L’abbaye de Saint-Sever, dans les Landes à Saint-Sever, est une ancienne abbaye bénédictine fondée par le duc de Gascogne Guillaume Sanche à la fin du .

L'église abbatiale est classée monument historique le . et inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1998, au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France.

Présentation L’abbatiale de style roman est étonnamment vaste et ses dimensions sont impressionnantes : de long, de large pour la nef et pour le transept. Elle présente un chœur à six absidioles de profondeur décroissante, suivant un plan bénédictin. Les colonnes de marbre du chœur et du transept proviennent du palais des gouverneurs romains de Morlanne, situé non loin de là. Une partie du cloître qui appartenait à des particuliers a été rachetée par la municipalité. L'espace a ainsi retrouvé son unité originellePanneaux de présentation de l'abbaye de Saint-Sever.

L'abbatiale possède un des plus beaux chevets à sept absides échelonnées. Seules deux églises en France ont conservé cette forme inspirée de Cluny II, car la forme la plus courante est celle à trois absides. Saint-Sever reste le seul exemple en France, avec l'église Saint-Genès de Châteaumeillant, de ce type de chevet.

Les tribunes du transept donnent accès à des chapelles d’étage. Le transept et les bas-côtés permettaient d’accueillir une foule importante de fidèles et de pèlerins attirés par cette étape de la voie limousine vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

Historique Origines Au , Severus, le futur saint Sever, est envoyé par le pape pour évangéliser la Novempopulanie. Il est martyrisé et décapité selon la légende par les Wisigoths sur la côte de Brille, un chemin montant des berges de l'Adour jusqu'à la butte de Morlanne, sur les hauteurs de Saint-Sever. Une première chapelle est édifiée en son honneur au VIIe siècle.

Après sa victoire à la bataille de Taller vers 982 - 983, le duc Guillaume Sanche de Gascogne achète en 988 la terre et décide d'y édifier un monastère. À l'époque, la région compte en effet de nombreuses et riches villae romaines telles que la villa du Gleyzia d'Augreilh toute proche, mais aucune cité importante. La fondation d'une abbaye, non loin du site antique de la butte de Morlanne, qui domine la vallée de l'Adour, est à la fois un acte politique et religieux qui permet aux ducs de Gascogne de mieux asseoir leur autorité.

L'abbaye bénédictine de Saint-Sever va connaître, dans tous les domaines, une expansion et un rayonnement exceptionnels. Ses innombrables possessions s’étendent dès le du Médoc jusqu’à Pampelune en Espagne. Grégoire Montaner, moine de Cluny, règne sur l’abbaye de 1028 à 1072. C'est sous son abbatiat que commence la reconstruction de l’église sur le modèle de Cluny après un incendie survenu en 1060, avec des maîtres d'œuvre et des sculpteurs aussi remarquables par leur expérience que par leur esprit novateur, et des enlumineurs, parmi lesquels Stephanus Garsia, l’auteur des miniatures du Beatus.

Apogée

La renaissance gasconne du , qui fait suite aux invasions barbares, tient pour une bonne part à l'installation des monastères. Les communautés monastiques entraînent le défrichement des terres vacantes et des forêts et le regroupement des paysans autour des abbayes et prieurés (voir sauveté). Parallèlement, évêques et abbés s’emploient à reconstruire les villes ruinées par les Vikings : Oloron, Nogaro, La Réole, Saint-Sever leur doivent l’existence ou la renaissance.

Dans tous les domaines, qu’ils soient religieux, administratif, social, économique et culturel, la Gascogne connaît un renouveau grâce à l’abbaye qui s’impose à toute la province comme une puissance foncière. À son apogée, dès la fin du , un vaste domaine entoure le monastère qui possède également dans le diocèse d'Aire-sur-l'Adour de nombreuses villae de l’époque romaine, des terres et des églises, dans un rayon de . Hors de ce diocèse, le monastère acquiert des domaines en Agenais, Bazadais et pays de Born (Prieuré de Mimizan). Au-delà, Saint-Sever détient une église en Navarre près de Pampelune, ainsi que des biens en Médoc, dont la basilique Notre-Dame de Soulac — possession contestée par l'abbaye Sainte-Croix de Bordeaux. En Gascogne, la plupart des possessions de Saint-Sever correspondent à une situation stratégique de l’époque : site défensif, zone de passage sur la Garonne ou sur l’Adour, axe de circulation. Distantes d’au maximum une trentaine de kilomètres l’une de l’autre, ces possessions constituent pour les pèlerins des jalons et des gîtes d’étape. Dans le choix des acquisitions, entre également en compte de la fertilité des terrains. La vallée de l’Adour, les côtes de Buzet, les possessions en Armagnac, les vignes en Bordelais dévoilent les centres d’intérêt et les préoccupations économiques des moines qui plantent des vignes à proximité des monastères.

En 1087 le comte et la comtesse de Bigorre donnent l'abbaye à l'abbé Grégoire.

Déclin Le déclin s’amorce avec la fin du duché de Gascogne et se précipite avec la guerre de Cent Ans et les guerres de Religion.

L'abbaye subit d'abord de graves dommages liés à de nombreux sièges au cours de la guerre de Cent Ans, période où la Gascogne est un enjeu entre le roi de France et celui d’Angleterre. Le monastère en particulier est plusieurs fois détruit et incendié par les Français. Les bas-côtés sont alors reconstruits en partie.

Puis viennent les guerres de Religion, avec les massacres des années 1569 et 1570 et le saccage et la ruine du monastère par les huguenots de Montgomery, pourchassés par les troupes catholiques de Montluc pendant les guerres de Religion dans les Landes. Il faut attendre plus d’un siècle avant que la congrégation de Saint-Maur n’entreprenne des travaux de réfection de l’abside et des bâtiments conventuels.

À la Révolution française, les moines sont chassés, l'abbaye est désaffectée et les bâtiments conventuels attribués et vendus. L'église abbatiale est quant à elle rendue au culte en 1795 ; les bâtiments monastiques sont occupés par la mairie et par diverses administrations. Les restaurateurs du redécorent la nef et les façades de l'abbatiale en style néo-roman, pastiche conforme au goût de l’époque pour l’architecture médiévale.

Liste des abbés et curés

988-1008 : Sauveur (Salvator) 1009-1028 : Sanche (Sancius) 1028-1072 : Grégoire de Montaner (Grégorius) 1072-1092 : Arnaud d'Estios (Arnaldus Raimondi d'Estios) 1092-1107 : Suavius 1107-1128 : Raymond Bernard d'Arboucave (Raumundus dictus Bernardi sive d'Arbocava) 1128-1130 : Pierre de Gouts (Petrus de Gotis) 1130-1136 : Robert (Robertus) 1137-1140 : Arnaud II de Tresgeit (Arnaldus cognominatus Auricula) 1140-1145 : Sanche II Raymond (Sancii ou Sancius) 1145-1150 : Forteius (ou Fortanerius) 1150-1175 : Raimond (Raymondus) 1175-1200 : Bernard de Born 1200-1213 : Arsius 1213-1248 : Arnaud III (Arnaldus) 1250-1286 : Garcie-Arnaud de Navailles (Garsias Arnaldis de Navalliis) Entre 1286 et 1291, un conflit oppose plusieurs factions de l'abbaye ; il est résolu en 1291 par le pape Nicolas IV. 1291-1307 : Guillaume de Beaupuis (Guilhemus de Bellopodio) 1307-1312 : Gaillard (Gaillardus) 1312-1317 : cardinal Raymond III Pierre de Moneins (Raimondus) 1317-1358 : Guillaume III de Poyartin (Guillelmus de Podio Artino) 1358-1388 : Bernard III de Moneins (Bernardus de Moneino) 1388-1403 : Pierre II (Petrus) 1403-1410 : Bernard IV (Bernardus) 1410-1419 : Pierre III de Lescun (Petrus de Lescuno) 1419-1439 : Jean de Cauna (Johannès de Caulnario) Suivent, à l'insu de Rome, 9 abbés avant la nomination par le pape Eugène IV du premier abbé commendataire en remplacement de Jean de CaunaLes noms des 13 abbés suivants sont issus du manuscrit de Dom du Buisson (Mairie de Saint Sever cote GG 28 et Archives Départementales des Landes microfilm cote 1 MI 16) Annerius de Larrusuins Odoatus Fontellus Johannès de Genesta Roger d'Aspremont Fortius d'Aspe Lupus Alfredus Arnaldus de Treigest

5 abbés mentionnés sur le manuscrit de Dom du Buisson ne figurent plus dans cette liste (Raymond II-Arnaud IV-Arnaud V-Guilhaume de Beylongue-Bernardus).

26 abbés commendataires 1442-1446 : Pierre IV de Béran (Petrus de Béran) 1446-1454 : cardinal Pierre V de Foix (Petrus de Fuxo) 1454-1457 : Jean II de Béarn (Joannès de Béarnio fut excommunié puis réhabilité sous le nom de Jean III de Foix) 1457-1465 : Jean III de Foix (Johannès de Fuxo) neveu de Pierre de Foix 1466-1478 : Archevêque Hugues d'Espagne (Hugo d'Hispaniae) 1478-1498 : Raymond IV d'Aydie 1498-1526 : Arnaud VI Guillaume d'Aydie 1526-1534 : cardinal Gabriel d'Aure de Grammont 1534-1537 : cardinal Claude de Longwy de Givry (Claude de Lonbie de Ginoy dit Gibry) 1538-1549 : Philibert de Beaujeu (Philibertus de Bello Ludo) 1543-1544 : Jean V GenestLe nom cité ne figure pas dans la liste du moine Dom du Buisson (vers 1680). 1544-1553 : Roger d'Aspremont 1549-1553 : Jean VI de La Rochefoucauld (Johannès Rupe Fulcata) 1553-1565 : Claude II de La Chambre (Claudio de Camera) 1565-1580 : Jérôme de Lanti de La Rovëre (Hièronymus de Ruvera) 1580-1585 : Ferdinand de Thision (Fernandus Thision) 1585-1590 : cardinal Nicolas Sfondrati de La Rivière (Nicolaus Sfondratus, futur pape Grégoire XIV en 1591) 1590-1597 : Lélie-Philibert de Solers de Moret abbé de l'église réformée : 1597-1600 : Samson de Broca 1600-1610 : Jean VII de La Serre (mit en vente l'abbaye en ruines)

Suite des abbés commendataires de l'Église catholique romaine 1610-1625 : Pierre V de Pontac (racheta l'abbaye) 1625-1634 : Jacques de Pontac 1634-1684 : René de Pontac (affilia l'abbaye à la Congrégation de Saint Maur) 1684-1685 : Jean-Louis de Fromentières 1685-1699 : Louis-Claude de La Châtre 1699-1738 : Antoine Anselme 1738-1751 : Jules César de Grossoles de Flamarens 1751-1753 : Vacance 1753-1768 : François de Bertier de Pinsaguel 1768-1776 : François Bareau de Girac 1776-1780 : Jules-Basile Ferron de La Ferronnays 1780-1791 : Henri-Charles du Lau d'Allemans

2 curés constitutionnels 1791-1793 : Jean Cros 1793-1800 : Vincent Labeyrie Cazadieu

Curés (vicaires perpétuels) avant la révolutionles noms des curés de l'abbatiale, depuis 1567, sont issus des archives de Saint Sever 40500 1567-1572 : Jean de Laborde Péboué 1572-1582 : Arnaud Coudroy 1582-1587 : Bernard Dabadie 1587-1621 : Arnaud Dezest 1625-1640 : Bernardin Lafitte 1640-1644 : Jehan Lafitte 1646-1695 : Mathieu de Cloche 1706-1721 : Pierre Portets 1721-1743 : Jean Dufraisse 1743-1753 : Pierre Caillebar 1753-1786 : Jean Joseph de Tauzin 1787-1790 : Jean Marie Ducourneau de Pébarthe

14 curés (abbatiale) de la révolution à 2011 1800-1802 : Benoît de Basquiat Mugriet 1803-1849 : François de Cès-Caupenne 1849-1875 : Bernard Henry du Sault 1875-1877 : Luc Arnaud Laussuc 1877-1881 : Charles Baudéan 1881-1908 : Gustave Sarrauton 1908-1914 : Pierre Paul Eugène Saint-Pé 1914-1932 : Laurent Pommiès 1932-1958 : Maurice Bucau 1958-1963 : Jean Guichement 1963-1992 : Henry Froustey 1992-2003 : Pierre Egloff 2003-2009 : Thierry Duclerc 2009-2011 : Jacques Sannou 2011-2019 : Dominique Bop 2019----- : Hervé Castets Quelques notes sur les abbés du monastère de 988 à 1790 : Les abbés réguliers ne dépendaient que du pape. Ils avaient charge de justice au titre de viguiers du roi d'Angleterre. Le pape gascon Clément V leur conféra le port des ornements épiscopaux. L'abbé Sancius reçut de nombreux biens, dont une église près de Pampelune, puis Soulac, Canenx. Grégoire de Montaner fut le grand architecte de l'abbatiale, mais aussi du célèbre Beatus de l'Apocalypse.. L'abbé Suavius dota la cité du premier statut urbain et de la première enceinte fortifiée. Des terrains cédés au vicomte de Lobaner par l'abbé Robert, naquit la ville de Mont-de-Marsan. En 1208, mécontents de leur statut, les bourgeois tentèrent d'affamer les moines ainsi que leur abbé Arsius.