la langue celtique, turchen ou torghen signifie « montagne, motte, butte de terre, coteau » » La topographie de la ville expliquerait alors cette version puisque Tourcoing est plus élevée que le centre de Lille de 26 mètres, et que Roubaix de 16 mètres environ, et est située sur une éminence, ce qui constitue parfaitement une motte, une butte de terre, d'où Turchen, Tourken, Tourkennois ou Tourquennois. Ces conjectures étymologiques ne reposent ni sur l'étude phonétique des formes anciennes, ni sur la connaissance du gaulois, seule langue celtique parlée dans la région jusqu'à la fin de l'Antiquité. Par exemple : il n'y a pas de *oing en gaulois et l'étude des formes anciennes révèle que le -g final est une graphie apparue plus tardivement que les formes primitives. En outre, le gaulois est une langue celtique en p- contrairement au gaëlique en k- : ken, cenn sont des mots gaéliques, alors que son équivalent gaulois est penno- cf. vieux breton penn « tête, bout, extrémité », breton penn., etc.

C'est la raison pour laquelle les linguistes et les toponymistes rejettent de manière unanime ces hypothèses. Albert Dauzat et Charles Rostaing penchent pour un anthroponyme germanique non attesté *Thorcuno pris absolument, ils se basent pour cela sur les travaux de Raymond Schmittlein. Ernest Nègre quant-à-lui propose le nom de personne germanique Trucoinus bien attesté, il tient compte pour cela de la forme la plus anciennement connue Torcoin, dont procède directement le nom actuel. La métathèse de /r/ serait liée à l'attraction du mot bien connu tour, anciennement graphié parfois tor.

Les origines Située sur l'ancienne route commerçante allant de Tournai à Viroviacum (actuelle Wervicq, alors port et débarcadère sur la rivière Lys), cités romaines d'une importance régionale, Tourcoing aurait été un simple hameau de chaumières autour d'une villa romaine.

Un grand propriétaire vint certainement s'installer là, dans ce qui était à la base un relais de voyage, créant des infrastructures agricoles rudimentaires qui attirèrent des paysans autour de cette villa. Des structures gallo-romaines datant du ont en effet été découvertes lors de fouilles menées en 1985 sur la Grand'Place, celle-ci aurait probablement été un site d'habitat.

Des fouilles archéologiques montrent qu'une paroisse et une chapelle s'installèrent au , avec l'arrivée du christianisme.

La bourgade, sans importance à l'époque, n'est citée dans aucune carte ni écrit romains. Du point de vue administratif, elle fait partie de la Gaule belgique, et plus précisément de la province de Belgique Seconde, circonscription de Tournai (civitas Tournensis).

Moyen Âge

En 1080, un certain Saswalus de Turconium est témoin d'une donation à l'abbaye d'Harelbecque. Était-il seigneur de Tourcoing? Rien ne l'indique. Quoi qu'il en soit, cet acte est la première trace écrite incontestable de Tourcoing, qui est donc aussi ancienne que Lille (1056).

Le village de Tourcoing était à l'époque une seigneurie (elle le restera jusqu'en 1789), dépendante de la châtellenie de Lille, laquelle faisait partie du Comté de Flandre.

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Du : premières institutions La seigneurie de Tourcoing appartient à la Maison des seigneurs d'Alost, puis des comtes de Guînes en 1166, et est enfin rachetée en 1294 par la famille de Mortagne. Ces importants barons flamands ne semblent pas avoir résidé ni avoir eu une grande influence sur l'évolution de la localité. Trois faits se dégagent des banalités de la vie féodale :

1130 : à la suite de la demande des habitants, qui souhaitent avoir une église à Tourcoing, le diocèse de Tournai sollicite l'autorisation du seigneur, Ywan de Gand, de bâtir un lieu de culte : l'édifice est dédié à saint Vaast.

Elle changera plus tard de saint patron et deviendra l'église Saint-Christophe.

En 1260, dans la continuité du grand mouvement charitable des Flandres, la dame douairière de Tourcoing, Mahaut de Guisnes donne « cinq bonniers de terre » à des religieuses. Celles-ci devront y construire un hospice pour accueillir les indigents, les vieillards et les vieilles femmes.

L'hospice d'Havré est à l'origine de l'actuel hôpital Gustave-Dron.

En 1294, il semble y avoir eu désaccord entre le seigneur, Guillaume de Mortagne, et les villageois sur les droits et devoirs de chacun; la situation se termina sans aucune violence grâce aux privilèges que leur concédait Guillaume. Ce document au nom original et d'une grande valeur historique est parvenu jusqu'à nous : le concordat (aucun rapport avec le traité entre Napoléon Bonaparte et le pape ). Cet acte est l'équivalent des libertés communales (ou "Keures") des grandes cités flamandes. Cet accord, qui fixait la coutume (c'est-à-dire la justice locale), divers aspects de la vie économique (marchés et ducasses) et le pouvoir politique au niveau du village, cet accord sera donc respecté et scrupuleusement appliqué jusqu'en 1789.

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En 1304, à la suite de la victoire de sur les Flamands révoltés à Mons-en-Pévèle, le roi obtient le rattachement des châtellenies de Douai, Orchies et Lille au domaine royal de France. Le seigneur de Tourcoing doit donc rendre hommage directement au roi de France, et non plus au comte de Flandre. Dans les faits, les Tourquennois ne virent guère de changement : faisant partie de la Flandre romane où on parlait le patois picard, proche du français (et non le flamand occidental), ils furent administrés par des baillis du roi qui résidaient à Lille.

La guerre de Cent Ans va aussi amener son lot de malheurs avec elle : le , Jacques van Artevelde et son allié , assiégeant Tournai restée fidèle au roi de France, pillent et incendient Tourcoing et d'autres villages de la campagne.

En 1346, le seigneur de Tourcoing, de Mortagne, meurt à la bataille de Crécy : trois successeurs se disputent la seigneurie : normalement sa fille Marie aurait dû hériter de Tourcoing. Cependant, Marie de Mortagne avait épousé Jean du Fay, puis avait annulé son mariage et s'était remarié avec le chevalier Pierre Pascharis. De plus, sa sœur aînée, Yolande, mariée à Gossuin du Quesnoy, réclamait également la seigneurie.

Entre Jean du Fay, Pierre Pascharis et Gossuin du Quesnoy, les Tourquennois ne savaient plus qui était leur seigneur ; or, ils avaient besoin du sceau du seigneur afin d'authentifier les draperies fabriquées à Tourcoing.

Les Tourquennois, las des procès interminables, en appelèrent directement à l'arbitrage du roi de France, . Celui-ci, récemment revenu de sa captivité en Angleterre, accorda un sceau à Tourcoing, pour moitié le blason du seigneur du Fay, pour l'autre moitié celle du seigneur du Quesnoy.

En 1369, cède la châtellenie de Lille au comte de Flandre, Louis de Maele. En effet, le roi négocie le mariage de la fille unique de Louis de Maele, Marguerite de Maele, avec son frère cadet, Philippe le Hardi. Il préfère céder la Flandre romane au comté de Flandre plutôt que de voir le prodigieux héritage de Louis de Maele (Franche-Comté, Artois, Boulogne, Nevers, Rethel et Flandre) partir entre les mains d'un prince étranger.

Marie de Mortagne meurt à peu près à la même époque, laissant un fils mineur. Gossuin du Quesnoy en profite pour usurper la terre de Tourcoing à son neveu. Louis de Maele intervint et confisque Tourcoing. Cependant, Gossuin du Quesnoy obtint l'usufruit de Tourcoing jusqu'à la majorité du fils de Marie, Jean d'Audenaerde.

Finalement, Gossuin du Quesnoy obtint définitivement le titre de seigneur de Tourcoing.

Ce litige seigneurial est intéressant car révélateur du développement de Tourcoing : ce bourg rural complète ses revenus en tissant et en vendant de la laine et autres draperies. Nous n'en sommes pas encore à l'explosion économique du , loin de là : mais chaque maison a, dans sa cave, un métier à tisser et de la laine du pays. Le paysan de base complétait donc ses revenus en faisant de la menue draperie.

Après la mort de en 1384, le comté de Flandre va être intégré aux États bourguignons.

En 1443, on a la première trace écrite de l'échevinage de Tourcoing, composé de sept échevins et d'un bailli (lequel réside dans le manoir seigneurial à côté de l'église Saint-Christophe, nommé château du Bailly). L'actuel quartier des Poutrains, seigneurie indépendante au , a sa propre administration municipale.

En 1491, l'empereur germanique Maximilien d'Autriche accorde à Tourcoing une , la hissant ainsi au même niveau que les commerçantes cités drapières de Flandre. La draperie devient un des centres d'intérêts de la vie tourquennoise. On constate qu'à partir de cette époque les notables de la ville deviennent des tisserands ou des brasseurs.

La Renaissance et la guerre des Gueux

En 1525, la prospérité de la petite ville (trois mille habitants) permet aux Tourquennois de consentir à un effort financier important pour l'embellissement et l'agrandissement de la vieille église Saint-Vaast, construite au . De grands travaux sont lancés, dont certains dureront jusqu'en 1550. L'église change à cette époque de saint patron : elle devient l'église Saint-Christophe. C'est également à cette époque qu'est construite la Halle échevinale, dans un pur style flamand, lieu de réunion des échevins et du bailli: la halle, ancêtre de notre hôtel de ville, est bâtie entre la grande place et l'église Saint-Christophe.

La Réforme, avec les troubles qu'elle apporte, gagne la région : Tourcoing est en partie acquise à la religion protestante, quand survient la terrible répression organisée par Ferdinand Alvare de Tolède, duc d'Albe, représentant du roi d'Espagne, nouveau souverain de la châtellenie de Lille.