La musicologie (en ) est l'étude scientifique de la musique. Elle forme un domaine des sciences humaines. Un chercheur qui participe à cette étude est un musicologue. Le terme provient du grec et .
La musicologie commence à se constituer en tant que champ disciplinaire au dans le sillage du développement de la critique musicale avec des revues spécialisées et de premiers essais de théorisation.
Au , la musicologie se divise en trois disciplines principales : la musicologie historique, la théorie et l'analyse musicale, ainsi que l'ethnomusicologie Justin London, « Musicology », dans The Routledge Companion to Philosophy and Music, Th. Gracyk et A. Kania éd., Oxon, New York, 2011, p. 495.. Ces trois disciplines sont complétées par de nombreuses disciplines annexes.
Les musicologues historiens étudient l'histoire des traditions musicales, les origines des œuvres et les biographies des compositeurs. Les ethnomusicologues s'appuient sur l'anthropologie, notamment sur les études sur le terrain, afin de comprendre les motivations et objectifs des personnes lorsqu'ils jouent de la musique.
La musicologie est classée parmi les sciences humaines mais emprunte de nombreuses méthodes aux sciences naturelles et aux sciences informatiques, en particulier dans le champ de l'acoustique et du traitement du signal.
Histoire Premiers développements En 1738, Lorenz Christoph Mizler fonde la Societät der musicalischen Wissenschaften, société active par correspondance et dont ont été membres notamment Georg Philipp Telemann, Georg Friedrich Haendel et Jean-Sébastien Bach.
La () est fondée à la fin du , mais constitue dès l'origine une histoire des arts (). La position de la musicologie naissante est immédiatement différente : elle se préoccupe de grammaire musicaleJean-Georges Kastner (1810-1867), Grammaire musicale : comprenant tous les principes élémentaires de musique, la mélodie, le rhythme, l'harmonie moderne, et un aperçu succinct des voix et des instruments, à l'usage des amateurs et des artistes..., 1837 – lire en ligne : (consulté le 2023-02-20) plutôt que d'histoire de la musique.
publie en 1827 un ouvrage intitulé , qui traite d'harmonie, de basse chiffrée et de compositionJohann Bernhard Logier, System der Musik-Wissenschaft und der praktischen Composition mit inbegriff dessen was gewoehnlich unter dem Ausdrucke General-Bass verstanden wird, Berlin, W. Logier, 1827. L'ouvrage a paru la même année en français (Paris, M. Schlesinger) et en anglais (Londres, J. Green)..
Gustav Schilling publie de 1835 à 1842 une Encyclopédie des sciences de la musiqueGustav Schilling, Encyclopädie der gesammten musikalischen Wissenschaften, 7 volumes, Stuttgart, 1835-1842. Fac-similé Hildesheim, Olms, 1974. en sept volumes, qui propose Gustav Schilling, Encyclopädie der gesammten musikalischen Wissenschaften, vol. I, p. vi..
En 1835 encore, fait paraître la première version du (), couvrant la théorie de la composition, la description des instruments de musique, la biographie des principaux compositeurs, virtuoses, musicographes, etc., et des informations sur les académies, sociétés et associations musicalesAugust Gathy, Musikalisches Conversations-Lexicon. Encyclopädie der gesammten Musik-Wissenschaft für Künstler, Kunstfreunde und Gebildete, Hambourg, Niemeyer, 1835, 2e édition 1840. Un autre ouvrage, le Musikalisches Handbüchlein […] enthaltend das Nothwendigsten aus der Musikwissenschaft, de , connaît sa première édition en 1845, mais elle ne semble pas conservée aujourd'hui.. Ce sont les premiers ouvrages à faire usage du terme Nicolas Meeùs, «Épistémologie d'une musicologie analytique», Musurgia XXII/3-4 (2015), p. 100..
On peut rapprocher de ces publications la Biographie universelle des musiciens publiée par François-Joseph Fétis à Bruxelles en huit volumes, de 1833 à 1844François-Joseph Fétis, Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique, 2e édition, Paris, Didot frère, 8 volumes, 1860-1865, et deux volumes de supplément sous la direction d'Arthur Pougin, 1878 et 1880..
Émergence de la discipline La naissance « officielle » de la musicologie a lieu dans l'introduction au premier volume de en 1863, par Friedrich ChrysanderFriedrich Chrysander, "Vorwort und Einleitung", Jahrbücher für musikalische Wissenschaft I (1863), p. 9-16.. Ce dernier décrit les objectifs de ces annuaires : ils couvriront l'histoire de la musique, la science du son (), l'esthétique, la musique folklorique et nationale. Mais le texte véritablement fondateur est celui de Guido Adler dans le premier volume du en 1885Guido Adler, « Umfang, Methode und Ziel der Musikwissenschaft », Vierteljahrschrift für Musikwissenschaft 1 (1885), p. 5-20., dans lequel il décrit l'objet de la musicologie : la musique elle-même, plutôt que les musiciens ou les aspects sociologiques, envisagée comme un langageNicolas Meeùs, «Épistémologie d'une musicologie analytique», Musurgia XXII/3-4 (2015), p. 100-101..
Depuis le , la musicologie a été souvent subdivisée en deux domaines : musicologie historique et musicologie systématique. Cette subdivision avait été officialisée dans l'article cité ci-dessus du musicologue autrichien, Guido Adler, (1885), dans lequel il propose le tableau suivant Guido Adler, « Umfang, Methode und Ziel der Musikwissenschaft », Vierteljahrschrift für Musikwissenschaft 1 (1885), p. 16-17. Traduction française d'après Nicolas Meeùs, « Épistémologie d'une musicologie analytique », Musurgia XXII/3-4 (2015), p. 102. :
Domaine historiqueHistoire de la musique par époques, nations, empires, pays, provinces, villes, écoles, artistes individuels Domaine systématiqueTableau des lois principales applicables aux différentes branches de la musique Paléographie musicale(notations) Catégories historiques de base(Groupement des formes musicales) Histoire des lois musicales1. Dans les œuvres2. Dans la théorie3. Dans la pratique Histoire des instruments de musique Étude et justification de ces lois dans 1. l'harmonie2. le rythme3. la mélodie Esthétique et psychologie de la musique Éducation musicale : enseignement 1. de la musique en général2. de l'harmonie3. du contrepoint 4. de la composition5. de l'orchestration6. de l'exécution Musicologie [comparative](Ethnographie et folklore)
Au , la dernière colonne de ce tableau, qu'Adler avait nommée en allemand simplement (à opposer à ), est devenue un domaine distinct, celui de l'ethnomusicologie. Pour le reste, la musicologie d'Adler paraît concerner surtout la musique occidentale.
Adler donne aussi une liste de disciplines annexes ou de sciences auxiliaires : pour la musicologie historique : histoire générale, paléographie musicale, chronologie, diplomatique, bibliographie, bibliothéconomie, archivistique ; histoire littéraire, linguistique ; histoire de la liturgie ; histoire du mime et de la danse ; biographie des musiciens, statistiques des associations, des institutions et des exécutions musicales ; pour la musicologie systématique : acoustique, mathématiques ; physiologie (perception du son) ; psychologie (représentation du son, éléments du son, sensation du son) ; logique (pensée musicale) ; grammaire, métrique, poétique ; pédagogie ; esthétique
En dehors de l'Allemagne, le terme apparaît d'abord en français, dans les Mélanges de musicologie critique de Pierre Aubry (1900)Pierre Aubry, Mélanges de musicologie critique : la musicologie médiévale, histoire et méthodes, Paris, Welter, 1900., puis en anglais, dans le premier volume du (1915)Waldo S. Pratt, "On Behalf of Musicology", The Musical Quarterly I/1 (1915), p. 1-16.. En France, le terme est longtemps utilisé comme synonyme d'histoire de la musique : une chaire de ce nom est créée en 1903, à la Sorbonne. Au Conservatoire, l'enseignement est un peu plus ancien (1872). Au Collège de France la chaire d'histoire de la musique est créée en 1904, mais ne trouve pas de successeur après 1910, au décès de Jules Combarieu, son fondateur. La musicologie n'entre à l'université qu'en 1969.
Avec le développement de ces concepts, la musicologie se subdivise en plusieurs branches : archéologie musicale (initiée par Carl Engel par l'étude en 1864 des instruments assyriens et égyptiens du British Museum), psychologie de la musique, organologie, théorie de la musique occidentale, musicologie et sciences cognitives, musicothérapie, musicologie comparée (courant fondé par Curt Sachs, Erich von Hornbostel et son assistant Otto Abraham puis développé plus récemment par Alain Daniélou et Jacques Chailley)Luc Charles-Dominique, « Anthropologie de l'Organologie », cours-conférence à l'Université de Nice Sophia Antipolis, janvier 2011..
Diplômes et enseignements
La Revue française de musicologie a publié dans son numéro 87/1 de 2001 un recensement des départements universitaires de musicologie et des centres de recherche en France, dont une publication en ligne demeure disponible (en ) sur l'ancien site de la Société de musicologie. Ce document, qui n'est plus à jour aujourd'hui, renseigne vingt-cinq universités, quatorze centres de recherche et cinq autres établissements français. En Belgique, la musicologie est enseignée dans trois universités de langue française (Bruxelles, Liège et Louvain-la-Neuve). En Suisse, les universités de Genève et de Fribourg proposent un enseignement de la musicologie en français et la Haute école de musique de Genève offre une formation en ethnomusicologie.
Considérée comme l’un des sept arts libéraux dans les enseignements dits de second niveau dès l’Antiquité et perdurant au Moyen Âge sous diverses formes, la musique a toujours été pratiquée et enseignée. Dans l'Antiquité et au Moyen Âge, elle se conçoit surtout comme une science arithmétique, celle des rapports de nombres entiers, illustrés notamment par les longueurs de cordes. C’est ce qui justifie son appartenance au quadrivium et c'est en cela que l’on émet un lien fort entre la musique et les mathématiques. Elle est donc le seul véritable art noble avant la Renaissance italienne et la reconnaissance d’autres techniques artistiques telles que la peinture, la sculpture, etc. Omniprésente dans n’importe quelle société quel que soit le contexte, nous avons là un langage universel.
En France aujourd’hui, la musicologie est enseignée tant dans les conservatoires, autour de diverses disciplines associées, qu’à l’Université. En effet, les conservatoires offrent une formation musicale très avancée dans les domaines de l’ouverture à la musicologie, de l’histoire de la musique, de l’analyse auditive et écrite de partitions ainsi que de l’harmonie, de l’orchestration, de l’arrangement, du déchiffrage ou encore de la direction de chœurs ou d’ensembles instrumentaux. Ces matières permettent à n’importe quel étudiant qui désire compléter son Diplôme d’Études Musicales (D.E.M.) avec une nouvelle dominante, d’enrichir sa culture musicale. Le D.E.M. est un diplôme accessible après une formation au conservatoire d’en moyenne 12 ans. En effet, la formation se divise en trois cycles de quatre ans chacun à l’issue desquels un examen doit être effectué avec succès afin d’accéder au cycle supérieur. Le deuxième cycle peut être récompensé, en fonction des Conservatoires, par ce que l’on appelle un Brevet d’Études Musicales (B.E.M.). Le Certificat d’Études Musicales (C.E.M.) permet la reconnaissance de ce que l’on appelle la fin de troisième cycle normal c’est-à-dire, un niveau de pratique et d’étude avancé mais encore considéré comme « amateur ». Après cela, un cycle nommé peut être effectué, ce qui conduit au D.E.M.