Le Danielle Casanova est un cruise-ferry de la compagnie française Corsica Linea. Construit aux chantiers Fincantieri d'Ancône entre 2001 et 2002 pour la Société nationale maritime Corse-Méditerranée (SNCM), il était initialement nommé Méditerranée mais a finalement été baptisé du nom de Danielle Casanova, militante communiste et résistante corse morte en déportation à Auschwitz en 1943. Mis en service en sur les liaisons entre le continent français et la Corse, il assure également des traversées vers le Maghreb et la Sardaigne. Transféré en 2016 au sein de Corsica Linea après la liquidation de la SNCM, il est désormais principalement affecté aux lignes internationales entre Marseille, la Tunisie et l'Algérie et dessert parfois la Corse de manière occasionnelle.

Histoire Origines Au tournant des années 2000, les liaisons internationales de la Société nationale maritime Corse-Méditerranée (SNCM) entre la France, l'Algérie et la Tunisie sont principalement assurées par les car-ferries Liberté et Napoléon. Si le premier, mis en service en 1980 et transformé en 1991, affiche toujours des performances satisfaisantes bien que vieillissant, le second, vétéran des lignes de la Corse entré en exploitation en 1976, souffre quant à lui de sa conception ancienne inadaptée à ce genre d'utilisation. Dans un contexte où les compagnies nationales algérienne et tunisienne ont équipé leurs flottes de constructions neuves avec tout d'abord le Tariq Ibn Ziyad pour l'ENTMV en 1995, puis le Carthage pour la compagnie tunisienne de navigation (CTN) en 1999, il apparaît que la flotte française exploitée sur l'Afrique du Nord doit être renouveléeSNCM, De la Corse au Maghreb, A. Lepigeon (2016). À la suite de réunions mises en place par le ministre des Transports, Jean-Claude Gayssot, en présence de la direction, des instances de l'État et de responsables syndicaux, le remplacement du Napoléon et le Liberté est définitivement acté. Ainsi, avec l'aval de l'Office des transports de la Corse (OTC), il est prévu dans un premier temps que le Danielle Casanova soit transféré sur les lignes du Maghreb en remplacement du Napoléon et qu'un navire neuf ou d'occasion entre en flotte pour lui succéder sur la Corse. En l'absence de navire correspondant aux besoins de la SNCM sur le marché de l'occasion, c'est la première option qui sera retenue. Une fois l'accord des instances de l'État obtenu et le cahier des charges défini par l'OTC, un appel d'offres international est lancé en .

En attendant, les différents groupes de travail s'affairent à la définition des caractéristiques de ce futur navire. Les études aboutissent ainsi à un cruise-ferry d'une capacité d'environ 2 200 passagers et 700 véhicules affichant des dimensions et une apparence similaires au Napoléon Bonaparte, ce qui permettrait d'harmoniser la desserte de l'île au standard du cruise-ferry. Bien que grandement inspiré par ce dernier, le futur navire arborera toutefois une conception plus conventionnelle avec tout particulièrement une architecture générale articulée autour d'une cheminée centrale unique, au lieu des deux cheminées latérales de son aîné, permettant notamment d'étendre le garage sur toute la largeur du navire. Hormis ce détail, l'apparence extérieure reprend globalement les principaux éléments de celle de son prédécesseur avec la grande passerelle panoramique, les embarcations de sauvetage intégrées dans le bordé de la coque et surtout les importantes surfaces vitrées ouvrant sur la mer une grande partie des aménagements intérieurs. Malgré ces similitudes, d'autres différences avec le Napoléon Bonaparte apparaissent toutefois, parmi les plus notables figurent la position de la piscine désormais située à l'extérieur au niveau de la plage arrière, l'absence du bar panoramique et le bar-spectacle avant dépourvu de mezzanine.

L'appel d'offres international aboutira à la commande du navire le auprès du constructeur italien Fincantieri. Il s'agit là de la première commande d'un navire de la SNCM passée au sein d'un chantier naval étranger, les Chantiers de l'Atlantique de Saint-Nazaire n'ayant pu répondre à l'appel d'offres en raison d'un planning incompatible avec le délai demandé par la compagnie. Après avoir envisagé une dotation en capital de la part de l'État pour le financement du projet, la direction décide finalement d'avoir recours à un groupement d'intérêt économique (GIE) fiscal. Cette solution, encouragée par l'État, permet alors à la compagnie de retirer certains avantages fiscaux.

Construction La construction du nouveau cruise-ferry commence le à Ancône avec la mise sur cale du premier bloc, suivi neuf mois plus tard de la mise à l'eau, le . S'agissant du nom du navire, les instances corses proposeront de baptiser celui-ci Pascal Paoli, mais le nom retenu sera finalement Méditerranée. Au même moment cependant, une controverse verra le jour en Corse et dans les milieux associatifs de résistants après l'annonce du transfert du Danielle Casanova sur la desserte du Maghreb, les associations tenant en effet à ce que le nom de la résistante soit toujours présent sur la Corse. Face à l'indignation, il sera finalement décidé d'intervertir les noms de l'ancien et du nouveau navire. C'est ainsi qu'au mois d', durant les travaux de finition, le Méditerranée devient le Danielle Casanova.. Ces travaux de finitions s'étaleront sur environ sept mois à l'issue desquels la SNCM réceptionne son nouveau cruise-ferry avec du retard, le .

Service SNCM (2002-2016) thumb|left|alt=alternative textuelle|Le Danielle Casanova arborant la livrée « SNCM Ferryterranée » au début de sa carrière. Le , le Danielle Casanova quitte Ancône pour rejoindre Marseille. En raison d'un retard pris dans les travaux de finition, le cruise-ferry a été livré à la SNCM alors que ceux-ci n'étaient pas encore totalement achevés, et ce dans l'urgence pour la compagnie de disposer de son nouveau navire avant le début de la saison estivale. Ainsi, les finitions des aménagements intérieurs vont être réalisées durant le convoyage par des ouvriers des chantiers embarqués à bord. Ceci s'avèrera toutefois insuffisant et le nombre restant d'interventions à effectuer aura pour conséquence le report du départ de son voyage inaugural qui était prévu pour le entre Marseille et Bastia. Au cours du convoyage également, les diverses aptitudes du navire sont testées et les impressions feront état d'une excellente tenue de mer. Le vers 9h00, le Danielle Casanova arrive pour la première fois à Marseille en arborant le grand pavois et vient s'amarrer au poste 76, escorté par un bateau pompe et salué par les coups de sirène du Méditerranée, du Paglia Orba et du Monte d'Oro. Quelques jours plus tard, le , le Danielle Casanova quitte Marseille à 21h50 pour sa première traversée commerciale à destination d'Ajaccio sous les ordres du commandant Oberlin. Arrivé le lendemain à 6h43, il est présenté à la presse avant d'appareiller de la cité impériale à 9h40 pour son voyage retour vers Marseille.

Positionné en remplacement de l'ancien Danielle Casanova sur les liaisons reliant le continent et la Corse, il assure alors à titre principal la desserte des ports d'Ajaccio et de Bastia, essentiellement au départ de Marseille mais également de Toulon et effectue aussi des rotations sur Porto Torres, en Sardaigne. À l'instar du Napoléon Bonaparte, il va aussi être utilisé dans le cadre de séminaires ainsi que de mini-croisières vers l'Espagne ou l'Italie et être affrété pour des évènements particuliers comme en , à l'issue de sa première saison estivale où il assure le convoyage de 1 400 pèlerins à Rome.

En raison du retard intervenu dans sa livraison, le baptême du navire avait été reporté au , après la saison d'été. Il devait être béni par André Lacrampe, évêque d'Ajaccio, le jour de l'anniversaire de la libération de l'île, et sa marraine devait être l'actrice Marie-José Nat. Cependant, en raison de menaces de blocage par les marins de la CGT, la cérémonie sera annulée. Le , le Danielle Casanova rejoint les chantiers Fincantieri de Gênes dans le cadre d'un arrêt technique de garantie au cours duquel les problèmes de finitions qui subsistaient depuis la mise en service du navire sont corrigés.

Le , alors que le navire réalise sa manœuvre d'accostage dans le port de Marseille par vent d'Ouest d'environ 15 nœuds, les rafales atteignent brusquement les 30 nœuds, forçant l'équipage à effectuer une manœuvre afin d'éviter une éventuelle collision avec les infrastructures ou l'un des navires amarrés à proximité. À cet effet, l'ancre bâbord est mouillée, ce qui n'empêche cependant pas le navire de continuer sur son erre et de venir légèrement heurter avec son bulbe d'étrave le ponton Cassiopée, ce qui provoque la rupture de l'une de ses amarres et le fait s'écarter du quai alors qu'a lieu à ce moment-là l'embarquement des véhicules à bord du Paglia Orba. Le commandant du cargo ainsi qu'une voiture avec deux passagers chutent dans les eaux du port. Si l'officier et le conducteur parviennent à être rapidement secourus, la passagère meurt à l'intérieur du véhicule malgré l'intervention de deux personnes ayant sauté à l'eau..

Si à sa mise en service, le Danielle Casanova n'était affecté qu'à la desserte de la Corse, la SNCM va toutefois employer le navire sur les lignes à destination du Maghreb de manière occasionnelle à compter des années suivantes. Ainsi, il n'était pas rare à cette époque de croiser le cruise-ferry à Tunis ou Alger ainsi que d'autres ports algériens tels que Béjaïa. C'est par ailleurs dans ce contexte que le , le Danielle Casanova accompagne la reprise de l'exploitation par la SNCM de la liaison Marseille - Oran, avec la première arrivée du navire à 11h50 le .

Dans la nuit du 6 au , alors que le cruise-ferry effectue une traversée entre Toulon et Ajaccio, un membre d'équipage tombe à la mer. Prévenu, l'officier de quart à la passerelle envoie immédiatement un signal de détresse auquel répondent le Girolata de la CMN, le Monte d'Oro de la SNCM, le Mega Express Two de Corsica Ferries, le qatari Ibn Al Fujaa ainsi que le paquebot Brilliance of the Seas qui se déroutent pour participer aux recherches. Deux hélicoptères se rendent également sur place, un Dauphin dans un premier temps, puis un Super Frelon venu le remplacer. Le marin sera finalement repéré vivant à l'aube par plusieurs veilleurs du Danielle Casanova postés au pont 6 après avoir passé plus de trois heures dans l'eau. Il est alors secouru par le Super Frelon.

thumb|alt=alternative textuelle|Le Danielle Casanova dans le port d'Ajaccio en 2011. Depuis 2003 et l'inauguration du cargo mixte Pascal Paoli, la SNCM avait adopté une nouvelle identité visuelle se traduisant par l'abandon de la marque commerciale « SNCM Ferryterranée » mise en place dans les années 1990 et une légère modification de la livrée des navires. Dernier navire à avoir arboré la livrée Ferryterranée à sa sortie des chantiers, le Danielle Casanova est repeint aux nouvelles couleurs de la SNCM durant son arrêt technique du au , à l'instar des autres navires de la flotte. Parmi les changements notables figurent l'utilisation d'un bleu plus foncé pour la bande et les inscriptions sur la coque ainsi que le retrait de la marque « Ferryterranée » au profit de la seule inscription « SNCM » qui est déplacée vers l'avant du navire.