Jacques Antoine Rabaut, dit Rabaut-Pommier, né à Nîmes le , mort le à Paris (ancien 1er arrondissement), est un pasteur et un homme politique de la Révolution française.

Pasteur à Montpellier jusqu'en 1792, il est élu député à la Convention nationale, au Conseil des Anciens entre 1792 et 1798. En 1803, il devient pasteur de l'Église réformée de Paris. En 1816, à la suite de la Restauration, il est brièvement condamné à l'exil pour avoir voté la mort sous condition de Louis XVI mais bénéficie d'une amnistie en 1818. Passionné de médecine, il milite en faveur de la vaccination.

Biographie Fils de Paul Rabaut, pasteur cévenol, et de Madeleine Gaidan, il est le frère de Rabaut Saint-Étienne, d'abord pasteur, puis homme politique durant la période révolutionnaire, et de Rabaut-Dupuis, qui a lui aussi un engagement politique et qui est secrétaire du Consistoire réformé de la Seine.

Rabaut-Pomier passe toute son enfance dans l’atmosphère d’insécurité et d’angoisse qui entourait les familles de pasteurs du Désert. Envoyé comme son frère Rabaut Saint-Étienne en Suisse pour étudier la théologie au Séminaire de Lausanne, il est ensuite pasteur à Marseille en 1770 puis à Montpellier de 1770 à 1778. Appelé à Bordeaux, il n'obtient pas l'autorisation de sortie du synode du Bas Languedoc et reste à Montpellier, jusqu'à son élection en 1792 comme député du Gard à la Convention nationale..

Le , il épouse Élisabeth Cabrol (sœur de Pierre de Cabrol de Mouté). De cette union naissent deux fils, Paul-Émile et Paul-Pierre.

Dans le cadre de la lutte contre la variole, il défend dès 1780 la supériorité de la vaccination sur la variolisation. Ayant été témoin du succès de l'inoculation variolique, ainsi que de quelques insuccès, il propose vers 1784 de remplacer l'inoculation du produit variolique par celui de la « picote » et s'en ouvre auprès de James Ireland, notable de Bristol qui lui présente M. Pugh, médecin anglais. Ce dernier promet d'en parler à son collègue et ami Edward Jenner, qui propose, quant à lui, d'utiliser le « cow pox »André Eyquem, Joseph Alouf, Luc Montagnier (dir.)Traité de microbiologie clinique, Padoue, Piccin, 2005, VII-68 pages, p. 21 .. Après la découverte de la vaccine en 1798, il écrit à Ireland qui lui répond le pour confirmer la vérité de ses entretiens avec Pugh.

Mandat à la Convention La monarchie constitutionnelle, mise en place par la constitution du 3 septembre 1791, prend fin à l'issue de la journée du 10 août 1792 : les bataillons de fédérés bretons et marseillais et les insurgés des faubourgs de Paris prennent le palais des Tuileries. Louis XVI est suspendu et incarcéré à la tour du Temple avec sa famille.

En , Jacques-Antoine Rabaut-Pomier est élu député du département du Gard, le septième sur huit, à la Convention nationale.

Il siège sur les bancs de la Gironde, comme son frère aîné Jean-Paul Rabaut-Saint-Étienne. Lors du procès de Louis XVI, il vote la mort et se prononce en faveur de l'appel au peuple et du sursis à l'exécution : Je crois que Louis a mérité la mort, mais si la Convention en prononçait la peine, je crois que son exécution doit être renvoyée après la tenue des assemblées primaires [...]. Le , il vote en faveur de la mise en accusation de Jean-Paul Marat. Celui-ci le dénonce un mois plus tard dans son journal comme membre de la « faction des hommes d’État ». Le , il est absent lors du scrutin sur le rétablissement de la Commission des Douze.

À l'issue des journées du 31 mai et du 2 juin, son frère aîné, Rabaut-Saint-Étienne, est décrété d'arrestation et gardé par des gendarmes à son domicile parisien. Il est décrété « traître à la patrie » le pour s'être enfui.

Le , Rabaut-Pomier adresse une lettre aux administrateurs du Gard dans laquelle il condamne l'insurrection parisienne, et cosigne une déclaration avec ses collègues gardois François Aubry et Jean-Pierre Chazal : Vous avez été instruits que la Convention nationale a été dernièrement opprimée, et que le violence lui a arraché des décrets. Le , sur motion de Jean-Pierre-André Amar (député de l'Isère), membre du Comité de Sûreté générale, il fait partie des députés décrétés d'arrestation pour avoir signé la protestation contre le et le . Le 15 frimaire an II (le ), Rabaut-Pomier et Rabaut-Saint-Étienne, à l'issue d'une dénonciation, sont arrêtés dans le faubourg Poissonnière. Rabaut-Saint-Étienne est reconnu devant le tribunal révolutionnaire et exécuté le jour-même, et Rabaut-Pomier est incarcéré.

Le 18 frimaire an III (), Rabaut-Pomier et les autres signataires détenus sont libérés et réintégrés à la ConventionArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 103, séance du 18 frimaire an III (8 décembre 1794), p. 213.. Il prend part à la réaction thermidorienne :

Le 15 floréal (le ), il est élu membre du Comité de Salut public aux côtés de Jacques Defermon (député d'Ille-et-Vilaine), de Louis-Gustave Doulcet de Pontécoulant (député du Calvados), de Jean-Baptiste Treilhard (député de Seine-et-Oise) et de Théodore Vernier (député du Jura). Le 18 (le ), il est élu membre de la Commission des Vingt-et-Un chargée d'examiner la conduite de Joseph Le Bon accusé d'avoir commis des violences durant sa mission dans le Nord-Pas-de-Calais. Le 16 vendémiaire an IV (), il prononce un hommage à son frère exécuté et fait décréter l'impression de ses travaux.

De 1795 à sa mort Sous le Directoire, Jacques-Antoine Rabaut-Pomier est réélu député du Gard et siège au Conseil des Anciens. Le messidor an IV (le ), il est élu secrétaire sous la présidence de Jean-Étienne-Marie Portalis. Il est tiré au sort pour quitter le Conseil le prairial an VI (le ).

Il soutient le coup d'État du 18 brumaire.

Sous le Consulat, il occupe quelques postes comme employé à la comptabilité intermédiaire, puis sous-préfet du Vigan (), fonction dont il se démet en 1801.

En 1803, il renoue avec sa vocation pastorale : il devient l’un des trois premiers pasteurs de l’Église réformée de Paris avec Paul-Henri Marron, président du Consistoire réformé de la Seine, et Jean-Frédéric Mestrezat.

Les trois pasteurs de Paris sont associés dans la conduite des premières années de l’Église réformée de Paris désormais officielle. Ils collaborent activement à la tête du Consistoire. Leurs signatures communes figurent dans des lettres pastorales, dans leur réponse aux propositions d'unionMonseigneur Le Coz archevêque de Besançon, Les pasteurs Marron, Rabaut-Pomier et Mestrezat, Proposition de réunion entre les catholiques romains et les protestants faite en l’an XIII, Bibliothèque du protestantisme français, Cote 0 2313 1 avec l’Église catholique, ils préparent ensemble la représentation des protestants de France à la fête du couronnement…

L’autorité politique elle-même associe les trois pasteurs Marron, Rabaut-Pomier et Mestrezat : en 1804, le Premier Consul les distinguent tous les trois en leur attribuant, en même temps, le , la Légion d'honneurBase Léonore de la Grande Chancellerie de la Légion d’honneur, notice manuscrite du dossier de Jacques Antoine Rabaut-Pomier, Cote LH/2252/40. Ils reçoivent la décoration des mains du Premier ConsulAlmanach des protestants de l’Empire français pour l’an de grâce 1809, Notice sur l’église actuelle de Paris, Bibliothèque du pProtestantisme français (75007, Paris), pages 260, Cote L.22864 I.. Ils ont été invités à assister ensemble au sacre de .

En 1816, il quitte sa fonction ecclésiastique : à la Restauration, il est condamné en application de la loi du 12 janvier 1816 contre les régicides, car il a signé l'Acte additionnel pendant les Cent-Jours, il quitte Paris le avec un passeport pour la Prusse. Toutefois, son vote n'ayant pas compté dans la condamnation à mort de Louis XVI, Louis XVIII lui accorde une amnistie partielle le , et il rentre de Clèves à Paris le suivant.

À son retour en France, il n'est pas réintégré dans son ministère pastoral il est remplacé par Henri François JuilleratPhilippe Braunstein, L'Oratoire du Louvre et les protestants parisiens, Labor et Fides, 2001 (p.104-105).

Il meurt moins de deux ans plus tard. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (Amis et passionnés du Père Lachaise (APPL), Fiches individuelles des personnages, Jacques Antoine Rabaut-Pommier)..

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne, A. Thoisnier Desplaces, Paris, 1843 , tome 5 (de Quirot à Ramel de Nogaret), Ferdinand Hoefer (dir.), Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Paris, Firmin Didot frères, 1862, tome 41, p. 384-385 Philippe Braunstein, Patrick Harismendy in L'Oratoire du Louvre et les protestants parisiens, Philippe Brauenstein éd, Labor et Fides, 2011, Extraits

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