L’université d'Oxford, située dans la ville du même nom, à 90 km au nord-ouest de Londres, dans le comté d'Oxford ou Oxfordshire, dans l'Angleterre du Sud-Est, est l'une des plus prestigieuses universités sur le plan mondial. Elle est également la plus ancienne université britannique.

Sa fondation progressive se place pendant la querelle du roi d'Angleterre et de l'archevêque Thomas Becket, rivalité de pouvoir qui éclate en 1164 et se clôt par l'assassinat de Becket, fin 1170. Après 1165, le roi ne cesse d'octroyer des libertés et des privilèges à un groupement d'écoles isolées du grand diocèse de Lincoln. Mais le véritable démarrage de l'université date de 1167, lorsque le roi Henri, constatant les classes à moitié vides malgré les crédits accordés, interdit aux étudiants anglais de suivre les cours de l’université de Paris et fait rappeler manu militari les clercs anglais de Paris ou dispersés en France et sur le continent européenLa notion de corporation ou « universitas » de maîtres et d'étudiants n'est explicite qu'en 1231..

Cette université d'élite accueille aujourd'hui 23 000 étudiants, qui sont répartis dans 39 collèges et 4 Permanent Private Halls (fondations religieuses). La plupart d’entre eux sont installés dans des bâtiments anciens au cœur de la vieille ville d’Oxford (à voir : Balliol College, Christ Church, Merton College, Magdalen College, University College). C’est surtout le style gothique qui domine et qui a donné à la ville universitaire son surnom de « cité de clochers rêveurs », tandis que la cathédrale Christ Church () et l’ () appartiennent en grande partie au roman normand. La façade du Queen's College montre le classicisme, les bâtiments de Somerville College montrent l'architecture victorienne, l'architecture édouardienne et le style Queen Anne et on trouve des exemples d’architecture moderniste (par exemple, St. Catherine's College).

Sur le square Radcliffe se trouve la Radcliffe Camera (1747), qui abrite une salle de lecture de la bibliothèque Bodléienne, une des plus riches bibliothèques du monde. La Bodléienne est une des bibliothèques de dépôt légal du Royaume-Uni qui reçoivent, un exemplaire de chaque livre édité dans le Royaume-Uni.

L’Ashmolean Museum, fondé en 1659, est le plus ancien musée du Royaume-Uni ; son département des antiquités conserve notamment la chronique de Paros, le masque mortuaire d’Olivier Cromwell, et les pièces ramenées de Cnossos par John et Arthur Evans. Le musée contient aussi des dessins de Raphaël, Michel-Ange et Léonard de Vinci, des tableaux de Piero di Cosimo, John Constable, Claude Lorrain et Pablo Picasso, et des habits arabes portés par Lawrence d'Arabie.

Depuis 2017, l'université d'Oxford est classée meilleure université au monde par Times Higher Education, devant Cambridge, Caltech, Stanford, le MIT et Harvard.

Histoire vignette|droite|Arrivée à Oxford de Thibaud d'Étampes, fondateur présumé de l’université, d’après une carte postale de 1907 reproduisant un tableau de C. Bowley. À droite il subit l'opposition des moines d'Abington, car les monastères sont désormais privés de leur monopole de transmission du savoir. vignette|gauche|Les armoiries de l'université d'Oxford.

La date de fondation des premières écoles d’Oxford n’est pas connue précisément, mais il existe des témoignages d’une forme d’enseignement à Oxford datant de 1096. La trace archivistique la plus ancienne du contrôle de cette activité d’enseignement datent de 1116 environ avec l’arrivée de l’écolâtre Thibaud d'Étampes à Oxford.

L’expulsion des étrangers de l'université de Paris en 1167 conduit beaucoup d’étudiants anglais à s’établir à Oxford. Les clercs anglais instruits dans les matières exigées sont tenus d'y enseigner. Après 1170 et jusqu'à l'aube du , le nombre d'étudiants y vivant sur le bénéfice de l'église s'accroît fortement. L’historien Giraud de Barri enseigne à partir de 1188, et le premier maître étranger connu, , rejoint l’université en 1190.

Le responsable de l’université est appelé chancelier à partir de 1201, et les maîtres sont reconnus comme ou corporation en 1231 après le retour de maîtres et d'étudiants anglais à la suite de la grève de 1229 à l'université de Paris. Les étudiants s’associent en deux « nations » sur la base de leurs origines géographiques : l’une représentant le nord (dont les Écossais) et l’autre le sud (dont les Irlandais et les Gallois). Les origines géographiques continueront durablement à influencer beaucoup d’affiliation des étudiants lorsque l’adhésion à un ou à deviendra usuelle à Oxford.

En 1209, la migration d'un groupe de professeurs et d'étudiants vers Cambridge est déjà constatée, il s'agit d'abord d'une protestation contre une injustice attribuée à la mairie d'Oxford. Les autorités locales, influencées par une partie de la population excédée par les rixes, les débordements et les turpitudes des foules estudiantines en soirées, auraient fait pendre trois pauvres étudiants innocents, accusés d'avoir occis une femme de la ville. L'absence de véritable procès et d'apports de preuves avaient indigné une partie des maîtres et des élèves, qui déménagèrent de la juridiction. Ce groupe féru de logique politique, rejoint par d'autres contestataires, serait le premier noyau de ce qui sera dénommé plus tard l'université de Cambridge.

Mais Oxford est déjà une très grande école. À partir du milieu du , des membres de beaucoup d'ordres religieux, en particulier des dominicains, des franciscains, des carmes et des augustins, s’établissent à Oxford, développent leur influence et fondent des maisons pour les étudiants. À peu près à la même époque, des bienfaiteurs privés ont fondé des communautés d’études appelés . Parmi les premiers, on peut nommer Guillaume de Durham, qui a probablement fondé University College en 1249, et Jean de Bailleul, père de Jean d'Écosse, qui donne son nom au Balliol College. Un autre fondateur, Walter de Merton, lord chancelier puis évêque de Rochester, a conçu une série de règlements pour la vie dans les ; ainsi Merton College est devenue le modèle pour de tels établissements à Oxford ainsi bien qu’à l'université de Cambridge. Ensuite, un nombre croissant d’étudiants a abandonné la vie dans les et les maisons tenues par les ordres pour rejoindre les .

Les nouveaux enseignements de la Renaissance ont considérablement influencé Oxford à partir de la fin du . Parmi les professeurs de l'université de cette période, on peut citer William Grocyn, qui a contribué à la renaissance de la langue grecque et John Colet, remarquable théologien biblique. Avec l'arrivée de la Réforme et la rupture avec l'Église catholique romaine, les récusants catholiques se réfugient en Europe continentale, en particulier à l'université de Douai. Malgré des pertes de revenus et de terre parmi les institutions liées à l'université, la méthode d’enseignement passe de la scolastique à l'humanisme.

vignette|En 1605, Oxford est encore une ville fortifiée, mais plusieurs sont construits en dehors des murs. (Le nord se situe au bas de la carte.)

En 1636, le chancelier William Laud, archevêque de Cantorbéry codifie les statuts de l'université sous une forme qui restera largement inchangée jusqu'au milieu du . Laud est également à l’origine de la charte définissant les droits de Oxford University Press et apporte une contribution significative à la bibliothèque Bodléienne, la bibliothèque principale de l’université.

Pendant la guerre civile anglaise (1642-1649), l'université était un centre du parti royaliste alors que la ville était en faveur du camp opposé des . Puis à partir du milieu du , l'université d'Oxford a pris peu part aux conflits politiques. vignette|gauche|200px|Une gravure de la Christ Church, Oxford, 1742.

Le milieu du a été marqué par le mouvement d'Oxford (1833-1845), mené notamment par le futur Cardinal Newman. L’influence du modèle reformé de l’université allemande s'est fait connaître à Oxford par l'intermédiaire des disciples tels que Edward Bouverie Pusey, Benjamin Jowett et Max Müller.

Parmi les réformes administratives du , on peut noter le remplacement des examens d'entrée oraux avec des examens écrits, une plus grande tolérance pour les Dissidents anglais, et l'établissement de quatre collèges de femmes. Au , les décisions du (telles que l'abolition du culte quotidien obligatoire) ont réduit le lien entre culte et formation. Bien que l’université ait été traditionnellement orientée vers les humanités, le curriculum est étendu au cours du pour englober les études scientifiques et médicales.

Au milieu du , beaucoup de professeurs réputés, chassés par le nazisme ou le communisme se sont réfugiés à Oxford.

Nombreux sont ceux qui, ayant étudié à l’université d’Oxford, se sont illustrés en politique britannique, sciences, médecine ou littérature. Plus de quarante lauréats de prix Nobel et plus de cinquante dirigeants mondiaux sont liés à l'université d'Oxford.

Éducation des femmes droite|vignette|Somerville College, un des premiers collèges pour femmes. L’université a publié en 1875 un texte autorisant ses délégués à mettre en place des examens préliminaires et finaux à un niveau relativement faibleFrances Lannon "Her Oxford", , .. Les quatre premiers collèges pour femmes furent établis à la suite des revendications de l’. Le Lady Margaret Hall (1878"History", Lady Margaret Hall, University of Oxford.) fut suivi du Somerville College en 1879"History", Somerville College, University of Oxford. ; les vingt-et-une premières étudiantes de ces deux collèges suivaient des cours dans des salles au-dessus d’une boulangerie d'Oxford. Ces deux premiers collèges pour femmes furent suivis par les St Hugh's (1886"History of the College", St Hugh's College, University of Oxford.), St Hilda's (1893, St Hilda's College, University of Oxford.) et St Anne's College (1952"St Anne's History", St Anne's College, University of Oxford.). Oxford fut longtemps considérée comme un bastion des privilèges masculinsJoyce S. Pedersen Book review, H-Albion, May 1996, reprinted on H-Net Review website., et il fallut attendre le pour que des femmes puissent prétendre au statut de membre de plein droit de l’université et accéder à des postes en son sein1965. – Handbook to the University of Oxford. – University of Oxford. – .. En 1927, un quota d’étudiantes fut mis en place par les responsables universitaires, règle qui ne fut abolie qu’en 1957. Cependant, jusqu’aux années 1970, la mixité n’existait pas dans les collèges d’Oxford, de telle sorte que le nombre de femmes était effectivement limité par la capacité des collèges féminins. En outre, ces collèges ne disposent de tous leurs statuts que depuis 1959.

En 1974, les collèges Brasenose, Jesus, Wadham, Hertford et St Catherine furent les premiers collèges masculins à admettre des femmes... En 2008, le St Hilda devint le dernier des collèges féminins à admettre également des hommes, de telle sorte que tous les collèges d’Oxford sont désormais mixtes. En 1988, 40 % des diplômés étaient des femmesJenifer Hart Women at Oxford since the Advent of Mixed Colleges, , 15:3, 1989, . ; le ratio est à présent de quarante-huit pour cinquante-deux en faveur des hommes.

Le roman policier Le Cœur et la Raison de Dorothy Sayers voit son intrigue se dérouler en un (fictif) collège féminin d’Oxford, et la question de l’éducation des femmes y est au cœur de l’intrigue.

Organisation et structure